18 octobre 2015 – 683

DIMANCHE.
                   Lecture. Monstre sacré (Sacred Monster, Donald Westlake, 1989 pour l’édition originale, Payot & Rivages, 2011 pour la première édition française, rééd. coll. Rivages/Noir n° 947, 2014; 272 p., 9,65 €).
                                 On se demande dans un premier temps s’il ne s’agit pas d’un Westlake menant une carrière parallèle à celle qu’il eut dans le polar, tant les habituelles données policières sont absentes du livre. Celui-ci met face à face un journaliste et un acteur vedette de Hollywood qui lui raconte sa carrière à grands coups de retours en arrière : son enfance, ses débuts, ses succès, ses mariages, son Oscar… Cela pourrait être sans intérêt mais Westlake est arrivé à une telle maîtrise dans son art narratif que l’on sent qu’il pourrait écrire ainsi mille pages sans aucun effort, et le lecteur le suivre sans en fournir davantage. Le ronron agréable du récit est à chaque fois interrompu en fin de chapitre par une réplique, une surprise, une pirouette qui relancent l’intérêt et empêchent de lâcher la chose. Et puis, à la fin, quelques pages suffisent pour recadrer l’histoire dans le domaine policier, un meurtre, un coupable mais c’est presque superflu, on n’en avait pas vraiment besoin.
MARDI.
            Lecture. Premiers poèmes (Tristan Tzara, Seghers, 1965 pour la première édition, traduit du roumain par Claude Sernet, rééd. in “Poésies complètes”, Flammarion, coll. Mille & une pages, 2011; 1760 p., 35 €).
                          Drôle de coïncidence hier matin. J’ai besoin de me documenter sur Tzara, je sors ce volume de la bibliothèque histoire de lester mon sac d’école. Avant de choper le 7 heures 38, comme chaque matin, je vais feuilleter la presse au bistrot d’en face. Dans Libération, je tombe sur un petit article signalant la mort de Marc Dachy. Or s’il y a un homme au monde qui connaît bien Tristan Tzara, c’est bien, c’était bien, désormais, Marc Dachy. J’ai eu l’occasion de voir celui-ci plusieurs fois à l’œuvre au Colloque des Invalides, d’être souvent agacé par ce que Jean-Jacques Lefrère appelait “son côté Depardieu” : carrure imposante, mise débraillée, chemise au vent, coiffure folle, accaparant la parole, la prenant sans aucun égard pour celui qui l’avait avant lui, marchant sur les pieds de tous ceux qui avaient le malheur de se trouver sur son chemin, un type qui faisait tout ce qu’il savait pour ne pas passer inaperçu. Mais celui qu’il agaçait le plus, sans doute, c’était Henri Béhar. Son opposé : costume strict, mise impeccable, silhouette fine, voix posée. Il faut dire que leurs sujets de prédilection étaient voisins : le dadaïsme pour Dachy, le surréalisme pour Béhar, des sujets qui présentaient bien sûr des points de convergence sur lesquels ils ne pouvaient manquer de se croiser – c’est d’ailleurs à Henri Béhar qu’on doit ce recueil des œuvres poétiques du fondateur de Dada – et donc de s’écharper. J’imagine qu’asteure, Henri Béhar est bien triste d’avoir perdu son contradicteur préféré.
MERCREDI.
                  Epinal – Châtel-Nomexy (et retour). Marc Levy, Une autre idée du bonheur, Robert Laffont, 2014.
VENDREDI.
                  Lecture. Les Métamorphoses (Pierre Véry, Gallimard, 1931; rééd. in « Les Intégrales du Masque », tome 1, Librairie des Champs-Elysées, 1992; 1024 p., s.p.m.).
                                Ce volume est bâti d’une drôle de façon puisque la publication de ce roman (le quatrième de son auteur, qui débuta en 1929) est antérieure aux quatre qui l’y précèdent (Les Disparus de Saint-Agil, Les Anciens de Saint-Loup, Les Héritiers d’Avril et Le Thé des vieilles dames). Peut-être son maître d’œuvre, Jacques Baudou, voulait-il que le lecteur s’accoutume d’abord à l’univers de Pierre Véry avant de constater que tous les éléments de celui-ci étaient déjà présents dans ses premiers livres. La société secrète enfantine des Disparus de Saint-Agil apparaît en effet déjà ici (sous le nom des Compagnons du Centre-Afrique), de même que la petite ville de province du Thé des vieilles dames, ici en germe avec son atmosphère onirique et sa population étrange. Là-dessus se greffe le goût de mêler intrigue policière et éléments fantastiques qui sera la marque de l’auteur, même s’il n’ira jamais aussi loin dans l’originalité, refusant de donner la moindre solution à l’énigme qu’il met en place.
                                La première aventure céleste de Monsieur Antipyrine (Tristan Tzara, col. Dada, 1916, rééd. in “Poésies complètes”, Flammarion, coll. Mille & une pages, 2011; 1760 p., 35 €).
                                C’est dans cette courte pièce, dont les personnages s’appellent Mr Bleubleu, Mr Cricri, Mr Boumboum, Tristan Tzara et autres, que l’on trouve le premier manifeste Dada, connu sous le nom de Manifeste de Monsieur Antipyrine : “Dada est notre intensité; qui érige les baïonnettes sans conséquence la tête Sumatrale du bébé allemand…” Une des choses que je regretterai, quand j’aurai cessé d’exercer mon métier, sera de ne plus pouvoir déclamer au moins une fois par an, devant un public soudain peu rassuré sur ma santé mentale, le Manifeste de Monsieur Antipyrine.
                  Le cabinet de curiosités du notulographe. Jeu de mots ferrugineux à Paris (Seine), photo de Pierre Cohen-Hadria, 26 mars 2014.
faire forger, paris, pch[2]
SAMEDI.
              Vie matrimoniale. Depuis qu’il a cessé d’alimenter le site des notules, mon ami Y ne sait plus quoi faire de ses journées. Pour se désennuyer un peu, il se marie ce matin à Moncetz-Longevas (Marne) et me donne ainsi l’occasion de photographier le monument aux morts local.
              Films vus. Cotton Club (The Cotton Club, Francis Ford Coppola, E.-U., 1984)
                               Bon rétablissement (Jean Becker, France, 2014)
                               Interdit de séjour (Maurice de Canonge, France, 1955)
                               Le Bonheur (Marcel L’Herbier, France, 1935).
              L’Invent’Hair perd ses poils.
mode'l, crêches-sur-saône, 683[9] mode'l hair, fumel, 683[4]
Crêches-sur-Rhône (Saône-et-Moire), photo de Benoît Howson, 26 avril 2010 / Fumel (Lot-et-Garonne), photo de Marc-Gabriel Malfant, 21 mars 2013
              IPAD (Itinéraire Patriotique Alphabétique Départemental). 23 mars 2014. 67 km (25641 km).
mattaincourt, 683[3]
850 habitants

