Août 2015

9 août 2015 – 673

LUNDI.

Lecture. L’Hôtel du Nord (Eugène Dabit, Denoël, 1929, rééd. Le Livre de poche n° 14, 1969; 192 p., s.p.m.).

Quand on cherche les romans d’immeuble ayant précédé La Vie mode d’emploi, on cite communément Le Diable boiteux, Pot-Bouille ou Aimé de son concierge. On oublie cet Hôtel du Nord, premier roman d’Eugène Dabit qui n’eut pas le temps d’en écrire beaucoup d’autres : invité par André Gide à participer à un voyage en URSS, il y chopa la scarlatine et mourut à l’âge de 37 ans à l’hôpital de Sébastopol. Il n’empêche que l’on se trouve bien, dans ce roman, enfermé à l’intérieur d’un immeuble, un hôtel modeste situé sur le quai de Jemmapes – comme celui des parents de l’auteur. Les clients s’y succèdent, occupent une chambre, meublent un chapitre, parfois plus, et s’en vont on ne sait où. Des ouvriers, des bonnes, des humbles que la plume de Dabit, loin de la férocité d’un Zola, traite avec empathie, ce qui lui vaudra l’étiquette de romancier populiste. Henri Jeanson et Jean Aurenche, qui adaptèrent le roman pour Marcel Carné en 1938 avec le succès que l’on sait (“Atmosphère !”), ont dû faire un important travail de transformation pour donner du liant à cette série de vignettes en chambre qui ne sont réunies, chez Dabit, que par la présence en continu des patrons de l’hôtel, M. et Mme Lecouvreur. Dans la dernière page, Mme Lecouvreur assiste à la démolition de son hôtel dont la façade, éventrée par les ouvriers, laisse un moment apparaître l’intérieur des différentes chambres. Soit l’image en coupe d’un immeuble, comme sur le dessin de Sternberg qui donna à Perec l’idée de La Vie mode d’emploi.

Le Chandelier enterré (Der begrabene Leuchter, Stefan Zweig, 1936, traduit de l’allemand par Bernard Banoun, in “Romans, nouvelles et récits II”, Gallimard, coll. Bibliothèque de la Pléiade n° 588, 2013; 1574 p., 65 €).

VENDREDI.

Le cabinet de curiosités du cabinet de curiosités du notulographe.

Paris (Seine), rue Saint-Jacques, photo de l’auteur, 17 janvier 2015

SAMEDI.

Lecture. Force majeure (Force of Nature, C.J. Box, G.P. Putnam’s Sons, 2012 pour l’édition originale, Calmann-Lévy, coll. Robert Pépin présente…, 2014 pour la traduction française, traduit de l’américain par Aline Weill; 392 p., 21,90 €).

Dans la notule consacrée à son livre précédent, Vent froid, on signalait un certain essoufflement chez C.J. Box. On avait l’impression qu’il était arrivé au bout de son personnage fétiche (Joe Pickett, garde-chasse du Wyoming) et qu’il n’arrivait plus à en tirer grand-chose. L’auteur lui-même a dû faire ce constat car il laisse ici Joe Pickett dans une ombre relative pour mettre en avant un personnage secondaire des aventures précédentes, le fauconnier Nate Romanowski. Ce qui entraîne un changement d’échelle : on quitte les histoires de chasse, la poursuite des braconniers et les troupeaux de wapitis pour une intrigue beaucoup plus convenue, pleine de membres de forces spéciales, de missions secrètes, d’événement liés au 11-Septembre, ce genre de choses. On le regrette un peu, car c’est le côté western qui faisait l’originalité de C.J. Box mais son récit est ici assez enlevé pour que le lecteur oublie ses réticences et se laisse mener par le bout du nez.

Un homme qu’on n’oublie pas (Anton, Friend of All the World. The Most Unforgettable Character I Ever Met, Stefan Zweig, 1936, traduit de l’allemand par Isabelle Kalinowski, in “Romans, nouvelles et récits II”, Gallimard, coll. Bibliothèque de la Pléiade n° 588, 2013; 1574 p., 65 €).

  Films vus. Beur sur la ville (Djamel Bensalah, France, 2013)

                               Palo Alto (Gia Coppola, E.-U., 2013)

Maps to the Stars (David Cronenberg, Canada – Allemagne – France – E.-U., 2014)

Au fil d’Ariane (Robert Guédiguian, France, 2014).

IPAD (Itinéraire Patriotique Alphabétique Départemental). 9 février 2014. 59 km. (25191 km).

10 habitants

   Pas de monument aux morts visible.

  L’Invent’Hair perd ses poils. 

Pauillac (Gironde), photo de Laurence Bessac, 3 avril 2010

              Poil et plume.

