6 mars 2016 – 700

LUNDI.

Épinal – Châtel-Nomexy (et retour). Charline Licette, Le Guide de la lecture rapide et efficace, Studyrama, 2016.

MARDI.

Épinal – Châtel-Nomexy (et retour). Patrick Süskind, Le Parfum, Le Livre de poche, 2006.

Lecture. Comment voulez-vous que j’oublie… : Madeleine et Léo Ferré 1950-1973 (Annie Butor, Phébus, 2013, rééd. LGF, coll. Le Livre de poche, 2014; 288 p., 6,90 €).

En janvier 1950, Léo Ferré rencontre Madeleine dans un café parisien bien connu des amateurs d’Antoine Blondin, le Bar Bac. Madeleine vient de divorcer, elle a une fille de six ans, Annie, pour qui il écrira “Jolie môme”. C’est celle-ci qui raconte : la rencontre, la passion, le mariage, le divorce, les hauts, les bas. C’est du déboulonnage de statue grandeur nature. On ne prenait pas Léo Ferré pour un saint mais le récit de sa belle-fille est une vigoureuse poignée de clous sur son cercueil. Prenons d’abord ce qui reste intact de ce traitement de choc. Deux choses : l’amour profond qui exista entre les deux êtres et la qualité artistique de l’œuvre musicale et poétique, que l’auteur ne met jamais en cause. Mais sur l’autre versant, on découvre un homme mettant constamment en opposition ses paroles et ses actes, ses idéaux et ses pratiques. Un être égocentrique et avide d’argent qui trimballe sa famille, au moment de sa gloire d’un château l’autre, de manoir délabré à masure décrépite sans se préoccuper du confort, qui néglige l’éducation de sa belle-fille, qui ne tolère l’amitié que lorsqu’elle peut lui rapporter quelque chose. Annie supporte tout parce que, finalement, le bonheur est là, le trio fonctionne, elle admire le grand homme. Les choses se gâtent lorsque Léo acquiert un domaine, dans le Lot, dont il veut faire son arche de Noé. Avec comme personnage central la fameuse Pépée, un chimpanzé dont le couple Ferré s’entiche et qui devient rapidement incontrôlable. Léo s’enfuit, abandonne Madeleine au milieu de sa ménagerie, demande le divorce. On est en 1968, pour lui, c’est juste une page à tourner avant la poursuite d’une carrière glorieuse, pour elle, c’est un naufrage. On comprend que le regard d’Annie sur son beau-père soit peu amène, on pense à la rancœur, au règlement de comptes, à une forme de vengeance. C’est peut-être vrai. Mais elle prend soin de fournir des documents, des lettres, des témoignages, qui appuient ses propos. Des extraits de chansons aussi, beaucoup, qui montrent l’aspect autobiographique d’une partie de l’œuvre du chanteur et qui, malgré tout, donnent envie de le réécouter. Après avoir renié tout ce que Madeleine lui avait apporté – elle avait contribué à l’écriture de nombreuses chansons – Léo Ferré mourra en 1993, deux mois après celle qu’il avait cessé d’appeler sa muse.

MERCREDI.

Épinal – Châtel-Nomexy (et retour). Bruno Gaccio, Petit manuel de survie à l’intention d’un socialiste dans un dîner avec des gens de gauche, Les liens qui libèrent, 2013.

             Lecture. Le Monde d’hier : Souvenirs d’un Européen (Die Welt von Gestern : Erinnerungen eines Europäers, Bermann-Fischer, Stockholm, 1942 pour l’édition allemande, traduit de l’allemand par Dominique Tassel, in “Romans, nouvelles et récits II”, Gallimard, coll. Bibliothèque de la Pléiade n° 588, 2013; 1574 p., 65 €).

Dans cette autobiographie terminée juste avant son suicide, Stefan Zweig ajoute à son talent de conteur, consacré ici à sa propre existence, une profondeur d’analyse politique et une lucidité sur la situation européenne qui impressionnent. Au-delà de sa propre histoire, c’est l’histoire de son pays, l’Autriche, et de son continent qu’il raconte et éclaire avec sa langue irréprochable et parfois un rien ampoulée. Les notes de la Pléiade viennent à propos renseigner le lecteur sur tel ou tel homme ou événement, elles sont peu nombreuses et ne hachent pas le texte, ce qui est appréciable. On aimerait toutefois en ajouter deux à propos de ces phrases : 1. “Verhaeren croyait se souvenir d’un drame [de Romain Rolland] intitulé Les Loups, qui avait été joué par un théâtre socialiste, le “Théâtre du Peuple”. 2. “Je me souviens encore de la merveilleuse farce imaginée par Jules Romains pour railler le prince des poètes en couronnant un prince des penseurs, un brave homme quelque peu simplet qui se laissa conduire solennellement par les étudiants jusqu’à la statue de Rodin devant le Panthéon.”

