6 décembre 2015 – 689

N.B. Le prochain numéro des notules sera servi le dimanche 20 décembre 2015. 
DIMANCHE.
                   Vie en terre. Je suis aujourd’hui à Pallegney, pour l’IPAD. Le monument est devant l’église mais je n’avais pas fait attention à lui quand, il y a des lustres, je me trouvai pour la première fois à la porte de cet édifice. Je n’avais pu y entrer, bondé qu’il était pour les obsèques d’une jeune femme dont j’avais les enfants en classe. Triste samedi après-midi où le recueillement était quelque peu troublé : dans le cimetière entourant le saint lieu, les croque-morts étaient encore à la tâche, occupés à préparer la fosse destinée à recevoir la bière. Ça n’allait pas comme il fallait, terre trop dure, erreurs dans les mesures, que sais-je, toujours est-il que les hommes de l’art faisaient connaître leur contrariété à voix forte en usant de jurons bien verts qui enguirlandaient l’atmosphère. Ils finirent par regagner leur camionnette pour y remiser pelles et pioches, ce que chacun suivit d’un œil réprobateur. Sur le flanc du véhicule, en belles lettres bien grasses : “Pompes funèbres Didion”. J’aurais volontiers plongé dans le trou tout frais.
MARDI.
            Lecture. Saga d’Egill, fils de Grimr le Chauve (Egills Saga Skallagrimssonar, anonyme, circa 1230, in “Sagas islandaises”, Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade, 1987, textes traduits, présentés et annotés par Régis Boyer; 1994 p., 70 €).
                           Il fallait bien, à force de lire du roman islandais, policier ou pas, qu’on aille voir d’où cela provenait. Faire un petit tour du côté des origines, histoire de comprendre un peu mieux l’histoire, la géographie, la mentalité qui règne sous ces latitudes. Comme on voyage peu et pas loin, ce volume fera l’affaire. L’introduction de Régis Boyer est parfaite : il explique tout cela de façon claire, donne un tableau complet de ce qui caractérise, y compris sur le plan stylistique, ces textes issus du Moyen Âge. C’est une chose de lire la préface, c’en est une autre de s’attaquer au texte lui-même. Parce que quand Régis Boyer écrit qu’il s’agit “d’un prodigieux roman d’aventures, haut en couleur, parfois truculent, qui tient sans répit le lecteur en haleine”, il met entre parenthèses les difficultés que rencontre le lecteur moyen. La Saga d’Egill, et on peut penser qu’il en est de même pour les suivantes qui composent le recueil, n’est pas d’un abord aisé. Il faut assimiler la cascade de noms, les généalogies labyrinthiques, et, une fois qu’on a réussi à dégager les personnages principaux, surmonter la lassitude que peut procurer un récit très répétitif. Egill et ses compagnons naviguent sans cesse d’un bout à l’autre de la Scandinavie, s’arrêtent pour guerroyer ici et là, passent l’hiver sur leurs terres, reprennent la mer, vont flanquer une rouste à tel ou tel roitelet local contre lequel ils ont une dent, font ripaille, reprennent la mer et recommencent. Ce qui ne veut pas dire que la chose soit sans intérêt : certaines scènes épiques valent celles d’Homère, l’écriture, faite de phrases courtes, sans affect ni jugement est très curieuse, les personnages sont riches, Egill en premier lieu qui abandonne sur le tard une vie de guerrier pour s’adonner à la poésie. Tout cela demande un certain effort, mais c’est comme ça qu’on s’entretient.
MERCREDI.
                  Epinal – Châtel-Nomexy (et retour). Frédéric Lenoir, Petit traité de vie intérieure, Pocket, 2012. 
VENDREDI.
                  Le cabinet de curiosités du notulographe. “Que cette heure arrêtée au cadran de la montre” (Louis Aragon). Aperçu d’une collection en cours, photos de l’auteur.

horloge, jaligny, 689  horloge, guéret, 689

Jaligny-sur-Besbre (Allier), 12 juin 2010 / Guéret (Creuse), 29 juillet 2015

 

SAMEDI.
              Films vus pendant la semaine.
                                                               Une nouvelle amie (François Ozon, France, 2014)
                                                               Le Masque de fer (Henri Decoin, France – Italie, 1962)
                                                               Les Témoins (André Téchiné, France, 2007)
                                                               Ablations (Arnold de Parscau, France – Belgique, 2014)
                                                               Les Vitelloni (I Vitelloni, Federico Fellini, Italie – France, 1953)
                                                               Lou ! Journal infime (Julien Neel, France – Belgique, 2014).
              L’Invent’Hair perd ses poils. Hommage au notulographe (moins deux lettres).
Obernai (Bas-Rhin), photo de l’auteur, 24 mai 2010
              IPAD (Itinéraire Patriotique Alphabétique Départemental). 27 avril 2014. 29 km (26090 km).
155 habitants

Les ruines du monument gisent au fond de l’église, près des fonts baptismaux. Il s’agit de deux plaques qui devaient être fixées sur un mur ou quelque chose de plus élaboré.

méménil monument, 689

Méménil

A ses glorieux morts

VALANCE Victor

AUBERT Albert

FORESTIER Joseph

ROUSSELOT Joseph

GREMILLET Joseph

DIDIER Paul

ROUSSELOT Charles

1914-918

   Plus avant dans l’église se trouve le monument religieux, une stèle surmontée d’une pietà polychrome. Le nom de Charles Rousselot n’y figure pas mais on y lit les noms d’une victime de 1939-1945, Valance Joseph, et de deux victimes civiles, Didier André et Rivat Charles.

méménil église, 689

Poil et plume. Il faut que je coupe les cheveux de Papa : Pim affirme qu’il n’ira jamais chez un autre coiffeur après la guerre, tant je m’acquitte bien de ma tâche. Si seulement je lui entaillais moins souvent l’oreille !” (12 mars 1943)

   “Nouvelle scène comique : Peter devait se faire couper les cheveux, la coupeuse étant comme d’habitude sa mère. A sept heures vingt-cinq, Peter disparaissait dans sa chambre, à la demie pile il en ressortait nu comme un ver, à l’exception d’un caleçon de bain bleu et de ses tennis.

   « Tu viens ? Demanda-t-il à sa mère.

   – Oui, mais je cherche les ciseaux ! » (11 mai 1944, Anne Frank, Journal)

Bon dimanche,

Philippe DIDION

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