27 décembre 2015 – 691

DIMANCHE.

Courriel. Une demande d’abonnement aux notules.

LUNDI.

Lecture. Dans le café de la jeunesse perdue (Patrick Modiano, Gallimard, 2007, rééd. Gallimard, Quarto “Romans”, 1088 p., 23,50 €).

Ceux qui, ils sont légion, aiment faire la part du réel et de la fiction dans les livres de Modiano chercheront si Arthur Adamov et Maurice Raphaël ont pu se croiser – ou croiser le jeune Modiano – dans un café du Saint-Germain-des-Prés des années 1950. Ils chercheront également si Horizons perdus et Adieu Focolara sont des livres réels ou des titres inventés par l’auteur, et s’il existe ou non une biographie de Louise du Néant. Ceux qui, ils sont un paquet, aiment suivre les itinéraires parisiens des personnages de Modiano ouvriront leur vieux Taride (est-ce par hasard qu’on trouve dans ce roman un personnage nommé Tarride ?) ou Google je ne sais quoi pour chercher où peut bien se nicher ce café de Condé qui est au centre du roman. Ceux qui, il sont une tripotée, se plaisent à trouver des convergences entre l’œuvre de Modiano et celle de Georges Perec seront sensibles à la présence d’un homme aperçu derrière la vitre d’un café au carrefour Mabillon, noteront que le projet qu’a Louki, personnage central, d’aller “vivre une semaine dans chacun des quartiers” dont un de ses amis a dressé la liste pourrait très bien appartenir à Espèces d’espaces, et que l’un des livres préférés de Louki, Cristal qui songe, est, celui-ci, d’autant plus réel que Georges Perec en a fait une des sources intertextuelles de La Vie mode d’emploi. Ceux qui, ils ne sont guère mais prouvent bien que chacun trouve de quoi se satisfaire dans un roman de Modiano, aiment à établir des correspondances entre l’œuvre de celui-ci et le SAS Football auront remarqué avec satisfaction que le nom du gardien remplaçant de l’équipe, Florent Cabassud, apparaît dans ce Café de la jeunesse perdue où il est question d’aller “passer la nuit à Cabassud, une auberge près de Paris”.

MERCREDI.

Vie touristique. Nous sommes depuis deux jours à Paris, en quatuor. Nous gîtons à l’est de la ville, près du canal Saint-Martin, nous allons au spectacle, nous fréquentons des terrasses, des restaurants, des magasins, nous visitons des expositions (Warhol encore, au Musée d’Art Moderne, histoire de se rendre compte que l’exposition de Metz n’était vraiment pas le parent pauvre de celle de Paris). Il paraît que, depuis un sinistre 13 novembre, ces activités seraient des signes de résistance. Nous on veut bien mais on est quand même loin de Jean Moulin. La Résistance, la majuscule, elle est évoquée rapidement au Musée de l’Homme, où elle eut un réseau dense et efficace. Le lieu, qui vient de rouvrir après quelques années de travaux, est très couru, les vacances y amènent leur lot de ploucs (c’est nous) et la marmaille locale dont la discrétion n’est pas le plus bel apanage. On sait la marmaille parfois pénible en ces lieux où elle est souvent traînée à son corps défendant mais les temps changent : les nouveaux musées offrent maintenant un tas d’animations sur écrans et autres gadgets qui attirent comme des mouches les enfants qui ne les quittent plus et laissent ainsi les vitrines accessibles aux vieillards. D’où le désarroi de ce grand-père essayant d’arracher son petit-fils à la représentation en 3D d’un objet exposé : “Tu es sûr que tu ne préfères pas le voir en vrai ?”

VENDREDI.

Lecture/Ecriture. Mots croisés 12 (Michel Laclos, Zulma, coll. Grain d’orage, 2005; 50 grilles, 144 p., 15,95 €).

Curiosité : le volume se termine par trois grilles thématiques consacrées à Raymond Queneau, Marcel Proust et Alexandre Dumas.

Lecture. Journal. Mémoires de la vie littéraire II. 1866-1886 (Edmond et Jules de Goncourt, Robert Laffont, coll. Bouquins, 1989; 1296 p., 120 F.).

