Mars 2015

1er mars 2015 – 655

DIMANCHE.

Rugby. RA Epinal-Golbey – Sélestat : 40 – 0.

Courriel. Deux demandes de désabonnement aux notules. De quoi doucher l’enthousiasme né de la victoire de mes poulains.

Obituaire. C’était un fameux aptonyme, Le Monde du jour nous apprend qu’il n’est plus.

MARDI.

   Epinal – Châtel-Nomexy (et retour). Jean-Christophe Grangé, Le Vol des cigognes, Albin Michel, 2013.

MERCREDI.

Lecture. Ceux qui tombent (The DROP, Michael Connelly, Little, Brown & Company, New York, 2011 pour l’édition originale; Calmann-Lévy, coll. Robert Pépin présente…, 2014 pour la traduction française, traduit de l’américain par Robert Pépin; 400 p., 21,50 €).

On se plaignait ici, à propos du précédent polar de Connelly (Le cinquième témoin) du doux ronron dans lequel l’auteur semblait s’installer. Le voici réveillé, et le lecteur avec, grâce au retour de son meilleur personnage, le flic Harry Bosch, de la police de Los Angeles. Non que Bosch soit un personnage attachant – il a un côté Clint Eastwood plutôt rebutant – mais ses enquêtes sont toujours passionnantes. Il y en a deux ici qui atterrissent sur son bureau, et il va de l’une à l’autre avec son opiniâtreté habituelle. Comme toujours chez Connelly, c’est très complexe car la police doit louvoyer entre le pouvoir politique et les institutions judiciaires qui lui mettent des bâtons dans les roues, mais son talent consiste à mener son lecteur dans ce dédale sans jamais le perdre, ce qui est une vraie performance.

JEUDI.

  Lecture. Grandes heures de l’humanité : quatorze miniatures historiques (Sternstunden der Menschheit, Stefan Zweig, 1927, traduit de l’allemand par Stéphane Pesnel, in « Romans, récits et nouvelles I », Gallimard, coll. Bibliothèque de la Pléiade n° 587, 2013; 1462 p., 65 €).

Ce n’est pas le Zweig nouvelliste que l’on trouve ici mais le Zweig biographe, celui qui raconta la vie de Verhaeren, Fouché, Marie Stuart ou Balzac. En 1927, il choisit de se pencher sur des événements qui lui semblent devoir être considérés comme des moments phares de l’histoire : la découverte du pôle Sud, la bataille de Waterloo, la découverte de l’Eldorado (qui met en scène Johann August Sutter, le héros de L’Or de Cendrars), etc. Au fil des rééditions, d’autres récits seront ajoutés, on en a ici quatorze dans lesquels l’art narratif de Zweig ne se trouve, au final, pas tellement éloigné de ce qu’il montre dans son oeuvre de fiction.

VENDREDI.

Le cabinet de curiosités du notulographe. Pour un repas intime, “Salle à manger de troupe” à Saragosse (Espagne), carte postale transmise par Marc-Gabriel Malfant.

SAMEDI.

Films vus. L’Amour aux temps du choléra (Love in the Time of Cholera, Mike Newell, E.-U., 2007)

Django Unchained (Quentin Tarantino, E.-U., 2012)

Yves Saint Laurent (Jalil Lespert, France – Belgique, 2014)

Invictus (Clint Eastwood, E.-U., 2009)

Monuments Men (George Clooney, E.-U., 2014).

   L’Invent’Hair perd ses poils.

Varangéville (Meurthe-et-Moselle), photo de Francis Henné, 5 décembre 2009 / Craponne-sur-Arzon (Haute-Loire), photo de Christophe Hubert, 26 juillet 2012

Invent’Hair, bilan d’étape. Bilan établi au stade de 2500 salons, atteint le 13 février 2015.

Bilan géographique.     

                                     Classement général par pays.

1. France : 2176 (+ 73)
2. Espagne : 107 (+ 13)
3. Royaume-Uni : 45 (=)
4. Etats-Unis : 29 (=)
5. Portugal : 17 (+ 1)
6. Belgique : 16 (+ 5)
“. Canada : 16 (=)
8. Allemagne : 11 (+ 1)
9. Suisse 10 (+ 1)
“. République tchèque : 10 (=)

Les 10 pays de tête restent les mêmes, avec une place de mieux pour le Portugal et la Suisse. Saluons l’arrivée dans l’Invent’Hair de deux contrées exotiques, la Birmanie (2 salons) et la Thaïlande (1).

Classement général par régions (France).

