Novembre 2014

2 novembre 2014 – 640

DIMANCHE.

Rugby. COS. Villers Rugby – RA Epinal – Golbey 24 – 3.

                         

Le document ci-dessus date de 1984. Tout le monde n’aura pas reconnu le 7e personnage en haut à gauche et un agrandissement s’impose.

Chevelu, ravi, l’air de ne pas avoir eu le temps d’ôter son protège-dents, il s’agit bien du notulographe. Lequel aura attendu trente ans avant de reprendre une licence à la Fédération Française de Rugby. En tant que dirigeant, qu’on se rassure, au sein du club local. Maintenant que je suis passé du côté de ceux qu’on appelait, au temps de l’ère Ferrasse, « les gros pardessus », je surveille mes poulains, les encourage, leur flatte la croupe et leur cajole l’encolure au moment d’entrer sur le terrain, les accompagne même en déplacement. Pour les félicitations, on attendra un peu : les trois premiers matchs, soldés par autant de défaites, laissent peu de place à l’euphorie.

                 Courriel. Une demande de désabonnement aux notules.

MARDI.

Vie littéraire. Je reçois le n° 16 des Refusés, une revue qui a l’amabilité de me recevoir régulièrement dans ses pages. Sur un modèle qui rappelle celui sur lequel est construit le Colloque des Invalides, chaque numéro est précédé d’un appel à contributions qui se limite à un mot (« Nourritures », « Traces », « Changement », « Accident » pour ces dernières années) autour duquel chacun est appelé à livrer ce que bon lui semble. Pour ce numéro, le « faux » était au menu. J’ai pensé, pendant un moment, raconter l’histoire de l’abbé Romano, un faux prêtre qui s’était installé à Epinal en 1998 et avait réussi à duper toutes les autorités civiles et religieuses, allant jusqu’à concélébrer la cérémonie d’obsèques d’une personnalité locale au cours de laquelle il administra la communion au préfet alors en place. Un beau sujet pour lequel j’amassai une documentation qui resservira peut-être un jour car j’ai finalement suivi une autre piste, plus scientifique. Me rappelant que l’on appelait « faux » les hêtres tortillards et qu’une forêt vosgienne abritait quelques spécimens de cette espèce rare, je profitai d’une visite à un monument aux morts voisin pour aller arpenter la forêt de Sionne à la recherche de ces arbres, réaliser quelques photographies et rédiger un article intitulé « Les faux de Sionne » que je trouve aujourd’hui fort bien mis en valeur par la revue.

VENDREDI.

Vie littéraire. Je suis à Paris pour le Colloque des Invalides, XVIIIe du nom, intitulé “… et les femmes”. Il arrivait auparavant, aux Invalides, que l’on s’écharpe quelque peu sur le sujet à traiter ou sur la façon de le faire mais cette époque semble révolue. Aujourd’hui, quel que soit le thème, on trouve toujours à peu près la même chose au menu et les intervenants ne changent guère d’une session à une autre. Ceux-ci peuvent être rangés dans une des familles suivantes : les universitaires, dont la jeunesse se remarque au sein d’une assemblée plutôt chenue (ne pas oublier que ça fait dix-huit ans que ça dure), qui viennent présenter un aperçu de leurs travaux en cours; les “poètes” qui s’envolent et pour qui le sujet n’importe guère puisque de toute façon ils ne le traiteront pas; les monomaniaques qui trouvent toujours le moyen d’attacher le thème sur la selle de leur dada (Christophe Bourseiller et la politique, Marc Décimo et les fous littéraires, David Christoffel et la musique, Nelly Kaplan et Nelly Kaplan); les oulipiens et leurs épigones (Olivier Salon, Daniel Zinszner), les érudits qui ont bossé le sujet et le traitent avec grand sérieux (Paul Schneebeli); les érudits qui ont bossé le sujet mais sont incapables de le traiter dans les cinq minutes qui leur sont allouées (Jean-Paul Morel); les érudits, enfin, qui eux aussi ont bossé le sujet mais savent le présenter avec l’humour et la distance nécessaires. Ce sont mes préférés, c’est pour eux que je viens, et le fait que la plupart d’entre eux soient notuliens (et que l’autre part mériterait de l’être) n’est sans doute qu’une coïncidence.

Le cabinet de curiosités du notulographe. Rien que des bons produits à ?, en Bretagne, photo de Christophe Hubert, 2 mars 2014.

SAMEDI.

Films vus pendant la semaine. La dernière vague (The Last Wave, Peter Weir, Australie, 1977)

                              Trainspotting (Danny Boyle, G.-B., 1996).

