Mars 2015

1er mars 2015 – 655

DIMANCHE.

Rugby. RA Epinal-Golbey – Sélestat : 40 – 0.

Courriel. Deux demandes de désabonnement aux notules. De quoi doucher l’enthousiasme né de la victoire de mes poulains.

Obituaire. C’était un fameux aptonyme, Le Monde du jour nous apprend qu’il n’est plus.

MARDI.

   Epinal – Châtel-Nomexy (et retour). Jean-Christophe Grangé, Le Vol des cigognes, Albin Michel, 2013.

MERCREDI.

Lecture. Ceux qui tombent (The DROP, Michael Connelly, Little, Brown & Company, New York, 2011 pour l’édition originale; Calmann-Lévy, coll. Robert Pépin présente…, 2014 pour la traduction française, traduit de l’américain par Robert Pépin; 400 p., 21,50 €).

On se plaignait ici, à propos du précédent polar de Connelly (Le cinquième témoin) du doux ronron dans lequel l’auteur semblait s’installer. Le voici réveillé, et le lecteur avec, grâce au retour de son meilleur personnage, le flic Harry Bosch, de la police de Los Angeles. Non que Bosch soit un personnage attachant – il a un côté Clint Eastwood plutôt rebutant – mais ses enquêtes sont toujours passionnantes. Il y en a deux ici qui atterrissent sur son bureau, et il va de l’une à l’autre avec son opiniâtreté habituelle. Comme toujours chez Connelly, c’est très complexe car la police doit louvoyer entre le pouvoir politique et les institutions judiciaires qui lui mettent des bâtons dans les roues, mais son talent consiste à mener son lecteur dans ce dédale sans jamais le perdre, ce qui est une vraie performance.

JEUDI.

  Lecture. Grandes heures de l’humanité : quatorze miniatures historiques (Sternstunden der Menschheit, Stefan Zweig, 1927, traduit de l’allemand par Stéphane Pesnel, in « Romans, récits et nouvelles I », Gallimard, coll. Bibliothèque de la Pléiade n° 587, 2013; 1462 p., 65 €).

Ce n’est pas le Zweig nouvelliste que l’on trouve ici mais le Zweig biographe, celui qui raconta la vie de Verhaeren, Fouché, Marie Stuart ou Balzac. En 1927, il choisit de se pencher sur des événements qui lui semblent devoir être considérés comme des moments phares de l’histoire : la découverte du pôle Sud, la bataille de Waterloo, la découverte de l’Eldorado (qui met en scène Johann August Sutter, le héros de L’Or de Cendrars), etc. Au fil des rééditions, d’autres récits seront ajoutés, on en a ici quatorze dans lesquels l’art narratif de Zweig ne se trouve, au final, pas tellement éloigné de ce qu’il montre dans son oeuvre de fiction.

VENDREDI.

Le cabinet de curiosités du notulographe. Pour un repas intime, “Salle à manger de troupe” à Saragosse (Espagne), carte postale transmise par Marc-Gabriel Malfant.

SAMEDI.

Films vus. L’Amour aux temps du choléra (Love in the Time of Cholera, Mike Newell, E.-U., 2007)

Django Unchained (Quentin Tarantino, E.-U., 2012)

Yves Saint Laurent (Jalil Lespert, France – Belgique, 2014)

Invictus (Clint Eastwood, E.-U., 2009)

Monuments Men (George Clooney, E.-U., 2014).

   L’Invent’Hair perd ses poils.

Varangéville (Meurthe-et-Moselle), photo de Francis Henné, 5 décembre 2009 / Craponne-sur-Arzon (Haute-Loire), photo de Christophe Hubert, 26 juillet 2012

Invent’Hair, bilan d’étape. Bilan établi au stade de 2500 salons, atteint le 13 février 2015.

Bilan géographique.     

                                     Classement général par pays.

1. France : 2176 (+ 73)
2. Espagne : 107 (+ 13)
3. Royaume-Uni : 45 (=)
4. Etats-Unis : 29 (=)
5. Portugal : 17 (+ 1)
6. Belgique : 16 (+ 5)
“. Canada : 16 (=)
8. Allemagne : 11 (+ 1)
9. Suisse 10 (+ 1)
“. République tchèque : 10 (=)

Les 10 pays de tête restent les mêmes, avec une place de mieux pour le Portugal et la Suisse. Saluons l’arrivée dans l’Invent’Hair de deux contrées exotiques, la Birmanie (2 salons) et la Thaïlande (1).

