7 août 2016 – 718

N.B. Le prochain numéro des notules sera servi le dimanche 21 août 2016.
DIMANCHE.
                   Lecture. Le Chien des Baskerville (The Hound of the Baskervilles, Arthur Conan Doyle, Newnes, 1902 pour l’édition originale, in Les Aventures de Sherlock Holmes” vol. 2, nouvelle traduction d’Eric Wittersheim, édition bilingue, Omnibus 2005).
                                 La réputation de Sherlock Holmes s’est établie principalement à partir des nouvelles qui le mettent en scène mais je préfère le Conan Doyle des romans, celui du Monde perdu, des Aventures du Brigadier Gérard ou, pour en rester à Sherlock Holmes, celui d’Une étude en rouge, magistrale entrée en matière, et de ce célèbre Chien des Baskerville. Là où les nouvelles ne nous offrent qu’une astuce propre à révéler le talent de l’enquêteur, les romans déploient une intrigue fouillée, variée, qui trouve sa solution dans l’exploration du passé de ses protagonistes. Ici, pour une fois, le personnage de Watson est mis en avant puisque c’est lui qui mène l’enquête pendant la majeure partie du livre, avant bien sûr que le grand escogriffe de Baker Street ne vienne l’aider à s’y retrouver. Atout supplémentaire, le décor, la lande anglaise et ses mystères qui, comme dans Les Hauts de Hurle-Vent, joue un rôle prépondérant et inquiétant.
                                 A haute flamme (Tristan Tzara, Imprimerie Jacquet, 1955, rééd. in “Poésies complètes”, Flammarion, coll. Mille & une pages, 2011; 1760 p., 35 €).
LUNDI.
           Lecture. Schnock n° 13 (La Tengo, décembre 2014; 176 p., 14,50 €).
                         Jean-Paul Belmondo.
                         Où l’on apprend, entre autres, qu’en 1960, Michel Audiard avait acquis les droits du Voyage au bout de la nuit en vue d’une adaptation cinématographique. La mise en scène en aurait été confiée à Godard et Belmondo, qui partageait avec Audiard un goût prononcé pour Céline, en aurait été la vedette. Las, le projet a capoté : “C’est le seul film que je regrette de ne pas avoir fait”, déclarera Bébel. On le comprend.
                         Loin du paradis (This Side of Paradise, F. Scott Fitzgerald, Charles Scribner’s Sons, New York, 1920, traduit de l’américain par Marc Amfreville et Antoine Cazé in “Romans, nouvelles et récits I”,Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade n° 581, 2012; 1570 p., 70 €).
           Vie vacancière. Première journée pleinement satisfaisante des vacances. J’ai ressorti et fourbi le matériel de pêche, j’en ai racheté (“Le kit du débutant”, je connais mes limites), j’ai attaqué Bergounioux. Bref, ça commence à sentir la Creuse, et ça sent bon, même si le but du voyage (le hameau de Montalchier) laisse planer quelques doutes à ce sujet.
MARDI.
            Vie commerciale. J’achète chez l’opticien du produit pour l’entretien de mes lentilles. Il n’a pas le modèle grand format que je prends habituellement, je me rabats sur le un flacon de moindre contenance. L’homme de l’art me dit que c’est très pratique pour les vacances car c’est un modèle “avion” que l’on peut prendre avec soi en cabine. Je suis dans l’obligation de l’éclairer sur la fréquence des vols Épinal – Guéret.
            Vie radiophonique. Je commence à répertorier quelques dizaines (il y en a des milliers) de cassettes audio que j’ai remontées de la cave, tâche délicieuse pour un amateur de listes et catalogues. Il s’agit principalement d’archives radiophoniques que je proposerai aux amateurs de la liste ANPR en vue de numérisation, tâche que je ne peux accomplir faute de matériel et de compétence, et de mise à disposition du plus grand nombre. Si cela trouve preneur, je continuerai à remuer la poussière et à exhumer mes archives.
MERCREDI.
                  Éphéméride.                                                                                                                                                                                                                                       “Marseille, le 20 juillet 1890
Ma chère sœur,
Je vous écris ceci sous l’influence d’une violente douleur dans l’épaule droite, cela m’empêche presque d’écrire, comme vous voyez.
Tout cela provient d’une constitution devenue arthritique par suite de mauvais soins. Mais j’en ai assez de l’hôpital, où je suis aussi exposé à attraper tous les jours la variole, le typhus, et autres pestes qui y habitent. Je pars, le médecin m’ayant dit que je puis partir et qu’il est préférable que je ne reste point à l’hôpital.
Dans deux ou trois jours je sortirai donc et verrai à me traîner jusque chez vous comme je pourrai; car, sans ma jambe de bois, je ne puis marcher, et même avec les béquilles je ne puis pour le moment faire que quelques pas, pour ne point faire empirer l’état de mon épaule. Comme vous l’avez dit, je descendrai à la gare de Voncq. Pour l’habitation, je préférerais habiter en haut; donc inutile de m’écrire ici, je serai très prochainement en route.
Au revoir.” (Arthur Rimbaud, Correspondance)
VENDREDI.

                  Le cabinet de curiosités du notulographe. Politique nataliste à Paris (Seine), rue du Sommerard, photo de l’auteur, 7 novembre 2015.

