Février 2015

651 – 1er février 2015

DIMANCHE.

                    Lecture. L’imprononçable jour de sa mort Jacques Vaché janvier 1919 (Georges Sebbag, éditions Jean-Michel Place, 1989; n.p., s.p.m.).

                                  Ce jour, c’est celui du 6 janvier 1919, celui où Jacques Vaché et Paul Bonnet sont découverts morts dans la chambre 34 de l’Hôtel de France, à Nantes. Cause du décès : abus d’opium. André Breton, qui voyait en Vaché, outre un véritable ami avec lequel il n’avait pas encore eu le temps de se fâcher, l’âme du surréalisme qu’il lui restait à inventer, ignore son décès lorsqu’il lui adresse, le 13 janvier 1919, une lettre qui se présente sous la forme suivante, recto et verso :

C‘est une lettre-collage, dans laquelle Breton insinue des lignes de sa propre écriture entre vingt-cinq éléments découpés de provenances diverses : emballages, revues, journaux, étiquettes… Patiemment, méthodiquement, Georges Sebbag va étudier chacune de ces lignes, chacun de ces éléments selon trois axes : description, déchiffrage, interprétation. C’est le dernier qui est le plus saisissant. Car pour Sebbag, qui fait en cette occasion fi d’un des principes du surréalisme, il n’y a pas de hasard. Le hasard qui aurait guidé la main de Breton, ses ciseaux et son pot de colle vers ce qui traînait ce jour-là sur son bureau. Non, Sebbag voit dans chaque élément quelque chose qui a été pesé, étudié, voulu par Breton. Les éléments se chevauchent, se répondent. La Berceuse du chat de Stravinsky, dont un extrait figure sur la lettre répond par exemple à la carte de visite d’Adrienne Monnier, familière de Léon-Paul Fargue, auteur d’une Chanson du chat, lequel Fargue est un ami de Jarry, auteur d’une Berceuse du mort pour s’endormir. Ce qui nous ramène à Vaché, à sa mort dans un sommeil opiacé, comme tous les autres composants de la lettre. Car tout est écrit, tout prouve – enfin, Sebbag s’efforce de le démontrer – que Breton a eu, en quelque sorte, la préscience de la mort de Vaché. La démonstration de l’auteur, qu’elle soit juste ou non, est un formidable jeu de piste intellectuel, brillant, érudit et convaincant.
MARDI.
Rapprochement de conjoints. Caroline effectue une journée de remplacement à la pharmacie de Châtel-sur-Moselle. Ainsi, pendant que je farcis les têtes blondes des bambins au collège local, elle prodigue à leurs parents de quoi alléger leurs maux dans l’officine de la ville.
MERCREDI.
Epinal – Châtel-Nomexy (et retour). Frédéric Platzer, Abrégé de musique (Ellipses Marketing, 2011).
VENDREDI.
Epinal – Châtel-Nomexy (et retour). Nicolas Boothman, Convaincre en moins de deux minutes : Capter et retenir l’attention, savoir s’adapter à son interlocuteur (Marabout, 2013).
Le cabinet de curiosités du notulographe. Urbanisme canin, photos de l’auteur.

Aubusson (Creuse), 3 août 2013 / Camaret-sur-Mer (Finistère), 7 juillet 2014

SAMEDI.
Films vus. La Peau de Torpedo (Jean Delannoy, France – Italie – R.F.A., 1970)
Les Poupées du Diable (The Devil-Doll, Tod Browning, E.-U., 1936)
Les Aventures de Tom Pouce (Tom Thumb, George Pal, G.-B. – E.-U., 1958)
Violette & François (Jacques Rouffio, France, 1977)
Les Marmottes (Elie Chouraqui, France, 1993)
Le Crocodile du Bostwanga (Fabrice Eboué & Lionel Steketee, France, 2014).
IPAD (Itinéraire Patriotique Alphabétique Départemental). 29 septembre 2013. 24 km. (23829 km).
404 habitants
   Le Poilu braillard d’Eugène Bénet est ici de couleur grise. Il est posé sur un socle entouré d’une grille métallique peinte en rouge, à proximité de l’église.