  1. Il s’agit du Théâtre du Peuple de Bussang (Vosges), créé par Maurice Pottecher.
  2. Le “brave homme quelque peu simplet” n’est autre que l’immense Jean-Pierre Brisset, qui compte quelques fervents admirateurs en notulie.

VENDREDI.

Lecture. Le Port des brumes (Georges Simenon, Editions Arthème Fayard, 1932, rééd. Rencontre, 1967, in “Œuvres complètes Maigret III”; 632 p., s.p.m.).

“Ouistreham, à bord de l’Ostrogoth, octobre 1931”. A son habitude, Simenon termine son roman en indiquant le lieu et la date de sa composition. Cette fois, il n’a eu qu’à observer le paysage et ses habitants depuis son hublot pour trouver l’inspiration car l’histoire se déroule à Ouistreham, où il est amarré. Maigret arrive de Paris avec un homme originaire du coin, amnésique, qui va se faire empoisonner dès son retour. Maigret est en butte au silence et à l’hostilité de la population locale, marins, armateurs, éclusiers qui n’aiment guère voir un étranger se mêler de leurs affaires. Maigret, on le sait, est un personnage brut, carré, sans aucune fantaisie. L’écriture de Simenon lui ressemble : alors que, chez les auteurs de polar, on se tire la bourre pour trouver la métaphore la plus inattendue, la plus originale, la plus drôle – Philip Kerr est un as dans ce domaine –, lui écrit en ligne droite, sans fioritures. Ici, pour la première fois, alors qu’il en est à son douzième Maigret, il se livre à une fantaisie : “Le vieux Bernard était plus blanc que le papier qui avait enveloppé ses sandwiches”. Fermez le ban, fin de la gaudriole.

Signes extérieurs (Pierre Bergounioux, Fata Morgana, 2015; 48 p., s.p.m.).

Lu in extenso en milieu médical, dans une salle d’attente. De quoi patienter en attendant d’ouvrir les Carnets de notes.

Le cabinet de curiosités du notulographe. Librairie rabelaisienne à Aubusson (Creuse), photos de l’auteur, 30 juillet 2014.

librairie, aubusson 1, 700  librairie, aubusson 2, 700

SAMEDI.

Films vus. Snow Therapy (Turist, Ruben Östlund, Suède – France –Norvège – Danemark, 2014)

L’Idéaliste (The Rainmaker, Francis Ford Coppola, E.-U. – Allemagne, 1997)

Cherche fiancé tous frais payés (Aline Issermann, France, 2007)

Refroidis (Kraftidioten, Hans Petter Moland, Norvège – Suède, 2014)

La Fête des pères (Joy Fleury, France, 1990)

Papa ou maman (Martin Bourboulon, France – Belgique, 2015)

Je chante (Christian Stengel, France, 1938).

 

  Lecture. Le Néo-impressionnisme de Seurat à Paul Klee (catalogue d’exposition, Réunion des Musées Nationaux, 2005; 432 p., 54 €).

  L’Invent’Hair perd ses poils.

têt'art, clohars-carnoët, 700 (2)

Clohars-Carnoët (Finistère), photo de Francis Henné, 12 juillet 2010

                           Poil et plume. “Mais la vieille leva la main, et, d’un coup, défit la chevelure de Mara dont les nattes retombèrent :

– Vois-tu, la belle, tu ne sais pas te coiffer. Je vais te recoiffer pour rien. Tourne-toi.

Honteuse de son impatience, Mara se laissa faire docilement. La vieille tira une paire de ciseaux, mais, à ce moment, une main nerveuse la saisit à la gorge. La vieille poussa un cri en laissant tomber les ciseaux, qui firent un bruit métallique sur le pavé. Mara se retourna et vit d’un coup d’œil les ciseaux ouverts sur le sol et le curé serrant la tzigane à la gorge. […]

– Hé, Bandi ! laisse Omer, j’en fais mon affaire. Occupe-toi de cette vieille qui voulait voler la chevelure de Mara.” (Guillaume Apollinaire, “L’Otmika”, in L’Hérésiarque & Cie)

Bon dimanche,

Philippe DIDION

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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