Mai 2015

3 mai 2015 – 663

LUNDI.

           Epinal – Châtel-Nomexy (et retour). Fred Vargas, Temps glaciaires, Flammarion, 2015 et Stendhal, La Chartreuse de Parme, édition inconnue.

MERCREDI.

Histoires funéraires (suite). Je finis de parcourir la presse accumulée en notre absence. J’y trouve, concernant la mort de Jean-Jacques Lefrère, des avis de décès (émanant de la famille et de ses employeurs) et des articles nécrologiques dans Le Monde et Le Figaro. Je découpe et j’archive, histoire d’avoir quelques traces écrites. Car je me suis rendu compte qu’après des années de contacts, parfois quotidiens, toujours hebdomadaires – j’ai dû, en dix ans, lui envoyer cinq cents courriels (listes de livres, articles, critiques, divers), cinq cents fois il m’en a accusé réception et m’en a remercié, ce qui, quand on connaît les usages de l’archipel des malotrus que constitue la plupart du temps la “communauté” Internet, est proprement sidérant – je me suis rendu compte, disais-je, que je n’avais quasiment aucune trace de mes échanges avec lui, ceux-ci s’étant toujours effectués viva voce ou par la voie électronique. Les Lefrère du futur, biographes ou généticiens désireux de se pencher sur tel ou tel auteur d’aujourd’hui, devront gratter des puces de téléphone et triturer des disques durs, c’est ainsi, c’est l’époque. Heureusement, Jean-Jacques Lefrère a vécu sa jeunesse à l’ère pré-Internet et il me reste quelques vestiges de cette préhistoire. Par exemple une copie de cette lettre qu’il envoya, alors qu’il était sur les traces de Lautréamont, à Maïté Dabadie (spécialiste du voisin de Pléiade de celui-ci, Germain Nouveau) il y a près de trente ans. La voici :

Paris 23 janvier 1976 

Chère amie,

Mercure, qui n’est pas que le Dieu des marchands a donc sévi contre vous !

Je vous remercie de votre article, que je vous retourne après en avoir pris connaissance. J’y note plusieurs choses  :

– j’ignorais que Nouveau était passé à Tarbes : M. Dérosier (1) n’en parle pas dans son bouquin qui, je le croyais, avait au moins le mérite de citer tous les noms.

– j’y découvre une nième version de l’incident D….. – Alicot (2) !

– A la fin de l’article, vous suggérez à la ville de Tarbes de donner une rue à L. J’espère que cela ne vous a pas valu tous les ennuis que j’ai eus, lorsque, à Noël dernier, j’ai fait paraître dans la République (3) un article dont la conclusion rejoignait la vôtre. Qu’est-ce que j’ai pris !!!

   Une semaine après, une prof d’Histoire de Marie-Curie (4) faisait paraître un article me reprochant d’avoir médit de la statue de Laforgue, et d’avoir parlé sans respect assez marqué de Foch ! J’ai répondu par un autre article, un peu méchant… Aujourd’hui, je reçois une lettre de Largué (5), je le cite : « A  Tarbes maintenant, il n’y a plus que Guelfes et Gibelins. Ceux qui se marrent [sic] à la lecture de votre papier et ceux qui sont furax [resic]. »

J’espère tout de même que la polémique va se tasser.

Mon bouquin sur Laut., dont Walzer (6) s’est bien occupé – encore une fois, c’est un peu grâce à vous, qui m’avez donné son adresse – doit paraître dans le courant du printemps (7). J’ai trouvé pas mal de documents encore à Noël. Mais c’est une recherche sans fin, et j’ai décidé d’y mettre un terme. Lautréamont, pour moi, désormais, c’est terminé.

Pour changer, beaucoup de travail en faculté. Je ne vous apprends rien.

Où en est votre « village accroché » (8) ? Et le livre sur Nouveau (9) ? Trouverez-vous cinq minutes pour me donner des nouvelles ? 

Avec mes amitiés, 

[signature] 

P.S. et vous venez en mars ! Nous nous y verrons, si vous avez un moment. Restons en correspondance d’ici là.