La commune de Longchamp

A ses enfants

Morts pour la France

Érigé par les habitants

Et le conseil municipal en 1920

   Gauche :

VILLEMIN Joseph 31 ans

JACQUOT Alcide 34 ans

VIANT Louis 22 ans

FERRY Noël 1922-1945

MARLANGEON Lucien 1912-1944

   Droite :

BERTRAND Félix 38 ans

MARLANGEON Xavier 37 ans

JACQUOT Paul 38 ans

VANEY Camille 31 ans

DUCHENE Émile 46 ans

  L’Invent’Hair perd ses poils.
Le Thor (Vaucluse), photo de Marc-Gabriel Malfant, 10 août 2009 / Lapeyrouse-Mornay (Drôme), photo de Bernard Cattin, 27 juillet 2013
Poil et plume. Le Prince, très fier de son opulente chevelure, était un client assidu du plus grand coiffeur de la ville, autrefois garçon de l’ancien coiffeur de Napoléon III. Le capitaine de Borodino était au mieux avec le coiffeur car il était, malgré ses façons majestueuses, simple avec les petites gens. Mais le coiffeur, chez qui le Prince avait une note arriérée d’au moins cinq ans et que les flacons de “Portugal”, d’”Eau des Souverains”, les fers, les rasoirs, les cuirs enflaient non moins que les shampoings, les coupes de cheveux, etc., plaçait plus haut Saint-Loup qui payait rubis sur l’ongle, avait plusieurs voitures et des chevaux de selle. Mis au courant de l’ennui de Saint-Loup de ne pouvoir partir avec sa maîtresse, il en parla chaudement au Prince ligoté d’un surplis blanc dans le moment que le barbier lui tenait la tête renversée et menaçait sa gorge. Le récit de ces aventures galantes d’un jeune homme arracha au capitaine-prince un sourire d’indulgence bonapartiste. Il est peu probable qu’il pensa à sa note impayée, mais la recommandation du coiffeur l’inclinait autant à la bonne humeur qu’à la mauvaise celle d’un duc. Il avait encore du savon plein le menton que la permission était promise et elle fut signée le soir même. Quant au coiffeur, qui avait l’habitude de se vanter sans cesse et, afin de le pouvoir, s’attribuait, avec une faculté de mensonge extraordinaire, des prestiges entièrement inventés, pour une fois qu’il rendit un service signalé à Saint-Loup, non seulement il n’en fit pas sonner le mérite, mais, comme si la vanité avait besoin de mentir, et, quand il n’y a pas lieu de le faire, cède la place à la modestie, n’en reparla jamais à Robert. (Marcel Proust, Le Côté de Guermantes)
Bon dimanche,
Philippe DIDION

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652 – 8 février 2015
DIMANCHE.

                    Lecture. Le dernier message de Sandrine Madison (Sandrine’s Case, Thomas H. Cook, The Mysterious Press, 2013 pour l’édition originale, Le Seuil, coll. Policiers pour la traduction française, 2014, traduit de l’américain par Philippe Loubat-Delranc; 400 p., 21 €).

Depuis ses débuts, Thomas H. Cook refuse la facilité du personnage récurrent. Pourtant, ses romans policiers sont liés les uns aux autres par d’autres éléments qui en font un des auteurs les plus reconnaissables du moment. La thématique d’abord, qui tourne toujours autour d’histoires de familles mal en point, de vies de couples ratées, de tristes adultères. Le cadre ensuite, géographique et sociologique : une petite ville de province américaine, une université de faible renom, des personnages issus de la classe moyenne. Parmi ceux-ci, une figure centrale, suffisamment intelligente et cultivée pour susciter une certaine compassion rendue au bout du compte impossible à maintenir devant sa médiocrité et ses contradictions. La construction, enfin, toujours la même, qui part d’un fait établi, une mort, une disparition, dont les causes et les circonstances exactes n’apparaissent que lentement au fil de retours en arrière savamment agencés. Ici, un professeur d’université est soupçonné d’être l’auteur du meurtre de sa femme et c’est le déroulement du procès qui éclaire petit à petit le lecteur sur ce qui, au départ, était présenté par l’accusé comme un suicide. La conjugaison de ces éléments, associée à une langue plus que soignée, presque précieuse, ont mis Thomas H. Cook à la tête d’une oeuvre parfaitement pensée, maîtrisée, passionnante dans tous les volets qui la constituent.