« Le commissariat était en fait un assemblage de petits bâtiments en crépi jaune, situés à l’angle de Church Street et de Kenneth Street, collé d’un côté au temple des témoins de Jéhovah et de l’autre au snack chinois La cuisine de Pékin. Plus haut dans la rue, un coiffeur, bravant le politiquement correct, avait baptisé sa boutique Interdit aux dames. » (Peter May, L’Île des chasseurs d’oiseaux)

Vie en Creuse. Des films vus, il ne risque pas d’y en avoir des kilos dans les jours à venir. Nous partons aujourd’hui pour la Creuse, chère à mon cœur de touriste au petit pied, où les écrans de toute sorte ne risquent pas d’encombrer mon quotidien. Nous partons avec un souci en moins depuis hier : Lucie a trouvé de quoi se loger pour sa première année universitaire, le bail est signé, tout roule. Il a fallu pour cela mobiliser quelques amitiés nancéiennes, éviter les marchands de sommeil qui font du site leboncoin.fr un guet-apens permanent, un véritable carrefour des aigrefins. Je lis la presse du jour dans l’auto qui nous conduit à notre lieu de villégiature, notamment un bel article du Monde sur le séjour de Nabokov à Montreux. Comme lui, j’aimerais passer la fin de ma vie à l’hôtel. Le Montreux Palace m’étant inaccessible, je me contenterais volontiers du Lion d’Or de Gouzon (Creuse) pour mes vieux jours. Ai-je dit que je collectionnais les photos d’hôtels du Lion d’Or ? J’arrive à destination les larmes aux yeux, non en raison de l’émotion – réelle – qui m’étreint quand j’atteins la pancarte “Vous êtes en Creuse” mais à cause du récit hilarant que fait Robert Charlebois, dans le feuilleton que lui consacre ces temps-ci France Inter, d’une tournée accomplie en compagnie de Léo Ferré. Sur place, comme à chaque fois que j’investis un nouveau logis, j’entreprends de disperser mes affaires dans des endroits où je serai sûr de les retrouver, ce qui me vaudra de passer le reste du séjour à me demander où j’ai bien pu planquer mes lunettes, mon couteau, l’appareil photo, mon carnet d’adresses, ma casquette ou mon briquet. Les asticots et les vers, je sais, c’est dans le bac à légumes du frigo, je pars à la pêche.

DIMANCHE.

Vie culturelle. Le temps mitigé autorise une escapade jusqu’à Savennes (Creuse) où la Maison du Tailleu (“le plus grand musée de Savennes”) propose une exposition sur Bruno Montpied. Bruno Montpied, je le connais un peu. Il s’occupe d’art brut et anime, sur ce sujet, un site Internet à l’enseigne du Poignard subtil. Il m’avait sollicité pour y inclure quelques photos parues dans les notules. L’été dernier, j’avais retrouvé son nom dans un ouvrage consacré à François Michaud, le sculpteur de Masgot (Creuse). Il est donc ici en terrain de connaissance, reçu par le propriétaire des lieux (car il faut bien recevoir Montpied quelque part) qui nous sert de guide. Les œuvres de Bruno Montpied m’intéressent moins que celles qui les côtoient, émanant d’artistes plus ou moins locaux. Notamment celles d’un certain Pépé Vignes, originaire du Sud-Ouest je crois, dont on peut voir quelques dessins naïfs et les bons points qu’il confectionnait pour servir de papier monnaie auprès des commerçants de son entourage. Je me promets de me pencher sur le cas de Pépé Vignes dès mon retour aux affaires vosgiennes.

LUNDI.

Lecture. Valcrétin (Régis Messac, Jean-Claude Lattès, 1973. rééd. Ex nihilo, 2009; 174 p., 15 €).

Adossées à la Société des Amis de Régis Messac, à laquelle je m’honore d’appartenir, les éditions Ex nihilo accomplissent un beau travail de réédition sur les œuvres de cet auteur. Ses écrits théoriques, sur le détective novel, sur le latin, et ses romans, dont Quinzinzinzili que je considère comme un chef-d’œuvre et ce Valcrétin que je découvre. Cela commence comme un récit d’aventures à la Jules Verne, avec une discussion entre un mécène, un professeur et son élève, qui débouche sur la décision de monter une expédition vers une île proche des côtes chiliennes susceptible d’abriter une population digne d’être étudiée : “Tel était l’objet de notre discussion, d’où devait sortir pour nous une bien singulière aventure”, phrase vernienne par excellence. Mais sitôt les voyageurs arrivés sur les lieux, on quitte le domaine de l’aventure classique avec son lot d’exotisme et de découvertes merveilleuses. Car l’île est on ne peut plus hostile et ses habitants sont des sous-hommes qui n’ont même pas atteint l’âge du feu ou de la pierre taillée. Ils semblent sujets à une forme accentuée de crétinisme : tarés, goitreux, idiots, crasseux, visqueux, obsédés, dévorant continuellement et déféquant à jet continu. Régis Messac ne vise pas à créer la surprise ou la peur, mais tout simplement, comme il le fait dire à son narrateur, l’écœurement. Et il réussit diablement son coup, mettant à contribution tout le vocabulaire de la laideur et du dégoût. Dans sa préface, Natacha Vas Deyres s’attache à inscrire le livre dans l’histoire littéraire et dans l’Histoire tout court. Pour la première, il est lié aux récits philosophiques de Swift ou Voltaire et rappelle des récits d’aventure décevante dus à H.G. Wells (Le Pays des aveugles) ou au moins connu William Lemkin (Isle of the Gargoyles). Pour la seconde, il exprime, comme Quinzinzinzili, le pessimisme viscéral de Messac vis-à-vis de l’humanité. Il faut dire que ce récit fut écrit en 1942-43, en pleine Occupation, soit juste avant l’arrestation de son auteur et sa mort en camp de concentration. Mais il y a une autre dimension que la préfacière passe sous silence : l’humour. Il me semble que Régis Messac n’a pas utilisé le mot “crétin” dans chaque page, rédigé des phrases comme “les dispositions des crétins, si crétins il y avait, n’étaient sans doute pas des plus accueillantes”, nommé des lieux Valcrétin, Crétinville et Crétin-Harbour (“employé d’abord pas le capitaine Portier qui avait ses accès d’anglomanie”) sans éprouver une certaine jubilation. Jubilation que j’ai ressentie, en tout cas, en tant que lecteur.