Lecture. Dossier 64 (Journal 64, Jussi Adler Olsen, Politikens Forlag, 2004 pour l’édition originale, Albin Michel, 2014 pour la traduction française, traduit du danois par Caroline Berg; 608 p., 22,90 €).

Des quatre enquêtes du Département V traduites à ce jour, celle-ci est sans conteste la plus riche et la plus captivante. Une des raisons en est la relative mise en retrait du personnage principal, l’inspecteur Morck, homme grossier traité de façon assez grossière par son créateur, qui doit ici, au prix de nombreux retours en arrière, partager la vedette avec la femme sur laquelle il enquête. Celle-ci fut la victime, dans les années 1950, du programme de stérilisation forcée mené sur l’île de Sprogo par les autorités danoises. L’auteur donne ainsi une dimension historique et politique à son roman qui, malgré sa maladresse stylistique et le côté manichéen de ses personnages, est intéressant de bout en bout.

                          Amok (Der Amoklaüfer : eine Novelle, Stefan Zweig, 1922, traduit de l’allemand par Bernard Lortholary, In « Romans, récits et nouvelles I », Gallimard, coll. Bibliothèque de la Pléiade n° 587, 2013; 1462 p., 65 €).

              L‘Invent’Hair perd ses poils.

  

Lyon (Rhône), photo de Bernard Gautheron, 19 avril 2009 / Caussade (Tarn-et-Garonne), photo de Marc-Gabriel Malfant, 6 mars 2013

Poil & plume. [Le narrateur est dans un bar, la nuit, il décrit le jeu des reflets et des transparences dans la vitrine de ce bar] “COIFFURE écrit en oblique sur les volets fermant la boutique en face montant de la gauche vers la droite les hampes ou les jambages des lettres verticaux mais les barres des F et des E inclinées à quarante-cinq degrés environ les parties arrondies le haut et le bas du C et de l’O déformées dans le même sens ascendant l’intérieur du bar violemment éclairé se reflétant dans la glace qui le sépare de la rue de sorte que sur les deux premières lettres de l’inscription se superposaient en transparence les trois bustes (un de profil, celui qui était revenu se rasseoir à demi masqué par le troisième de dos) dans leur tenue bariolée le mot SALON au-dessus de la tête coiffée du béret grenat la tache rouge du corsage immédiatement au-dessous de l’I et de l’F, le second F et le U barrant le visage du personnage accoudé au zinc, de face (moi ?), le mot MESSIEURS peint horizontalement en caractères plus petits sur le côté droit de la devanture symétriquement au mot DAMES,… » (Claude Simon, Histoire)

DIMANCHE.

Rugby. R.A Epinal – Golbey – RC Sélestat Giessen 42 – 10.

   Courriel. Une demande d’abonnement aux notules. L’équilibre est rétabli.

LUNDI.

Vie technologique. Je prends possession d’un nouvel ordinateur, celui sur lequel j’avais l’habitude d’œuvrer était à bout de souffle et en fin de carrière. Mon côté nomade m’a poussé à choisir un portable, comme le précédent qui n’a pas quitté ma table de travail pendant des lustres. Tous les systèmes auxquels j’avais mis tant de temps à m’accoutumer étant désormais obsolètes, il faut apprendre à dompter les nouveaux et retrouver les données perdues. J’ai la semaine pour domestiquer la bête, il faut que les notules de dimanche partent à l’heure et à destination des personnes concernées, ce qui promet de belles journées et de belles nuits.

MARDI.

  Lecture. Schnock n° 7 (La Tengo éditions, juin 2013; 176 p., 14,50 €).

“Miou-Miou et Les Valseuses”, faire le tour

Où l’on apprend que “le salon de coiffure dans lequel travaille Miou-Miou dans le film existe vraiment. Il se trouve à Valence” (Drôme), c’est la boite [sic] à tifs. “Le film eut tellement de succès à l’époque que l’on vit fleurir de nombreuses Boite [re-sic] à tifs dans d’autres villes de l’Hexagone.” De Valence, l’Invent’Hair ne possède qu’un Stars Créa-Tifs publié dans les notules 451 mais contient trois Boîte à tifs sises à Cluny (Saône-et-Loire), à Gérardmer (Vosges) et au Collet-de-Dèze (Lozère) ainsi que quelques Boîte à cheveux, à ciseaux et à coupe.

MERCREDI.

Vie littéraire. Toujours sur les traces d’Ernest Gengenbach, je fais une visite à la bibliothèque de Saint-Dié. Je m’intéresse désormais à sa correspondance et je photographie quelques lettres. Je compte les retranscrire au fur et à mesure et mettre le corpus ainsi constitué à disposition des intéressés, s’il y en a. L’ensemble est assez maigre et disparate, il faudrait, en vue d’une publication aller à la pêche chez les collectionneurs, ce qui dépasse mes humbles forces : je n’ai pour l’instant réussi à récupérer qu’une seule lettre chez un membre de sa famille.

