Juin 2015

7 juin 2015 – 666

MERCREDI.
Lecture. Buvard (Julia Kerninon, Rouergue, coll. La brune, 2014; 208 p., 18,80 €).
                                 Lecture effectuée pour le le Prix René-Fallet 2015.
MARDI.
Vie littéraire. Je boucle le Bulletin de l’Association Georges Perec n° 66 et l’envoie à la mise en page.
VENDREDI.
Lecture. A cœur perdu (Boileau-Narcejac, Denoël, coll. Crime Club 9, 1959 pour l’édition originale, rééd. in « Quarante ans de suspense » vol. 1, Robert Laffont, coll. Bouquins, édition établie par Francis Lacassin, 1988; 1340 p., 120 F).
                                Trois ans après M’as-tu vu en cadavre ? de Léo Malet, Boileau et Narcejac situent un polar dans le milieu de la chanson. Avec beaucoup moins de verve, on pouvait s’y attendre, que le créateur de Nestor Burma, et sans son souci documentaire. Car le duo explore son thème de prédilection, l’adultère, et le fait que le triangle traditionnel soit constitué d’une chanteuse, de son compositeur attitré dans le rôle du mari à éliminer et de son pianiste dans le rôle de l’amant importe finalement assez peu. Chez Boileau-Narcejac, c’est la mécanique qui compte, la construction de l’énigme, et il faut dire que celle qui est présentée ici offre peu d’intérêt. On serait cependant curieux de voir ce qu’Etienne Périer en a fait dans son adaptation pour le cinéma sous le titre Meurtre en 45 tours en 1960. Le film est malheureusement introuvable.
                                La Chance que tu as (Denis Michelis, Stock, coll. La Forêt, 2014; 160 p., 17 €).
                                Lecture effectuée pour le le Prix René-Fallet 2015.
Le cabinet de curiosités du notulographe. Crochet de boucher sur le marché d’Arles (Bouches-du-Rhône), photo de Sylvie Mura, 20 mars 2015.
Vie ferroviaire. Je pars pour Paris par le 16 heures 51. Je commets ma première bévue en me trompant de billet et en compostant celui prévu pour le retour. Heureusement, il n’y a personne au guichet et la préposée me colle un coup de tampon qui devrait me permettre de ne pas être inquiété. Dans le TER, je m’aperçois que j’ai oublié l’appareil photo. Alice m’a prêté un téléphone avec lequel il doit être possible de prendre des clichés mais va savoir comment, et puis après comment les transférer sur mes supports habituels. Je m’inquiète car je dois découvrir ce soir un nouveau lieu où j’aurai dormi. Dans le TGV, je me trouve à proximité d’un trio dont le voisinage va empoisonner la totalité de mon voyage. L’homme qui me fait face de l’autre côté du couloir se lance dans un long monologue. Il ne parle pas fort mais sa voix est dotée d’une fréquence sans doute particulière qui transperce le ronron du train pour m’attaquer directement le tympan. Je suis sûr que si j’avais un truc avec des écouteurs, elle passerait à travers sans aucun souci. Comme il m’est impossible de lire, je subis et je prends des notes, ça pourra toujours nourrir une notule. Monsieur est médecin, ça parle de cabinet, de clientèle, de patients qui râlent parce que, prétendent-ils, il est “toujours en vacances”. Ce qui est faux : à peine est-il allé ces derniers temps à Shanghai et en Afrique du Sud. On sait que pour ce genre de fâcheux, ce qui compte n’est pas d’aller quelque part mais de faire savoir qu’on y est allé. Nous voici donc amenés à subir le récit de son périple chez les Springboks. Monsieur était hébergé dans un lodge (très propre, prix tout à fait correct, il donne le salaire moyen du pays que je n’ai ni noté ni retenu), il a mangé de l’antilope et du zèbre. Il a voyagé en hélicoptère, montre à son auditoire un film de l’aventure sur son téléphone de poche, je ne profite que du son, on entend un bruit d’aspirateur. Les compagnons de voyage du voyageur font les captivés, relancent la conversation. Ce joli monde exerce à Nancy, ça se devine aux plaisanteries grasses échangées quand on traverse la Meuse et la Haute-Marne. Nancy, ville cosmopolite :  Herr Doktor a une fille de vingt-six ans, on lui demande si “elle est toujours avec son Noir”. Non, et ça le soulage, mais “pas parce qu’il était noir”. On ne saura pas pourquoi. Tant pis. Pour ses prochaines vacances, je lui suggérerais bien d’aller tâter du surf sur une plage réunionnaise.
SAMEDI.
Vie parisienne. Pendant que le Tartarin du veld et ses acolytes sont à Roland-Garros ou au congrès du RPR, je suis à la Sorbonne pour une journée Perec. De jeunes universitaires viennent proposer un morceau de leur thèse en préparation dans lequel il est question de notre auteur. Plus intéressant, une plasticienne présente le travail qu’elle vient d’entamer sur les index de La Vie mode d’emploi. Un travail gigantesque, interminable (ce qui est la marque des travaux d’intérêt) : Jean-Luc Joly, qui s’occupe de La Vie mode d’emploi pour le Pléiade Perec en préparation estime qu’un volume entier de la collection ne serait pas trop pour traiter des index du roman. En fin de journée, je passe à la librairie Compagnie où je complète mon rayon Leiris.
Films vus pendant la semaine. The Descendants (Alexander Payne, E.-U., 2011)
                                  L’invincible Armada (Fire Over England, William K. Howard, G.-B., 1937)
                                  Pacific Express (Union Pacific, Cecil B. DeMille, E.-U., 1939).
            