Corps du roi (Pierre Michon, Verdier, 2002; 112 p., 8 €).

En Creuse, lisons creusois. C’est du moins ce que je m’efforce de faire, réservant la découverte des écrits de Michon à mes séjours sur ses terres. Le monde est bien vaste, l’œuvre de Michon bien mince et il ne s’agit pas de gaspiller le plaisir que celle-ci me procure en la dilapidant sous tous les azimuts. Il me reste je crois deux livres de Michon à lire, j’espère donc revenir ici au moins deux fois. Avant d’entamer sa relecture.

MARDI.

  Lecture. Fleurs de ruine (Patrick Modiano, Seuil, 1991, rééd. Points P 162, 1995; 160 p., 5,50 €).

En Creuse, complétons nos manques dans la connaissance de l’œuvre de Modiano. Là aussi, il ne me reste que deux ou trois titres à découvrir. Si j’avais choisi de lire celui-ci à Paris, cela m’aurait coûté cher en tickets de métro pour le suivre car c’est un récit (et non un roman, le côté autobiographique n’est pas masqué) ambulatoire qui, contrairement à d’autres histoires, ne se limite pas à un quartier mais court d’un bout à l’autre de la capitale.

MERCREDI.

Lecture. Ce pas et le suivant (Pierre Bergounioux, Gallimard, coll. nrf, 1985; 194 p., s.p.m.).

En Creuse, n’oublions pas le voisin de Corrèze, dont l’ombre immense couvre bien plus qu’un département. On a été trop gâté, et imprudent, avec Bergounioux. De 2006 à 2012, on a reçu en uppercut les trois tomes de ses Carnets de notes et une fois la surprise passée à la lecture du premier – car jamais personne n’avait parlé de soi ainsi auparavant – on s’est précipité sur les suivants sans calculer qu’il faudrait attendre dix ans avant que le prochain volume paraisse, ceci dans l’hypothèse que la vie, la force et l’envie continuent d’habiter le bonhomme, ce qui est tout le mal qu’on lui souhaite. Alors depuis, on meuble comme on peut. Heureusement, contrairement à Michon, l’œuvre est vaste, multiforme : il y est question de chasse, de grammaire, de style, de Descartes, de Faulkner… On y trouve même des romans, le genre dans lequel Bergounioux a d’ailleurs débuté. Ses premiers pas, accomplis avec Catherine en 1984, étaient moins convaincants que celui-ci où il se montre capable de faire dans la fiction classique, avec un fond historique, une intrigue, des rebondissements, un personnage central – bûcheron dans les Landes, autant dire qu’il gagne son pin à la sciure de son front – qui évolue au gré des rencontres et des événements. Fiction classique dans ses composantes donc mais traitée par Bergounioux, ce qui signifie qu’elle n’a rien de classique : la richesse démesurée de la langue, l’introspection poussée à l’extrême, le choix de ne jamais décrire ou nommer les événements mais de les laisser deviner par le lecteur au prix d’un véritable travail de réflexion et d’analyse qui oblige souvent à la relecture, cela est éminemment bergouniesque. Et savoureux.

VENDREDI.

Le cabinet de curiosités du notulographe. Notice fumeuse à l’Astrotel de Romorantin-Lanthenay (Loir-et-Cher), photo de l’auteur.

SAMEDI.

Lecture. Les Coups (Jean Meckert, Gallimard, 1942, rééd. Gallimard, coll. Folio n° 3668, 2002; 288 p., s.p.m.).

Lorsqu’il entra dans la Série Noire, Jean Meckert devint John Amila, puis Jean Amila, un nom sous lequel il fit paraître quantité de polars de qualité inégale, certes, mais où le meilleur (Le Boucher des Hurlus par exemple) l’emporte sur le moins bon (Sans attendre Godot et autres aventures de truands plutôt convenues). Ce n’était peut-être pas son ambition au départ lorsqu’il fit paraître Les Coups, son premier roman. On l’imagine plutôt, en lisant ce livre, en héritier de Jules Vallès ou en rival de Céline. Le héros des Coups n’a pas de nom mais c’est en effet une sorte de Bardamu, moins voyageur mais tout aussi poursuivi par la mouise et son parcours est traité avec une verve et une noirceur toutes céliniennes. Il y a même dans ce récit, qui est celui d’un couple qui passe des beaux jours à l’orage, des similitudes stylistiques avec Céline, qu’on n’imagine pas n’être que le fruit du hasard. C’est en tout cas, sous influence ou non, un livre important, plein de souffle et de trouvailles, épatant d’un bout à l’autre.

L’Invent’Hair perd ses poils. 

Bordeaux (Gironde), photo de Laurence Bessac, 3 avril 2010

              Poil et plume. “Pas d’adresse, pas de boulot. Elle a abandonné. Elle n’a jamais pensé que sa vie deviendrait si merdique, quand elle était petite elle voulait être coiffeuse, faire des shampooings, des couleurs, et plus tard avoir un salon de coiffure. Mais elle n’a pas appris, ni ça, ni autre chose, elle n’a rien appris.” (Delphine de Vigan, No et moi)

DIMANCHE.

Lecture. Le Fémur de Rimbaud (Franz Bartelt, Gallimard, 2013, rééd. Gallimard, coll. Folio n° 5906, 2015; 288 p., s.p.m.).