MARDI.

Lecture. Un estomac d’Autriche (Louis Dumur, Nos centenaires, fascicule n° 7, Genève, 1913 pour la première édition, rééd. Infolio, coll. Microméga, 2014; 130 p., 9,90 €).

Genève 1813. les troupes françaises quittent Genève et sont remplacées par l’armée autrichienne qui occupe la ville pendant quelques mois. Genève 1913. A l’occasion du centenaire de la Restauration de la République et de celui de son intégration à la Confédération, on publie une série de textes historiques sous le titre Nos centenaires. Louis Dumur, l’enfant du pays, spécialiste des commémorations depuis Le Centenaire de Jean-Jacques (1910), y va de sa contribution. Il livre un court récit dans lequel les événements sont racontés par un enfant de douze ans. L’oncle de celui-ci, épicier prospère, se voit tenu de loger un soldat surnommé Gidouille dont l’appétit et les manières épouvantent l’entourage. Dumur retrouve avec un plaisir communicatif ses racines genevoises, le vocabulaire et les tournures locales dans un texte réjouissant d’humour qui se termine par un appel à “un jour où il n’y aura plus de France, plus d’Autriche, plus de Russie, plus de Sardaigne, plus même de Suisse, mais bien la Confédération Européenne.”

JEUDI.

Epinal – Châtel-Nomexy (et retour). Ernest Hemingway, L’Adieu aux armes (Folio, 1972).

VENDREDI.

Le cabinet de curiosités du notulographe. Variété de la presse féminine, photo d’Antoine Fetet, 15 mars 2014.

SAMEDI.

  Films vus. Retour à Howards End (Howards End, James Ivory, G.-B. – Japon – E.-U., 1992)

Belle comme la femme d’un autre (Catherine Castel, France – Belgique – Luxembourg, 2014)

Le Coeur des hommes 3 (Marc Esposito, France, 2013)

Retour à la vie (André Cayatte, Henri-Georges Clouzot, Jean Dréville, Georges Lampin, France, 1949)

Missing – Porté disparu (Costa-Gavras, E.-U., 1982).

   L’Invent’Hair perd ses poils.

  

Lyon (Rhône), photos de Marc-Gabriel Malfant, 9 avril 2012 & 4 avril 2014

Poil et plume. “Le garçon coiffeur qui venait le raser chaque matin, et dessiner, dans ses cheveux rares et blancs, une raie parfaitement droite subissait souvent des reproches courtois mais fermes : “Mon ami, je me suis aperçu hier, après votre départ, que sous ce repli (M. Bourdon désignait ainsi ses rides), ma peau était très irritée. Je vous serais reconnaissant d’accorder à vos travaux une attention plus soutenue.”  (Etiemble, L’Enfant de choeur)

