Juillet 2014

629 – 20 juillet 2014

N.B. Le prochain numéro des notules sera servi le dimanche 10 août.

DIMANCHE.

Vie estivale. Ouverture de la saison de chaise longue à Saint-Jean-du-Marché. C’est un peu tardif cette année, les impératifs professionnels, académiques et sociaux ne nous ont pas permis de farnienter plus tôt. Le plaisir n’en est que plus vif, avec le premier barbecue, la sieste en plein air, la lecture d’épopées enneigées sous un soleil engageant et ma promenade autour de Saint-Jean, réglée selon les principes kantiens édifiés à Königsberg.

Lecture. Aux confins de la terre : Une vie en Terre de Feu (1874-1910) (Uttermost Part of the Earth, E. Lucas Bridges, Hodder & Stoughton, 1948 pour l’édition originale, Editions Navitaca, 2013 pour l’édition française, traduit de l’anglais par Michel L’Hénoret; 656 p., 25 €).

Fils d’un missionnaire débarqué en Terre de Feu en 1871, Lucas Bridges est né à Ushuaia et a vécu la plus grande partie de sa vie dans cette région isolée, au contact des populations indigènes. Deux ans avant sa mort, il publia le récit de sa vie parmi les Onas, les Aush et les Yahgans, les tribus locales dont il apprit les moeurs et les langues tout en essayant de les convertir à un mode de vie et de travail organisé. Ce récit est trop long et trop répétitif pour être captivant de bout en bout mais l’intérêt est là, issu des conditions de vie improbables qu’aura connues l’auteur au sein de cette communauté. Lucas Bridges prend soin de mettre en avant son respect pour les Indiens et leurs coutumes, un respect réel qui ne l’empêche pas, par ailleurs, de prendre la pose du colon anglais satisfait. Satisfait de construire des fermes et des routes, satisfait d’élever des moutons sur des terres dont il est devenu le propriétaire, satisfait d’être parvenu à sédentariser des populations instables et de les employer à son enrichissement personnel. S’il déplore la disparition des Indiens suite à des épidémies de rougeole et autres méfaits apportés par les Blancs, jamais il ne se considère comme étant en partie à l’origine de ces maux. Cette bonne conscience coloniale empêche d’admirer totalement la vie et l’oeuvre de Lucas Bridges.

LUNDI.

Lecture. Les Miracles de la vie (Die Wunder des Lebens, Stefan Zweig, 1904, traduit de l’allemand par Bernard Lortholary, In « Romans, récits et nouvelles I », Gallimard, coll. Bibliothèque de la Pléiade n° 587, 2013; 1462 p., 65 €.).

MERCREDI.

Epinal – Châtel-Nomexy (et retour). Sylvain Tesson, Géographie de l’instant (Pocket, 2014) et Aldous Huxley, Le meilleur des mondes (édition non reconnue) à l’aller, Christine Clerc, « Tout est fichu » : les coups de blues du Général (Albin Michel, 2014) au retour.

Lecture. Un vent de cendres (Sandrine Collette, Denoël, coll. Sueurs Froides, 2014; 272 p., 18 €).

On avait dit ici le mois dernier tout le bien qu’on pensait du premier polar de Sandrine Collette, Des noeuds d’acier. Elle plante ici encore un décor rural, une propriété viticole de Champagne au moment des vendanges. Des jeunes saisonniers viennent pour y travailler, l’un d’eux disparaît. C’est un peu Le Club des Cinq aux vendanges avec un soupçon de Psychose, une histoire tracée à la truelle qui recèle une seule trouvaille – une façon originale de se débarrasser d’un cadavre – dans les toutes dernières pages. Une cuvée décevante.

La Croix (Das Kreuz, Stefan Zweig, 1906, traduit de l’allemand par Diane Meur, In « Romans, récits et nouvelles I », Gallimard, coll. Bibliothèque de la Pléiade n° 587, 2013; 1462 p., 65 €.).

Vie littéraire. Parution du Bulletin de l’Association Georges Perec n° 64, concocté par mes soins.