  Extrait de mon journal de bord. “Dimanche 2 août 2015, Ladapeyre (Creuse), 18 heures 18. Pêche correcte hier soir, repéré sur la rive droite, caché dans les bouleaux, un rocher sur lequel j’irai me percher. Vu enfin le pic vert que l’on entend depuis le début du séjour. Il était accroché à un piquet de parc, s’est envolé dans les châtaigniers qui bordent l’étang, rive gauche. Les filles sont revenues de Montluçon alors que je remballais, Caroline m’a trouvé la presse et une limace. Croûté en terrasse, tartiflette, plat éminemment local. Lu Libé (creux) et Le Monde. Trouvé dans le supplément l’article de Denis Cosnard sur Lieux de Perec, au sujet duquel il m’avait contacté. Lucie s’est installée sur le balcon, Caroline et Alice devant la TV, me suis partagé entre Bartelt et Laclos. Au lit, me suis trouvé légèrement émerveillé de ressentir de la fatigue après une telle journée de rien foutre. Eteint à minuit, passé bonne nuit avec une seule coupure. Réveillé à 6 heures, replongé jusqu’à 7. Déjeuné rapidement et me suis installé sur le promontoire déniché hier – ça faisait un peu Hugo à Guernesey, très valorisant. Pris une demi-douzaine de beaux  gardons et une brème, ai toujours du mal à distinguer les deux espèces, ne reconnaissant la seconde qu’au mucus qu’elle laisse sur les mains. Ciel bleu, chaleur montante. Lucie m’a tiré de la salle de bains pour me montrer une loutre (?) en train de traverser l’étang. Sorti les jumelles mais, à contre-jour, pas pu avoir de vue satisfaisante. Epluché et fait cuire des patates pour une salade, terminé Le Canard et France Foot, lu Charlie et les dernières pages du Fémur de Rimbaud, roman bien loufoque, drôle, mais trop long, l’intérêt s’émousse dans la 2e moitié. Suis tout de même fort satisfait de ma sélection de lectures emportées, pas de fausse note jusqu’ici. Fait le marché à Jarnages. Acheté la presse et des cartes postales, les mêmes que dimanche dernier car je n’en ai pas trouvé de plus moches depuis. Pris en photo une enseigne peinte ratée la semaine dernière. Retour via Pionnat où nous sommes déjà passés mais quand ? Lu La Montagne, lancé un barbecue, croûté en terrasse. Lu L’Equipe, sauté la sieste pour partir à la baignade à Chénérailles. J’avais lu qu’il y avait vide-grenier dans le bourg, pris des chemins détournés par Villemonteix pour atteindre le plan d’eau sans y passer. Jamais vu aussi peu de monde, sans doute à cause des routes bloquées. Installés près d’une famille de Brits rosissants, je lis Churchill, ce qui devrait me valoir respect et considération. Eau propre, fraîche, fait deux séances natatoires en priant pour que mon dos ne se bloque pas. Conduit pour rentrer, fait un crochet par Cressat pour photographier la gare désaffectée. Retour ici, jeté un œil sur les compétitions de natation à la TV, la comparaison n’est pas en ma faveur. Pris douche et thé, je pars à la pêche.”

MERCREDI.

   Lecture. Mes jeunes années (My Early Life, Winston Churchill, Thornton Butterworth, Londres, 1930 pour l’édition originale, Club Français du Livre, 1960 pour l’édition française, traduit de l’anglais par Jean Rosenthal , rééd. Tallandier, coll. Texto, 2007; 480 p., 11 €).

Il fut un temps où l’on attendait, découvrait et dégustait avec gourmandise les programmes radio de l’été. France Culture plongeait dans ses archives, ressortait des pépites (toute la série sur la parole ouvrière), donnait les moyens aux producteurs de travailler tout au long de l’année pour offrir, pendant cinq semaines estivales, feuilletons, séries et documentaires de grand intérêt avec, au sommet, Les grandes traversées, trois heures par jour sur un sujet. Tout cela avait un coût et comme le service public n’a plus guère de sous – ni vraiment l’envie d’utiliser ceux qui lui restent comme avant – la grille d’été de France Cul est maintenant aussi plate que celle de l’année et France Inter est devenu presque plus intéressant, c’est dire. Le temps est occupé, comme à la TV, par les rediffusions des programmes des derniers mois. On repasse même le soir les émissions du matin, on en est là. Les grandes traversées existent toujours, mais amputées d’un tiers, et là aussi on rediffuse : la série sur Fernand Braudel et celle sur Churchill, jusqu’à maintenant. Ça rappelle des souvenirs car c’est à partir de ce programme, diffusé en 2010, que je me suis intéressé à ce dernier. Après avoir écouté l’intégralité des émissions, j’avais avalé la lourde biographie que François Kersaudy lui avait consacrée et acheté sans doute à cette époque quelques écrits du Vieux Lion, dont ces Jeunes années sorties de mes rayonnages pour les vacances, en mémoire du bon vieux temps radiophonique.

JEUDI.

