28 février 2016 – 699

DIMANCHE.

Lecture. Va et poste une sentinelle (Go Set a Watchman, Harper Lee, traduit de l’américain par Pierre Demarty, Grasset, 2015; 336 p., 20,90 €).

 L’adieu à l’enfance est chose douloureuse, pour soi-même ou pour ceux avec qui l’on a vécu. De même que le fait de retourner dans des endroits où l’on a été heureux. Cette douleur, l’héroïne de Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur en fait l’expérience au moment où elle revient, adulte, dans sa ville natale de l’Alabama. La guerre est passée, la situation politique a changé, la question raciale ne s’est pas apaisée. La jeune femme ne reconnaît plus sa ville, ni le père qu’elle a tant admiré et qui semble désormais avoir renié ses idéaux de justice et d’égalité. Roman de la désillusion, Va et poste une sentinelle se termine tout de même sur une note optimiste mais celle-ci n’atteint pas le lecteur. Celui-ci partage le sentiment de déception du personnage mais, pour ce qui le concerne, sur le plan littéraire avant tout. A la limite, on peut concevoir que celui qui a lu L’Oiseau moqueur en 1960 ressente avant tout le plaisir de retrouver, plus de cinquante ans après, les personnages et les lieux d’un livre inoubliable mais lire les deux volets de cette histoire à la suite est plutôt cruel. La fraîcheur de la jeune Scout imprégnait toute son histoire d’enfant, passait dans l’écriture, gagnait tout le livre. Devenue Jean Louise Finch et dépossédée du statut de narratrice, le personnage n’intéresse plus. Par le rappel de quelques souvenirs, Harper Lee parvient à retrouver par moments la magie de son premier récit mais la longueur des dialogues théoriques sur la politique et la fadeur des réflexions font du livre une suite dont on aurait aimé avoir eu la force de se dispenser. Maintenant, il faut aussi considérer l’histoire de cette parution : Va et poste une sentinelle est en quelque sorte une suite écrite avant, une première mouture de l’Oiseau moqueur, proposée à l’éditeur qui a demandé à l’auteur de travailler son texte, texte qui a abouti à la réussite que l’on connaît. Beau travail d’éditeur donc. On n’en dira pas autant de celui qui a réussi à soutirer ce manuscrit à Harper Lee quelques mois avant sa mort et qui n’ajoute rien à sa gloire.

MARDI.

Lecture. Grossir le ciel (Franck Bouysse, La Manufacture de livres, 2014, rééd. LGF, coll. Le Livre de poche policier n° 34007, 2016; 240 p., 6,90 €).

Il n’y a pas que Bergounioux en Corrèze. Franck Bouysse y est né et s’il se consacre à un autre genre que l’illustre, le roman policier, il sait faire montre d’un talent appréciable. Ce n’est pas la Corrèze qui sert de cadre à Grossir le ciel mais les Cévennes. Les ingrédients sont maigres dans ce polar rural : l’hiver, deux fermes isolées habitées par deux paysans chenus, un chien, quelques vaches et c’est tout. Jusqu’à ce qu’un évangéliste débarque dans le paysage et frappe à la porte d’un des deux bonshommes. De cette apparition vont naître des événements inattendus qui justifieront l’étiquette polar mais ne constituent pas l’essentiel. C’est dans la description du vide que Bouysse est le meilleur, dans la peinture de l’existence que ces deux survivants d’un monde ancien essaient d’arracher à leur terre oubliée.

JEUDI.

Épinal – Châtel-Nomexy (et retour). Guillaume Musso, Central Park, XO, 2014.

VENDREDI.

             Épinal – Châtel-Nomexy (et retour). Michel Lallement, Le travail : une sociologie contemporaine, Folio essais, 2007 à l’aller et George Orwell, 1984, Folio, 1990 au retour.

TV. Au rayon des contrepèteries d’autant plus savoureuses qu’elles sont involontaires, on notera la belle exclamation du commentateur du match de rugby Pays de Galles – France appuyant une percée du demi d’ouverture des Bleus : “Trinh-Duc prend le trou !”

Le cabinet de curiosités du notulographe. Des libraires sur les traces des coiffeurs, photographe inconnu.

  

Pléneuf-Val-André (Côtes-du-Nord), 13 avril 2010 / Bécherel (Ille-et-Vilaine), 14 avril 2010

SAMEDI.