Football. France – Equateur. Le match se déroule trop tard pour que j’entreprenne de le regarder. Je le regrette dans la mesure où les commentaires que je lirai et entendrai demain risquent fort de ressembler à ceux qui ont suivi les deux premières rencontres de l’équipe de France. Que j’ai vues. Et que je n’ai pas entièrement reconnues dans lesdits commentaires. Les louanges, les fleurs m’ont semblé exagérées par rapport à ce qui avait été montré et j’en suis encore à me demander si les qualités qu’on accorde si généreusement à cette équipe ne sont pas dues en grande partie à la faiblesse des adversaires rencontrés. La France a démarré ses matches en marchant et en jouant à la passe à dix, distillant un ennui poli (le même que celui de 1998, c’est peut-être bon signe) jusqu’à ce qu’un fait de jeu (l’expulsion d’un joueur hondurien suivie d’un penalty, l’assassinat par coup de sabot dans l’oeil d’un défenseur suisse) permette de débloquer la situation. Après cela, c’est vrai, les accélérations apportées au jeu et l’efficacité des attaquants ont fait merveille. Cela serait rassurant si l’on n’avait vu évoluer, au fil des retransmissions télévisées, d’autres équipes comme le Brésil, le Mexique, le Chili ou l’Uruguay qui, elles, jouent pied au plancher de la première à la dernière minute. Et l’on se dit que de l’équipe de France, face à l’une de ces formations, il ne resterait vite que des miettes. En attendant, la France profite des circonstances favorables et c’est très bien. A commencer par le forfait de Ribéry qui fut une véritable bénédiction dont on ne semble pas avoir encore mesuré la portée : Ribéry est un boulet dans le jeu par son individualisme et ses balles perdues, en plus d’être un empoisonneur de vestiaire. La bonne ambiance qui semble régner au sein des Bleus doit autant à un plan de communication maîtrisé qu’à son absence.

JEUDI.

Vie professionnelle. Je surveille les épreuves du Diplôme National du Brevet. Un diplôme en carton, un examen en carton et, pour les surveillants, des consignes en carton dont la délicieuse désuétude s’accentue année après année : « Il est interdit de fumer et de lire ». Au rang des pratiques disparues, on s’étonne presque de ne pas lire « Défense de cracher par terre et de parler breton ». On peut toujours dormir en tout cas, ce que je fais aux alentours de midi. C’est la toux discrète de mon camarade de corvée qui me réveille avant que je ne me casse la figure de ma chaise.

Lecture. Le Pétomane au Moulin-Rouge (Jean Nohain et François Caradec, Mazarine, 2000; 216 p., 120 F).

C’est en 1963 que Jean Nohain reçut, à son bureau de la radio, une lettre dans laquelle un fils de Joseph Pujol se plaignait de l’oubli dans lequel était tombé son père. Lequel avait connu des heures de gloire entre 1890 et 1914 au Moulin-Rouge et sur d’autres scènes françaises et européennes où il était connu sous le nom du Pétomane. Une certaine configuration physiologique permettait en effet à Pujol d’emmagasiner par ses arrières une certaine quantité d’air (ou d’eau) qu’il pouvait, à loisir, expulser selon des modulations qui lui permettaient d’imiter aussi bien le chant du rossignol que le roulement de la grosse caisse, de fumer une cigarette à l’envers, de siffler « Au clair de la lune » ou de souffler une chandelle à distance. Inutile de dire que son succès fut tonitruant. Jean Nohain fit appel à François Caradec, spécialiste du café-concert, et leurs recherches aboutirent à un livre intitulé Le Pétomane, 1857-1945, sa vie, son œuvre, paru chez Pauvert en 1967 et dont on tient ici la réédition mise à jour par Caradec et le fils Nohain. Après avoir retracé la carrière de l’artiste, les auteurs reproduisent quelques écrits scientifiques (car le Pétomane fut présenté à la Faculté de Médecine) et reprennent des textes qui lui furent consacrés : articles de presse, poèmes, chansons, monologues, dialogues de théâtre, signés de contemporains plus ou moins oubliés parmi lesquels on reconnaîtra tout de même le nom de Raoul Ponchon. On devine, à les lire, la jubilation à peine retenue des auteurs devant ce sujet et on partage leur admiration devant le dernier hommage connu rendu à Joseph Pujol par San-Antonio dans un titre paru en 1995 : Le Pétomane ne répond plus.