Notes :
1. Si Tarbes m’était conté, de Marcel Derosier, Editions du Midi, 1975.
2. Je n’arrive pas à déchiffrer le premier nom : Dumas, Dunas, quelque chose comme ça. Le second est celui de François Alicot, pionnier de la recherche ducassienne, auteur de plusieurs articles sur l’auteur des Chants de Maldoror dans la première moitié de XXe siècle, entre autres “Variétés littéraires. Isidore Ducasse à Tarbes et à Pau” (La Dépêche de Toulouse, 22 janvier 1948) qui rejoignait les préoccupations du Lefrère de l’époque. Je ne sais quel incident a pu opposer Alicot à ce Dumas/Dunas ou autre, les notulo-ducassiens ne manqueront pas de m’éclairer.
3. La République des Pyrénées, quotidien local.
4. Le Lycée Marie-Curie de Tarbes.
5. Inconnu de mes services.
6. Pierre-Olivier Walzer, responsable du volume Pléiade Lautréamont-Nouveau (Gallimard, 1970).
7. Le Visage de Lautréamont : Isidore Ducasse à Tarbes et à Pau, signé Jacques Lefrère, éditions Pierre Horay, 1977.
8. Le Village accroché : Reflets de Bigorre, nouvelles de Maïté Dabadie, Les Presses Universelles, 1976.
9. Le livre de Maïté Dabadie, L’écharde dans la chair ou la vie du poète Germain Nouveau, Humilis, Marseille, éditions Tacussel, paraîtra en 1986. Mais peut-être s’agit-il de son Itinéraire provençal du poète Germain Nouveau, imprimerie Robert, 1981 ?
Jean-Jacques Lefrère a vingt ans à l’heure où il écrit cette lettre. Il prépare son livre sur le séjour d’Isidore Ducasse dans les Pyrénées. Comme on peut le constater avec l’évocation de ses démêlés avec La République des Pyrénées, son côté bretteur est déjà présent. Mais le plus étonnant tient en cette phrase : “Lautréamont, pour moi, désormais, c’est terminé.” Après avoir sillonné sa région à la recherche de documents inédits, Lefrère ira jusqu’à Montevideo, ville natale de Ducasse, fera paraître en 1998 une monumentale biographie, en 2008 un Lautréamont illustré, animera l’AAPPFID (Association des Amis Passés, Présents et Futurs d’Isidore Ducasse), livrera de nombreuses contributions aux Cahiers Lautréamont. Pour un homme qui parlait d’abandonner le sujet, c’est plutôt pas mal.
enveloppe autographe de Jean-Jacques Lefrère, collection particulière
VENDREDI.
                  Football. SA Spinalien – Marseille Consolat 1 – 3.
Le cabinet de curiosités du notulographe. Restons à Tarbes avec cet avis de décès fataliste transmis par Bernard Visse, journal non identifié, janvier 2014.
SAMEDI.
Films vus pendant la semaine. All Is Lost (J.C. Chandor, E.-U., 2013)
Vampyr (Carl T. Dreyer, Allemagne – France, 1932)
De toutes nos forces (Nils Tavernier, France – Belgique, 2013)
Dans la cour (Pierre Salvadori, France, 2014)
La Belle du Montana (Belle LeGrand, Allan Dwan, E.-U., 1951).
              IPAD (Itinéraire Patriotique Alphabétique Départemental). 1er novembre 2013. 105 km. (24343 km).
91 habitants

   S’il existe un palmarès des villages les plus sales des Vosges, Maconcourt doit y figurer à une bonne place. Un coq chante sur ce tas de fumier, juché sur une colonne courtaude ornée d’une croix chrétienne et de deux rameaux entrelacés. Les vis qui servent à fixer les plaques qui portent les inscriptions sont cachées par de minuscules Croix de Guerre.

A ses enfants

Morts pour la Patrie

La commune de Maconcourt reconnaissante

1914 – 1918

   Droite :

1914

MANGENOT Georges

ROLIN Auguste

MANGENOT Albert

1915

HENRY Charles

DRAPIER Léon

POISSONNIER Alfred

HENRY Robert

OLIVEIRA Yves

Gauche :

1916

DUVAL Albert

VILLEMIN Henri

MIGNON Eugène

1917

PERRIN Henri

DUVAL Georges

1918

MANGENOT Paul

1942

VOILQUIN Jean

              L’Invent’Hair perd ses poils.