Bon dimanche,

Philippe DIDION

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653 – 15 février 2015

DIMANCHE.
Courriel. Une demande d’abonnement aux notules.
LUNDI.
En feuilletant Livres Hebdo. Katia Valère, Après la nuit vient l’aube : roman, Libra diffusio, 2015; 456 p., 24,50 €. Voilà un titre digne de figurer aux côtés de la devise d’Hégésippe Simon (“Les ténèbres s’évanouissent quand le soleil se lève”) et de l’immortel alexandrin de Jean Dayros : “L’hiver est à Paris la plus froide saison”.
Lecture. Robe de marié (Pierre Lemaitre, Calmann-Lévy, 2009, rééd. LGF, coll. Le Livre de poche thriller n° 31638, 2010; 320 p., 6,60 €).
                          Pierre Lemaitre a existé avant d’être récompensé par le Prix Goncourt pour Au revoir là-haut en 2013. Une existence moins exposée, bien sûr, vouée à la littérature policière, un genre dans lequel il a livré une demi-douzaine de romans. Et si ceux-ci sont de la même étoffe que cette Robe de marié, on s’en veut un peu de ne pas s’être plus tôt penché sur son cas. Car on est en présence ici d’un récit qui rappelle les Série Noire de Thierry Jonquet ou le meilleur Japrisot : comme dans La Dame dans l’auto avec des lunettes et un fusil, on y suit une femme victime d’une machination diabolique qui rend ses actes et son comportement incompréhensibles à ses proches et à elle-même. L’ingéniosité de la construction donne lieu à un suspense de haute tenue sans que l’auteur se sente obligé de marteler ses effets. Ce roman rappelle que le polar français n’est jamais meilleur que quand il sort des commissariats et des enquêtes traditionnelles.
MERCREDI.
Courriel. Une demande d’abonnement aux notules.
JEUDI.
Lecture. La Fleur au fusil (Jean Galtier-Boissière, éditions Baudinière, 1928, rééd. Vendémiaire, coll. Histoires, 2014; 288 p., 16 €).
                        Depuis des mois et des mois, centenaire oblige, les publications concernant la guerre de 14 s’abattent sur les librairies comme une pluie de shrapnels. Dans le lot, nombre de rééditions qui concernent des témoignages d’époque plus ou moins oubliés. Force est de constater que d’un récit à l’autre, les choses sont assez peu changeantes, que l’on soit chez Barbusse, chez Genevoix, chez Dorgelès, chez Gabriel Chevallier, chez Erich Maria Remarque ou ici chez Galtier-Boissière qui ont tous plus ou moins vécu et raconté la même expérience : le départ dans une relative insouciance, la découverte du front, le baptême du feu, l’horreur, l’enfer. Le caporal Galtier-Boissière connut au front les premiers engagements près de la frontière belge puis la bataille de la Marne. Son expérience fit l’objet d’un premier récit, En rase campagne 1914, paru en 1917 chez Berger-Levrault, censuré puis repris en 1928 chez Baudinière. Pour cette nouvelle version, l’auteur a ajouté, en ouverture, des chapitres qui présentent la vie de caserne avant l’engagement, celle qu’il connut aux Tourelles, à Paris, en tant qu’appelé en 1914. Ainsi, le contraste est souligné entre un début dans le genre des Gaîtés de l’escadron et la suite tragique. Le Galtier-Boissière du Crapouillot, journal qu’il devait fonder en 1915 puis diriger jusqu’en 1965, impertinent, caustique, irrévérencieux, à la fois pacifiste et patriote, y apparaît déjà, de même que l’amateur de langue verte qui signera en 1952 un Dictionnaire historique, étymologique et anecdotique d’argot. C’est d’ailleurs dans Le Crapouillot, feuille de tranchée à l’origine, que Jean Arbousset – auteur du Livre de « Quinze Grammes », caporal dont nous avons parlé ici – parvint à publier ses premiers poèmes.
VENDREDI.
Lecture. Le Correspondancier du Collège de ‘Pataphysique. Viridis Candela, 8e série, n° 26 (15 décembre 2013, 128 p., 15 €).
                                On a beau dire, il n’est pas toujours facile de lire Raymond Roussel : la prose, les vers, le sens et la visée qui constituent l’ordinaire de l’olibrius ne sont pas toujours d’une grande clarté. En revanche, lire sur Raymond Roussel est rarement inintéressant. Il faut dire que ceux qui s’intéressent à lui sont gens de bonne compagnie, qu’on peut lire avec confiance pour ne pas dire les yeux fermés : Michel Leiris, François Caradec, Patrick Besnier, Alain Chevrier… Confirmation nous est donnée avec ce numéro du Correspondancier consacré à l’auteur d’Impressions d’Afrique. Un numéro qui nous apprend qu’Impressions d’Afrique, justement, fit l’objet d’une adaptation télévisée due à Jean-Christophe Averty (qui d’autre ?), qui nous montre un portrait de Roussel enfant signé Madeleine Lemaire, de proustienne mémoire, qui nous fait découvrir les projets de tombeau réalisés par l’entreprise Lecreux (!) à la demande du futur occupant des lieux, qui nous fait lire les publicités à la gloire de ses oeuvres que Roussel faisait paraître, à ses frais, dans la presse, qui nous montre André Frédérique en plagiaire de Roussel et Ed McBain en utilisateur inconscient du procédé roussellien, qui nous instruit, nous éclaire et nous enrichit comme rarement un numéro du Correspondancier l’a fait auparavant.
Paris, tombe de Raymond Roussel au Père-Lachaise, photo de l’auteur, 22 janvier 2006
Le cabinet de curiosités du notulographe. Accélération progressive, photos de l’auteur, Hergugney (Vosges), ? (Saône-et-Loire), Epinal (Vosges), Plombières-les-Bains (Vosges), Chénérailles (Creuse), Fontenay (Vosges), Bouxurulles (Vosges), Gugnécourt (Vosges), Dompaire (Vosges), Lamerey (Vosges), 30 juillet 2011 – 17 novembre 2013.
Hors concours, Herpelmont (Vosges), photo de l’auteur, 3 juin 2012.
SAMEDI.
Films vus pendant la semaine. Une pure formalité (Una pura formalità, Giuseppe Tornatore, Italie – France, 1994)
Miss Mona (Mehdi Charef, France, 1987)
Even Cowgirls Get the Blues (Gus Van Sant, E.-U., 1993)
Jamais le premier soir (Melissa Drigeard, France, 2014
Le Majordome (The Butler, Lee Daniels, E.-U., 2013).
IPAD (Itinéraire Patriotique Alphabétique Départemental). 6 octobre 2013. 120 km. (23949 km).
116 habitants
Dans le cimetière, les dimensions modestes du monument et son état délabré ne le distinguent pas des tombes abandonnées qui le côtoient. La pierre est rongée par le temps et les parasites. Une Croix de Guerre et une palme décorent cette ruine, signée, sur le côté, “Briot [?] à Châtenois”.
Au bon souvenir
Des enfants de Longchamp
Et Rémois
Morts pour la Patrie
CHAMBRE Louis
7 8BRE 1914
A Gommecourt
VAUTRIN Genet
17 XBRE 1914
A N.D. de Lorette
FONTAINE Henri
17 mars 1918
A Beaumont
FOLIOT Elie
31 mars 1918
A Mortemer.Cuvilly
  D’après Internet, Rémois est une ancienne commune aujourd’hui comprise dans celle de Longchamp-sous-Châtenois.
L’Invent’Hair perd ses poils.