  Petite nouvelle d’été (Sommenovellette, Stefan Zweig, 1906, traduit de l’allemand par Diane Meur, In « Romans, récits et nouvelles I », Gallimard, coll. Bibliothèque de la Pléiade n° 587, 2013; 1462 p., 65 €.).

VENDREDI.

Lecture. Histoires littéraires n° 52 (octobre-novembre-décembre 2012, Histoires littéraires et Du Lérot éditeur; 248 p., 25 €).

Un numéro consacré à la bibliophilie, un domaine dans lequel le notulographe n’est pas expert. Ce qui ne l’empêche pas d’y rendre compte d’ouvrages sur François Bon, Gustave Flaubert et Georges Perec.

Le cabinet de curiosités du notulographe. Phénomène de levier intéressant à Mandres-sur-Vair (Vosges), photo parue dans Vosges Matin, 16 décembre 2013.

SAMEDI.

Films vus. Le Marquis (Dominique Farrugia, France, 2011)

                             Une heure près de toi (One Hour with You, Ernst Lubitsch, E.-U., 1932)

                             Le Roman de ma femme (Jamshed Usmonov, France, 2011)

                             Ma vie en rose (Alain Berliner, Belgique – France – G.-B., 1997)                            

L’Invent’Hair perd ses poils. 

    

Montauban-de-Bretagne (Ille-et-Vilaine), photo de Ronan Céron, 28 octobre 2009 / Asnières-sur-Seine (Hauts-de-Seine), photo de Pierre Cohen-Hadria, 10 janvier 2014

             Poil et plume. « J’avais de grandes boucles blondes, on me trouvait adorable. Un vrai chérubin. Un jour, j’ai pris des ciseaux et j’ai coupé seul mes boucles, j’en avais marre, qu’on me confonde avec une fille. Ca a fait pleurer ma cousine Desta. Enfin, c’est ce qu’on m’a raconté parce que je ne me souviens pas du tout. » (Johnny Hallyday, Dans mes yeux, Plon, 2013)

MERCREDI.

Lecture. Top réalité (Get Real, Donald Westlake, 2009 pour l’édition originale, Payot & Rivages, coll. Thriller, 2014 pour l’édition française, traduit de l’américain par Pierre Bondil, 288 p., 21,80 €).

Le roman est sorti aux Etats-Unis un an après la mort de Westlake, ce qui laisse à penser que l’on atteint désormais les fonds de tiroir laissés par l’auteur. C’est évident à la lecture car cette aventure de Dortmunder, personnage fétiche de Westlake, est très faible malgré une bonne idée de départ : faire participer le cambrioleur et sa bande à une émission de téléréalité, filmer le groupe en pleine action. Ce qui laisse la place, évidemment, à une satire bienvenue des milieux de la télévision, tout à fait dans les cordes de l’auteur. Malheureusement, ça ne marche pas, l’histoire s’embourbe rapidement, piétine et s’effiloche. Ce doit être la première fois qu’on s’ennuie à la lecture de Westlake et que son humour ne parvient pas à faire mouche. D’où l’idée, plutôt rassurante pour sa mémoire, que ce n’est pas un roman abouti mais un travail inachevé qui méritait une sérieuse révision et dont l’édition ne s’imposait pas.

La Gouvernante (Die Gouvernante, Stefan Zweig, 1907, traduit de l’allemand par Jean-Pierre Lefebvre, In « Romans, récits et nouvelles I », Gallimard, coll. Bibliothèque de la Pléiade n° 587, 2013; 1462 p., 65 €.).

VENDREDI.