JEUDI.

Vie politique. Le Canard Enchaîné d’hier : “Hollande – Valls : de l’eau dans le gaz”; Le Monde du jour : “Valls – Hollande : une cohabitation amicale”; Le Figaro du jour : “Hollande – Valls : la guerre des nerfs”. Faudrait savoir.

Courriel. Une demande d’abonnement aux notules.

VENDREDI.

Le cabinet de curiosités du notulographe. Double protection à ? (Pyrénées-Orientales), photo de Gérard Valette, 15 juillet 2012.

SAMEDI.

Vie littéraire. Je boucle le Bulletin de l’Association Georges Perec n° 65 et l’envoie pour mise en page.

  Football. SA Spinalien – FC Chambly 3 – 2.

  Films vus. 9 mois ferme (Albert Dupontel, France, 2013)

Nous irons à Monte-Carlo (Jean Boyer, France, 1951)

Je suis supporter du Standard (Riton Liebman, France – Belgique, 2013)

Le Chant du Missouri (Meet Me in St. Louis, Vincente Minnelli, E.-U., 1944)

Mimic (Guillermo del Toro, E. – U., 1997).

L‘Invent’Hair perd ses poils.

  

Villeurbanne (Rhône), photo de Bernard Gautheron, 19 avril 2009 / Villefranche-sur-Saône (Rhône), photo de Benoît Howson, 20 février 2010

Poil & plume. “J’ai vu à Colomb-Béchar un trait que je tiens pour important. Un coiffeur avait fait peindre sur sa devanture les noms de différentes sortes de coiffures qu’il proposait à ses clientes : à la Ninon, à la garçonne, que sais-je. L’autorité militaire jugea ces noms tellement idiots, et tellement grotesques, dans un bled de l’acabit de Béchar, qu’elle ordonna au coiffeur, purement et simplement, de les faire disparaître de son enseigne. Interdit pour cause de bêtise : vous sentez bien, n’est-ce pas, que cela va loin. On aimerait voir des gouvernements interdire ceci et cela, pour cause de bêtise, sans autre motif. Et il est curieux que ce soit le gouvernement du sabre qui leur donne l’exemple de cette défense de l’esprit.” (Henry de Montherlant, Services inutiles, 1935)

Bon dimanche,

Philippe DIDION

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9 novembre 2014 – 641

LUNDI.

Obituaire. Je rate les premières heures de la rentrée pour pouvoir assister aux obsèques de G.M. en l’église d’Uxegney. Sa carrière de veuf aura été de courte durée, samedi dernier, alors que j’étais à Paris, on enterrait sa femme. J’ai fait les quatre cents coups avec leurs trois fils, surtout le plus jeune, parti, lui en 1996. Un jour, l’aîné des trois subtilisa dans un magasin d’Epinal le disque d’un groupe québécois inconnu, Le Rêve du Diable, qui devait décider de ma carrière musicale, des mes plus longs voyages et de quelques solides amitiés tissées de part et d’autre de l’Atlantique. G. et ses fils étaient de forts joueurs de cartes et de fins pêcheurs, ce que je ne fus jamais et me valut de leur part force sarcasmes. Je leur dois, et je les en remercie sincèrement, de ne jamais toucher une carte à jouer et de ne pratiquer la pêche que sans témoins.

Epinal – Châtel-Nomexy (et retour). Laurent Schmitt, Premiers pas en psychothérapie (Elsevier Masson, 2010).

MARDI.

Lecture. Seul dans Berlin (Jeder stirbt für sich allein, Hans Fallada, 1947 pour l’édition originale, Plon, 1967 pour l’édition française, rééd. Gallimard, coll. Folio n° 3977, 2004, traduit de l’allemand par André Vandevoorde; 560 p., 8,90 €).