              Lecture. Grains et Issues (Tristan Tzara, éd. Denoël et Steele, 1933, rééd. in “Poésies complètes”, Flammarion, coll. Mille & une pages, 2011; 1760 p., 35 €).

Jaligny-sur-Besbre (Allier), photo de l’auteur, 11 juin 2005

              Films vus. Amitiés sincères (Stéphan Archinard & François Prévôt-Leygonie, France, 2012)

  Valentin Valentin (Pascal Thomas, France 2014)

  L’Enfant d’en haut (Ursula Meier, France – Suisse, 2012)

  Benoît Brisefer : Les Taxis rouges (Manuel Pradal, France, 2014)

  Ça s’est passé à Rome (La giornata balorda, Mauro Bolognini, Italie – France, 1960).

L’Invent’Hair perd ses poils.

  

Concarneau (Finistère), photo de Francis Henné, 11 juillet 2010 / Londres (R.-U.), photo du même, 9 juillet 2014

IPAD (Itinéraire Patriotique Alphabétique Départemental). 24 août 2014. 166 km. (26733 km).

205 habitants

  Le monument de pierre blanche se dresse sur une esplanade dallée, à côté de la Mairie. Il est entouré de plots de granit reliés par une frise métallique. Un drapeau et une palme sont collés sur le fût.

Aux enfants de Midrevaux

1914-1918

Morts pour la France

PIERROT Émile      THOUVIGNON Alix

PIERROT Paul      POIRSON Henri

PIERROT Jules      PIERNOT Félix

DAVIGNON Marcel       ROBERT Albert

DAVIGNON Joseph      CHARLIER Félix

VEBERT Désiré      SCHOUBERT Gges

THIEBAUT Louis      ABRAHAM René

POIROT Camille

1939-1945

AUBRY Lucien      LUC Robert

HUSSON Jean      PLUMET Jean

              Poil et plume. “Solédad prenait de plus en plus une forme arrondie. Il m’arrivait de travailler seul sur un casse. Je le faisais de jour. J’avais pris pour habitude de mettre mon matériel dans une petite mallette noire. En plus, j’y avais joint une blouse blanche, une paire de ciseaux et un peigne de coiffeur, plus des cheveux coupés dans une enveloppe. Cette précaution me sauva la mise un jour où je fus à deux doigts de me faire prendre par la police. […] D’un coup de coude je fis éclater la vitre, ouvris le châssis et m’engageai dans la chambre. J’ouvris ma mallette puis enfilai ma blouse blanche. Je mis les ciseaux et le peigne dans la poche du haut. J’ouvris l’enveloppe et dispersai les déchets de cheveux sur les manches de ma blouse. Pas question de garder mon matériel, ni ma mallette. Je fis glisser le tout sous le lit, ainsi que mes gants. Puis, allumant une cigarette, j’ouvris la porte en prenant soin de ne pas laisser mes empreintes. Tranquillement je descendis l’escalier. […] Je pris la direction des policiers. Il me suffisait de rester calme. Arrivé à leur hauteur, c’est très naturellement que je dis à l’un d’entre eux :

– Que se passe-t-il ? Un incendie ?

Il n’était pas souriant, et c’est assez sèchement qu’il me répondit :

– Vous demeurez ici ?

– Oui, monsieur l’agent, et je suis coiffeur dans le salon d’à côté. Mes clients m’attendent.

Je ne manquais pas de souffle. Je ne savais même pas s’il avait un salon de coiffure dans cette rue. Lui non plus.

– Vous pouvez passer. (Jacques Mesrine, L’Instinct de mort)

Bon dimanche,

Philippe DIDION

 

 

 

 

 

 

 

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21 février 2016 – 698

LUNDI.

Bergounews (suite). Mon autorité fait merveille, j’ai beau être en vacances, on se croirait au boulot. J’ai dit hier que je ne voulais pas entendre parler de Bergounioux avant l’été, total, toute la notulie m’en parle : celui-là l’a vu, celui-là l’a lu, celle-là le lit, celui-là l’a ouï, celui-là l’a fui, etc. Ça crépite comme sur un forum dédié au dernier Marc Levy.

