3 juillet 2016 – 715

DIMANCHE.

Réponses du Bergier à la Bergière. Concernant Jacques Bergier dont il était question dans le numéro du jour, la notulie m’apporte des éléments éclairants. D’abord en me faisant remarquer que le fait de présenter l’année de naissance de Bergier comme une certitude était un rien présomptueux. En fait sa date de naissance est très rarement évoquée, 1912 étant seulement mentionné dans un numéro de la revue La Tour Saint-Jacques en 1957 et dans les CV rédigés par Bergier lui-même, mais il n’y a pas trace de document officiel. Ensuite en m’apprenant que Jacques Bergier “participait en 1977-78 à une émission humoristico-culturelle que diffusait RTL, Les Incollables : il répondait aux questions auxquelles les autres ne pouvaient répondre. Ses connaissances étaient assez phénoménales. Quand la réponse était trouvée, il avait cette expression, avec son accent particulier : “Génial il est !” L’émission a disparu avec lui.” Ce qui fait de Bergier une sorte de prédécesseur de Jean Dutourd qui joua le même rôle, celui de l’érudit de service, à la radio au début des Grosses têtes. Enfin en signalant que Gurdjieff, nommé dans la notule en question, avait inspiré deux personnages à Patrick Modiano, présents dans Des inconnues et Un accident nocturne.

Lecture. Dans la ville en feu (The Black Box, Michael Connelly, 2012 pour l’édition originale, Calmann-Lévy, 2015 pour la traduction française, traduit de l’américain par Robert Pépin, rééd. LGF, coll. Le Livre de poche policier n° 34118, 2016; 480 p., 8,10 €).

Depuis le temps que Michael Connelly nous fait visiter les services de police de Los Angeles à la suite de son héros Harry Bosch, on sait comment il procède. Il n’utilise, pour sa cuisine, que trois ingrédients dont le dosage varie selon les épisodes : la famille, la hiérarchie, la procédure. Le volet familial est de loin le moins intéressant des trois : les démêlés de Bosch avec ses compagnes successives et ses relations avec sa fille donnent lieu à des pages ternes et on toucha même au ridicule lorsque Connelly imagina de faire de Bosch le demi-frère d’un autre de ses personnages fétiches, l’avocat Mickey Haller. Le volet hiérarchique est un peu plus consistant : Harry Bosch est un têtu, un solitaire qui ne jure que par la cause des victimes quand ses supérieurs sont obnubilés par la déontologie et les budgets à tenir. Les affrontements produisent des étincelles mais le procédé est répétitif. Bref on aurait depuis longtemps laissé tomber la série s’il n’y avait le troisième aspect qui fait oublier la faiblesse des deux autres : l’enquête, la recherche, la traque. On démarre, comme ici, sur une scène de crime qui livre de maigres indices. A partir de ceux-ci, Bosch va creuser, tirer des ficelles, faire appel à des connaissances et à son intuition, se tromper, revenir sur ses pas, se mettre en danger pour finalement triompher. C’est toujours passionnant, Connelly sachant utiliser ses souvenirs de journaliste, son savoir-faire de romancier et son imagination pour garder la fidélité d’un lectorat prompt à oublier les faiblesses évoquées ci-dessus.

La première main (Tristan Tzara, éd. P.A.B, 1952, rééd. in “Poésies complètes”, Flammarion, coll. Mille & une pages, 2011; 1760 p., 35 €).

LUNDI.

Courriel. Une demande de désabonnement aux notules.

MERCREDI.

Éphéméride.

« 301 King’s Road

Chelsea

29 juin 1892

Cher ami

Notre vieil ami Oscar [Wilde] vient d’avoir une grosse déception ! Ma dépêche vous avait appris l’événement dont tout le monde parlait ici : Sarah Bernhardt avait rencontré Wilde dans un dîner, il lui avait parlé de Salomé, il la lui avait lue le lendemain chez elle, et pendant cette lecture Sarah avait mangé six mouchoirs de poche, et elle avait mordu Oscar deux fois à la main et une fois au cou, en rugissant qu’elle jouerait la pièce.” (Pierre Louÿs/Henri de Régnier, Correspondance 1890-1913)

Lecture. Les Enfants de Dynmouth (The Children of Dynmouth, William Trevor, The Bodly Head, 1976 pour l’édition originale, Phébus, coll. Littérature étrangère, 2014 pour la traduction française, traduit de l’anglais par Marie-Odile Fortier-Masek ; 240 p., 20 €).