              L’Invent’Hair perd ses poils.
Orange (Vaucluse), photo d’Hervé Bertin, 19 février 2010 / Saint-Quentin (Aisne), photo de Bernard Visse, 20 mai 2012
              Poil et plume. “Tandis qu’il continuait son discours, une tondeuse avait parcouru la tête de Quangel et tous ses cheveux jonchaient maintenant le sol de la cellule. L’autre aide rasait sa barbe.
   – Bon ! fit le bourreau, satisfait. Sept minutes ! Nous avons rattrapé le retard… Encore quelques types raisonnables comme ça et nous serons exacts comme le train. Et, s’adressant à Quangel : Veux-tu être assez gentil pour balayer tout ça toi-même. Tu n’est pas obligé, mais nous n’avons pas beaucoup de temps. Le directeur et le procureur peuvent arriver d’une minute à l’autre. Ne mets pas les cheveux dans les waters. Voilà un journal, tu les enveloppes et tu les déposes près de la porte. C’est un petit à-côté, tu comprends ?
   – Que vas-tu donc faire avec mes cheveux ? demanda Quangel, intrigué.
   – Je les vends à un perruquier. Les perruques sont toujours recherchées, pas seulement pour le théâtre…” (Hans Fallada, Seul dans Berlin)
DIMANCHE.
Vie parisienne. Je suis au Louvre pour l’étude, dans le cadre de ma Mémoire louvrière, de la salle 15, aile Richelieu, 2e étage, celle où sont exposés les tableaux de mon compatriote Claude Gellée.
                    Courriel. Une demande d’abonnement aux notules.
LUNDI.
Epinal – Châtel-Nomexy (et retour).

Didier Daeninckx, Cannibale, Magnard, 2001.