Vie professionnelle. Dernières heures de classe aujourd’hui, c’est le terme d’une année scolaire un peu plus délicate à négocier que les précédentes mais c’est sans doute dans l’ordre des choses quand on s’approche de la fin. La bête est un peu moins robuste, moins résistante, moins vaillante. Ce dos en capilotade jusqu’en janvier fut un souci encombrant. Curieusement, une fois le mal scanné, diagnostiqué et nommé (hernie discale), celui-ci disparut presque instantanément. Il n’empêche que s’il devait se manifester à nouveau avec la même intensité – selon toute probabilité en septembre prochain – et me valoir les mêmes journées, je ne sais pas si cette fois je résisterais à la tentation de rester at home le temps de me soigner pour de bon. Il y eut aussi, dans un autre domaine, une séquence un peu mouvementée sur le plan émotionnel avec la visite d’une inspectrice. On a beau se dire qu’on est un grand garçon, que les enjeux sont négligeables et que c’est sans doute la dernière fois qu’on a à subir ça, c’est le genre d’événement qui inquiète toujours et qui, pour ma part, m’a fichu cul par-dessus tête pendant les deux semaines qui l’ont précédé. Pour rien, bien sûr, car l’histoire s’est déroulée sans grand heurt : je sais ce que je fais, je sais ce qu’il y a à faire, je sais que les deux choses, si on les superpose, ne collent pas bord à bord mais je suis capable d’assumer mes choix, mes ajouts et mes manques. Le rapport d’inspection, arrivé depuis, mentionne que « la relation à la classe est sereine, faite de respect réciproque ». Je n’ai pas lu la suite, qui doit reprendre ce qui m’avait été signalé oralement, car c’est là tout ce qui m’importe dans ce métier : que les élèves et moi-même sortions indemnes des longues et nombreuses heures où nous avons à cohabiter.

Le cabinet de curiosités du notulographe. Après la fessée reçue par l’Italie en coupe du monde, Olbia (Italie), photo d’Hervé Bertin, 17 avril 2010.

SAMEDI.

Lieux où j’ai dormi (de bonne heure). Je photographie la chambre 8 de l’hôtel de l’Image, place de l’Eglise à Illiers-Combray (Eure-et-Loir). Pour des Spinaliens, dormir à l’hôtel de l’Image est une façon de se rassurer, de ressentir ce que les habitants d’Illiers-Combray doivent connaître quand ils se trouvent place de la Madeleine à Paris. Nous sommes arrivés ici hier en fin de journée, à temps pour suivre une partie du match France – Allemagne, match perdu avec l’impression de ne l’avoir pas joué, comme c’est souvent le cas contre cette équipe. Avec les Allemands, vous vous arrêtez pour renouer votre lacet et quand vous vous relevez ils sont en train de défiler sur les Champs-Elysées ou de brandir une coupe du Monde dans la tribune d’honneur. C’est dommage, on aurait aimé passer un tour supplémentaire et perdre avec un peu de panache contre le Brésil. Cela aurait suffi, il ne fallait surtout pas penser à la victoire finale et aux conséquences qu’elle aurait pu avoir. Songeons que c’est grâce au sacre de 1998 que Lilian Thuram a entamé une carrière de penseur et qu’Aimé Jacquet, qui n’avait jamais très bien su dans quel ordre mettre les six mots qui constituaient l’ordinaire de ses phrases, est devenu commentateur sportif. Je profite de notre présence en ces lieux saints de la littérature pour envoyer une poignée de cartes postales à quelques amis proustiens. Car je pratique encore la carte postale avec un public choisi – en gros, celui qui ne l’a pas totalement abandonné, ce qui coûte peu en timbres. Les quelques mots que je gratte aujourd’hui me consolent des deux lettres difficiles qu’il m’a fallu écrire hier à la hâte avant de partir, à l’occasion d’un décès pour l’une, d’un accident grave pour l’autre. J’aurais pu jouer la facilité et m’en tirer, comme on le fait maintenant, avec quelques messages de poche mais il est des moments où la compassion électronique m’apparaît comme insuffisante, voire insultante.