Phébus a déjà traduit une bonne dizaine de romans de William Trevor, un Irlandais exilé à Londres, datant des années 1990 et 2000. Je ne sais ce qu’ils valent mais celui-ci, nettement plus ancien, montre que sa production antérieure (son premier roman date de 1958) est digne d’intérêt. Il s’agit d’un roman de communauté, celle de la petite ville de Dynmouth, sur une côte anglaise. Une station balnéaire d’apparence paisible, avec ses hôtels, ses églises, ses usines, ses habitants distribués dans les différents quartiers selon leur rang social. Un décor d’Agatha Christie, mais sans Miss Marple ou Hercule Poirot : le personnage qui attire l’attention est un gamin qui passe son temps à courir la ville dans tous les sens pour épier ses habitants. A force d’épier, il connaît leur personnalité, les liens qu’ils ont entre eux. Il a même fini par apprendre quelques secrets cachés : l’homosexualité de l’un, les infidélités de l’autre, l’enfant caché de celle-ci, la vraie raison de la mort de celle-là. Le jour où il a besoin d’aide pour un projet personnel, le gamin va franchir les portes des maisons qu’il se contentait d’observer, s’adresser à leurs occupants qui vont l’envoyer bouler. Timothy Gedge, c’est son nom, va alors se servir des armes qu’il a emmagasinées depuis longtemps et sa présence va devenir une menace pour la population. La vie de la petite ville va changer, l’ambiance devenir pesante, malsaine. Pour le lecteur aussi, car William Trevor parvient à rendre sensible l’aura maléfique du gamin, son cynisme et sa perversité. Il n’y aura pas de crime, on n’est pas dans un polar, mais il n’y en a pas besoin pour que cette histoire se teinte d’une couleur noire et que chacun se pose la vraie question : que faire de celui par qui le scandale arrive ?

VENDREDI.

  Lecture. Le Chapeau magique (The Hat Trick, Margerie Allingham, nouvelle parue dans The Strand, 1938 pour l’édition originale, Mystère Magazine n° 27, 1963 pour la traduction française, rééd. in « La Maison des morts étranges et autres aventures d’Albert Campion », Omnibus, 2010; 1024 p., 26 €).

                                La Face intérieure (Tristan Tzara, éd. Pierre Seghers, 1953, rééd. in “Poésies complètes”, Flammarion, coll. Mille & une pages, 2011; 1760 p., 35 €).

Le cabinet de curiosités du notulographe. Offres d’emploi difficiles à saisir à Épinal (Vosges), photos de l’auteur, 19 décembre 2015.

715 (1)  715 (2)

SAMEDI.

Films vus pendant la semaine. Brazil (Terry Gilliam, R.-U., 1985)

Une famille à louer (Jean-Pierre Améris, France – Belgique, 2015)

Violence et Passion (Gruppo di famiglia in un interno, Luchino Visconti, Italie – France, 1974)

Imitation Game (The Imitation Game, Morten Tyldum, R.-U. – E.-U., 2014)

L’important c’est d’aimer (Andrzej Zulawski, France – Italie – R.F.A., 1975)

Connasse, princesse des cœurs (Éloïse Lang, Noémie Saglio, France-Belgique, 2015)

Lulu femme nue (Sólveig Anspach, France 2013)

L’Invent’Hair perd ses poils.

715 (3)  715 (4)

Glasgow (Écosse, R.-U.), photo de Benoît Howson, 7 août 2010 / Oban (Écosse, R.-U.), photo du même, 25 avril 2013

Poil et plume. “Le soldat n’avait jamais vu un tel salon de coiffure. Petit, coquet, il avait des étagères vitrées chargées de flacons de parfum, d’huiles et de crèmes, et des fauteuils pivotants rouges, avec un appuie-tête pour laver les cheveux.

Le barbier était un vrai professionnel. Maigre, petite taille, moustaches fines et cheveu rare, il avait appris le métier à Paris, et disait fièrement qu’en Europe couper les cheveux était un art plein de préambules. Il travaillait en blouse blanche, un peigne et le manche de ses ciseaux dépassant de la poche de poitrine. Il s’appliquait en conscience, indifférent aux douleurs du poignet ou aux cheveux qui lui sautaient au visage comme des crins acérés.” (Victor del Árbol, La Tristesse du samouraï)

Bon dimanche,

Philippe DIDION

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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