Classement général par régions (France).

  1. Rhône-Alpes : 430 (+ 13)
  2. Île-de-France : 299 (+ 15)
  3. Languedoc-Roussillon : 174 (+ 19)
  4. Provence-Alpes-Côte-d’Azur : 169 (+ 1)
  5. Midi-Pyrénées : 163 (+ 2)
  6. Lorraine : 163 (+ 4)
  7. Bourgogne : 95 (+ 5)
  8. Bretagne : 87 (+ 4)
  9. Pays de la Loire : 85 (=)
  10. Aquitaine : 69 (=)

La bataille pour la troisième place est acharnée : cette fois, c’est le Languedoc-Roussillon, précédemment 6e, qui s’en empare mais PACA, Midi-Pyrénées et Lorraine sont très proches.

Classement général par départements (France).

  1. Paris : 236 (+ 7)
  2. Rhône : 217 (+ 7)
  3. Vosges : 103 (+ 3)
  4. Loire : 76 (+ 1)
  5. Loire-Atlantique : 69 (=)
  6. Alpes-Maritimes : 67 (+ 1)
  7. Pyrénées-Orientales : 64 (+ 1)
  8. Saône-et-Loire : 63 (+ 4)
  9. Meurthe-et-Moselle : 47 (+ 1)
  10. Lot : 44 (=)

Aucun changement dans le top 10 mais 4 départements se partagent la 11e place avec 35 salons : le Gard (qui gagne 11 places avec 10 nouveaux salons), l’Hérault, (9 places avec 7 salons) la Drôme (1 place avec 1 salon) et le Finistère (inchangé).

Classement général par communes.,

  1. Paris : 236 (+ 7)
  2. Lyon : 99 (=)
  3. Barcelone : 48 (=)
  4. Nantes : 45 (=)
  5. Nice : 33 (=)
  6. Epinal : 27 (+ 1)
  7. Nancy : 22 (=)
  8. Villeurbanne 18 (+ 4)
  9. Roanne : 17 (=)
  10. Perpignan : 15 (=)

Villeurbanne continue sa progression et gagne deux places. Un peu plus loin, Bruxelles (+ 5) passe de la 29e à la 15e place et Bagnols-sur-Cèze fait une entrée fracassante à la 42e place avec 7 salons d’un coup. 40 communes font leur apparition, avec de belles prises comme Hambourg et une nouvelle préfecture, Rodez. Au total, 1057 communes peuvent s’enorgueillir de faire partie de l’Invent’Hair.

                                     Bilan humain.

1. Marc-Gabriel Malfant : 1026 (+ 43)
2. Philippe Didion : 235 (+ 2)
3. Pierre Cohen-Hadria : 182 (+ 7)
4. Jean-Christophe Soum-Fontez : 95 (+ 11)
5. François Golfier : 82 (+ 7)
6. Hervé Bertin : 71 (+ 7)
7. Benoît Howson : 65 (=)
8. Christophe Hubert 53 (=)
“. Sylvie Mura : 53 (+ 9)
10. Philippe de Jonckheere : 43 (=)

De légers mouvements dans le top 10 avec une place de mieux pour Hervé Bertin et Sylvie Mura mais ces 10-là seront difficiles à détrôner avec leur activité régulière et une dizaine de photos d’avance sur leurs concurrents les plus proches (Bernard Gautheron, Francis Henné, Bernard Cattin…). Plus bas dans le classement, Damien Didier-Laurent (10 photos) double son score et passe de la 37e à la 25e place.

   Etude de cas. Concurrence échevelée.

Paris, avenue Parmentier, photo de ?, 10 août 2014

Pont-Saint-Esprit (Gard), photo de Sylvie Mura, 15 août 2014

  

Limoges (Haute-Vienne), photo de Denis Garcia, 18 septembre 2014 / Bruxelles (Belgique), photo de Jean-Christophe Soum-Fontez, 10 novembre 2014

Poil et plume. “62 ans, 4 mois, 5 jours. Samedi 15 février 1986.