Vie des sportifs. “Un footballeur mis à pied pour avoir insulté son entraîneur et ses coéquipiers” (les journaux). Allons, ne jouons pas les dragons de vertu : qui n’a jamais médit plus ou moins vertement de sa hiérarchie ou de ses collègues ? Seulement, nous, petites gens, nous faisons ça en tête à tête, en petit comité, à l’abri, dans le cadre strict de la fraternité de comptoir ou dans le huis clos de nos masures. Le footballeur lui, fait ça sur un réseau social (il va bientôt saisir la saveur de l’épithète), au vu et su de tous, puis feint de s’étonner de l’écho donné à ses propos fleuris. Le footballeur est un être rafraîchissant.

Lecture. L’Antitête (Tristan Tzara, éd. des Cahiers libres, 1933, rééd. in “Poésies complètes”, Flammarion, coll. Mille & une pages, 2011; 1760 p., 35 €).

MERCREDI.

Lecture. Revue des Deux Mondes (juillet-août 2014; 176 p., 15 €).

Un gros dossier sur Gérard de Villiers, créateur de la série SAS, occupe la majeure partie de ce numéro. Le nombre de pages et la notoriété des contributeurs (Serge Brussolo, Hubert Védrine…) ne parviendront pas à réhabiliter le bonhomme et à faire oublier le sexisme rance de ses productions. Plus intéressant, un entretien avec Roger Grenier, pilier de la NRf, pour ceux du moins qui ont échappé à la continuelle récitation de ses souvenirs, régulièrement égrenés sur les ondes de Radio France.

Vie musicale. Concert de Boulevard des airs ce soir dans une salle locale. Un groupe de Tarbes avec une belle énergie, une bonne section de cuivres et un horizon musical un peu répétitif.

VENDREDI.

Lecture scolaire. Angelo, tyran de Padoue (Victor Hugo, 1835; Jean-Jacques Pauvert, Le Cercle du bibliophile, 1963).

Football. SA Spinalien – CA Bastia 1 – 1.

Le cabinet de curiosités du notulographe. Monument aux morts emballé par Alain Mathieu et Florent Barbier, photo d’Alain Mathieu, Les Forges (Vosges), mai 2010.

SAMEDI.

Films vus.

Kingsman : Services secrets (Kingsman : The Secret Service, Matthew Vaugh, R.-U. – E.U., 2014)

Malec forgeron (The Blacksmith, Buster Keaton & Malcolm St. Clair, E.-U., 1922)

Femmes d’un été (Racconti d’estate, Gianni Franciolini, Italie – France, 1958)

Fatty cuisinier (The Cook, Roscoe ‘Fatty’ Arbuckle, E.-U., 1918)

Big Eyes (Tim Burton, E.-U. – Canada, 2014)

Le Garage de Fatty (The Garage, Roscoe ‘Fatty’ Arbuckle, E.-U., 1920)

L’Epouvantail (The Scarecrow, Edward F. Cline & Buster Keaton, E.-U., 1920)

Descente aux enfers (Francis Girod, France, 1984).

L’Invent’Hair perd ses poils.

  

Concarneau (Finistère), photo de Francis Henné, 10 juillet 2010 / Jujurieux (Ain), photo de Marc-Gabriel Malfant, 4 avril 2011

IPAD (Itinéraire Patriotique Alphabétique Départemental). 17 août 2014. 76 km. (26567 km).

310 habitants

   Nous sommes au pied des escaliers qui mènent à l’église, dans un petit enclos matérialisé par un muret surmonté d’une grille métallique peinte en noir à l’avant et une haie de thuyas à l’arrière. Le sol est semé de graviers, la stèle, parallélépipède à deux étages – celui du dessus orné d’une palme et d’une Croix de Guerre – séparés par une corniche, est en granit gris.

   Face :

Ménil sur Belvitte

A ses enfants

Morts pour la France 1914-1918

JACQUOT Paul 1915

JACQUOT Joseph

MONDAIN Jules

LEMIRE Auguste 1916

DIDIER Paul

CAILLOUX Louis

   En avancée, une plaque de marbre blanc inclinée porte les noms des morts de 1939-1945. La plupart ont été “victimes des mines allemandes”, ce que confirmera une visite du cimetière local.

Gauche :

SAGARD Joseph 1914

RELOT René

CHEVILLOT Auguste

FERRY Félix

MONDAIN Joseph

   Droite :

HENRY Paul 1917

GENAY Charles

CAILLOUX Henri

LECOMTE Georges

LEVÊQUE Lucien

CUNY Gaston

Victimes civiles 1914

CAILLOUX Charles COMTE Victor

MANGIN Constant

   A l’entrée de l’église, à gauche, se trouve une plaque intitulée “Nécrologe de guerre” qui s’ouvre sur ces mots :

Où sont’ ils nos enfants ?