Vie culturelle. Ce n’est qu’aujourd’hui, après plusieurs incursions dans la ville, que je découvre le monument aux morts de Guéret. C’est une splendeur (dans le genre pleureuse), nichée dans le jardin public, un des plus beaux parcs de province que je connaisse. A deux pas se trouve le musée local, qui mérite peut-être une visite. On y présente une exposition consacrée à Maximilien Luce, mais les œuvres sélectionnées, sur le thème de la construction du Paris haussmannien (où l’on retrouve les fameux maçons de la Creuse), me paraissent moins intéressantes que celles de sa période néo-impressionniste. Le musée abrite toutefois une splendeur (une de plus, je manque de vocabulaire quand je suis dans ce pays), un cabinet d’histoire naturelle qui fait de l’ensemble, jardin et musée, un Jardin des Plantes en miniature. Bien sûr, nous sommes seuls dans les lieux, les employés ont l’air de s’ennuyer. On a envie de leur dire d’aller fumer un clope tranquillement sur un banc, on s’occupe de tout, on ne touche à rien, c’est promis.

VENDREDI.

Le cabinet de curiosités du notulographe. Faux coiffeur à Florac (Lozère), photo de Sylvie Mura, 29 juillet 2014.

SAMEDI.

L’Invent’Hair perd ses poils. 

  

 

Vittel (Vosges), photo de l’auteur, 5 avril 2010 / Ischia (Italie), photo de Laurence Bessac, 3 octobre 2011

              Poil et presse.

Vu n° 456, 9 décembre 1936

Bon dimanche,

Philippe DIDION

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16 août 2015 – 674

MARDI.

Courriel. Une demande d’abonnement aux notules.

MERCREDI.

Vie ordinaire (retour à la). Après le séjour en Creuse, la semaine est comme d’habitude bien remplie. Il faut envoyer les notules de vacances, pester contre la hâte qui nous a fait écrire Sternberg pour Steinberg dès les premières lignes du dernier numéro, renouer avec la famille, saluer les aminches, récupérer le cochon d’Inde, prendre connaissance de la presse locale accumulée en notre absence, y trouver des nouvelles fâcheuses ou heureuses concernant des proches, écrire à ceux-ci en conséquence, dépouiller le courrier et le courriel, là aussi apporter des réponses idoines, ouvrir les paquets, honorer des rendez-vous à visée thérapeutique, faire tirer les photos, les classer (j’aime), venir à bout d’un programme de lectures comme d’habitude trop ambitieux, faire son retour au bistrot, sillonner la ville à la recherche des changements et disparitions d’enseignes, reprendre le travail sur les différents chantiers, préparer le déménagement de Lucie, se remettre à voir des films, organiser le prochain séjour à Paris, suivre la reprise d’entraînement des rugbymen, terminer le rangement annuel de la bibliothèque, trouver un établissement de village ou de quartier qui en accueillera les surplus, retenir le chalet pour l’été prochain parce qu’il est inconcevable d’aller ailleurs, ôter de son esprit l’image du bouchon qui s’enfonce, ce genre de choses dont je n’ai pas encore accompli la moitié au bout de quatre jours.

VENDREDI.

Courriel. Une demande d’abonnement aux notules.

Lecture. Vareuse-Blanche (White-Jacket, Herman Melville, Harper & Brothers, New York, 1850 pour l’édition américaine, Gallimard, 1967 pour la traduction française par Jacqueline Villaret, revue par Philippe Jaworski in « Œuvres II », Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade n° 507, 2004; 972 p., 49,50 €).

Pour son cinquième roman, Melville n’a d’autre ambition que de faire bouillir la marmite en attendant de s’attaquer à des œuvres plus ambitieuses. Il compose un texte multiforme qui tient du récit d’aventures maritimes (le retour d’un navire de guerre américain du Pérou à New York avec passage du Cap Horn), du documentaire (la vie quotidienne sur une frégate), de la galerie de portraits (les officiers, les marins) et de l’essai politique (dénonciation de l’incompétence des officiers, de la cruauté du régime à bord, de l’enrôlement de force). Il s’inspire de sa propre expérience et  des œuvres de ses prédécesseurs pour un texte aujourd’hui un rien longuet et parfois ennuyeux. A garder : un chapitre d’humour noir féroce dans lequel est décrite une opération menée par le chirurgien du bord, à placer “aux côtés des meilleurs passages de Molière” selon Lewis Mumford, biographe de Melville.

Le cabinet de curiosités du cabinet de curiosités du notulographe. Faux chien de garde à Saint-Gildas-de-Rhuys (Morbihan), photo de Denis Cosnard, 25 octobre 2014.

SAMEDI.

  Vie en Creuse. J’apprends par le canal notulien qu’on donne aujourd’hui une lecture publique de Vies minuscules, de Pierre Michon, à Châtelus (Creuse). Précisons : à Châtelus-le-Marcheix, le Châtelus de Michon, pas Châtelus-Malvaleix, que nous avons fréquenté ces dernières semaines et qui est celui d’Anny Duperey, c’est un peu plus popu. En tout cas, Châtelus-Ceci ou Châtelus-Cela, c’est trop tard. Chaque année c’est pareil, on arrive trop tard ou trop tôt pour choper Bergounioux à Ussel ou Michon à Guéret ou ailleurs. Tout juste si on a pu, une année, accrocher Raymond Poulidor et le frangin Cohen-Hadria à Felletin. Châtelus-le-Marcheix cependant, j’y suis passé en 2009 lors d’une chasse au Michon qui s’était d’ailleurs conclue par la découverte inopinée de la bête en son terrier des Cards, j’avais raconté ça dans une notule de l’époque reprise depuis en revue. Michon, aujourd’hui, est en son Châtelus natal. Il doit assister à la lecture qui se déroule dans la bibliothèque locale – 40 places, il fallait réserver. J’aurais donné cher pour faire partie de cette académie. Quoique. Connaissant mon Michon comme je le connais – c’est-à-dire pas du tout – je le vois bien rater le rendez-vous, ou encore l’honorer d’une présence bougonne et assassiner l’assistance à coups de Booz endormi, ou encore ne se pointer qu’à l’apéro du soir. Et puis, en admettant que j’aie pu assister à cette lecture, je ne sais comment je l’aurais supportée – quand je me rappelle l’état dans lequel elle me mit lorsque je la fis pour la première fois. Il est peut-être préférable que de telles choses se passent sans témoins. On se console comme on peut.