Coiffeurs. Dans ma jeunesse, ils ne vous massaient pas le crâne. Ils vous lavaient rudement la tête avant de la transformer en brosse, que le Pento, une colle en bâton, maintenait raide jusqu’à la coupe suivante. (Non le Pinto, c’était plus tard, dans les premières années de l’après-guerre.) Quoi qu’il en soit, le métier s’est féminisé, donc raffiné, et voilà qu’en vous lavant les cheveux des doigts habiles se sont mis à vous masser le crâne. Moments d’abandon où, pour peu que la masseuse soit experte, tous les rêves deviennent possibles. Je crois même avoir murmuré un jour, au bord de l’extase : Arrêtez, s’il vous plait. Vous n’aimez pas qu’on vous masse ? a demandé ingénument la jeune coiffeuse. Je crois avoir bafouillé : Si, si, mais non. Quand je dis “ingénument” je n’en crois pas un mot, car si j’étais jeune fille et masseuse de cuir chevelu, ils m’amuseraient beaucoup ces messieurs voués à ma dextérité et que leur position dans le fauteuil empêche de porter sur leur braguette l’œil qui chavire sous mes doigts. De fameuses occasions de rigolade entre copines ! Si ça se trouve, elles font des concours, pour se désennuyer de leurs interminables journées. Et le tien, il a bandé en combien de secondes ?” (Daniel Pennac, Journal d’un corps)

Bon dimanche,

Philippe DIDION

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8 mars 2015 – 656

DIMANCHE.

Rugby. Sélestat – RA Epinal-Golbey : 26 – 11.

Lecture. Mallarmé et l’anglais récréatif : Le poète pédagogue (Bertrand Marchal & Marie-Pierre Pouly, Cohen & Cohen, 2014; 120 p., 27,50 €).

La réputation des Mardis de la rue de Rome et le portrait de Mallarmé par Jacques-Emile Blanche ont donné du poète l’image d’un homme aisé, aimant à discuter sur l’ivresse des oiseaux, l’abolition des bibelots ou la tristesse de la chair avec des amis réunis autour d’une piste de dés tout en sirotant des liqueurs tirées d’une carafe à col de cygne. Or la réalité de Mallarmé n’est pas tout à fait conforme à ce tableau : Mallarmé n’est pas un rentier à la Flaubert, il doit gagner sa vie. Suivant l’orientation familiale, il aurait dû, pour ce, faire carrière dans l’administration, devenir fonctionnaire de l’Enregistrement. Mais Mallarmé, par goût, choisira l’enseignement. La découverte d’Edgar Poe lui a donné le goût de l’anglais – un goût parfois aveuglant : on dit qu’il avait pris Maria Gerhard, l’Allemande qu’il a épousée, pour une Anglaise. Mallarmé, après un séjour outre-Manche, passe le certificat d’aptitude à l’enseignement de l’anglais en septembre 1863. Il est reçu et nommé au Lycée impérial de Tournon en novembre. Tournon, Ardèche, “ les deux mots auxquels j’ai voué ma vie – Art, dèche”. Parce que l’expérience ne sera pas une partie de plaisir. Cet ouvrage, qui est le catalogue d’une exposition présentée au Musée départemental Stéphane-Mallarmé de Vulaines-sur-Seine, rassemble des documents officiels qui montrent les difficultés rencontrées par Mallarmé dans ses débuts professionnels : ses lettres (“je suis peu respecté, et même, parfois, accablé de papier mâché et de huées”), les rapports d’inspection assassins (“M. Mallarmé […] n’a jusqu’à présent obtenu que de pauvres résultats dans son enseignement”), les avis du proviseur qui le soutient comme la corde soutient le pendu (“Il paraît bien savoir l’anglais, mais l’enseigne avec négligence ou sans méthode”), ne laissent pas de doute à ce sujet. Mais ce n’est pas le plus grave : le plus grave, c’est que Mallarmé écrit. Ses poèmes sont publiés, un exemplaire du Parnasse contemporain arrive à Tournon, tombe sous les yeux du sous-préfet qui menace de retirer son fils du lycée si l’on y maintient l’olibrius coupable de tels vers. Mallarmé est muté, Besançon, Avignon, Paris, sa carrière se poursuit, ses inspecteurs notent ses progrès, mais aussi la singularité de ses méthodes. Contrairement aux usages de l’époque, le professeur veut donner une dimension pratique, voire ludique à son enseignement : il s’inspire de nursery rhymes, donne à traduire des proverbes (ceux qu’il rassemble dans son savoureux recueil de Thèmes anglais pour toutes les grammaires), réalise même L’Anglais récréatif, une “boîte pour apprendre l’anglais en jouant et seul”. Il s’agit d’une sorte de livre animé, avec des fenêtres, des tirettes, des languettes, des mécanismes de roues. Toutes les pages en sont reproduites dans ce catalogue, c’est à la fois magique, naïf et somptueux. Mais tout cela prend du temps, empiète sur les recherches et réalisations poétiques de l’auteur. Il s’en plaint dans ses lettres, parle du “sinistre” ou de ‘l’absurde collège” qui mange son temps et son énergie, il ne manque que la “noire fatigue” pour retrouver les propos que Pierre Bergounioux sèmera, cent ans plus tard, dans ses Carnets de notes. Il essaie donc d’amoindrir le fardeau, demande des congés (sa santé n’est pas fameuse), des aménagements, une retraite anticipée. Tout cela donne lieu à une correspondance nourrie avec les différents étages de sa hiérarchie dont on trouve ici de nombreux échantillons. L’ensemble de cet ouvrage, commentaires et documents, tend à montrer que l’oeuvre de Mallarmé angliciste n’est pas tellement éloignée de celle de Mallarmé poète : un même souci d’innovation les parcourt, la même préoccupation pour le mot les habite. “La position particulière de Mallarmé et sa distance au profil modal de l’angliciste contribuent à éclairer son invention d’autres manières de faire, en avance ou en décalage, qui ont pu être perçues comme “dérangées” ou inadaptées.” La phrase est tout aussi vraie si l’on remplace le mot “angliciste” par le mot “poète”.