Epinal (Vosges), photo de l’auteur, 4 avril 2010 / Dinan (Côtes-du-Nord), photo de Bernard Bretonnière, 23 juillet 2010

              Poil et plume. “Alors, dénouant d’un geste sa magnifique chevelure, couleur de couchant, qui lui descendait jusqu’aux genoux, et dans laquelle quarante amants s’étaient baignés comme dans un fleuve de flammes où renaissaient leurs désirs, elle la ramassa à poignée sur sa tête, d’une seule main et, de l’autre, fit le geste de s’emparer d’une paire de ciseaux. Puis, tout à coup, se ravisant :
   – Non, dit-elle, je les couperais mal, le marchand n’en voudrait pas et j’ai besoin d’argent pour l’autre chose.
   Elle s’habilla rapidement, fit sa prière du matin et sortit.
   Quand elle rentra, elle était tondue comme une brebis d’or, et rapportait soixante francs. L’infâme perruquier, qui l’avait volée, d’ailleurs, avait rétabli tant bien que mal, avec des bandeaux et des étoupes, l’harmonie de sa tête, mais le massacre était évident et horrible.” (Léon Bloy, Le Désespéré)
Bon dimanche,
Philippe DIDION
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10 mai 2015 – 664
N.B. Le prochain numéro des notules sera servi le dimanche 24 mai 2015.
LUNDI.
Courriel. Deux demandes d’abonnement aux notules.
MERCREDI.
Epinal – Châtel-Nomexy (et retour). E.L. James, Cinquante nuances plus sombres, Le Livre de poche, 2014. Et c’est un homme, contrairement à ce que l’on pourrait croire, qui lit.
JEUDI.
  Epinal – Châtel-Nomexy (et retour). Stephen King, Marche ou crève, Le Livre de poche, 2004 à l’aller et Danielle Steel, Maintenant et pour toujours, Pocket, 2012 au retour.
VENDREDI.

                 

Le cabinet de curiosités du notulographe. Rue chaude à Cannes (Alpes-Maritimes), photo de l’auteur, 6 mai 2014.
SAMEDI.
              Lecture. Schnock n° 9 (La Tengo, hiver 2013/2014; 176 p., 14,50 €).
                             Coluche.
                             Le dossier montre comment la figure de Coluche a pu prendre, au fil des années qui ont suivi sa mort, une couleur consensuelle qu’elle était loin d’avoir de son vivant : ”une gueule de consensus”, comme l’a écrit Pierre Bénichou. L’image est donc un peu redessinée dans un entretien avec l’imprésario Paul Lederman (qui, sans surprise, se donne le beau rôle dans la fabrication du phénomène) et dans les témoignages des anciens du Café de la Gare comme Romain Bouteille ou Miou-Miou, accompagnés de documents inédits. En outre, la revue – dont la maquette est toujours loin d’être au niveau du contenu – offre un long article de Paul Gégauff, évoque le charme de la RDA, les starlettes des années 1960, Paul Newman, et redonne à voir quelques jeux et jouets disparus, Dinky Toys, Action Joe et Télécran.
Films vus pendant la semaine. La Fièvre monte à El Pao (Luis Buñuel, France – Mexique, 1959)
L’Appel de la montagne / Le Défi (Der Berg ruft, Luis Trenker, Allemagne, 1938)
Une place sur la Terre (Fabienne Godet, France – Belgique, 2013)
Prêt à tout (Nicolas Cuche, France, 2014)
On ne choisit pas sa famille (Christian Clavier, France, 2011)
Un beau dimanche (Nicole Garcia, France, 2013).
  IPAD (Itinéraire Patriotique Alphabétique Départemental). 3 novembre 2013. 65 km. (24408 km).
62 habitants
   Pas de monument aux morts visible. Il y a une plaque dans l’église, me dit une voisine, mais la porte est fermée.
              L’Invent’Hair perd ses poils.