  1. Rhône-Alpes : 430 (+ 13)
  2. Île-de-France : 299 (+ 15)
  3. Languedoc-Roussillon : 174 (+ 19)
  4. Provence-Alpes-Côte-d’Azur : 169 (+ 1)
  5. Midi-Pyrénées : 163 (+ 2)
  6. Lorraine : 163 (+ 4)
  7. Bourgogne : 95 (+ 5)
  8. Bretagne : 87 (+ 4)
  9. Pays de la Loire : 85 (=)
  10. Aquitaine : 69 (=)

La bataille pour la troisième place est acharnée : cette fois, c’est le Languedoc-Roussillon, précédemment 6e, qui s’en empare mais PACA, Midi-Pyrénées et Lorraine sont très proches.

Classement général par départements (France).

  1. Paris : 236 (+ 7)
  2. Rhône : 217 (+ 7)
  3. Vosges : 103 (+ 3)
  4. Loire : 76 (+ 1)
  5. Loire-Atlantique : 69 (=)
  6. Alpes-Maritimes : 67 (+ 1)
  7. Pyrénées-Orientales : 64 (+ 1)
  8. Saône-et-Loire : 63 (+ 4)
  9. Meurthe-et-Moselle : 47 (+ 1)
  10. Lot : 44 (=)

Aucun changement dans le top 10 mais 4 départements se partagent la 11e place avec 35 salons : le Gard (qui gagne 11 places avec 10 nouveaux salons), l’Hérault, (9 places avec 7 salons) la Drôme (1 place avec 1 salon) et le Finistère (inchangé).

Classement général par communes.,

  1. Paris : 236 (+ 7)
  2. Lyon : 99 (=)
  3. Barcelone : 48 (=)
  4. Nantes : 45 (=)
  5. Nice : 33 (=)
  6. Epinal : 27 (+ 1)
  7. Nancy : 22 (=)
  8. Villeurbanne 18 (+ 4)
  9. Roanne : 17 (=)
  10. Perpignan : 15 (=)

Villeurbanne continue sa progression et gagne deux places. Un peu plus loin, Bruxelles (+ 5) passe de la 29e à la 15e place et Bagnols-sur-Cèze fait une entrée fracassante à la 42e place avec 7 salons d’un coup. 40 communes font leur apparition, avec de belles prises comme Hambourg et une nouvelle préfecture, Rodez. Au total, 1057 communes peuvent s’enorgueillir de faire partie de l’Invent’Hair.

                                     Bilan humain.

1. Marc-Gabriel Malfant : 1026 (+ 43)
2. Philippe Didion : 235 (+ 2)
3. Pierre Cohen-Hadria : 182 (+ 7)
4. Jean-Christophe Soum-Fontez : 95 (+ 11)
5. François Golfier : 82 (+ 7)
6. Hervé Bertin : 71 (+ 7)
7. Benoît Howson : 65 (=)
8. Christophe Hubert 53 (=)
“. Sylvie Mura : 53 (+ 9)
10. Philippe de Jonckheere : 43 (=)

De légers mouvements dans le top 10 avec une place de mieux pour Hervé Bertin et Sylvie Mura mais ces 10-là seront difficiles à détrôner avec leur activité régulière et une dizaine de photos d’avance sur leurs concurrents les plus proches (Bernard Gautheron, Francis Henné, Bernard Cattin…). Plus bas dans le classement, Damien Didier-Laurent (10 photos) double son score et passe de la 37e à la 25e place.

   Etude de cas. Concurrence échevelée.

Paris, avenue Parmentier, photo de ?, 10 août 2014

Pont-Saint-Esprit (Gard), photo de Sylvie Mura, 15 août 2014

  

Limoges (Haute-Vienne), photo de Denis Garcia, 18 septembre 2014 / Bruxelles (Belgique), photo de Jean-Christophe Soum-Fontez, 10 novembre 2014

Poil et plume. “62 ans, 4 mois, 5 jours. Samedi 15 février 1986.