Dans ce roman écrit juste avant sa mort, Hans Fallada dresse un tableau de la vie quotidienne à Berlin en 1940. Dans un immeuble de la rue Jablonski vivent plusieurs familles dont les rapports au Reich sont variés : des Juifs, des nazis convaincus, des dénonciateurs, des indifférents, des résistants plus ou moins engagés. Un couple, les Quangel, va se lancer dans la rédaction de messages dénonçant les exactions du régime, messages qui seront déposés aux quatre coins de la ville jusqu’à l’arrestation de leurs auteurs. Le sujet du livre est inattaquable : montrer la vie quotidienne d’une population confrontée à des événements tragiques, dénoncer la barbarie, glorifier la résistance de l’ombre. Primo Levi considérait d’ailleurs Seul dans Berlin comme “l’un des plu beaux livres sur la résistance allemande antinazie”. Maintenant, si l’on regarde l’aspect littéraire de la chose, le tableau est plus terne. Hans Fallada écrit dans un style naturaliste appliqué, un rien désuet, et les dernières pages font appel à un sentimentalisme un peu outré. Heureusement, il use, pour la partie fictionnelle de son livre, d’une technique éprouvée et efficace. L’histoire du couple Quangel, avec la menace qui pèse sans cesse sur eux, donne lieu à des chapitres bien menés, avec du suspense, des péripéties, des rebondissements qui savent maintenir l’intérêt du lecteur.

MERCREDI.

Lecture. La Collection invisible (Die unsichtbare Sammlung, Stefan Zweig, 1925, traduit de l’allemand par Bernard Lortholary, In « Romans, récits et nouvelles I », Gallimard, coll. Bibliothèque de la Pléiade n° 587, 2013; 1462 p., 65 €).

VENDREDI.

Poil info. “La direction d’Olivier Dachkin, la plus importante chaîne de salons de coiffure du pays, a interdit à ses employés de discuter de sujets politiques ou religieux avec leurs clients, écrit Het Nieuwsblad.

Si un client commence à aborder un tel sujet, il est demandé au coiffeur de rapidement couper court à la conversation et d’aborder plutôt d’autres sujets tels que le temps, la coiffure ou la famille.” (lesoir.be).

Le cabinet de curiosités du notulographe. Trois fois rien.

    

Paris, rue Duguay-Trouin, photo de Pierre Cohen-Hadria, 7 novembre 2013 / Dieppe (Seine-Maritime), photo du même, 14 octobre 2001 / Sainte-Enimie (Lozère), photo de Sylvie Mura, 30 juillet 2014

SAMEDI.

Films vus. La Vie domestique (Isabelle Czajka, France, 2013)

Les Innocents (André Téchiné, France, 1987)

La Marche (Nabil Ben Yadir, France – Belgique, 2013).

IPAD (Itinéraire Patriotique Alphabétique Départemental). 25 août 2013. 137 km. (23349 km).

143 habitants

   Pas de monument aux morts visible. Les noms des victimes figurent sur celui de Bertrimoutier.

L’Invent’Hair perd ses poils.

  

Autun (Saône-et-Loire), photo de Philippe de Jonckheere, 13 décembre 2009 / Chauffayer (Hautes-Alpes), photo de Marc-Gabriel Malfant, 9 décembre 2013

Poil et plume. “Bod’a Cervinka se mettait toujours en quatre pour mes cheveux. Ces cheveux, disait-il, sont ce qui nous reste d’un ancien âge d’or, jamais je n’ai eu sous mon peigne des cheveux pareils. Bod’a démêlait mes cheveux, on aurait dit qu’il avait allumé deux flambeaux dans sa boutique, l’incendie de mes cheveux brûlait dans les miroirs, les lavabos et les carafes et force m’était de reconnaître que Bod’a disait vrai.” (Bohumil Hrabal, La Chevelure sacrifiée)

Bon dimanche,

Philippe DIDION

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16 novembre 2014 – 642

DIMANCHE.

Courriel. Deux demandes d’abonnement aux notules.

Lecture. Un loufoque à Radio Londres : La Guerre des ondes (Pierre Dac, présenté par Jacques Pessis, Omnibus, coll. Bibliomnibus, 2014; 186 p., 9 €).

Compte rendu à rédiger pour Histoires littéraires.

LUNDI.

L’emploi devant soi. « […] la jeune femme est aussi attachante. Une fille qui a arrêté l’école à 15 ans mais peut parler avec passion de La Vie mode d’emploi de Romain Gary. » (Le Parisien – Aujourd’hui en France du jour, à propose de Nabilla et de ses ennuis judiciaires).

MERCREDI.

 Epinal – Châtel-Nomexy (et retour). Alice Munro, Dance of the Happy Shades (Vintage, 2000) à l’aller et Paulo Coelho, L’Alchimiste (J’ai lu, 2007) au retour.

VENDREDI.

Lecture. Revue des Deux Mondes (juin 2013, 192 p., 13 €).