LUNDI.

Epinal – Châtel-Nomexy (et retour). Boris Cyrulnik, Sauve-toi, la vie t’appelle, Odile Jacob, 2012.

Lecture. Buchmendel (Stefan Zweig, 1929, traduit de l’allemand par Bernard Banoun, in « Romans, récits et nouvelles I », Gallimard, coll. Bibliothèque de la Pléiade n° 587, 2013; 1462 p., 65 €).

VENDREDI.

Lecture. On suicide (Like Love, Ed McBain, 1962 pour l’édition originale, Gallimard, coll. Série Noire n° 882, 1964 pour la traduction française, traduit de l’américain par Chantal Wourgaft, rééd. in “87e District 3”, Omnibus, 1999; 1016 p., 145 F).

C’est avec ce titre qu’Ed McBain signa son retour à la Série Noire après onze enquêtes publiées dans la collection “Un Mystère” aux Presses de la Cité. Les enquêteurs du 87e District essaient de démêler une histoire de meurtre déguisée en suicide.  Une fois n’est pas coutume, ce n’est pas Steve Carella qui y parviendra mais son collègue Cotton Hawes. Carella, lui, se contente de se faire tabasser par le petit ami d’une jeune fille dont il n’a pu empêcher le suicide, un vrai celui-là.

Le cabinet de curiosités du notulographe. Pour petits et grands, aire d’autoroute aux environs de Tournus (Saône-et-Loire), photo de l’auteur, 10 mai 2014.

SAMEDI.

Films vus. Le Crime était presque parfait (The Unsuspected, Michael Curtiz, E.-U., 1947)

L’Irlandais (The Guard, John Michael McDonagh, Irlande, 2011)

Ca tourne à Manhattan (Living in Oblivion, Tom DiCillo, E.-U., 1995)

Happy Together (Chun gwong cha sit, Wong Kar-wai, Hongkong – Japon – Corée du Sud, 1997)

Les Gazelles (Mona Achache, France, 2014)

La Guerre des boutons (Yann Samuel, France, 2011)

Madame et ses flirts (The Palm Beach Story, Preston Sturges, E.-U., 1942).

               L’Invent’Hair perd ses poils.

  

Balloch (Ecosse), photo de Benoît Howson 31 octobre 2009 / Inverness (Ecosse), photo de François Golfier, 27 juillet 2014

Poil et plume. “Ce jour-là, Clara apprit à Louis comment faire les chignons, et Fifi le laissa s’entraîner à la coupe sur lui. C’était évident, Louis était doué. Il savait regarder et imiter. Les gestes passaient des mains de Clara aux siennes. Il maniait les ciseaux comme Fifi lui-même. Et il avait de la fantaisie. Il planta dans le chignon de Clara trois bâtons d’un mikado oublié par un petit client, puis lui étira les yeux d’une longue ligne de khôl, faisant de la jeune femme une insolite Chinoise blonde. Louis coupait, coiffait, maquillait avec une muette application. Ses mains ignoraient sa timidité.