  Films vus. Le Jour d’après (The Day After Tomorrow, Roland Emmerich, E.-U., 2004)

La Route impériale (Marcel L’Herbier, France, 1935)

De guerre lasse (Olivier Panchot, France, 2014)

Les Glaneurs et la Glaneuse (Agnès Varda, France, 2000)

Les Galettes de Pont-Aven (Joël Séria, France, 1975).

  L’Invent’Hair perd ses poils. 

Saint-Philippe (La Réunion), photo d’Antoine Fetet, 7 avril 2010 / Lavelanet (Ariège), photo de Marc-Gabriel Malfant, 25 juillet 2011

Poil et plume. “Dès 1896, Victor Clavet avait été enrôlé dans une “colonne” de la vieille association lyonnaise des Hospitaliers-Veilleurs, fondée en 1764, et qui depuis deux siècles donne aux malades indigents des hôpitaux les soins de rasage et de coiffure qui leur sont nécessaires. […]

Cette même année 1937, une des pièces du local du rez-de-chaussée fut utilisée pour l’installation d’un service de coiffure et rasage en faveur des malades et des vieillards. On acheta les fauteuils, deux lavabos à l’eau courante, quelques douzaines de serviettes et l’outillage nécessaire. Quatre hommes dévoués parmi les sociétaires de l’œuvre apportèrent leur collaboration pour le service de rasage. Un ancien coiffeur, homme charitable, forma des apprentis qui devinrent par la suite de bons ouvriers. Le salon de coiffure fut inauguré le premier samedi d’octobre avec une vingtaine de clients. Depuis, il est ouvert tous les samedis de 14 à 17 heures et fonctionne exclusivement pour les convalescents sortant des hôpitaux, et les vieillards.” (Martin Basse, Un cinquantenaire : L’Œuvre de Saint-Joseph de Lyon et Victor Clavet 1859-1933, Lyon, imprimerie Emmanuel Vitte, 1947)

Bon dimanche,

Philippe DIDION

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23 août 2015 – 675

MERCREDI.
                   Vie parisienne. Il est temps de renouer avec la civilisation, de remettre des chaussettes, un grimpant et une limace pour ne plus avoir l’air d’un perpétuel vacancier. Direction Paris, que j’atteins par le 6 heures 23. Avant de me consacrer à mes travaux d’aiguille habituels à la Bilipo et au Louvre, je m’offre une promenade au cimetière de Montmartre, que je découvre. Armé du plan disponible à l’entrée, je pars saluer les morts illustres, les Goncourt, Zola, Truffaut, Clouzot et tutti quanti. Faisant fi des hiérarchies musicales, je m’incline devant Berlioz et devant Dalida, dont la tombe est une splendeur. Mais je cherche avant tout la tombe d’un vivant, la concession que le dessinateur Siné a achetée et déjà commencé à aménager en prévision de son futur séjour. Le gardien se refuse à m’en indiquer la situation étant donné qu’elle n’est pas encore occupée et c’est par hasard que je la découvrirai – en cherchant la tombe de Marcel Jouhandeau que je n’ai jamais trouvée. L’inscription “Mourir ? Plutôt crever” et la sculpture, moitié cactus, moitié totem, sont déjà en place.
JEUDI.
          Lecture. La Maison des morts étranges (Police at the Funeral, Margery Allingham, Heinemann, Londres, 1931 pour l’édition originale, La Nouvelle Revue Critique, coll. L’Empreinte n° 14, 1932 pour la première édition française, rééd. in « La Maison des morts étranges et autres aventures d’Albert Campion », traduction de P. Saurel complétée par Gabriel Repettati, Omnibus, 2010; 1024 p., 26 €).
                         Voici sans aucun doute le meilleur titre du recueil des aventures policières d’Albert Campion. Margery Allingham met de côté l’aspect original et fantaisiste de son personnage pour lui donner un peu plus de profondeur, comme lorsque Gaston Leroux fit passer son Rouletabille du Mystère de la chambre jaune au Parfum de la dame en noir. Plusieurs éléments rappellent en effet les aventures de Rouletabille : la jeunesse du détective, la maison familiale au centre de plusieurs meurtres, les messages étranges à décoder, le passé trouble des personnages, qui contribuent à faire de cette Maison des morts étranges une œuvre plutôt riche et agréable à lire.
VENDREDI.
                  Football. SA Spinalien – Marseille Consolat 1 – 1.
                  Lecture. Mémoires d’un tricheur (Sacha Guitry, Gallimard, 1935, rééd. Gallimard, coll. Folio, 1973; 160 p., s.p.m.).
                                Mémoires d’un tricheur 1935, Le Roman d’un tricheur 1936 : Sacha Guitry n’a pas mis longtemps avant de convertir son roman en film. De ce dernier, je garde en mémoire la scène inaugurale, celle du plat de champignons qui anéantit une famille à l’exception d’un de ses membres, un enfant qui avait ce soir-là été privé de dîner et qui deviendra le narrateur de l’histoire. Dans le livre, le chapitre consacré à cette tragédie est un bijou d’humour noir : il place le roman à un tel niveau que la suite ne peut malheureusement que se situer à un degré inférieur. C’est un peu à l’image de Guitry, dont l’immense talent s’est parfois dilué dans l’abondance de ses œuvres. Il reste que l’ensemble du récit est fort plaisant, au fil d’une écriture qui doit beaucoup à Victor Hugo : parallélismes, antithèses, art de la chute, de la sentence, la leçon du maître a été assimilée et se révèle tout à fait efficace.
                  Le cabinet de curiosités du cabinet de curiosités du notulographe. Présence de Clet Abraham – et/ou de ses émules – à Florence (Italie), photos de l’auteur, 21 avril 2015.
SAMEDI.
Films vus. Les Francis (Fabrice Begotti, France, 2014)
                               Jimmy’s Hall (Ken Loach, G.-B. – Irlande – France, 2014)
                               Sils Maria (Clouds of Sils Maria, France – Allemagne – Suisse, 2014).
              L’Invent’Hair perd ses poils.
  