Le Poët (Hautes-Alpes), photo d’Edmond Varenne, 7 janvier 2010 / Guérande (Loire-Atlantique), photo de Bernard Bretonnière, 22 juillet 2012

 

             Poil et plume. Debout devant l’âtre où gémissait la brise et mourait un feu de bois, Mlle Ursule-Marie-Eugénie-Anne Ledru achevait de tresser pour la nuit ses nattes brunes. […] Le vent, vieux vent grognon rabâcheur d’histoires, parlait haut dans la cheminée, tandis que la grande fille filait ses cheveux noirs. […] Mlle Ledru ne sentait pas du tout la naphtaline. Ses cheveux en particulier exhalaient une odeur peu commune de forêt profonde.” (Jacques Perret, “La Fortune des girouettes”, in Objets perdus).
Bon dimanche,
Philippe DIDION
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24 mai 2017 – 665
N.B. Le prochain numéro des notules sera servi le dimanche 7 juin 2015.
MARDI.
             Epinal – Châtel-Nomexy (et retour). Amita Mukerjee, Travailler en anglais, Marabout, 2015.
MERCREDI.
                   Epinal – Châtel-Nomexy (et retour). Nicole Bacharan & Dominique Simonnet, Les Secrets de la Maison Blanche, Perrin, 2014.
                   Lecture. L’Afrique fantôme (Michel Leiris, Gallimard, 1934, rééd. Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade n° 600, 2014; 1402 p. 75 €).
                                 Où l’on continue à préparer consciencieusement la visite de l’exposition Leiris qui se tient actuellement à Metz. Ce texte est constitué des carnets tenus par Leiris au cours de la mission ethnographique Dakar – Djibouti de mai 1931 à février 1933. Leiris y participe en tant que secrétaire-archiviste au sein d’une équipe réduite dirigée par Marcel Griaule, qui l’a recruté. Il part pour l’Afrique avec la volonté de tourner le dos à un monde littéraire qu’il ne parvient pas à intégrer. Paradoxalement, le texte qui sortira de cette expérience marquera son entrée dans cette sphère, comme il le notera plus tard dans La Règle du jeu : “l’effort que j’avais fait pour m’éloigner de la chose littéraire aura donc eu un résultat inverse et aura seulement doté d’un second métier – l’ethnographie – l’homme de lettres que je serai resté.” L’abandon de la littérature ne s’effectue pas brutalement : les premières pages sont encore marquées par des recherches de style (présentes par exemple dans le choix des adjectifs quand il évoque des entraîneuses “catastrophiques” ou un coup de soleil “majestueux”) qui disparaissent peu à peu pour laisser place à des notes plus scientifiques, notamment quand il s’intéresse au culte des esprits zar en Ethiopie. Leiris, au départ, croit aux vertus thérapeutiques du voyage : il n’a pas trouvé sa place dans la société qu’il fréquente, malgré un mariage réussi. L’exotisme, l’aventure, lui apparaissent comme une voie possible, vite bouchée. Le monde extérieur le rattrape (“je suis impardonnable d’être ici alors qu’il y a en Europe une action si urgente à mener”), les manières coloniales le choquent – même s’il ne trouve rien de répréhensible à commander à des boys et à entasser objets et œuvres d’art dans les malles de la mission. Au bout du compte, il se trouve dans la situation de rédiger “un journal personnel, journal intime que j’aurais tout aussi bien pu tenir à Paris, mais que je me trouve avoir tenu me promenant en Afrique”. Ses “impressions d’Afrique” le rapprochent de son ami Raymond Roussel dont il dira plus tard qu’il voyagea “sans quitter un jour sa propre demeure”.
                                Curiosités. Dans les notes de Denis Hollier, page 1203, la “Lettre du Voyant” envoyée par Rimbaud à Paul Demeny le 15 mai 1871 est attribuée à… Baudelaire.
                                                  On trouve à l’origine de la mission Dakar – Djibouti la personne de Georges Henri Rivière, alors sous-directeur du musée d’Ethnographie du Trocadéro. Lequel Rivière savait aussi se distraire puisqu’il fut (comme Leiris, d’ailleurs) membre honoraire de l’AFEEFA (Association Française pour l’Etude et l’Expérimentation des Farces et Attrapes) dès sa création en 1962. Si l’on en croit l’Encyclopédie des Farces et Attrapes dirigée par François Caradec et Noël Arnaud, il se pencha notamment sur “l’utilisation rationnelle du fluide glacial au Pôle, son inefficacité sur les autochtones, mais aussi sa haute valeur au cours de l’entraînement des équipes d’exploration, sur place, en France.”
JEUDI.
           Vie exotique. Notuléon Ier est aujourd’hui à Waterloo. Il ne s’agit pas de participer à une commémoration, mais à un événement familial chez mon frère qui habite le secteur. Un secteur ravissant, car plein de monuments aux morts et de stèles diverses, qu’agrémentent les enseignes aux noms soigneusement choisis : “Wellington café”, “Grill de l’Empereur”, “L’Estaminet de Joséphine”, il ne manque que le “Sergent de Waterloo” du père Thénardier. Mais là n’est point notre sujet ni notre but, que nous atteignons avec un peu de retard. L’église est pleine, Je resterai à la porte, comme Michel Charasse à Jarnac. C’est pratique, on peut fumer. Sur la porte, on lit les noms des enfants concernés par la célébration. Celui de mon neveu, Gaspard Didion, y semble bien ordinaire au milieu des autres qui se situent à mi-chemin entre le Bottin mondain et la liste des engagés à une édition du Tour des Flandres.
VENDREDI.
                  Football. SA Spinalien – CA Bastia 0 – 1.