“Proust vu d’Amérique”

Il est rare de trouver plus d’un ou deux articles intéressants dans la Revue des Deux Mondes. Le mot de Michel Crépu, son directeur, vaut souvent le détour mais il est bien maigre. Les numéros de cet été ont surtout valu par un entretien avec Roger Grenier, et encore : celui-ci n’y relate que des faits que sa longue vie lui a permis de signaler à maintes et maintes reprises. Raison de plus pour signaler cette livraison, passionnante de bout en bout, sur la présence de Proust en Amérique. Ioanna Kohler y parle de la réception de Proust de ce côté-là de l’Atlantique, des événements organisés en 2013 pour le centenaire du premier tome de la Recherche, puis s’entretient avec des spécialistes, des amateurs, des écrivains (Daniel Mendelsohn, Stephen G. Breyer, Adam Gopnik). On y parle aussi des caricatures de Proust parues dans The New Yorker, de la présence de l’Amérique dans la correspondance proustienne, d’autres choses encore qui montrent que si le Japon est une terre où le petit Marcel a engendré toute une école critique, l’Amérique est un continent où il possède des amateurs éclairés et passionnés.

Le cabinet de curiosités du notulographe. Plaques de rues sortant de l’ordinaire à Xirocourt (Meurthe-et-Moselle), photos de l’auteur, 14 mars 2014.

  

SAMEDI.

Films vus pendant la semaine. Fonzy (Isabelle Doval, France, 2013)

                                  Le Temps de l’innocence (The Age of Innocence, Martin Scorsese, E.-U., 1993)

                                  La Journée de la jupe (Jean-Paul Lilienfeld, France – Belgique, 2008)

                                  Mon âme par toi guérie (François Dupeyron, France, 2013)

                                  Les Invincibles (Frédéric Berthe, France, 2013).

IPAD (Itinéraire Patriotique Alphabétique Départemental). 1er septembre 2013. 76 km. (23425 km).

300 habitants

   C’est une courte stèle de ciment entourée d’une grille métallique peinte en noir, à laquelle sont adossés un buis et deux groseilliers du Japon. Peints en noir également deux affûts de canon et une douille d’obus qui encadrent la colonne. Celle-ci porte un médaillon représentant un Poilu de profil, souligné par une guirlande végétale.

La commune de Liézey

A ses enfants

Morts pour la France

1914-1918

1939-1945

Pas de noms. Ceux-ci, il y en a 24 pour 14-18, sont sur les plaques qui se trouvent à l’intérieur de l’église, de chaque côté d’une statue de Jeanne d’Arc. Je suis heureux de pénétrer en lieu où officia, en son temps, l’abbé Jean Gengenbach.

              L’Invent’Hair perd ses poils.

  

Saint-Pourçain-sur-Sioule (Allier), photo de Philippe de Jonckheere, 6 mars 2009 / Digne-les-Bains (Alpes-de-Haute-Provence), photo de Marc-Gabriel Malfant, 31 décembre 2011

              Poil et pellicule.

  

Images extraites de Petite histoire tirée par les cheveux, court métrage de Christian Hornung (Allemagne, 2009) diffusé sur ARTE le 13 mai 2014. Un coiffeur de Hambourg raconte à sa clientèle une histoire qu’il invente et poursuit jour après jour. Tout le film se passe dans le salon de coiffure.

Bon dimanche,

Philippe DIDION

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23 novembre 2014 – 643

DIMANCHE.

Rugby. RA Epinal-Golbey – Hayange 16 – 27.

Bien sûr, un dimanche avec rugby signifie un dimanche sans galop vers les monuments aux morts et un numéro de notules sans IPAD. Ce pourrait être fâcheux, c’est en fait rassurant : je vis, alors que j’atteins à peine la moitié de ce chantier ouvert il y a quinze ans, dans la crainte tenace de le voir se finir. Je redoute le dimanche qui me verra prendre en photo le monument de Zincourt, s’il existe, dernière commune des Vosges alphabétiquement parlant. Que ferai-je ensuite ? J’y ai déjà pensé, on s’en doute : je reprendrai le chantier à l’envers, je me lancerai dans une autre aventure pérégrine en parcourant les départementales des Vosges dans l’ordre de leurs numérotation, D1, D2, D3, etc., je trouverai autre chose, mais je ne suis pas pressé.

Lecture. Chroniques d’un patachon : Paris 1930-1935 (Pierre de Régnier, La Table Ronde, 2014; 400 p., 19 €).

Compte rendu à rédiger pour Histoires littéraires.

LUNDI.

Epinal – Châtel-Nomexy (et retour). Rubin Goulven, Introduction à la macroéconomie : cours et exercices (PUF, 2011).

MERCREDI.

Epinal – Châtel-Nomexy (et retour). Eric Dénécé, Claude Revel, L’autre guerre des Etats-Unis (Robert Laffont, 2005) à l’aller et Aïssam Aït Yahya, De l’idéologie islamique française (Nawa, 2013) au retour.