Lecture. L’Homme de Lewis (The Lewis Man, Peter May, traduit de l’anglais par Jean-René Dastugue, Rouergue, 2011, rééd. Babel Noir n° 74, 2013; 384 p., 8,50 €).
                         Pour le deuxième tome de sa trilogie, Peter May ne bénéficie plus des atouts contenus dans le premier volet, L’Île des chasseurs d’oiseaux : la surprise, l’originalité du milieu dépeint, celui d’une île des Hébrides, avec son climat, ses traditions et ses personnages particuliers. Il se sort cependant fort bien de cette difficulté en donnant cette fois la priorité à l’enquête policière menée par son inspecteur, Fin McLeod. Celui-ci doit retrouver l’identité d’un cadavre découvert enfoui dans la tourbe depuis des années, celui d’un homme vraisemblablement assassiné. Le seul homme capable de l’orienter dans ses recherches est un vieillard qui commence à perdre la tête et la mémoire, ce qui n’est pas fait pour faciliter les choses. L’enquête progresse donc lentement, ce qui ne la prive pas d’intérêt : Peter May sait y ménager quelques rebondissements et découvertes sans tomber dans la recherche d’effets, une sobriété que l’on retrouve dans son écriture. Encore une fois, la peinture de ce coin déshérité de l’Ecosse est fascinante, un cadre qui fait penser à l’île d’Öland ou se situent les polars du Suédois Johan Theorin.
MARDI.
Vie littéraire. Je reçois le fichier de mon Bulletin Perec pour une ultime relecture. La personne qui s’est chargée de la mise en page y a apporté quelques modifications : J’y pensais depuis plusieurs numéros mais la j’ai sauté le pas, j’ai rajouté des accords féminin – entre parenthèse (parce que cela me foudroie un peu à chaque fois qu’on efface le féminin, quand ce n’est pas compliqué de faire autrement et chouettement féministe)”. Ainsi apparaît au grand jour mon machisme latent, à moi dont le métier prévient d’être foudroyé par les fautes d’orthographe : si dans chaque homme il y a un porc qui sommeille, le mien est insomniaque. Entendons-nous : ça ne me dérange pas vraiment que l’on remplace le “Chers amis” de l’éditorial par “Cher(e)s ami(e)s”, mais quand on en arrive à des passages du genre “une équipe d’ami(e)s, de chercheur(se)s, de passionné(e)s attaché(e)s à une meilleure connaissance […]. Les premiers/premières ont été rassemblé(e)s et entendu(e)s au cours de la journée […]”, on atteint un ridicule que j’ai du mal à signer de mon nom. Je le ferai quand même parce que je ne veux pas disputer sur de telles âneries mais là j’ai comme l’envie soudaine de rendre mon tablier. Ou ma tablière, je ne sais plus.
MERCREDI.
        Epinal – Châtel-Nomexy (et retour). Donna Leon, Entre deux eaux, Points, 2005.
Lecture. L’Indifférent (Laure Protat, Arléa, coll. 1er/mille, 2014; 288 p., 20 €).
                                Lecture effectuée pour le le Prix René-Fallet 2015.
VENDREDI.
                  Le cabinet de curiosités du notulographe. Pour se venger
des tiercé perdus à Daoulas (Finistère) 6 juillet 2014 et à Paris (Seine), rue Montorgueil, 30 octobre 2008, photos de l’auteur.
SAMEDI.
Films vus pendant la semaine. On a failli être amies (Anne Le Ny, France, 2014)
Dikkenek (Olivier Van Hoofstadt, France – Belgique, 2006)
Micmacs à tire-larigot (Jean-Pierre Jeunet, France, 2009)
Le Mystère de la section B (Dark Journey, G.-B., 1937)
Le Locataire (Roman Polanski, France, 1976)
Take Shelter (Jeff Nichols, E.-U., 2011)
Va, vis et deviens (Radu Mihaileanu, France – Israël – Belgique – Italie, 2005).
              IPAD (Itinéraire Patriotique Alphabétique Départemental). 17 novembre 2013. 41 km. (24508 km).
398 habitants
   Pas de monument, les morts locaux figurent sur celui de Dompaire.
              L’Invent’Hair perd ses poils.
Confolens (Charente), photo de Sylvain Mathieu, 28 février 2010 / Florence (Italie), photo de François Golfier, 5 juin 2012
Poil et plume. “Quelques jours plus tard, dans l’émission “Le Monde est fou”, animée par Jean-Pierre Foucault sur TF1, il ôte la perruque qu’il porte, affirmant que ce postiche est celui de Guy Bedos. Ce qui est presque vrai, puisque Edern Hallier s’est rendu chez le perruquier de Bedos pour se faire fabriquer une copie identique au modèle. […] Déjà, en 1989, décidément obsédé par le “gang des postiches” médiatiques, Jean-Edern parlait de “Waechter le chauve qui sera crédible à mes yeux le jour où, au lieu de porter une perruque, il se fera pousser du gazon sur la tête.” (Dominique Lacout, Jean-Edern Hallier : Le dernier des Mohicans)
Bon dimanche,
Philippe DIDION