Coiffeurs. Dans ma jeunesse, ils ne vous massaient pas le crâne. Ils vous lavaient rudement la tête avant de la transformer en brosse, que le Pento, une colle en bâton, maintenait raide jusqu’à la coupe suivante. (Non le Pinto, c’était plus tard, dans les premières années de l’après-guerre.) Quoi qu’il en soit, le métier s’est féminisé, donc raffiné, et voilà qu’en vous lavant les cheveux des doigts habiles se sont mis à vous masser le crâne. Moments d’abandon où, pour peu que la masseuse soit experte, tous les rêves deviennent possibles. Je crois même avoir murmuré un jour, au bord de l’extase : Arrêtez, s’il vous plait. Vous n’aimez pas qu’on vous masse ? a demandé ingénument la jeune coiffeuse. Je crois avoir bafouillé : Si, si, mais non. Quand je dis “ingénument” je n’en crois pas un mot, car si j’étais jeune fille et masseuse de cuir chevelu, ils m’amuseraient beaucoup ces messieurs voués à ma dextérité et que leur position dans le fauteuil empêche de porter sur leur braguette l’œil qui chavire sous mes doigts. De fameuses occasions de rigolade entre copines ! Si ça se trouve, elles font des concours, pour se désennuyer de leurs interminables journées. Et le tien, il a bandé en combien de secondes ?” (Daniel Pennac, Journal d’un corps)

Bon dimanche,

Philippe DIDION

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8 mars 2015 – 656

DIMANCHE.

Rugby. Sélestat – RA Epinal-Golbey : 26 – 11.

Lecture. Mallarmé et l’anglais récréatif : Le poète pédagogue (Bertrand Marchal & Marie-Pierre Pouly, Cohen & Cohen, 2014; 120 p., 27,50 €).

La réputation des Mardis de la rue de Rome et le portrait de Mallarmé par Jacques-Emile Blanche ont donné du poète l’image d’un homme aisé, aimant à discuter sur l’ivresse des oiseaux, l’abolition des bibelots ou la tristesse de la chair avec des amis réunis autour d’une piste de dés tout en sirotant des liqueurs tirées d’une carafe à col de cygne. Or la réalité de Mallarmé n’est pas tout à fait conforme à ce tableau : Mallarmé n’est pas un rentier à la Flaubert, il doit gagner sa vie. Suivant l’orientation familiale, il aurait dû, pour ce, faire carrière dans l’administration, devenir fonctionnaire de l’Enregistrement. Mais Mallarmé, par goût, choisira l’enseignement. La découverte d’Edgar Poe lui a donné le goût de l’anglais – un goût parfois aveuglant : on dit qu’il avait pris Maria Gerhard, l’Allemande qu’il a épousée, pour une Anglaise. Mallarmé, après un séjour outre-Manche, passe le certificat d’aptitude à l’enseignement de l’anglais en septembre 1863. Il est reçu et nommé au Lycée impérial de Tournon en novembre. Tournon, Ardèche, “ les deux mots auxquels j’ai voué ma vie – Art, dèche”. Parce que l’expérience ne sera pas une partie de plaisir. Cet ouvrage, qui est le catalogue d’une exposition présentée au Musée départemental Stéphane-Mallarmé de Vulaines-sur-Seine, rassemble des documents officiels qui montrent les difficultés rencontrées par Mallarmé dans ses débuts professionnels : ses lettres (“je suis peu respecté, et même, parfois, accablé de papier mâché et de huées”), les rapports d’inspection assassins (“M. Mallarmé […] n’a jusqu’à présent obtenu que de pauvres résultats dans son enseignement”), les avis du proviseur qui le soutient comme la corde soutient le pendu (“Il paraît bien savoir l’anglais, mais l’enseigne avec négligence ou sans méthode”), ne laissent pas de doute à ce sujet. Mais ce n’est pas le plus grave : le plus grave, c’est que Mallarmé écrit. Ses poèmes sont publiés, un exemplaire du Parnasse contemporain arrive à Tournon, tombe sous les yeux du sous-préfet qui menace de retirer son fils du lycée si l’on y maintient l’olibrius coupable de tels vers. Mallarmé est muté, Besançon, Avignon, Paris, sa carrière se poursuit, ses inspecteurs notent ses progrès, mais aussi la singularité de ses méthodes. Contrairement aux usages de l’époque, le professeur veut donner une dimension pratique, voire ludique à son enseignement : il s’inspire de nursery rhymes, donne à traduire des proverbes (ceux qu’il rassemble dans son savoureux recueil de Thèmes anglais pour toutes les grammaires), réalise même L’Anglais récréatif, une “boîte pour apprendre l’anglais en jouant et seul”. Il s’agit d’une sorte de livre animé, avec des fenêtres, des tirettes, des languettes, des mécanismes de roues. Toutes les pages en sont reproduites dans ce catalogue, c’est à la fois magique, naïf et somptueux. Mais tout cela prend du temps, empiète sur les recherches et réalisations poétiques de l’auteur. Il s’en plaint dans ses lettres, parle du “sinistre” ou de ‘l’absurde collège” qui mange son temps et son énergie, il ne manque que la “noire fatigue” pour retrouver les propos que Pierre Bergounioux sèmera, cent ans plus tard, dans ses Carnets de notes. Il essaie donc d’amoindrir le fardeau, demande des congés (sa santé n’est pas fameuse), des aménagements, une retraite anticipée. Tout cela donne lieu à une correspondance nourrie avec les différents étages de sa hiérarchie dont on trouve ici de nombreux échantillons. L’ensemble de cet ouvrage, commentaires et documents, tend à montrer que l’oeuvre de Mallarmé angliciste n’est pas tellement éloignée de celle de Mallarmé poète : un même souci d’innovation les parcourt, la même préoccupation pour le mot les habite. “La position particulière de Mallarmé et sa distance au profil modal de l’angliciste contribuent à éclairer son invention d’autres manières de faire, en avance ou en décalage, qui ont pu être perçues comme “dérangées” ou inadaptées.” La phrase est tout aussi vraie si l’on remplace le mot “angliciste” par le mot “poète”.