Marseille (Bouches-du-Rhône), photo de Gilda Fiermonte, 9 décembre 2009
Poil et plume. Sous l’empire de la frayeur, six cheveux se hérissèrent à la lisière de chacune des deux régions touffues bordant de droite et de gauche la calvitie du fou — puis se déplacèrent d’eux-mêmes en sautant d’un pore à l’autre. Déraciné par quelque relâchement profond des tissus, chaque cheveu, que le pore expulseur semblait lancer en l’air par une compression de ses bords supérieurs, décrivait une minuscule trajectoire en demeurant sans cesse vertical et retombait dans un pore voisin qui, s’ouvrant pour le recevoir, le chassait aussitôt vers un nouvel asile béant prompt à le rejeter à son tour.
   Bientôt rangés face à face au brillant sommet du crâne, à force de bonds successifs, sur deux files égales parallèles à l’axe d’une raie imaginaire, les douze cheveux, fidèles à leur mode de locomotion, dansèrent spontanément une gigue identique à celle des figurines de baudruche.” (Raymond Roussel, Locus Solus)
Bon dimanche,
Philippe DIDION

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654 – 22 février 2015

DIMANCHE.

  Rugby. Remiremont – RA Epinal-Golbey 16 – 0.

LUNDI.

Lecture. Arsène Lupin (Maurice Leblanc, Lafitte, 1909, rééd. in « Les Aventures extraordinaires d’Arsène Lupin » vol. 1, Omnibus 2004, 1216 p., 23 €).

Il s’agit ici de la pièce de théâtre écrite en collaboration avec Francis de Croisset en 1908 et montée la même année à l’Athénée. Leblanc, fort du succès rencontré par les trois premiers volumes consacrés à son héros, ne tarde pas, comme le veut l’habitude de l’époque, à l’exploiter sous des formes différentes. C’est au théâtre que naîtra d’ailleurs, avec la composition d’André Brûlé, l’image mythique de Lupin, avec monocle, gibus, gants blancs et canne à pommeau, accessoires absents, nous dit Jacques Derouard dans sa présentation, du texte de Leblanc. L’histoire est vivement menée et présente successivement les deux facettes du héros : hâbleur, habile et un brin fanfaron dans la première partie, en quête d’un bonheur impossible, héros romantique, presque tragique dans la seconde. La pièce glisse donc du comique au tragique et satisfait ainsi les attentes de toutes les composantes du public, qui lui réservera un très bon accueil.