                 

Le cabinet de curiosités du notulographe.
Paris, boulevard Magenta, photo de Denis Garcia, 17 janvier 2015
SAMEDI.
              Vie exotique. Hier Waterloo, aujourd’hui Romorantin, le notulographe arpente, sillonne et nourrit sa collection de lieux où il a dormi. Il est question cette fois d’accompagner un vieux camarade dans une nouvelle aventure matrimoniale. Il va de soi que les tourtereaux du jour sont largement nubiles, ce qui ne gâche rien : l’expérience leur permet de couper court aux cucuteries qui accompagnent généralement ce genre de célébration, ce dont on leur sait gré, pour n’en conserver que le meilleur. La gueule de bois promet d’être gigantesque.
              Films vus. Mon père est femme de ménage (Saphia Azzeddine, France, 2011)
                               Situation amoureuse : c’est compliqué (Rodolphe Lauga & Manu Payet, France, 2014).
              L’Invent’Hair perd ses poils.
   
Morlaix (Finistère), photo de François Golfier, 1er février 2010 / Chantilly (Oise), photo de Philippe de Jonckheere, 26 mars 2012
              Poil et plume. “Sans plus tarder – pour ne pas perdre la main lui dirent-ils – ses parents, sur le conseil des voisins qui jusqu’ici devaient aller à Jaulnay pour se faire raser et coiffer, lui installèrent dans la cuisine qui, en avancée sur la maison faisait le coin des deux rues, une boutique de coiffeur. Ils lui achetèrent un miroir, une cuvette avec son broc, un fauteuil à dossier mobile. Le père Ravaud lui offrit ses instruments : des brosses, des peignes, des flacons, deux rasoirs, deux tondeuses, deux paires de ciseaux et un jeu de blaireaux. Ma grand-mère n’avait plus à fournir que les serviettes. De l’eau, il y en avait au puits.” (Raymond Guérin, Quand vient la fin)
LUNDI.
           Epinal – Châtel-Nomexy (et retour). Janice Kaplan, Botoxland, Calmann-Lévy, 2008.
JEUDI.
          Presse. Tiré de l’édition du jour de L’Echo des Vosges, rubrique Cheniménil (Vosges), où l’on se penche sur les grandes questions du moment.
Echange de manteaux. Lors du repas du 8 mai organisé par les AFN à la maison des associations, un échange de manteaux a été effectué. Une personne a rapporté à Philippe Poli, l’organisateur du repas, un manteau jaune en daim avec un foulard bleu rayé qui ne lui appartenait pas. Son manteau personnel, lui aussi en daim de couleur jaune, doit se trouver chez quelqu’un d’autre. Vérifiez vos armoires. L’échange de manteaux se fera chez Philippe Poli. Téléphone : 03.29.66.31.42 ou 06.18.33.43.38.
          Lecture. Mémoires (Beate et Serge Klarsfeld, Fayard/Flammarion, 2015; 688 p., 26 €).
                        Le travail accompli par les époux Klarsfeld en près d’un demi-siècle est gigantesque, la reconnaissance qu’on leur doit est immense. Traque des anciens nazis et de leurs complices français, manifestations spectaculaires, procès retentissants, publications, commémorations, actes, mots, paroles, il y a effectivement de quoi nourrir deux vies et un gros livre. Celui-ci est écrit à deux voix, Serge et Beate prenant la plume à tour de rôle au fil des chapitres. Cette distinction reprend celle qui existe au départ entre leurs motivations respectives (Serge se bat pour la mémoire de son père mort en déportation, Beate, citoyenne allemande, se bat pour que son pays natal se débarrasse de ses miasmes) et celle qui régit leurs façons d’agir : à Beate le côté “spectaculaire”, la gifle à Kiesinger par exemple, à Serge, l’avocat, le travail juridique, l’exploration des archives, les procès. Ce qui fait que les pages de Beate sont plus faciles à suivre que celles de son mari, souvent pleines de données juridiques peu accessibles au commun des lecteurs. Le combat n’a pas toujours été simple, les obstacles ont été nombreux, il est normal que le récit demande un peu d’efforts. La vie personnelle des Klarsfeld, tout ce qui est en dehors de l’action politique, occupe peu de place. Le lecteur leur en sera reconnaissant car lorsqu’ils s’aventurent sur ce terrain, les auteurs deviennent rapidement crispants. Quel besoin pousse ainsi Serge à souligner que ses deux petits-enfants ont été baptisés à Rome par deux papes différents ? Quelle nécessité conduit Beate à signaler que leur fils Arno a fait son premier tour du monde à onze ans, ou qu’il a “décroché la meilleure note sur