Mandelieu-La Napoule (Alpes-Maritimes), photo de l’auteur, 19 avril 2010 / Genouillac (Creuse), photo du même, 28 juillet 2015
              Poil et plume.
“ACTE II (sic) Chez Pommadin
SCENE 1
POMMADIN – Allons Thomas l’ofleur (?), mettez-vous vite en route. Vous savez que c’est aujourd’hui mon grand jour de barbe. Ah, je suis content de moi, j’ai trompé un imbécile et fait un bon marché. Tiens qui vient là ?
SCENE 2
GUIGNOL – C’est vous Monsieur Pommadin, je suis content de vous trouver. Vous m’avez joué un joli tour; mais vrai, je vous en veux pas, et pour vous le prouver je vous invite à boire une bouteille avec moi : ça vous va-t-il ? Dites.
POMMADIN – Non merci, je ne prends jamais rien hors de mes repas.
GUIGNOL – Ah c’est différent ! Dites donc, combien donc que vous prenez pour raser; mais là comme il faut, au pinceau avec de la pommade ?
POMMADIN – Pour vous ce sera six sous.
GUIGNOL – C’est pas cher. tenez voilà douze sous.
POMMADIN – Vous n’avez pas besoin de payer d’avance; et puis ce n’est que six sous.
GUIGNOL – C’est que j’ai un de mes camarades qui a payé pour moi l’autre jour, et si je ne payais pas d’avance il voudrait encore faire de même. [
…]
SCENE 3
GUIGNOL (avec son âne) – Hie ! Viens donc, tu te feras toujours tirpiller.
POMMADIN – Eh bien, où est-il donc votre camarade ? ah mon Dieu ! Que vois-je ? Un âne dans ma boutique ! Je vous ordonne de mettre à l’instant votre bête à la porte.
GUIGNOL – Il faut que tu le rases. Tu lui laisseras la mouche et les moustaches.” (Le Marchand de Genevottes, pièce du répertoire de Guignol, in Paul Fournel, L’Histoire véritable de Guignol)
Bon dimanche,
Philippe DIDION
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 30 août 2015 – 676
 MERCREDI.
                   Courrier. Ils m’ont retrouvé. Je reçois ce matin un mot de l’équipe de direction de mon collège m’invitant à la réunion de pré-rentrée prévue lundi prochain. Je pensais, j’espérais que désormais, les convocations de ce genre transitaient par l’électronique, SMS, courriel, ce qui m’aurait permis de n’en rien savoir et de faire le mort. Malheureusement, ces arriérés ont choisi la voie postale, la seule encore en mesure de m’atteindre. Pas moyen d’y couper.
                   Lecture. Le Correspondancier du Collège de ‘Pataphysique. Viridis Candela, 8e série, n° 28 (15 juin 2014, 128 p., 15 €).
                                 On apprend, en tête de ce numéro, l’élection de Tanya Peixoto au rang de Vice-Curatrice du Collège, ce qui en fait la cinquième personne à occuper ce titre depuis sa création après le Docteur Sandomir, le Baron Mollet, Sa Magnificence Opach et Lutembi. Mais le travail continue sous n’importe quelle casquette et on a droit ici à une étude poussée au point d’en paraître parfois obscure sur la fin du monde, qui amène à s’interroger sur ce qu’est ce monde dont on prophétise parfois la fin. Cami, Camille Flammarion et H.G. Wells sont évoqués dans les parties les plus accessibles de ce dossier.
                                 Curiosité : Marc-Gabriel Malfant, poutre maîtresse de notre Invent’Hair, ne sévit pas que dans les notules. La revue publie la photo d’une plaque de rue qu’il prit à Issoudun (Indre), une ville où il captura aussi en mars 2014 trois enseignes de coiffeurs.
                                Histoires littéraires n° 55 (Du Lérot éditeur, juillet-août-septembre 2013; 216 p., 25 €).
                                Avec Massin.
                                Le notulographe se révèle un brin envahissant dans cette livraison qui abrite ses études sur Ernest de Gengenbach et René Fallet, plus une note de lecture sur un livre relatant l’histoire de France Culture. Heureusement, il y a dans le numéro des choses plus essentielles, sur Jean Giono, Marcel Réja ou Saint-John Perse et un long entretien avec Massin, dont la photographie orne la couverture. Typographe, illustrateur, graphiste (Folio fait partie de ses créations), Massin est associé à toute la littérature du dernier siècle. Il va avoir 90 ans et il était temps de lui donner la parole, même si lui-même l’a prise dans son Journal en désordre 1945-1995 paru en 1996. J’ai retrouvé dans mes rayons ce livre que j’avais acheté d’occasion et j’ai eu la surprise de découvrir qu’il était dédicacé par l’auteur : “Pour François Blaise, en toute confraternité”. Déguisé en statue du quémandeur, le notulographe se dit que quelqu’un sera peut-être apte à l’éclairer sur l’identité de ce François Blaise.
                               Curiosité. Jean-Paul Goujon évoque dans un article une “décapante biographie” de Saint-John Perse par Renaud Walz. Il doit s’agir de celle de Renaud Meltz, parue chez Flammarion en 2008. Il est si rare de prendre en défaut Jean-Paul Goujon qu’on imagine qu’il n’est pas le responsable de cette coquille.
                              La Fille du train (The Girl on the Train, Paula Hawkins, Doubleday, 2015 pour l’édition originale, Sonatine, 2015 pour l’édition française, traduit de l’anglais par Corinne Daniellot; 384 p., 21 €).
                              Avec un peu de pratique, on commence à trouver une certaine unité dans les ouvrages policiers édités ces derniers temps par Sonatine. Ils sont dus à des auteurs anglo-saxons, plus souvent féminins que masculins (Gillian Flynn, Diana Abu-Jaber avant Paula Hawkins), ne possèdent aucune originalité d’écriture et mettent en scène une héroïne en proie à un mal obsessionnel : amnésie (Avant d’aller dormir), mensonge (Les Lieux sombres), traumatisme familial (Origine) pour ce que je me rappelle. Ces ingrédients se retrouvent dans La Fille du train avec le personnage de Rachel qui, elle, souffre d’alcoolisme et s’identifie à une femme qu’elle voit chaque matin depuis le train de banlieue qui la conduit à Londres. La mécanique ainsi établie, une intrigue criminelle vient se poser sur le tissu pathologique qui sert de filtre à travers lequel les événements sont décrits, analysés, disséqués. Cela fonctionne un temps, puis la machine tourne un peu à vide, devient répétitive et finit par donner des ouvrages plutôt décevants – Les Lieux sombres, de Gillian Flynn pouvant constituer l’exception à la règle. Un règle respectée pour cette Fille du train où la monotonie des trajets ferroviaires se retrouve au bout d’un moment dans l’enfilade des chapitres et où on finit par s’embrouiller un peu dans l’identité des personnages qui conduisent le récit. Pour bien faire, il faudrait ne lire que la première moitié des romans Sonatine, les promesses qui y sont incluses n’étant pas souvent tenues dans le reste des volumes.
VENDREDI.
                 Le cabinet de curiosités du cabinet de curiosités du notulographe. Drôle de posture à la Collégiale Saint-Martin, Colmar (Haut-Rhin), photo de Sylvie Mura, 20 avril 2011.
SAMEDI.
Films vus. L’Ex de ma vie (Dorothée Sebbagh, France – Italie, 2014)
                               Les Vacances du petit Nicolas (Laurent Tirard, France, 2014)
                               Aux yeux des vivants (Alexandre Bustillo & Julien Maury, France, 2014)
                               Bird People (Pascale Ferran, France, 2014).
              IPAD (Itinéraire Patriotique Alphabétique Départemental). 16 février 2014. 130 km. (25321 km).