   Je suis passé plusieurs fois devant ce monument, en attendant avec impatience le moment de le photographier. C’est en effet mon modèle préféré, celui du Poilu bleu vêtu de sa capote que l’on trouve dans plusieurs villages de Creuse. Celui-ci sort, nous apprend son socle, des  Fonderies TUSEY à Vaucouleurs. Il aurait besoin d’un petit coup de peinture car le bleu a pâli mais le noir de la moustache en guidon de vélo est encore bien prononcé. Le soldat a une attitude pacifique, il attend, tranquille, les mains posées sur le canon de son fusil dont la crosse repose à terre. Il est debout sur une stèle qui occupe le centre d’une vaste esplanade, sur le flanc de la cathédrale saint Pierre Fourier. Sur le pourtour, on trouve des banquettes de fleurs en voie d’épanouissement, un “Puits du Miracle de 1620”, le mur du Musée saint Pierre Fourier, une lourde chaîne attachée à des poteaux blancs.

mattaincourt monument, 683[3]

Face :

DURAND Élie

GILLET Eugène

JACQUOT Alix

JACQUOT Jean

JEANROY Joseph

MARLANGEON Émile

MEUNIER Marcel

MILLIARD Louis

THOMASSIN Gaston

VAUTRIN René

VINOT Marcel

Mattaincourt à ses enfants

Morts pour la France

1914-1918

Une plaque ajoutée pour les 9 victimes de 1939-1945

   Gauche :

BASSOT Pierre

CHERPITEL Joseph

DURAND Victor

GERARD Louis

PATERNOTTE Fernand

PIERRE Joseph

REMY Louis

SIMONIN Louis

SARTORI Fourier

VARANDAL Eugène

Droite :

CARPENTIER Désiré

HENRY Gustave

LORANGE Robert

LOY Marcel

MILLIARD Paul

MOUGEL Henri

MOUGEL Paul

SARTORI Victor

RETOURNA Prosper

SIMONIN Félix

Plaque ajoutée

VENCKEVICIUS Joseph

VENCKEVICIUS Albert

CARATTI Antoine

              Poil et plume. “Elle n’avait pas grande allure, dans la rue adjacente, la rue qui allait vers la rivière et l’enjambait par deux ponts successifs, la terne vitrine du coiffeur Barré. Mais elle ouvrait à la musique, et la musique était notre rêve.
   Minuscule boutique, en longueur (et probablement il habitait la pièce du dessus, avec une vieille mère je crois, il n’y avait qu’une seule fenêtre donnant sur la rue). Trois fauteuils en simili rouge, même s’il était seul à l’œuvre, une suite de miroirs pas très bien éclairés. Une banquette de moleskine vert sombre pour attendre sous les publicités pour les shampooings Forvil, et l’éventail de ses grands rasoirs plus l’aiguisoir de cuir puisque ici on venait encore (pas nous, trop jeunes) se faire la barbe au blaireau. Comment aurait-on supposé qu’un homme normalement conditionné puisse ne pas passer chaque trois semaines chez le coiffeur Barré ? (S’il avait un prénom, probablement, mais je ne le sais plus).” (François Bon, Autobiographie des objets)
Bon dimanche,
Philippe DIDION
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