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14 juin 2015 – 667
DIMANCHE.
                    Vie littéraire. Peu après la sortie de La Disparition, en mars 1970, Georges Perec écrit (pour lui-même, précise Paulette Perec dans Portrait (s) de Georges Perec) : “Je ne suis qu’un pitre, je n’ai pas le droit de me réclamer de Roussel ni de Queneau […] je ne serai jamais Leiris, Leiris ne me lira jamais.” Au moment de la parution de La Vie mode d’emploi, en 1978, Michel Leiris assure pourtant à Perec qu’il n’est pas près de lâcher ce “puzzle”. Il ne pouvait guère faire autrement que le lire après avoir pris connaissance de la dédicace figurant sur l’exemplaire que l’auteur lui a adressé :
A Michel Leiris
Ce livre est dédié à la mémoire d’un homme qui fut votre ami et mon maître (1)
Recevez-le, je vous prie, en témoignage de l’admiration que je porte depuis toujours à votre œuvre dont vous trouverez ici,
dans LA VIE MODE D’EMPLOI,
dix traces éparpillées, comme dix pièces de mon puzzle. Elles vont d’un unique mot magique – Champs catalauniques – à de courts passages : récits de rêves, visions et images inscrites dans ma mémoire de lecteur, que j’ai tenues à utiliser, en même temps que d’autres venues de tous les auteurs que j’aime, non comme des citations, mais comme les axes mêmes de mon travail d’écriture
Georges Perec
1. Raymond Queneau
L’exemplaire Leiris de La Vie mode d’emploi figure dans une vitrine de l’exposition “Leiris & Co.” que nous visitons aujourd’hui au Centre Pompidou de Metz. On passerait facilement à côté car ce n’est qu’une des pépites semées dans les salles de cette exposition, aussi riche que le fut la vie de Leiris. Mes goûts et mes lectures récentes me portent à m’attarder sur les parties consacrées à Raymond Roussel (une vitrine avec quelques lettres et programmes de théâtre) et à L’Afrique fantôme (une salle qui montre nombre d’objets, personnages et scènes décrits dans le compte rendu de la mission Dakar-Djibouti). Mais en parcourant le reste, on en vient à se demander sur quoi et sur qui Michel Leiris n’a pas écrit, où il n’est pas allé, quel peintre il n’a pas rencontré : Masson, Bacon, Miro, Wilfredo Lam, Picasso, Giacometti, la Chine, l’Afrique, les Antilles, la tauromachie, l’ethnographie, la littérature, le jazz… Tout cela est distribué de façon intelligente et claire au fil des salles que l’on découvre au long d’un parcours un peu étourdissant. Quel être !
MARDI.
            Epinal – Châtel-Nomexy (et retour). Oscar Wilde, Le Portrait de Dorian Gray (Pocket). 
MERCREDI.
                  Vie littéraire. J’envoie ma contribution au volume d’hommage à Jean-Jacques Lefrère que préparent actuellement les éditions du Lérot. Elle est reçue favorablement, ce qui n’a pas été le cas de tous mes écrits ces derniers temps : la période fut un brin agitée sur la plan éditorial.
                  Lecture. La Fractale des raviolis (Pierre Raufast, Alma, 2014; 268 p., 18 €).
                                Lecture effectuée pour le le Prix René-Fallet 2015.
VENDREDI.
                  Le cabinet de curiosités du notulographe. Dédicace de Georges Perec à Michel Leiris, photo de l’auteur, 7 juin 2015.
SAMEDI.
              Vie littéraire. La virée à Jaligny-sur-Besbre (Allier) pour le Prix René-Fallet fait partie des marronniers des notules. Inutile donc d’en dire une fois de plus les détails et le plaisir qu’elle me procure. Qu’on sache simplement que j’ai défendu La Fractale des raviolis, de Pierre Raufast, et que c’est Julia Kerninon qui a obtenu le prix pour Buvard. Si ces noms ne disent rien à personne, rappelons qu’il s’agit d’un prix récompensant un premier roman.
              Films vus pendant la semaine. Sweeney Todd, le diabolique barbier de Fleet Street (Sweeney Todd : the Demon Barber of Fleet Street, Tim Burton, E.-U., G.-B., 2007)
                                                                La Chambre bleue (Mathieu Amalric, France, 2014)
                                                                Les Salauds (Claire Denis, France – Allemagne, 2013)
                                                                Les Hommes, quels mufles ! (Gli uomini, che mascalzoni…, Mario Camerini, Italie, 1932)
                                                                 L’Esclave libre (Band of Angels, Raoul Walsh, E.-U., 1957).
              IPAD (Itinéraire Patriotique Alphabétique Départemental). 24 novembre 2013. 79 km. (24587  km).
43 habitants
   Pas de monument visible.
             L’Invent’Hair perd ses poils.
  