JEUDI.

Lecture. Dernière conversation avec Lola Faye (The Last Talk with Lola Faye, Thomas H. Cook, Houghton Mifflin Harcourt Publishing Company, 2010 pour l’édition originale, Points P 3297, 2014 pour la traduction française, traduit de l’américain par Gérard de Chergé; 358 p., 7,60 €).

Le titre ne ment pas : tout le livre est occupé par une conversation entre le narrateur (Luke, professeur d’université en tournée promotionnelle pour son dernier ouvrage) et cette Lola Faye qu’il a connue dans sa jeunesse et qui est venue à sa rencontre pour remuer le passé. Un passé bien trouble, on connaît le goût de Thomas H. Cook pour les histoires familiales tragiques et il reste ici fidèle à ses thèmes privilégiés. Chaque étape de la conversation avec Lola Faye éveille chez Luke un certain nombre de souvenirs qui donnent lieu à autant de retours en arrière. Petit à petit, les certitudes de Luke au sujet de son père – embarqué, d’après ses convictions, dans une aventure extra-conjugale avec Lola Faye et assassiné par le mari de celle-ci – vacillent et la vérité sort du puits. Même si l’on peut lu reprocher quelques longueurs et facilités dans le maniement du suspense, Thomas H. Cook se montre expert en construction dramatique, ce qui ne surprendra pas les fidèles de son œuvre (Les Feuilles mortes, Au lieu-dit Noir-Etang…), une des plus attachantes du polar américain d’aujourd’hui.

VENDREDI.

Le cabinet de curiosités du notulographe. L’art du contraste à Maconcourt (Vosges), photo de l’auteur, 1er novembre 2013.

SAMEDI.

  Lecture. Vingt-quatre heures de la vie d’une femme (Vierundzwanzig Stunden aus dem Leben einer Frau, Stefan Zweig, 1925, traduit de l’allemand par Olivier Le Lay, In « Romans, récits et nouvelles I », Gallimard, coll. Bibliothèque de la Pléiade n° 587, 2013; 1462 p., 65 €).

Films vus. Vatel (Roland Joffé, France – G.-B. – Belgique, 2000)

Deuxième vie (Patrick Braoudé, France, 2000)

L’Hypnotiseur (Hypnotisören, Lasse Hallström, Suède, 2012)

Il était un petit navire (Barnacle Bill, Charles Frend, G.-B., 1957)

Antoine et Colette (François Truffaut, France, 1962). Il me manquait une demi-heure pour pouvoir dire que j’avais vu tout ce que Truffaut avait tourné. Une demi-heure, c’est la durée de ce court-métrage, extrait d’un film à sketchs intitulé L’Amour à vingt ans. On y retrouve Antoine Doinel entre Les 400 coups et Baisers volés. Aujourd’hui, je peux le claironner, j’ai vu tout Truffaut. J’ai aussi vu tout Jean Girault et tout Claude Zidi mais je le dis moins fort.

L’Invent’Hair perd ses poils.

  

Saint-Symphorien-d’Ozon (Rhône), photo d’Alain Zalmanski, 3 juin 2009 / Sallèles-d’Aude (Aude), photo de Marc-Gabriel Malfant, 24 juillet 2010

Poil et plume. “J’en ai marre d’avoir une tête de berger”, a dit Robert, inspectant ses cheveux dans le miroir. “Tu veux pas me faire une coupe de star du rock des années cinquante ?” Bien que très attachée à ses boucles rebelles, j’ai sorti mes grands ciseaux et j’ai commencé à tailler dans la masse en pensant “rockabilly”. J’ai tristement choisi une boucle que j’ai rangée dans un livre, tandis que Robert, fasciné par sa nouvelle image, s’attardait devant son reflet.” (Patti Smith, Just Kids)

Bon dimanche,

Philippe DIDION

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30 novembre 2014 – 644

DIMANCHE.

Rugby. Mutzig – RA Epinal-Golbey 26 – 3.

C’est le printemps. Une température à faire péter les bourgeons, un franc soleil. Le président du club et moi-même partons rejoindre nos joueurs de l’autre côté des Vosges, les tricots sont restés dans les armoires et les lunettes de soleil sont de sortie. Tout ça pour découvrir, une fois le col franchi, une Alsace givrée, glacée, figée dans un brouillard qui ne se lèvera pas. Là-dessus, un match et un score qui nous tombent dessus comme une poignée de glaçons supplémentaires qu’on nous aurait glissés dans le cou.

LUNDI.

Lecture. Pour que tu ne te perdes pas dans le quartier (Patrick Modiano, Gallimard, 2014; 160 p., 16,90 €).