– A demain, madame Maïté.

Il n’imaginait plus d’autre vie. A la maison, il fit un chignon à sa soeur et lui coiffa ses poupées. Le soir, il lut la revue Toute la coiffure que Fifi lui avait prêtée. Deux pages du magazine étaient consacrées au défilé de Manfred à l’Impromptu. Louis ferma les yeux et retrouva derrière ses paupières les longues filles ensorcelées et leurs cheveux en crête de Mohican ou en torsades dressées comme des serpents. Un jour, leur pays serait le sien.” (Marie-Aude Murail, Maïté Coiffure, L’Ecole des loisirs, 2011)

Bon dimanche,

Philippe DIDION

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15 mars 2015 – 657

DIMANCHE.

Journée internationale de la femme. “Tous les matins, j’apporte à ma femme le café au lit. Elle n’a plus qu’à le moudre.” On entend souvent dire qu’en ces temps de correction politique et de vigilance sociale mise en réseaux, Coluche ou Pierre Desproges ne pourraient plus aujourd’hui prononcer certaines phrases qui firent leur succès. Celle qui figure en tête de cette notule, par exemple, souvent attribuée au premier. C’est on ne peut plus vrai : de nos jours, plus personne n’achète de café en grains.

MARDI.

Jeux dangereux. “Les concurrents d’un jeu de survie perdent la vie” (les radios). Que n’ont-ils préféré le bésigue ou le zanzi.

JEUDI.

Epinal – Châtel-Nomexy (et retour). Truman Capote, La Traversée de l’été, édition non identifiée.

VENDREDI.

Football. SA Epinal – Amiens 2 – 3.

Le cabinet de curiosités du notulographe. A boire et à manger à Saint-Girons (Ariège), photo de Jean-Christophe Soum-Fontez, 26 décembre 2013.

SAMEDI.

Vie familiale. Ces deux derniers jours, les filles ont participé à deux concours concernant des domaines, l’un académique, l’autre musical, dans lesquels j’ai accompagné leurs premiers pas et où elles m’ont depuis longtemps dépassé. Des épreuves pour des médailles en chocolat qui m’ont laissé vidé, sans force, flapi. Il semble que je ne suis plus fait pour ce genre de réjouissances, même par procuration.

Films vus. Drôles de locataires (Another Fine Mess, James Parrott, E.-U., 1930)

Les Rois de la gaffe (The Fixer Uppers, Charles Rogers, E.-U., 1935)

Aidons-nous ! (The Helpmates, James Parrott, E.-U., 1932)

Les Bricoleurs (Hog Wild, James Parrott, E.-U., 1930)

Le Bateau hanté (The Live Ghost, Charles Rogers, E.-U., 1934

Les deux policiers (The Midnight Patrol, Lloyd French, E.-U., 1933)

Le Vice et la Vertu (Roger Vadim, France – Italie, 1963)

Le Temps d’aimer et le Temps de mourir (A Time to Love and a Time to Die, Douglas Sirk, France – R.F.A., 1958)

L’Amour dure trois ans (Frédéric Beigbeder, France – Belgique, 2011)

La Croisière (Pascale Pouzadoux, France, 2011)

Aimer, boire et chanter (Alain Resnais, France, 2014).

IPAD (Itinéraire Patriotique Alphabétique Départemental). 13 octobre 2013. 155 km. (24104 km).

245 habitants

   La colonne se trouve dans un petit enclos sur le côté de l’église, entourée de magnifiques pieds de houx en fleur. Le granit gris est orné d’une Croix de Guerre et de deux palmes couleur cuivre dont l’une porte l’inscription “SN des Instituteurs de la Charente”. Une plaque “Indochine Algérie” est fixée sur la base. Sur la première marche sont posées deux jardinières de géraniums et une plaque “Souvenir”. Les mots “Honneur”, “Gloire” et “Patrie” sont inscrits sur trois côtés, au sommet du fût.

La commune de Lubine

A ses enfants

Morts pour la Patrie

Et aux victimes civiles de la guerre

1914-1918

1939-1945

Il n’y a pas de noms, mais on trouve ceux-ci dans l’église, sur deux plaques fixées à l’intérieur d’un cadre tricolore, de chaque côté d’une pietà imposante.