LUNDI.

Epinal – Châtel-Nomexy (et retour). Boris Cyrulnik, Sauve-toi, la vie t’appelle, Odile Jacob, 2012.

Lecture. Buchmendel (Stefan Zweig, 1929, traduit de l’allemand par Bernard Banoun, in « Romans, récits et nouvelles I », Gallimard, coll. Bibliothèque de la Pléiade n° 587, 2013; 1462 p., 65 €).

VENDREDI.

Lecture. On suicide (Like Love, Ed McBain, 1962 pour l’édition originale, Gallimard, coll. Série Noire n° 882, 1964 pour la traduction française, traduit de l’américain par Chantal Wourgaft, rééd. in “87e District 3”, Omnibus, 1999; 1016 p., 145 F).

C’est avec ce titre qu’Ed McBain signa son retour à la Série Noire après onze enquêtes publiées dans la collection “Un Mystère” aux Presses de la Cité. Les enquêteurs du 87e District essaient de démêler une histoire de meurtre déguisée en suicide.  Une fois n’est pas coutume, ce n’est pas Steve Carella qui y parviendra mais son collègue Cotton Hawes. Carella, lui, se contente de se faire tabasser par le petit ami d’une jeune fille dont il n’a pu empêcher le suicide, un vrai celui-là.

Le cabinet de curiosités du notulographe. Pour petits et grands, aire d’autoroute aux environs de Tournus (Saône-et-Loire), photo de l’auteur, 10 mai 2014.

SAMEDI.

Films vus. Le Crime était presque parfait (The Unsuspected, Michael Curtiz, E.-U., 1947)

L’Irlandais (The Guard, John Michael McDonagh, Irlande, 2011)

Ca tourne à Manhattan (Living in Oblivion, Tom DiCillo, E.-U., 1995)

Happy Together (Chun gwong cha sit, Wong Kar-wai, Hongkong – Japon – Corée du Sud, 1997)

Les Gazelles (Mona Achache, France, 2014)

La Guerre des boutons (Yann Samuel, France, 2011)

Madame et ses flirts (The Palm Beach Story, Preston Sturges, E.-U., 1942).

               L’Invent’Hair perd ses poils.

  

Balloch (Ecosse), photo de Benoît Howson 31 octobre 2009 / Inverness (Ecosse), photo de François Golfier, 27 juillet 2014

Poil et plume. “Ce jour-là, Clara apprit à Louis comment faire les chignons, et Fifi le laissa s’entraîner à la coupe sur lui. C’était évident, Louis était doué. Il savait regarder et imiter. Les gestes passaient des mains de Clara aux siennes. Il maniait les ciseaux comme Fifi lui-même. Et il avait de la fantaisie. Il planta dans le chignon de Clara trois bâtons d’un mikado oublié par un petit client, puis lui étira les yeux d’une longue ligne de khôl, faisant de la jeune femme une insolite Chinoise blonde. Louis coupait, coiffait, maquillait avec une muette application. Ses mains ignoraient sa timidité.

– A demain, madame Maïté.

Il n’imaginait plus d’autre vie. A la maison, il fit un chignon à sa soeur et lui coiffa ses poupées. Le soir, il lut la revue Toute la coiffure que Fifi lui avait prêtée. Deux pages du magazine étaient consacrées au défilé de Manfred à l’Impromptu. Louis ferma les yeux et retrouva derrière ses paupières les longues filles ensorcelées et leurs cheveux en crête de Mohican ou en torsades dressées comme des serpents. Un jour, leur pays serait le sien.” (Marie-Aude Murail, Maïté Coiffure, L’Ecole des loisirs, 2011)

Bon dimanche,

Philippe DIDION

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