 Bexhill-on-Sea (Angleterre), photo de Francis Henné, 12 mars 2010 / La Forêt-Fouesnant (Finistère), photo du même, 12 juillet 2010
             Poil et plume. “- Si tu n’as rien à faire maintenant, accompagne-moi chez le coiffeur.
   Nous y allâmes donc. Les coiffeurs sont les derniers salons où l’on cause. S’ils n’ont pas beaucoup de clients l’après-midi, par contre, ils regorgent de monde entre six et huit; j’en profitai pour me faire raser, et le reste du temps pour boire un verre avec la manucure, Dada et l’artiste capillaire qui la remettait en plis pour son départ. Je la regardais dans la glace, la tête sous le séchoir, avec un petit filet noué derrière la nuque, une main dans un bol et un whisky dans l’autre…” (Pierre de Régnier, Chroniques d’un patachon : Paris 1930-1935)
Bon dimanche,
Philippe DIDION
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 21 juin 2015 – 668
MARDI.
            Lecture. Une peine d’exception (Cruel and Unusual, Patricia Cornwell, 1993 pour l’édition originale, traduit de l’américain par Gilles Berton; in « Patricia Cornwell 1, Quatre romans », éditions du Masque, coll. Intégrales, 1998; 1216 p., s.p.m.).
              On regrettera, et ce n’est pas la première fois, que les innovations apportées par Patricia Cornwell au récit policier – elle fut une des premières à saisir et à présenter l’évolution scientifique des enquêtes – n’aient jamais été servies par une écriture moins standardisée que celle qu’elle a à offrir. Il y a toujours chez elle un côté Mary Higgins Clark qui déçoit un peu. Comme ici l’intrigue est tellement embrouillée que le lecteur s’y trouve perdu à mi-chemin, on peut dire que la déception est complète. De plus, Patricia Cornwell commet l’erreur de détailler à l’envi les bidouillages informatiques auxquels se livre la nièce de son héroïne, Kay Scarpetta. Or rien ne vieillit plus vite que les nouveautés et astuces technologiques et celles de 1993, qui sont censées apporter un vernis moderniste à l’histoire, donnent de Kay Scarpetta avec ses ordinateurs une image plus poussiéreuse que celle de Sherlock Holmes avec sa loupe.
MERCREDI.
Exercice de boucherie comparative. Libération reproduisait dans son édition d’hier l’image d’une campagne publicitaire pour l’association PETA (Pour une Ethique dans le Traitement des Animaux) qui m’a rappelé une carte postale jadis éditée par le Collège de ‘Pataphysique. On pourra à loisir comparer les découpages anatomiques (noter par exemple le déplacement géographique du jarret), l’évolution du choix offert et l’intitulé des appellations, en faisant autant que faire se peut abstraction de la plastique des modèles.
Odalisque à l’étal brut, peinture de Landru fils, reproduction sur carte postale, collection de l’auteur / Libération, 16 juin 2015
VENDREDI.
                  Le cabinet de curiosités du notulographe. Effets de la publicité PETA, photos de l’auteur.
Fontenoy-le-Château (Vosges), 11 novembre 2014 / Le Val-d’Ajol (Vosges), 21 octobre 2014 / Moyenmoutier (Vosges), 12 avril 2015
SAMEDI.
Films vus. Drôles de bottes (Be Big !, James W. Horne, E.-U., 1931)
Le bon filon (Laughing Gravy, James W. Horne, E.-U., 1931)
La Maison des bories (Jacques Doniol-Valcroze, France, 1970)
Un chic type (En ganske snill mann, Hans Petter Moland, Norvège, 2010)
Le Retour des tomates tueuses (Return of the Killer Tomatoes, John De Bello, E.-U., 1988)
La Liste de mes envies (Didier Le Pêcheur, France, 2014
This Must Be the Place (Paolo Sorrentino, Italie – France – Irlande).
              IPAD (Itinéraire Patriotique Alphabétique Départemental). 1er décembre 2013. 120 km. (24707 km).
97 habitants
   Pas de monument aux morts visible.
             L’€™Invent’Hair perd ses poils.
Québec (Québec, Canada), photo de François Bon, 21 mars 2010 / Chartres (Eure-et-Loir), photo de Pierre Cohen-Hadria, 30 janvier 2013
Poil et plume. “… notre blanche tante Marie, laquelle ressort de chez sa vieille amie, dont le salon jouxte un débit de boisson, les cheveux violets, si bien qu’une fois tous les deux ou trois mois, un jeudi, maman prend le car qui assure la navette entre Campbon et Nantes, conduit par son propriétaire dont le nom scolairement calligraphié s’étale sur la carrosserie, d’où elle revient le soir solidement permanentée, de quoi durer presque autant que l’odeur entêtante des petits calendriers parfumés du salon de la rue de Verdun qui imprègne le cuir de son sac à main. (Plus tard, elle y emmènera ses filles, et, papa ayant ses habitudes ailleurs, à moi le maraîcher auquel il n’était nul besoin de répercuter la consigne : bien dégagé au-dessus des oreilles, c’était inné chez lui, d’autant qu’il officiait d’une main leste, gardant par la fenêtre ouverte un œil sur ses jardins, son fusil appuyé contre le fauteuil, prêt à épauler dès qu’il apercevait un merle voletant autour de ses arbres fruitiers).” (Jean Rouaud, Pour vos cadeaux)
Bon dimanche,
Philippe DIDION
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28 juin 2015 – 669
LUNDI.
           Lecture. Alex (Pierre Lemaitre, Albin Michel, 20011, rééd. LGF, coll. Le Livre de poche thriller n° 32580, 2012; 404 p., 7,60 €).
                         Le personnage de Verhoeven se met en place petit à petit – expression choisie puisque le commissaire mesure un mètre quarante-cinq. On sait que pour accrocher le lecteur, un enquêteur se doit aujourd’hui d’être atypique : le fait d’être veuf, malheureux en ménage ou alcoolique ne suffit plus, il nous faut des manchots, des albinos, des sourds ou des obèses. Va donc pour le nanisme. Autour de lui, la brigade est réduite mais riche en paradoxes, avec un gandin plein aux as et un pousse-mégot avare comme pas deux, des types qui pourraient figure aux côtés d’Adamsberg dans les livres de Fred Vargas. Car la troupe est efficace, même si elle a une fâcheuse tendance à arriver toujours un poil trop tard pour serrer la tueuse Alex, qui semble s’en prendre à tous les hommes qu’elle rencontre. Efficace aussi la narration, aussi tendue que dans Robe de marié, pour une histoire menée à cent à l’heure. L’imagination de Pierre Lemaitre, la crudité des situations qu’il présente et la richesse de ses personnages le classent vraiment dans le haut du panier (à salade) du polar de chez nous.
VENDREDI.
                  Le cabinet de curiosités du notulographe. Mélange des genres à Amboise (Indre-et-Loire), photo de Sylvie Mura, 18 septembre 2014.
SAMEDI.
Films vus. Vous allez rencontrer un bel et sombre inconnu (You Will Meet a Tall Dark Stranger, Woody Allen, E.-U. – Espagne, 2010)
                               La Brigade héroïque (Saskatchewan, Raoul Walsh, E.-U., 1954)
                               L’Homme qui voulait savoir (Spoorloos, George Sluizer, Pays-Bas – France, 1988)
                               Barbecue (Eric Lavaine, France, 2014)
                               Salaud, on t’aime. (Claude Lelouch, France, 2014)
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              IPAD (Itinéraire Patriotique Alphabétique Départemental). 22 décembre 2013. 122 km. (24829 km).
615 habitants