              L’Invent’Hair perd ses poils.         

        

Paris, photo de Pierre Cohen-Hadria, Benoît Howson 21 avril 2009 / Quimper (Finistère), photo de Sibylline, 31 octobre 2013

 Poil et plume. “En tapant “pousse du cheveu” dans le moteur de recherche, on a eu accès à quantité d’informations sur les poils en tout genre. C’est fou ce que les gens peuvent écrire sur le sujet. Le poil est vraiment la préoccupation du siècle. Trop. Pas assez. Epilage, teinture, défrisage, lissage, implant : en gros, les gens ne sont jamais contents de leurs cheveux ni de leurs poils. E tout cas, je sais désormais qu’une coupe de cheveux ratée est moins dramatique pour un Asiatique que pour un Occidental. J’adore ce genre d’infos courtes qu’on trouve sur Internet, souvent inscrites dans un carré de couleur ou animées par un smiley. Ca me rappelle les charades des Carambar.

Le saviez-vous ?

Le cheveu au pays du Soleil-Levant pousse deux fois plus vite que le cheveu des Européens et quatre fois plus vite que celui des Africains.

Ah, ben non, je ne le savais pas.” (Jo Witek, Récit intégral (ou presque) d’une coupe de cheveux ratée)

Bon dimanche,

Philippe DIDION

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22 mars 2015 – 658

DIMANCHE.

Lecture. Anthologie de l’humour noir (André Breton, éditions Jean-Jacques Pauvert, 1966, rééd. in “Oeuvres complètes II”, Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade n° 392, 1992; 1872 p., 68,50 €).

Je pratique peu l’anthologie, que j’aurais tendance à considérer comme un genre un peu paresseux. Ce qui n’est pas le cas, admettons-le de suite, de celle de Breton, extrêmement, travaillée, fouillée, documentée, sur un thème dont il est l’inventeur et dont la source se trouve dans sa fréquentation de Jacques Vaché. Si je pratique peu l’anthologie, c’est parce que, aussi stupide que cela puisse paraître, je n’ai pas encore admis le fait qu’on ne peut pas tout lire. Pourtant, si je fais le partage, dans ce qui est recueilli ici, entre ce que j’ai lu, même imparfaitement (Poe, Baudelaire, Carroll, Lautréamont, Huysmans, Grabbe, Corbière, Rimbaud, Brisset, Gide, Jarry, Roussel, Apollinaire, Kafka, Péret, Prévert, Cros, Allais), et ce qui me reste à lire (Swift, Sade, Lichtenberg, Quincey, Pétrus Borel, Synge, Forneret, Villiers de l’Isle-Adam, Nietzsche, Nouveau, O’Henry, Vaché, Cravan, Rigaut, Jean Ferry), sans compter ce qu’il ne viendrait pas à l’esprit de lire (Lacenaire, Fourier, Picabia, Picasso, Van Hoddis, Arp, Savinio, Dali, Leonora Carrington, Gisèle Prassinos, Jean-Pierre Duprey), le constat est cruel. Car du genre anthologique et de moi-même, le plus paresseux des deux n’est peut-être pas celui que je pensais au départ.

MARDI.

