3 avril 2016 – 704

DIMANCHE.

Lecture. Cause toujours, ma poupée (Doll, Ed McBain, 1965 pour l’édition originale, Gallimard, coll. Série Noire n° 1062, 1966 pour la traduction française, traduit de l’américain par Rosine Fitzgerald, rééd. in “87e District 3”, Omnibus, 1999; 1016 p., 145 F).

Ed McBain apparaît ici à son sommet dans la construction parfaite de l’intrigue (un suspense qui lui valut une parution en feuilleton dans France-Soir en 1966) et dans l’inscription de celle-ci à l’intérieur de la série du 87e. Steve Carella, le policier le plus en vue du commissariat, est ici réduit à l’impuissance, pris en otage par un couple de drogués. Ce sont ses collègues qui se démènent pour le retrouver, notamment Bert Kling qui voit ici une occasion de revenir à l’action après la mort de sa fiancée dans Le Dément à lunettes. L’évolution de Kling n’est qu’un des nombreux signes qui montrent à quel point la série du 87e est structurée, comment Ed McBain a construit une œuvre pensée, balzacienne, plutôt que d’aligner des épisodes de série.

LUNDI.

Lecture. Le Signe de vie (Tristan Tzara, Bordas, 1946, rééd. in “Poésies complètes”, Flammarion, coll. Mille & une pages, 2011; 1760 p., 35 €).

MARDI.

Lecture. Les obus jouaient à pigeon vole (Raphaël Jerusalmy, Editions Bruno Doucey, coll. Sur le fil, 2016; 184 p., 15,50 €).

Jean Teulé a bâti une carrière de romancier à succès en imaginant quelques épisodes de la vie de personnages de l’histoire littéraire ou de l’histoire tout court. Villon, Rimbaud, Verlaine, figurent entre autres à son palmarès. Raphaël Jerusalmy reprend la recette et raconte, en brodant sur les faits déjà connus (le lieu, la lecture du Mercure de France, les lettres à Madeleine) la journée du 17 mars 1916 vécue par Guillaume Apollinaire au Bois des Buttes, celle au cours de laquelle il reçut un éclat d’obus à la tête. Il donne une existence à ses compagnons de tranchée, à ses diverses occupations, imagine des conversations, des pensées secrètes. La question principale est celle de l’engagement d’Apollinaire : que fait-il là, sous l’uniforme français, que cherche-t-il, alors que ses amis, Picasso, Cocteau et autres sont tranquilles à Rome ou ailleurs. S’agit-il de patriotisme, s’agit-il de remercier la France qui l’a accueilli, s’agit-il d’une quête poétique ? La question n’a as attendu l’auteur de ce livre pour être débattue, mais celui-ci prend parti en voyant Apollinaire rechercher, sous les bombes, “l’acte poétique absolu”. Autrement dit, il défend la thèse “Ah Dieu : que la guerre est jolie”. Il le fait sous une forme rapide, en chapitres courts qui égrènent, heure par heure, le temps qui reste avant l’issue violente. Autre question : la poésie sort-elle vainqueur de la guerre ? C’est peut-être beaucoup lui demander. mais en faisant précéder chacun de ses chapitres de quelques vers d’Apollinaire, Jerusalmy montre la force de ceux-ci et, par contraste, la vanité de tout ce que l’on peut écrire autour, à commencer par ses propres mots.

VENDREDI.

Football. SA Spinalien – Orléans 1 – 1.

Le cabinet de curiosités du notulographe. “Mais au-dessus de la terre grise et de la poussière morne qui s’en échappe spasmodiquement pour flotter sans fin dans l’atmosphère, on découvre au bout d’un moment les yeux du docteur T.J. Eckleburg. Les yeux du docteur T.J. Eckleburg sont bleus et gigantesques; leur rétine mesure un mètre de haut. Ce sont des yeux sans visage, qui vous regardent derrière une paire d’énormes lunettes jaunes posées sur un nez inexistant. De toute évidence, un oculiste facétieux les a installées là pour grossir sa clientèle du quartier de Queens avant de disparaître, frappé par une cécité éternelle, ou de déménager en les oubliant derrière lui. Mais ses yeux, un peu ternis par de nombreuses journées passées au soleil et sous la pluie sans jamais être repeints, continuent à méditer au-dessus de l’impressionnante décharge publique.”

   Depuis une première lecture, en 1998, de cette page tirée de Gatsby le magnifique, les yeux du docteur T.J. Eckleburg ne cessent de me hanter. J’en ai cherché l’équivalent au-dessus de toutes les officines d’opticiens que j’ai croisées depuis, en vain. Je me console avec des lunettes, plus ou moins vides, que je photographie ou recueille systématiquement.

lu net,704  lunettes, épinal, 704

Nantes (Loire-Inférieure), photo de Bernard Bretonnière, 10 octobre 2015 / Epinal (Vosges), photo de l’auteur, 5 mars 2016

SAMEDI.

Films vus. Un peu, beaucoup, aveuglément ! (Clovis Cornillac, France, 2015)

Shame (Steve McQueen, R.-U., 2011)

Réalité (Quentin Dupieux, France – Belgique – E.-U., 2014)

Jappeloup (Christian Duguay, France – Canada, 2013)

A trois on y va (Jérôme Bonnell, France – Belgique, 2015)

La grande bellezza (Paolo Sorrentino, Italie – France, 2013).

L’Invent’Hair perd ses poils.

changer d'hair, vedène, 704  changer d'hair, maclas, 704 (2)

Vedène (Vaucluse), photo de Joëlle Traber, 18 juillet 2010 / Maclas (Loire), photo de Marc-Gabriel Malfant, 11 février 2012

IPAD (Itinéraire Patriotique Alphabétique Départemental). 31 août 2014. 73 km. (26806 km).

mirecourt, 704
5848 habitants

   Le monument est un imposant bloc de pierre équarri entouré d’une grille métallique peinte en gris. Sur une avancée se dresse une Victoire ailée portant glaive et rameau. Sur les faces avant et arrière du bloc figurent quatre médaillons en céramique avec les inscriptions suivantes :

Île de France – Picardie – Artois

Vosges – Alsace – Lorraine

Verdun – Argonne Champagne

Flandre – L’Orient – Les Mers

Sur les faces latérales, une frise en céramique souligne un bas-relief en cuivre (?) représentant des scènes de combat et signé “1922. Léon Roussel, statuaire”. Pour la végétation, un parterre d’une plante grasse jaunie à l’avant et à l’arrière.

mirecourt monument, 704

Mirecourt

A ses enfants

Morts pour la Patrie

   Gauche : 87 noms d’ADAM Charles à DURAND Émile.

Droite : 87 noms d’EIGLE à MARANDE.

Dos : 87 noms de MARCHAND Justin à WEIL, les noms de 1939-45 et la mention :

Monument aux morts

de la Guerre 1914-1918

Érigé par souscription publique le 22 octobre 1922

   Poil et pellicule.

cadet d'eau douce 1, 704 (2)  cadet d'eau douce 2, 704 (2)

Cadet d’eau douce (Steamboat Bill, Jr., Charles Reisner & Buster Keaton, E.-U., 1928)

Bon dimanche,

Philippe DIDION

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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