Films vus. Tango libre (Frédéric Fonteyne, France – Belgique – Luxembourg, 2012)

Promised Land (Gus Van Sant, E.-U. – Emirats arabes unis, 2011)

Joséphine (Agnès Obadia, France, 2013)

Les Profs (Pierre-François Martin-Laval, France, 2013)

La Traversée (Jérôme Cornuau, France – Luxembourg – Belgique, 2012).

L’Invent’Hair perd ses poils. Chacun chez soi à Darney (Vosges), photo de l’auteur, 11 novembre 2009.

             Poil et plume. « Avant, elle avait les cheveux châtain clair avec une raie au milieu, elle les mettait derrière ses oreilles, ou sous un bandeau rouge qui les disciplinait, pendant toute son enfance le rouge a été sa couleur préférée, elle avait même dit qu’elle voudrait avoir les yeux rouges, elle ne se souvient pas que les adultes avaient ri et qu’elle avait maintenu son point de vue, elle se souvient qu’elle jouait à la coiffeuse avec sa soeur pendant des heures, que les dents du peigne étaient tellement douces sur son crâne qu’elle aurait pu s’endormir, elle ne se souvient pas qu’elle avait répondu à sa mère qui lui disait « range ta chambre, comment tu feras quand tu seras grande ? » : « J’aurai une bonne ! » (Christine Angot, La petite foule, Flammarion, 2014)

MARDI.

 Football. Allemagne – Brésil 7 – 1. Quand les Français marquent un but, ils passent cinq minutes à se faire des papouilles. Quand les Allemands marquent un but, ils se remettent à jouer et en marquent un autre. Puis un autre. Puis un autre, etc. Les Allemands préfèrent la tatouille à la papouille.

MERCREDI.

Lecture. Le Rapport de Brodeck (Philippe Claudel, Stock, 2007, rééd. LGF, coll. Le Livre de poche n° 31315, 2009; 384 p., 6,95 €).

Il n’y a rien d’étonnant à ce que ce roman ait obtenu en son temps le Prix Goncourt des Lycéens. Les jeunes lecteurs n’ont pu qu’être sensible à la fluidité narrative du livre et au fait qu’il rend immédiatement accessible des thèmes « graves » comme ceux de l’altérité et de la culpabilité collective. Et ce n’est pas parce qu’on est un lecteur chenu qu’on doit bouder son plaisir : Philippe Claudel retrouve ici les qualités qui avaient valu à ses Âmes grises un succès équivalent. Dans une région de l’Est indéterminée, est venu s’installer, à la suite d’une guerre indéterminée, un homme sans nom, baptisé l’Anderer. Son comportement atypique fait de lui la cible de la communauté qui finit par l’éliminer et Brodeck est chargé de rédiger un rapport sur les événements. Brodeck est lui-même un étranger, il est arrivé au village alors qu’il était un enfant, il a été déporté dans un camp au cours de la guerre, ce qui le rend proche de l’Anderer. C’est lui qui prend en charge le récit, raconte l’enchaînement des événements et leur issue tragique en même temps que sa propre histoire. La relation de son expérience concentrationnaire n’ajoute rien aux pages que l’on connaît sur le sujet, Philippe Claudel aurait pu se rendre compte que ce qu’ont écrit Antelme et Levi suffisait. En revanche, là où il excelle, c’est dans la peinture du village et de ses habitants. On s’imagine dans la région d’Erckmann-Chatrian mais c’est comme si L’Ami Fritz avait tourné au cauchemar. Les décors, les personnages font l’objet d’un travail remarquable et l’auteur est allé jusqu’à créer un idiome germanisant tout à fait convaincant pour parfaire son cadre et dépayser le lecteur. L’homme Claudel n’est pas très intéressant, le cinéaste Claudel l’est encore moins, mais le romancier a une patte remarquable.

Fièvre écarlate (Scharlach, Stefan Zweig, 1908, traduit de l’allemand par Marie-Ange Roy, In « Romans, récits et nouvelles I », Gallimard, coll. Bibliothèque de la Pléiade n° 587, 2013; 1462 p., 65 €.).

VENDREDI.

Le cabinet de curiosités du notulographe. Hommage glissant à Julien Torma (1902 – 1933), photo de Marc-Gabriel Malfant, 28 décembre 2008.