Vie professionnelle. Je prive mes élèves d’un quart d’heure de cours en fin d’après-midi pour me rendre aux obsèques de Monsieur G. L’affaire se déroule en l’église de Châtel-sur-Moselle et, crise des vocations aidant, en l’absence de prêtre. C’est un civil qui officie, ce qui entraîne quelques modifications dans le déroulement de l’épreuve (pas de consécration, pas de communion) mais pas dans sa durée : le diacre, si c’en est un, s’étant vu confier les clés du camion sacerdotal, il se prélasse dans la cabine de pilotage et prend son temps au risque de s’endormir au volant. Monsieur G., qui était tout sauf un énervé, y aurait trouvé son compte. Monsieur G. fut pendant des décennies le principal-adjoint du collège où j’exerce. Nous sommes une poignée de rescapés de cette époque à l’accompagner aujourd’hui, je suis le seul à être encore en activité. L’administration actuelle de l’établissement n’a pas jugé bon d’envoyer un représentant – après moi le déluge, avant moi le chaos. Monsieur G. était un type qui n’avait jamais emmerdé personne, un homme discret et cultivé, des qualités que j’ai rarement trouvées chez ses successeurs. Il fumait comme une cheminée, du gros cul, du vrai, et n’est même pas mort de ça. Sa femme non plus d’ailleurs, elle qui fumait comme une cheminée dans laquelle on aurait mis son mari à rôtir. A l’époque où le tabac était encore admis dans les lieux publics, elle n’attendait même pas d’atteindre la salle des professeurs pour allumer son clope qu’elle commençait à téter dès sa sortie de cours. On en fusillerait pour moins que ça aujourd’hui. Les G. sont revenus au collège après leur mise à la retraite, fidèlement, à chaque fin d’année. A chaque fois, ils étaient un peu plus petits, un peu plus voûtés, un peu plus ridés, un peu moins salués. Ils connaissaient de moins en moins de monde, forcément, alors ils sortaient de la salle où l’on fêtait le début des vacances et allaient dans la cour s’envelopper de fumée. Monsieur G. devait lire beaucoup, je le suppose car il n’en faisait pas étalage. De la philosophie, de la sociologie, des choses de ce genre je pense, car il m’avait confié un jour qu’il n’arrivait plus à lire de romans, un stade que je conçois mais que je n’ai pas encore atteint. Monsieur G. était musicien, aussi. Il avait, en des temps lointains, monté au collège une chorale de professeurs à laquelle j’avais participé avec plaisir. Il sortait de temps en temps une vieille guitare mais je crois que c’est au saxophone qu’il avait surtout oeuvré, dans sa jeunesse, au sein d’un groupe de bal du samedi soir. Avec sa tête de clergyman plus qu’austère, il était difficile d’imaginer Monsieur G. emballer des gonzesses au son de son biniou au dancing Printania. Il était d’ailleurs encore plus difficile de lui imaginer une jeunesse. Lors de son départ à la retraite, quelqu’un lui avait demandé  “Alors, Monsieur G., vous allez voyager maintenant que vous en avez le temps…” Sa réponse (“Surtout pas !”) m’a toujours beaucoup plus. Pour son dernier voyage, on ne lui a pas demandé son avis.

JEUDI.

Vie informatique. Quelques mois après son inauguration, l’ordinateur est tombé en carafe. Il a fallu l’hospitaliser en début de semaine, je le récupère ce soir. Comme pour sa première mise en service, il faut tout réinstaller, reformater, reprogrammer, réinitialiser. C’est un peu usant. J’avoue que s’il n’y avait pas ces satanées notules, auxquelles je suis attaché et auxquelles certains me font l’amabilité de trouver quelque intérêt, je prendrais mon ordinateur par la main, je l’enroberais de suaves paroles et j’irais de ce pas le perdre dans la forêt, près de l’endroit où j’enterrai jadis mon téléphone de poche.

VENDREDI.

Le cabinet de curiosités du notulographe. Pharmacie particulière (ouverte un jour par an) à Asnières-sur-Oise (Val-d’Oise), photo de Jean-Christophe Soum-Fontez, 19 octobre 2014.

SAMEDI.

Films vus. Joyeux pique-nique (Perfect Day, James Parrott, E.-U., 1929)

Diplomatie (Volker Schlöndorff, France – Allemagne, 2014))

Mea culpa (Fred Cavayé, France, 2014)

Twelve Years a Slave (Steve McQueen, E.-U. – G.-B., 2013.

  L’Invent’Hair perd ses poils.    

  

  Paris, photos de Pierre Cohen-Hadria, 19 avril 2009 / 9 juin 2011

              Poil et plume. “Certainement, mon cher, tu seras arrêté avant peu si tu ne te dissimules pas mieux, car déjà on doit être à tes trousses.

– Mais que faire ?

– Il faut te couper la barbe.

– Complètement ?

– Complètement.

– Diable, c’est que…

– Tu ne seras pas beau, c’est vrai, mais qu’importe ?

– Mais si j’entre chez un coiffeur, le fait seul de me faire raser complètement va me dénoncer.

– Aussi est-ce ici même qu’il faut procéder à cette indispensable métamorphose.” (Gustave Lefrançais [à propos de Jules Vallès], Souvenirs d’un révolutionnaire, 1902)

Bon dimanche,

Philippe DIDION

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29 mars 2015 – 659

DIMANCHE.

Rugby. RA Epinal – Golbey – Remiremont 39 – 13.

LUNDI.

Epinal – Châtel-Nomexy (et retour). Jean Echenoz, Je m’en vais (Minuit poche, 2001).