Où sont’ ils !?… Ils sont morts

Pour que nous restions français

   Le premier nom de la liste est un certain ANCEL Célestin qui n’apparaît pas sur le monument extérieur. DIDIER Paul, lui, est manquant. Et FERRY Félix est devenu Félicien. Les cinq derniers noms sont ceux des “Morts dans leurs Foyers”. Les trois victimes civiles citées à l’extérieur n’y figurent pas.

A l’extérieur du village, on trouve un cimetière militaire dominé par un monument de taille.

Poil et plume. “A première vue, il s’agissait de l’agrandissement d’une photo d’identité. Un enfant d’environ sept ans, aux cheveux courts tels qu’on les coiffait au début des années cinquante, mais cela pouvait être aussi un enfant d’aujourd’hui. On vivait une époque où toutes les modes, celles d’avant-hier, d’hier et d’aujourd’hui se confondaient et l’on était peut-être revenu, pour les enfants, à cette coupe de cheveux d’autrefois. Il faudrait qu’il tire cela au clair et il avait hâte d’observer la coupe de cheveux des enfants, dans la rue.” (Patrick Modiano, Pour que tu ne te perdes pas dans le quartier)

Bon dimanche,

Philippe DIDION

 

 

 

 

14 février 2016 – 697

DIMANCHE.

Rugby. RA Epinal-Golbey – Saint-Avold 36 – 0.

LUNDI.

En feuilletant Livres Hebdo. Laurent Gaulet, Perles de coiffeurs, First Editions, 2016; 192 p., 4,95 €.

MERCREDI.

Vie technologique. “Il y a désormais autant de téléphones mobiles que d’êtres humains dans le monde” (journal parlé, RTL). Ce qui signifie, si j’en crois l’étendue de mon parc téléphonique, que quelqu’un en possède deux.

JEUDI.

Bergounews. On se plaignait ici même cet été du temps qu’il nous restait à attendre avant la sortie du quatrième volume des Carnets de notes de Pierre Bergounioux. Le rythme décennal adopté par l’écrivain nous renvoyait aux années 2020, ce qui n’était pas tout à fait le lendemain de la veille. Heureusement, une notulienne proche du grand homme sut nous rassurer promptement : l’éditeur avait insisté pour que la décennie 2011 – 2020 soit coupée en deux volumes, le premier était attendu courant 2016. C’est aujourd’hui qu’il paraît. A Nancy, où je suis de passage, ça n’a pas affolé les librairies : les briques jonquille de chez Verdier, si tant est qu’elles aient été commandées, sont encore dans les cartons. De toute façon, je ne suis pas pressé : j’achèterai le livre, mais ne le lirai pas. Pas dans un premier temps du moins car je sais dans quel état cela va me mettre : si je lis ça dans le train, je n’en descendrai qu’au terminus des lignes empruntées, si je lis ça au boulot, de boulot il n’y aura plus, si je lis ça au plume, mes nuits vont dangereusement blanchir. Non, mieux vaut attendre un moment et un lieu propices. Cet été, en Creuse, près de la bergouniaque Corrèze, ce sera parfait. Je risque d’être en retard à la pêche, c’est tout. En attendant, je ne veux ni en parler ni en entendre parler.

Lecture. 813 (Maurice Leblanc, Lafitte, 1910, rééd. in « Les Aventures extraordinaires d’Arsène Lupin » vol. 1, Omnibus 2004, 1216 p., 23 €).

Le lecteur des aventures d’Arsène retrouvera ici tous les ingrédients qui font le charme de la série : rythme effréné, rebondissements en cascade, déguisements, vraies et fausses morts, empoisonnements, faux en écriture, embuscades, révélations, le tutti, le quanti. Avec, en plus une dimension patriotique à laquelle on ne s’attendait pas mais qui s’explique par la tension qui s’accroît, à l’époque de la publication, entre la France et l’Allemagne : Lupin est à deux doigts, pas un de plus, de rendre l’Alsace-Lorraine à la France et refuse, à le fin de l’histoire, d’entrer au service du Kaiser. On l’a échappé belle.

VENDREDI.