SAMEDI.

Crêperie, c’est fini. Nous quittons la Bretagne où nous avons séjourné une pleine semaine, expérience nouvelle, à l’écart des régions que j’affectionne parce que je n’y trouve aucun dépaysement. Nous étions cette fois loin des masures creusoises meublées par l’agriculteur du coin avec quelques rossignols, nous avions affaire au véritable gîteur, celui qui regarde les émissions de décoration intérieure sur M6 et exige une caution de peur qu’on ruine ses efforts. La région de Crozon, pour l’intérieur des terres, ça pourrait être la Haute-Saône ou la Nièvre mais sur les bords c’est mouvementé et intéressant. Le touriste n’y est pas encore abondant en ce début de saison, il est en général simple et discret, familial ou randonneur équipé de pied en cap (Fréhel). Sur la plage, la surface de sable découvert était nettement supérieure à la surface de viande étalée et ce fut un jeu d’enfant d’éviter les plaies de l’été que sont, dans le désordre, les moustiques, les festivals et les camping cars. Une autre Bretagne, prise d’assaut par les estivants, nous fut donnée à voir au retour, à l’occasion d’un crochet malheureux du côté de La Trinité-sur-Mer. Celle-ci, contrairement à celle-là, ne nous donna pas du tout envie de revenir.

  L’Invent’Hair perd ses poils. 

  

Pont-à-Mousson (Meurthe-et-Moselle), photo de l’auteur, 27 novembre 2009 / Nancy (Meurthe-et-Moselle), photo du même, 9 juin 2010

Poil et plume.

A mon dernier coiffeur

Cher monsieur,

Je suis confus de n’avoir pu vous remercier de vos bons offices ni d’avoir parlé avec vous, selon la tradition, de la pluie et du beau temps. A la demande de ma veuve, vous êtes venu me raser de près afin, comme elle le souhaitait, de me rendre « plus présentable » sans préciser à qui j’allais être présenté.

Vous avez fait correctement votre travail mais en oubliant qu’après chaque décès, le poil continuait à pousser pendant un grand mois. Je m’en suis donc allé vers le néant, barbu comme je ne l’avais jamais été. Je vous souhaite des clients plus causants que moi.

(Philippe Bouvard, Les Morts seraient moins tristes s’ils savaient qu’ils pourront encore se tenir les côtes en regardant les vivants, Flammarion, 2014)

JEUDI.

Retour aux affaires locales. Caroline travaille toute la semaine, je reprends mes habitudes à Gérardmer avec les filles. L’eau du lac se réchauffe de jour en jour. Je m’y trempe, y batifole un brin avant de m’installer en terrasse pour lire Corbière en fumant des Camel sans filtre. Samedi, nous avions profité d’une halte en Loire-Atlantique pour suivre à la télévision l’étape du Tour de France qui arrivait ici. Epinal, vue d’hélicoptère, semblait une jolie ville. Plus loin, l’orage éclata et de Gérardmer, nous ne vîmes rien, qu’une soupe de brouillard et de pluie.

VENDREDI.

Le cabinet de curiosités du notulographe. Le Diable et le Bon Dieu à Lyon (Rhône), photo de Marc-Gabriel Malfant, décembre 2013.

SAMEDI.

Films vus. We Need to Talk About Kevin (Lynne Ramsay, G.-B. – E.-U., 2011)

                             Joseph et la Fille (Xavier De Choudens, France, 2010)

                            Gorky Park (Michael Apted, E.-U., 1983)

                             Le Temps de l’aventure (Jérôme Bonnell, France – Belgique, 2013)

                             La Lune était bleue (Die Jungfrau auf dem Dach, Otto Preminger, E.-U., 1953)

Chez Gino (Samuel Benchetrit, France – Belgique, 2011).

Invent’Hair, bilan d’étape. Bilan établi au stade de 2100 salons, atteint le 21 mars 2014.

Bilan géographique.     

                                                  Classement général par pays. Un seul salon hors de France dans cette nouvelle série, ce qui laisse le classement inchangé.