MARDI.

Lecture. Tokyo année zéro (Tokyo Year Zero, David Peace, Faber and Faber, 2007 pour l’édition originale, Payot et Rivages, 2008 pour la traduction française, rééd. Coll. Rivages/Noir n° 790, 2010, traduit de l’anglais par David Lemoine ; 512 p., 10,50 €).

Le mieux est de commencer par un extrait : « Dans la nuit, il glapit. Dans la nuit, il hurle. Dans la nuit, il gémit. Dans la nuit, le grincement des dents. Dans la nuit, les larmes qui coulent… Ni endormi, ni éveillé. Je l’entends pleurer. Dans son sommeil. Ni éveillé ni endormi. Je l’entends pleurer. Dans mes rêves. Ni endormi ni éveillé. Je l’entends pleurer. Dans son sommeil. Ni éveillé ni endormi. Je l’entends pleurer. Dans mes rêves. Ni endormi ni éveillé. Je l’entends pleurer. Dans son sommeil. » Et ainsi de suite, j’arrête de copier parce que j’ai peur de m’y perdre. Le style de David Peace est ainsi : propositions courtes, répétées, tournant en boucle, italiques et romain en alternance. On se dit que cela tient au sujet traité : un policier enquête, à Tokyo, sur une série de femmes assassinées. On est en 1946, le Japon est dans le chaos suite à la défaite, la ruine de l’écriture correspond aux ruines de la ville, plus rien ne tient debout, plus rien n’a de sens. Mais un rapide coup d’œil sur le dernier livre de David Peace, Rouge ou mort, montre que l’auteur utilise le même style fragmenté pour évoquer un entraîneur du Liverpool Football Club. C’est donc sa marque de fabrique, quel que soit le sujet abordé. L’histoire policière de Tokyo année zéro, soumise à ce traitement, en devient incompréhensible. Cela peut être considéré comme novateur, audacieux, moderne, original, ça l’est sans doute mais je dois avouer que pour moi c’est surtout illisible.

JEUDI.

Epinal – Châtel-Nomexy (et retour). Emmanuel Todd, Après l’empire (Gallimard, 2002).

VENDREDI.

  Football. SA Spinalien – US Colomiers 0 – 0.

Sûr qu’il vaudrait mieux, à cette heure, être à trois cents mètres d’ici avec les culs dorés du hockey, à la patinoire, où l’équipe locale joue le titre de champion de France contre Gap. Mais on a ses fidélités.

Le cabinet de curiosités du notulographe. Aperçu d’une collection en cours, photos de l’auteur.

    

Maconcourt (Vosges), 1er novembre 2013 / Golbey (Vosges), 9 février 2014 / Nomexy (Vosges), 18 mars 2014

SAMEDI.

Films vus. Toute la vérité (Come Clean, James W. Horne, E.-U., 1931)

Le dernier pub avant la fin du monde (The World’s End, Edgar Wright, E.-U. – G.-B. – Japon, 2013)

Il bidone (Federico Fellini, Italie – France, 1955)

Qu’est-ce qu’on a fait au Bon Dieu ? (Philippe de Chauveron, France, 2014).

   L’Invent’Hair perd ses poils.    

  

Paris, photo de Pierre Cohen-Hadria, 6 mars 2009 / Barcelone (Catalogne), photo de Marc-Gabriel Malfant, 24 décembre 2012

                           Leurre : Mauguio (Hérault), photo de Marc-Gabriel Malfant, 30 octobre 2014

 Poil et plume. “Il n’est pas rasé. D’autres, à son âge, n’ont pas encore la barbe forte, mais il a commencé à se raser très jeune, par jeu. Avant, il se rasait chaque jour. Sa barbe est maintenant longue de plus d’un centimètre. Au début, elle était dure, mais elle commence à être douce sous la main. […] Les prisonniers qui lui apportent son broc d’eau et qui vident son seau évitent aussi de lui adresser la parole. Ceux-là circulent. On en voit qui sont rasés, qui ont les cheveux coupés, ce qui indique qu’il existe un coiffeur dans l’école. Si on ne l’y conduit pas, comme les autres, pourquoi cela signifierait-il qu’on l’oublie ? Cela ne veut-il pas dire qu’il est au secret ?” (Georges Simenon, La Neige était sale)

Bon dimanche,

Philippe DIDION

 

 

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