845 habitants

   La stèle grise se trouve sur une petite promenade, à l’écart de la rue principale. Deux drapeaux tricolores, un écusson RF et une palme dorée la décorent, les fleurs ayant été retirées du pot posé en avancée et de la banquette qui fait le tour du socle.

   Face :

Aux enfants de Martigny

Morts pour la France

   Gauche :

Guerre 1939-1945

Victime de la barbarie nazie

HENRY Alfred

STO

GUYOT Louis

Camp d’Auschwitz ULLMANN Blanche

19 noms sur deux colonnes, de PICARD J. à BAILLY C.

   Dos :

20 noms sur deux colonnes, de GEOFFROY à CUISINIER

   Droite :

Guerre 1939-1945

Morts au champ d’honneur

CLASQUIN Jean Sergent

CUNY Jean Soldat

20 noms sur deux colonnes, de TAVARD à BAILLY H.

              L’€™Invent’Hair perd ses poils.
 
Mandelieu-La Napoule (Alpes-Maritimes), photo de l’auteur, 20 avril 2010 / Luxembourg (Luxembourg), photo de Jean-Christophe Soum-Fontez, 2 juin 2014
              Poil et plume. “Il n’y avait pas foule au salon de coiffure. Un vieillard ensommeillé, en blouse blanche, roupillait sur un canapé feutré, affalé sur le côté avec son équipement de cireur de chaussures près de lui et des taches brunes sur l’extrémité de ses doigts croisés. Le coiffeur, un homme aux cheveux gris, se déplaçait doucement sur ses semelles de caoutchouc autour du client dans le fauteuil. Presque sans bruit, les petits coups de ses ciseaux affilés se succédaient et les mèches de cheveux tombaient sur le plancher et sur le tissu à rayures qui enveloppait le client.” (Larry Brown, L’Usine à lapins)
Bon dimanche,
Philippe DIDION

 

 

 

 

 

 

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