MARDI.

  Vie sanitaire. La seule sortie des vacances a pour but l’hôpital d’enfants de Brabois où Lucie a rendez-vous en diabétologie. On peut rêver de contrées plus accueillantes, d’autant que les résultats ne sont pas fameux, mais nous nous accordons quelques fantaisies commerciales dans Nancy qui permettent de rendre la pilule moins amère.

JEUDI.

Lecture. Les Naufragés du pôle : Trois années d’errance dans l’enfer blanc 1881-1884 (A.W. Greely, traduit de l’américain par Frédéric Bernard, Phébus, coll. Libretto n° 307; 192 p., 10 €).

On n’est pas très généreux chez Phébus en ce qui concerne les références : pas de titre original, pas d’explications sur la provenance du texte, sans doute tiré des notes de Greely mais celui-ci n’en est pas l’auteur, contrairement à ce qui est annoncé en titre. Adolphus Washington Greely est le chef d’une expédition envoyée au pôle Nord par le gouvernement américain. Une vingtaine d’hommes étaient au départ, huit d’entre eux seulement en reviendront. L’intention était d’abord scientifique, il s’agissait de faire des relevés météorologiques, mais comme on pouvait s’y attendre, la rivalité entre états constituait également une des principales motivations. Il fallait s’approcher le plus possible du pôle, aller plus loin que le lieutenant Beaumont, un Britannique détenteur du record, ce qui fut fait quand Lockwood, un des compagnons de Greely, planta le drapeau américain à la latitude extrême de 83° 23’. Mission accomplie, les explorateurs reprennent la route du sud mais le bateau qui doit les recueillir sur les côtes du Groenland n’est pas au rendez-vous. Les hommes sont obligés de passer un hiver supplémentaire sur place, manquent de nourriture (des actes de cannibalisme sont pudiquement évoqués), tombent malades, s’éteignent les uns après les autres jusqu’à l’arrivée inespérée d’un navire de secours – le précédent avait fait naufrage. L’intérêt de ce texte est malheureusement mis à mal par la pauvreté de l’édition qui, outre les manques précédemment évoqués, n’offre comme soutien que des cartes illisibles. On est loin du beau travail que font par exemple les éditions Paulsen chez qui on avait lu, avec régal, Le pire voyage au monde : Antarctique 1910-1913 d’Apsley Cherry-Garrard.

VENDREDI.

Football. SA Epinal – FC Istres OP 1 – 1.

Le cabinet de curiosités du notulographe. Poésie carrossière à Darney (Vosges), photo de l’auteur, 5 octobre 2014.

SAMEDI.

Films vus. Divin enfant (Olivier Doran, France – Luxembourg – Belgique, 2014)

Charlot est trop galant (His Favorite Pastime, George Nichols, E.-U., 1914)

Crime et Châtiment (Georges Lampin, France, 1956)

Tu m’as sauvé la vie (Sacha Guitry, France, 1950)

Deux rouquines dans la bagarre (Slightly Scarlet, Allan Dwan, E.-U., 1956)

Charlot marquis (Cruel, Cruel Love, George Nichols, E.-U., 1914).

   L’Invent’Hair perd ses poils.  

Saint-Florent (Haute-Corse), photo de Francis Henné, 29 juin 2009 / Saint-Lunaire (Ille-et-Vilaine), photo de Bernard Gautheron, 16 août 2012

              Poil et plume. “J’avais une des trois chemises neuves que Solange m’a apportées, je m’étais rasé, il ne me manquait plus que de me faire couper les cheveux. J’ai promis à Solange de le faire avant de prendre le bateau, dans quatre jours.” (Henri Thomas, Le Promontoire, Gallimard, 1961).

Bon dimanche,

Philippe DIDION

 

 

 

 

 

 

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