   Une colonne de pierre grise s’élève au pied de l’église. Au sommet, un coq qui ébouriffe ses plumes, autour, une chaîne métallique aux anneaux rectangulaires. Sur le côté face, on trouve une Croix de Guerre, une palme, un casque et un glaive entourés de laurier. Sur le côté gauche, il reste la vasque fleurie du 11 novembre. Sur le côté gauche, une torche et un glaive du Souvenir Français.

Face :

A la mémoire glorieuse

Des enfants de Mandray

1914-1918

CUNY Léon

DROUANT Marcellin

LAURENT Albert

Gauche :

Guerre 1939-1945

Morts pour la France

GAXATTE Roger

MATHIEU Paul

DIDIERDEFRESSE Alfred

Victimes civiles

BLAISE Georges

SIMON André

SIMON Marius

LEFEBVRE Joséphine

24 noms sur 2 colonnes de BARBE Élie à GEORGES Justin (dont 6 COLIN)

Dos :

Victimes civiles

16 noms sur 2 colonnes d’APY Léopold à VAUTHIER Jean-Bate

Droite :

24 noms sur 2 colonnes de GONAND Camille à XAVIER Séraphin

 

             L’Invent’Hair perd ses poils.
  
Mâcon (Saône-et-Loire), photo de Marc-Gabriel Malfant, 27 mars 2010 / Grigny (Rhône), photo du même, 9 septembre 2012
             Poil et plume. “Un jour, elle se saisit d’une paire de ciseaux et sacrifie sa longue chevelure qu’elle jette dans les flots.”
                                    “Tous les matins, le coiffeur de l’Adlon monte dans la chambre pour les soins de Monsieur : rasage, shampooing, massage, fer à friser, poudre de Patou et “Vétiver” de Guerlain.” (Maurice Lever, Isadora [Duncan] : Roman d’une vie)
Bon dimanche,
Philippe DIDION
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