  1. France : 1875 (+ 99)
  2. Espagne : 59 (=)
  3. Royaume-Uni : 34 (+ 1)
  4. Etats-Unis : 28 (=)
  5. Canada : 15 (=)
  6. Belgique : 11 (=)
  7. Allemagne : 8 (=)

 » . Maroc : 8 (=)

  1. Italie : 6 (=)
  2. Turquie 6 (=)

Classement général par régions (France). La Bourgogne ( + 35) et le Centre (+ 21) sont les deux principaux bénéficiaires de cette série et chassent l’Auvergne et l’Aquitaine du top 10.

  1. Rhône-Alpes : 391 (+ 3)
  2. Île-de-France : 261 (+ 7)
  3. Midi-Pyrénées : 161 (+ 7)
  4. Provence-Alpes-Côte-d’Azur : 150 (+ 1)
  5. Lorraine : 135 (+ 1)
  6. Languedoc-Roussillon : 134 (=)
  7. Bourgogne : 79 (+ 35)
  8. Pays de la Loire : 77 (+ 13)
  9. Bretagne : 72 (=)
  10. Centre : 64 (+ 21)

Classement général par départements (France). On notera le bond en avant de la Saône-et-Loire, qui gagne 11 places et chasse la Drôme du tableau d’honneur. La Loire-Atlantique passe devant les Pyrénées-Orientales et les Alpes-Maritimes.

  1. Paris : 217 (+ 7)
  2. Rhône : 191 (+ 1)
  3. Vosges : 88 (+ 1)
  4. Loire : 74 (=)
  5. Loire-Atlantique : 63 (+ 13)
  6. Pyrénées-Orientales : 59 (=)
  7. Alpes-Maritimes : 57 (=)
  8. Saône-et-Loire : 49 (+ 26)
  9. Lot : 44 (=)
  10. Meurthe-et-Moselle : 40 (=)

Classement général par communes. 32 nouvelles communes apparaissent, dont quelques belles prises comme Bourges (7 salons du premier coup) et le Creusot (7 aussi), sans oublier Nevers (4), Calais (2) et, anniversaire du débarquement oblige, Bayeux (1) et Ouistreham (2). Un seul mouvement en tête : Nantes qui dépasse Nice.

  1. Paris : 217 (+ 7)
  2. Lyon : 87 (=)
  3. Barcelone : 42 (=)
  4. Nantes : 41 (+ 12)
  5. Nice : 33 (=)
  6. Epinal : 21 (=)
  7. Nancy : 19 (=)
  8. Roanne : 17 (=)
  9. Cahors : 14 (=)

« . Perpignan : 14 (=)

                                                  Bilan humain. Marc-Gabriel Malfant réalise les deux tiers du total. Derrière lui, seul Christophe Hubert, avec 13 photos, essaie de s’accrocher. Bienvenue à Jean-Hugues Blondel qui devient le 148e contributeur de notre chantier.

  1. Marc-Gabriel Malfant : 850 (+ 64)
  2. Philippe Didion : 196 (+ 3)
  3. Pierre Cohen-Hadria : 163 (+ 3)
  4. Benoît Howson : 65 (=)

« . Jean-Christophe Soum-Fontez : 65 (+ 2)

  1. Hervé Bertin : 54 (=)
  2. François Golfier : 50 (=)
  3. Christophe Hubert 47 (+ 13)
  4. Philippe de Jonckheere : 40 (=)
  5. Sylvie Mura : 33 (=)

                                                  Etude de cas. Salons modifiés après travaux à Colmar (Haut-Rhin), Le Val-d’Ajol (Vosges), Saumur (Maine-et-Loire) et Epinal (Vosges)

  

       

  

             L’Invent’Hair perd ses poils. 

Pont-Réan (Ille-et-Vilaine), photo de Ronan Céron, 6 décembre 2009

             Poil et presse.  


Vaillance
(hebdomadaire lyonnais), n° 48, 29 novembre 1942

Bon dimanche,

Philippe DIDION

 

 

 

 

 

 

 

 

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