Si je consulte la liste des Nobel de littérature depuis la création du prix (1901), je m’aperçois, et je ne suis sans doute pas le seul, que je n’ai rien lu de la majorité d’entre eux. Et je ne parle pas seulement des obscurs : rien lu d’Anatole France (mais ça viendra), rien lu de Maeterlinck, de Pirandello, d’Octavio Paz ou de Coetzee. Ceux que j’ai pratiqués, à l’exception de Steinbeck, Faulkner et Thomas Mann, sont français : Camus, Sartre, Mauriac, Gide, Martin du Gard, que j’aurais lus de toute façon avec ou sans prix. Il y en a un aussi dont je n’ai lu qu’une seule phrase, que je connais encore par cœur : “Le jeune siècle prenait de l’âge”, incipit d’un roman de Paul Heyse, Prix Nobel 1910, dont j’avais trouvé un exemplaire détrempé dans un pré à Deycimont (Vosges) entre deux bouses de vache.

Tout cela pour dire que la récompense suprême que vient d’obtenir Modiano ne change pas vraiment ma relation à cet auteur : je l’ai lu, et abondamment, avant, je le lirai après. Ce qui ne m’empêche pas de considérer que Modiano ne fait pas tache dans un palmarès qui contient des noms bien plus contestables que le sien. Quand on parle de Nobel, on parle d’une œuvre, d’un tout. Une œuvre, ce n’est pas une succession de titres. C’est un ensemble pensé, pesé, construit, cohérent, dans lequel les différents éléments s’appellent et se répondent par des phénomènes d’écho, de reprise, de correspondance, bref c’est un corps unique, immédiatement identifiable. Peu d’œuvres répondent mieux à cette tentative de définition que celle de Modiano – à tel point qu’on a pu dire, hâtivement, qu’il écrivait toujours le même livre. Un raccourci inexact bien sûr, mais compréhensible dans la mesure où Modiano écrit toujours à partir des mêmes traumatismes fondateurs, essentiellement familiaux, écrit toujours sur le même thème, l’exploration du passé, écrit toujours avec le même style. Pour que tu ne te perdes pas dans le quartier n’a donc surpris personne, certains s’en sont plaints mais il s’agit simplement d’ajouter une pierre à l’édifice. Les connaisseurs ont remarqué la parenté de ce dernier titre avec Remise de peine, les amateurs se sont réjouis de pouvoir plonger à nouveau dans cet univers unique, troublant et justement récompensé.

MARDI.

  Lecture. Rachel dispute avec Dieu (Rachel rechtet mit Gott, Stefan Zweig, 1927, traduit de l’allemand par Bernard Banoun, In « Romans, récits et nouvelles I », Gallimard, coll. Bibliothèque de la Pléiade n° 587, 2013; 1462 p., 65 €).

VENDREDI.

Football. SA Spinalien – SR Colmar 1 – 2.

Le cabinet de curiosités du notulographe. Poésie urbaine à Nantes (Loire-Atlantique), photo de Christophe Hubert, 13 avril 2014.

SAMEDI.

  Films vus. La Vie d’Adèle, chapitres 1 & 2 (Abdellatif Kechiche, France – Tunisie – Belgique – Espagne, 2013)

Une vie (Alexandre Astruc, France, 1958)

Suzanne (Katel Quillévéré, France, 2013)

Félicie Nanteuil (Marc Allégret, France, 1944)

Les Garçons et Guillaume, à table ! (Guillaume Gallienne, France – Belgique), 2013.

L’Invent’Hair perd ses poils.

 

Goven (Ille-et-Vilaine), document de Ronan Céron, 8 novembre 2009 / Brioude (Haute-Loire), photo de Marc-Gabriel Malfant, 18 mars 2013

Poil et plume. “Étranger, permets que je te touche, et que mes mains, qui étreignent rarement celles des vivants, s’imposent sur la noblesse de ton corps. Quoi qu’il en arrive, je saurais à quoi m’en tenir. Ces cheveux sont les plus beaux que j’aie touchés dans ma vie. Qui serait assez audacieux pour constater que je ne connais pas la qualité des cheveux ?” (Lautréamont, Les Chants de Maldoror)

Bon dimanche,

Philippe DIDION

 

 

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DIMANCHE.

Rugby. Mutzig – RA Epinal-Golbey 26 – 3.

C’est le printemps. Une température à faire péter les bourgeons, un franc soleil. Le président du club et moi-même partons rejoindre nos joueurs de l’autre côté des Vosges, les tricots sont restés dans les armoires et les lunettes de soleil sont de sortie. Tout ça pour découvrir, une fois le col franchi, une Alsace givrée, glacée, figée dans un brouillard qui ne se lèvera pas. Là-dessus, un match et un score qui nous tombent dessus comme une poignée de glaçons supplémentaires qu’on nous aurait glissés dans le cou.