Au cours de ces vingt années, les Goncourt perdent la moitié de leur effectif : Jules meurt en 1870 et Edmond demeure seul aux commandes du Journal. Cet événement, ajouté à la perte de Gavarni, le meilleur des amis, à la guerre et au relatif insuccès des livres parus et de leurs adaptations théâtrales, conduit Edmond à s’enfermer de plus en plus hermétiquement dans sa maison d’Auteuil et dans une aigreur de plus en plus virulente. La littérature est désormais concurrencée par la collection, gravures, dessins, japonaiseries qui constituent peu à peu le Grenier d’Auteuil, ouvert aux proches, Daudet, Zola, Huysmans et autres en 1884. Les 1200 pages qui racontent ce lent racornissement ne sont pas toujours passionnantes, loin de là, mais il faut bien se nourrir.

Extrait. “Ce matin, au Point-du-Jour, commence la démolition des maisons de la zone militaire, au milieu du défilé des déménagements de la banlieue, qui ressemble à la migration d’un ancien peuple. Des coins bizarres de maisons à moitié démolies, avec des restants de mobiliers hétéroclites. Ainsi, une boutique de coiffeur, dont la façade béante montre, oubliée, la chaise curule, où les blanchisseurs se faisaient faire la barbe, le dimanche.” (31 août 1870)

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Epinal (Vosges), photo de l’auteur, 31 décembre 2012

Le cabinet de curiosités du notulographe. Fantaisie charcutière à Penmarch (Finistère), photo de Christophe Hubert, 2 décembre 2014.

jacky

SAMEDI.

Lecture. Sacrifices (Pierre Lemaitre, Albin Michel, 2012; rééd. LGF, coll. Le Livre de poche thriller n° 33212, 2014; 360 p., 7,10 €).

La trilogie Verhoeven se termine ici et on ne s’en plaindra pas, tant ce polar met du temps à démarrer. Le commandant Verhoeven y est à nouveau victime d’une machination dont on ne commence à percevoir les contours qu’au bout de deux cent cinquante pages bien longuettes. La précipitation finale, si elle soulage le lecteur, ne rachète pas l’ensemble. Faute d’une intrigue convaincante, l’écriture de Pierre Lemaitre se révèle très fade, répétitive, ennuyeuse, ce qui n’apparaissait pas dans ses ses romans précédents où il savait emballer l’intérêt par l’ingéniosité du fil narratif.

Mouchoir de nuages (Tristan Tzara, éditions de la Galerie Simon, 1925, rééd. in “Poésies complètes”, Flammarion, coll. Mille & une pages, 2011; 1760 p., 35 €).

Films vus. La prochaine fois je viserai le cœur (Cédric Anger, France, 2014)

Les Noces funèbres (Corpse Bride, Tim Burton, G.-B. – E.-U., 2005)

Tiens-toi droite (Katia Lewkowicz, France-Belgique, 2014).

L’Invent’Hair perd ses poils.

coiff'moi, lussac-les-châteaux, 691 (2)  couaf-moi !, lussac-les-châteaux, 691 (2)

Hommes et bêtes à Lussac-les-Châteaux (Vienne), photos de Jean-Christophe Soum-Fontez, 13 mai 2010

IPAD. 29 mai 2014. 111 km. (26276 km).

ménil (le), 691

1149 habitants

   Le Poilu se tient l’arme au pied, derrière l’église, au-dessus d’un socle de granit. Autour, des plots reliés par une grosse chaîne et des banquettes de pensées.

ménil (le) monument, 691

Le Ménil

A ses glorieux combattants

Morts au champ d’honneur

1914-1918

1939-1945

   Face : Sur une plaque posée de biais contre le socle

1939-1945

Militaires                           Victimes civiles

6 noms                                 10 noms

                                                                               Résistance

                                                                                   4 noms

Gauche : 21 noms d’ANTOINE Auguste à Capl KEMPF Charles

Droite : 21 noms de LAPORTE Louis à VIRY Paul

Poil et plume. “Un coiffeur pérorait, émettait des vérités de cette force : “Quand on a de l’argent, on vous tire des coups de chapeau; sans ça, quand on a, comme moi, placé tout son saint-frusquin dans des fonds qui ne rapportent pas, on vous chante “Marie, trempe ton pain, Marie, trempe ton pain.” Du reste, toutes les fois que j’ai acheté des valeurs, elles baissaient le lendemain; je ne pourrais pas me l’interdire ailleurs, il me faut des émotions.”

Les camarades se délectaient, lui versaient à boire, et lui, avec ses yeux capotés, son air de glorieux crétin, reprenait : “Moi j’aime le sexe; pour que je puisse m’en passer, il faudrait que je sois comme le merle qui siffle après ses enfants”, et, faisant par un calembour allusion à son métier, il ajouta : “Je ne serais toujours pas un merle vif, je serais un merle lent.” ((Joris-Karl Huysmans, En ménage)

Bon dimanche,

Philippe DIDION

 

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