une dizaine de milliers de candidats” à son examen du barreau ? Quelle importance revêt le fait que Beate ait, avec son mari, “parcouru plus de cinquante fois le Metropolitan et la Frick Collection à New York ou Dahlem à Berlin” ? Oublions ces travers pour nous intéresser à ce qui nous préoccupe le plus souvent, la littérature. Il y en a. A la fin de l’ouvrage, Serge Klarsfeld évoque le rôle qu’il a joué dans la genèse de Dora Bruder, le chef-d’œuvre de Patrick Modiano. Un rôle connu depuis que Maryline Heck a publié, dans le Cahier de l’Herne de 2012, la correspondance Klarsfeld-Modiano sur le sujet. L’avocat a aidé le romancier à reconstituer le puzzle Dora Bruder, a même retrouvé des photos. Modiano a remercié Klarsfeld dans un article de Libération. Il ne l’a pas fait dans son livre, sorti en 1997. Faute impardonnable, sanction immédiate : “Je n’ai pas cessé d’apprécier l’œuvre de Modiano, mais notre amitié a pris fin en 1997.” Klarsfeld, comme Lanzmann auquel on pense souvent en le lisant, comme Modiano lui-même en certaines circonstances, est capable de mesquineries surprenantes. Ce doit être le lot de nos grands hommes. Nous, on ne sait pas, on est petit, mesquin de nature. Même si on est allé soixante fois au Louvre.
                           Curiosités locales. Serge Klarsfeld mentionne page 643 le poète Isaac Katzenelson et son “œuvre sublime, Le Chant du peuple juif assassiné”. Rappelons que ce texte fut écrit, caché dans une bouteille, enterré puis découvert au pied d’un arbre dans le camp de camp de Vittel (Vosges) auquel une notule fut consacrée en avril 2009.
                                                           Parmi les responsables de Vichy poursuivis par les Klarsfeld figure bien sûr René Bousquet. Le chapitre qui raconte sa traque se termine ainsi : “Le 8 juin 1993, alors que l’accusation est prête, Bousquet, le “Fouché de Laval” est assassiné.” Précisons que ce fut par Christian Didier, né à Saint-Dié (Vosges) en 1944. Lequel Christian Didier, nous apprend la presse locale qui ne se préoccupe pas seulement d’affaires de vestiaires, est mort jeudi dernier, le 15 mai, dans sa ville natale.
VENDREDI.
                   Lecture. Travail soigné (Pierre Lemaitre, Le Masque, 2006, rééd. LGF, coll. Le Livre de poche thriller n° 31850, 2010; 416 p., 7,60 €).
                                 Lemaitre donne ici dans le polar purement littéraire : les crimes mis en scène sont issus de classiques du genre (de Gaboriau à James Ellroy en passant par Sjöwall & Wahlöö)  et le texte lui-même est semé de citations d’une vingtaine d’auteurs : Althusser, Perec, Lacan, Dumas, Balzac… Mais cela, on ne l’apprend qu’à la dernière page, ce qui permet de se rendre compte que l’on en a reconnu aucun. Ce côté exercice de style permet d’excuser la faiblesse de l’ensemble, assez décevant par rapport à la force de Robe de marié. Lemaitre reprendra le personnage central de ce roman expérimental, le commissaire Verhoeven, dans deux autres romans dont il sera rendu compte le moment venu.
                  Le cabinet de curiosités du notulographe. Photo le 11 novembre 2007 sur la D 166 qui relie Dompaire à Mirecourt (Vosges). De l’autre côté du pont figurait l’inscription “A demain”. Je m’étais promis de la prendre en photo lors d’un prochain passage mais les services de l’Equipement ont été plus rapides. Quand je suis revenu, le pont était nettoyé, les mots effacés. Mais pas l’amour pour Biquet, du moins on l’espère.
SAMEDI.
Films vus. La Femme qui faillit être lynchée (Woman They Almost Lynched, Allan Dwan, E.-U., 1953)
                               Ange en exil (Angel in Exile, Allan Dwan & Philip Ford, E.-U., 1948)
                               Il était une fois dans l’oued  (Djamel Bensalah, France, 2005)
                               Babysitting (Nicolas Benamou & Philippe Lacheau, France, 2014)
                               L’Oiseau au plumage de cristal (L’uccello dalle piume di cristallo, Dario Argento, Italie – RFA, 1970)
                               Manina… La Fille sans voile (Willy Rozier, France, 1952)
                               Deux jours, une nuit (Jean-Pierre & Luc Dardenne, Belgique – France – Italie, 2014).
              IPAD (Itinéraire Patriotique Alphabétique Départemental). 11 novembre 2013. 59 km.* (24467 km).
89 habitants