Le cabinet de curiosités du notulographe. Titre énigmatique ou rime riche en suspens, Vosges Matin, 10 mai 2015.

SAMEDI.

Films vus. Peggy Sue s’est mariée (Peggy Sue Got Married, Francis Ford Coppola, E.-U., 1986)

Mr. Turner (Mike Leigh, R.-U. – France – Allemagne, 2014)

Fiston (Pascal Bourdiaux, France, 2014)

Soyez sympas, rembobinez (Be Kind Rewind, Michel Gondry, R.-U. – France – E.-U., 2008)

Chic ! (Jérôme Cornuau, France, 2015)

Saint-Tropez Blues (Marcel Moussy, France, 1961)

Mon amie Victoria (Jean-Paul Civeyrac, France, 2014).

L’Invent’Hair perd ses poils.

Paris (Seine), rue de Rivoli, photo de l’auteur, 22 juillet 2010 / Charnay-lès-Mâcon (Saône-et-Loire), photo de Marc-Gabriel Malfant, 14 septembre 2012

Poil et plume. “Elle allait chez le coiffeur à Lamalou-les-Bains, à bicyclette ou avec le train, une fois tous les deux ou trois mois. Les hommes, on les coiffait au Poujol, à trois ou quatre kilomètres. Mais très souvent nous nous coupions les cheveux à la maison, comme nous pouvions. Mon père se rasait une fois par semaine, ou deux, avec un rasoir à main, un sabre. Auparavant il se savonnait avec un blaireau, debout devant un petit miroir ébréché dans la pièce principale. Quand il avait terminé, je l’embrassais sur la joue pour “étrenner sa barbe”. S’il se coupait, il collait sur la plaie un bout de papier à cigarette.” (Jean-Claude Carrière, Le Vin bourru)

Bon dimanche,

Philippe DIDION

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

7 février 2016 – 696

DIMANCHE.

Rugby. RA Epinal-Golbey – Villers 12 – 17.

LUNDI.

Épinal – Châtel-Nomexy (et retour). Stephen King, Carrie, J’ai lu, 2010.

MARDI.

Obituaire. “Mes parents travaillaient tous les deux, et aussi ma grand-mère. Dans la journée, c’était Fanny qui s’occupait de moi. Elle m’amenait souvent boulevard Delessert où habitaient ma tante et sa fille Ela. Je suppose que nous prenions le métro à Couronnes et que nous changions à Etoile pour descendre à Passy. C’est boulevard Delessert qu’Ela aurait entrepris de me faire monter sur une bicyclette et que mes cris auraient ameuté tout le voisinage.” (Georges Perec, W ou le souvenir d’enfance). Ela Bienenfeld, dite Lily, est morte hier soir. Je peux reprendre à mon compte les mots que m’envoie un pereco-notulien à l’annonce de cette triste nouvelle : “À force de l’avoir croisée dans les séminaires Perec des années 1990 et d’avoir entendu parler de cette cousine préférée, j’avais presque le sentiment de faire partie de la famille…”

MERCREDI.

Épinal – Châtel-Nomexy (et retour). Bernard Clavel, Les Fruits de l’hiver, Robert Laffont, 1999.

Vie professionnelle. Je passe l’après-midi au collège pour une formation concernant la réforme dudit collège, et principalement les EPI à mettre en place à la rentrée. Un jour, quand j’en aurai le courage, je demanderai à un collègue – que je choisirai parmi les moins moqueurs de la troupe – ce que signifient les initiales EPI. Pour l’instant, je ne vois qu’Endormissement Profond Instantané dû à un Ennui Particulièrement Intense.

JEUDI.

Vie météorologique. Un temps de cochon aujourd’hui. Au bout de mes deux kilomètres de marche, j’arrive au boulot trempé comme une soupe. Heureusement, l’expérience m’a appris à être prévoyant et je garde, au fond de mon armoire, de quoi me changer de pied en cap. Le soir venu, je quitte les lieux avec à la main un sac plastique dans lequel j’ai serré mes effets dégoulinants. Le sac fourni par le brave pédagogue au mouflet de maternelle qui a mouillé son bénard et que celui-ci essaie de dissimuler à l’heure de la sortie devant les parents assemblés.  Pour moi, le rouge de la honte en moins, toutefois.

VENDREDI.

Football. SA Spinalien – Vendée Luçon Football 2 – 2.