 

 

LUNDI.

Lecture. Pour que tu ne te perdes pas dans le quartier (Patrick Modiano, Gallimard, 2014; 160 p., 16,90 €).

Si je consulte la liste des Nobel de littérature depuis la création du prix (1901), je m’aperçois, et je ne suis sans doute pas le seul, que je n’ai rien lu de la majorité d’entre eux. Et je ne parle pas seulement des obscurs : rien lu d’Anatole France (mais ça viendra), rien lu de Maeterlinck, de Pirandello, d’Octavio Paz ou de Coetzee. Ceux que j’ai pratiqués, à l’exception de Steinbeck, Faulkner et Thomas Mann, sont français : Camus, Sartre, Mauriac, Gide, Martin du Gard, que j’aurais lus de toute façon avec ou sans prix. Il y en a un aussi dont je n’ai lu qu’une seule phrase, que je connais encore par cœur : “Le jeune siècle prenait de l’âge”, incipit d’un roman de Paul Heyse, Prix Nobel 1910, dont j’avais trouvé un exemplaire détrempé dans un pré à Deycimont (Vosges) entre deux bouses de vache.

 

 

Tout cela pour dire que la récompense suprême que vient d’obtenir Modiano ne change pas vraiment ma relation à cet auteur : je l’ai lu, et abondamment, avant, je le lirai après. Ce qui ne m’empêche pas de considérer que Modiano ne fait pas tache dans un palmarès qui contient des noms bien plus contestables que le sien. Quand on parle de Nobel, on parle d’une œuvre, d’un tout. Une œuvre, ce n’est pas une succession de titres. C’est un ensemble pensé, pesé, construit, cohérent, dans lequel les différents éléments s’appellent et se répondent par des phénomènes d’écho, de reprise, de correspondance, bref c’est un corps unique, immédiatement identifiable. Peu d’œuvres répondent mieux à cette tentative de définition que celle de Modiano – à tel point qu’on a pu dire, hâtivement, qu’il écrivait toujours le même livre. Un raccourci inexact bien sûr, mais compréhensible dans la mesure où Modiano écrit toujours à partir des mêmes traumatismes fondateurs, essentiellement familiaux, écrit toujours sur le même thème, l’exploration du passé, écrit toujours avec le même style. Pour que tu ne te perdes pas dans le quartier n’a donc surpris personne, certains s’en sont plaints mais il s’agit simplement d’ajouter une pierre à l’édifice. Les connaisseurs ont remarqué la parenté de ce dernier titre avec Remise de peine, les amateurs se sont réjouis de pouvoir plonger à nouveau dans cet univers unique, troublant et justement récompensé.

 

 

MARDI.

Lecture. Rachel dispute avec Dieu (Rachel rechtet mit Gott, Stefan Zweig, 1927, traduit de l’allemand par Bernard Banoun, In « Romans, récits et nouvelles I », Gallimard, coll. Bibliothèque de la Pléiade n° 587, 2013; 1462 p., 65 €).

 

 

VENDREDI.

Football. SA Spinalien – SR Colmar 1 – 2.

 

Le cabinet de curiosités du notulographe. Poésie urbaine à Nantes (Loire-Atlantique), photo de Christophe Hubert, 13 avril 2014.

 

 

 

SAMEDI.

Films vus. La Vie d’Adèle, chapitres 1 & 2 (Abdellatif Kechiche, France – Tunisie – Belgique – Espagne, 2013)

Une vie (Alexandre Astruc, France, 1958)

Suzanne (Katel Quillévéré, France, 2013)

Félicie Nanteuil (Marc Allégret, France, 1944)

Les Garçons et Guillaume, à table ! (Guillaume Gallienne, France – Belgique), 2013.

 

L’Invent’Hair perd ses poils.

 

 

Goven (Ille-et-Vilaine), document de Ronan Céron, 8 novembre 2009 / Brioude (Haute-Loire), photo de Marc-Gabriel Malfant, 18 mars 2013

 

Poil et plume. “Étranger, permets que je te touche, et que mes mains, qui étreignent rarement celles des vivants, s’imposent sur la noblesse de ton corps. Quoi qu’il en arrive, je saurais à quoi m’en tenir. Ces cheveux sont les plus beaux que j’aie touchés dans ma vie. Qui serait assez audacieux pour constater que je ne connais pas la qualité des cheveux ?” (Lautréamont, Les Chants de Maldoror)

 

 

Bon dimanche,

 

 

Philippe DIDION