Le monument est à l’écart du village, dans le cimetière qui jouxte une église haut perchée et située à mi-chemin entre Madegney et Regney. Les fleurs du jour viennent de chez Mondial Impex, à Charmes, et sont posées sur la base qui supporte la stèle, à côté d’un crucifix qui semble avoir été ramassé sur une tombe voisine. Son pendant se trouve de l’autre côté de la colonne. Des rosiers et des buis encadrent le tout.

Marc JOLY
Julien HOUMANN
Léon DENET
Constant PERROTEZ
Lucien CROISIER
Paul COLLENNE
Emile DURAND
Justin FINANCE
Louis THOMASSIN
Emile JEANDEL
Raymond CHEVRIER
Paul CHAPELIER
A nos enfants
Morts pour la France
1914-1918

   Il n’est pas impossible que ces noms, au vu de la situation du monument, soient ceux de Madegney et de Regney rassemblés.

   * Je ne compte pas les 59 kilomètres qu’il m’a fallu faire plus tard quand je me suis aperçu, retour at home, que j’avais oublié l’appareil photo sur une tombe.

              L’Invent’Hair perd ses poils.
   
Paris, rue du Faubourg-Saint-Martin, photo de Pierre Cohen-Hadria, 14 février 2010 / Domarin (Isère), photo de Marc-Gabriel Malfant, 17 décembre 2012
              Poil et plume. “Des espadrilles ou charentaises qui faisaient floc dans les flacs [sic] d’eau, chaussaient nos panards jamais lavés ou si rarement. Sur nos nuques, nos tifs étaient rasés à la boule sur la tempe, aplati par la salive on portait le cheveu en bandeau, la mode apache d’alors.” (Auguste Le Breton, Malfrats  and Co)
Bon dimanche,
Philippe DIDION
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