Lecture. Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur (To Kill a Mockingbird, Harper Lee, J.B. Lippincott & Co., 1960 pour l’édition originale, de Fallois, 2005 pour cette traduction de l’américain par Isabelle Stoïanov revue par Isabelle Hausser, rééd. LGF, coll. Le Livre de poche, 2006; 450 p., 6,60 €).

To Kill a Mockingbird partage avec Wuthering Heights le privilège d’avoir connu plusieurs titres français au fil des différentes traductions : ce fut d’abord Quand meurt le rossignol, puis Alouette, je te plumerai avant d’arriver à cet oiseau moqueur plus conforme à la version originale. Et ne parlons pas du cinéma, qui en fit Du silence et des ombres… en 1962. Ce livre est devenu un classique de la littérature américaine, au renom rehaussé par le fait que son auteur resta muette après ce coup de maître réalisé en 1960. Car c’est un coup de maître, une vraie réussite que cette histoire d’enfance qui a pour cadre une petite bourgade de l’Alabama en 1935. Harper Lee réussit à donner la parole à une enfant de neuf ans, Scout, qui prend en charge le récit, sans tomber dans le piège de la mièvrerie. L’histoire commence par une succession d’anecdotes familiales : vie domestique, vie scolaire (hilarante scène de rentrée des classes), jeux et ris, peurs enfantines, c’est un peu les souvenirs d’enfance de Marcel Pagnol (Mark Twain serait peut-être plus approprié mais je ne l’ai pas assez lu pour l’affirmer) transposés dans le Sud profond. Et puis, petit à petit, la réalité sociale de cette région devient de plus en plus présente et c’est Faulkner qui vient frapper à la porte : un Noir est accusé de viol, Scout assiste au procès dans lequel son père est avocat de la défense. Ce père, nommé Atticus, passe alors au premier plan et devient le porteur des valeurs de l’auteur : égalité, bonté, justice, tolérance, il endosse toutes les vertus de l’humanité sur ses épaules fatiguées et, une fois encore, Harper Lee s’en sort sans tomber dans le prêchi-prêcha. Une magnifique révélation finale vient conclure l’histoire et aviver les regrets du lecteur de n’avoir plus rien à lire d’Harper Lee. Jusqu’à ces derniers temps où est apparu un inédit, une sorte de “Vingt ans après” qui, selon Lucie qui m’a conseillé cette lecture, ne vaut pas le Mockingbird mais qu’on lira tout de même, histoire de ne pas quitter définitivement Scout et sa famille.

Le cabinet de curiosités du notulographe. Enseignes diverses.

     

La Chartre-sur-le-Loir (Sarthe), photo de Bernard Bretonnière, 5 avril 2011 / Lyon (Rhône), photo de Bernard Gautheron, 14 octobre 2015

SAMEDI.

Films vus. Samba (Olivier Nakache & Eric Toledano, France, 2014)

David et Madame Hansen (Alexandre Astier, France, 2012)

La Clinique de l’amour ! (Artus de Penguern, France – Luxembourg – Belgique, 2012)

La Famille Bélier (Eric Lartigau, France, 2014)

Frou-Frou (Augusto Genina, France – Italie, 1955)

Big Game (Jalmari Helander, Finlande – R.-U. – Allemagne, 2014).

L’Invent’Hair perd ses poils.

  

Chalon-sur-Saône (Saône-et-Loire), photo de Paul-Antoine M., 18 juillet 2010 / Craponne (Rhône), photo de Marc-Gabriel Malfant, 28 mai 2012

Poil et plume. “Il est arrivé que, trop haut perché sur le côté d’un tracteur entrant trop vite dans la grange, un paysan heurte du crâne le linteau de basalte. Porté un peu plus bas, le coup aurait pu l’assommer ou le tuer. Un peu plus haut, la casquette seule aurait volé. Mais la pierre était passée au ras de la tête, le scalpant net. Ses cheveux ne tenaient plus au crâne mis à nu que par une bande de peau à l’arrière. Ils lui pendaient sur la nuque comme une capuche. Le sang roulait. Comme on lui faisait remarquer la nature exacte du problème, il se contenta de se recoiffer, d’un geste simple. Il fallut tout de même aller à l’hôpital, le panache ne suffit pas.” (Pierre Jourde, Pays perdu)

Bon dimanche,

Philippe DIDION