718 (3)
SAMEDI.
              Films vus pendant la semaine. Drôles de zèbres (Guy Lux, France, 1977)
                                                                Les Profs 2 (Pierre-François Martin-Laval, France, 2015)
                                                                L’Américain (Marcel Bozzuffi, France, 1969)
                                                                Comme un avion (Bruno Podalydès, France, 2015)
                                                                Black mic mac (Thomas Gilou, France, 1986).
             Vie en Creuse. J’ai vu, avant de partir, Comme un avion, film très bobo dans lequel j’ai été sensible au personnage incarné par Sandrine Kiberlain qui accepte sans sourciller les lubies de son drôle d’époux. Cela n’a pas été sans me rappeler ma situation personnelle ni sans me donner l’occasion, une fois de plus, de m’émerveiller devant la bienveillance avec laquelle les miennes (je parle de mes lubies) sont acceptées par les miennes (je parle des membres de ma famille). Celles-là entre autres, amènent souvent celles-ci à accomplir en ma morne compagnie de longs trajets plus ou moins barbants – laissons de côté ceux qui concernent les monuments aux morts et les salons de coiffure déjà aptes, à eux seuls, à réduire à néant la cote Argus de n’importe quel véhicule – sur les traces d’olibrius coupables d’être nés ou morts à tel endroit, d’avoir vécu dans telle masure ou de s’être assis dans tel café. Combien de kilomètres parcourus pour retrouver l’ombre de Flaubert, de Proust, de Michon, de Fallet, de Perec, de Gengenbach ou des frères Baillard, et je ne parle que de gens connus. Aujourd’hui, c’est encore mieux. Chaque année, depuis que nous séjournons en Creuse, j’apprends par La Montagne – un mien ami moquait l’autre jour ma manie de toujours acheter la presse locale de quelque endroit où je séjourne mais il y a toujours de quoi se nourrir dans la presse locale : un œil avisé saura toujours dénicher dans les titres, photos, légendes, publicités, avis de décès, nécrologies, compositions d’équipes sportives, listes de médaillés qui en constituent l’essentiel, ici une contrepèterie involontaire, là un toponyme, patronyme ou aptonyme, ailleurs une coquille qui en font le sel et sont aptes à meubler un cabinet de curiosités – j’apprends chaque année par La Montagne, disais-je, que Pierre Bergounioux est venu dans telle librairie d’Ussel (Corrèze) à la rencontre de ses lecteurs et que je l’ai raté. Bien sûr, c’est à chaque fois prétexte à un pèlerinage dans la librairie en question histoire de voir où l’on aurait dû être la veille où la semaine précédente mais cette année, j’ai pris les devants : j’ai téléphoné à la librairie, appris la date de la visite et prévu la mienne. Aussi, à peine notre point de chute creusois est-il atteint que ma fantaisie oblige tout le monde à s’appuyer une heure et demie de route supplémentaire pour gagner Ussel. Bergou est là, belle tête, belle chemise, maigreur impressionnante. Il discute avec un type qui doit être un de ses compatriotes et ce n’est plus le Bergou torturé, inquiet, que l’on connaît par ses livres : il se lève souvent de sa chaise, parle avec les mains, sourit, plaisante, pousse un juron. L’austère se marre, et pas qu’un peu. Je patiente, en compagnie du libraire, qui m’apprend qu’il est messin et à qui j’expose les raisons de ma présence incongrue en ces lieux si éloignés de nos terres communes. Mais c’est à moi, je m’avance, fais face au grand homme, bredouille quelques mots au sujet des courriers postaux et électroniques que nous avons échangés et Bergounioux a la gentillesse de faire comme s’il s’en souvenait. Lucie assure le reportage photographique. Nous parlons, enfin surtout lui, du passage de son père à Épinal en 1940 (caserne Haxo), de la Lorraine où il n’a jamais mis les pieds, et il inscrit un mot aimable sur mon exemplaire de Carnets de notes. “Prenez soin de vous”, lui dis-je avant de prendre congé, car cet homme m’est précieux. Nous investissons la terrasse voisine histoire de raffermir mes jambes soudain cotonneuses et regagnons le chalet à temps pour une séance de pêche fructueuse, ce qui ne pouvait être autrement en cette journée favorisée par les astres.
             L’Invent’Hair perd ses poils.
718 (4)
Glasgow (Écosse, R.-U.), photo de Benoît Howson, 6 août 2010
             Poil et plume. La coiffure est inutile pour les personnes endurcies.
   Il faudrait aussi supprimer la coiffure; au moins les enfants ne devraient pas en porter, et les adultes devraient aussi s’habituer peu à peu dans la saison chaude à rester tête nue. La calvitie, si fréquente chez les hommes, vient dans la plupart des cas de ce qu’ils se couvrent toujours la tête, parce que cela empêche la transpiration du cuir chevelu. Quand la transpiration est arrêtée, la racine des cheveux finit par tomber malade et la chute des cheveux en est la conséquence. Les chapeaux des femmes n’empêchent pas la transpiration de la tête et ne gênent pas l’arrivée de l’air comme les chapeaux et les casquettes des hommes. Aussi la calvitie est-elle beaucoup plus rare chez les femmes que chez les hommes. Tous les hommes devraient porter la tête entièrement nue, au moins au printemps, en été et en automne, afin qu’elle puisse transpirer comme il faut, et être baignée par l’air et la lumière. Alors le nombre des chauves diminuerait bientôt avec le temps.” (Bilz, L’État social de l’avenir : Nouvelle théorie du monde)
DIMANCHE.
                    Vie en Creuse. Marché de Jarnages le matin, puis promenade pédestre autour de Clugnat sous un chaud soleil, jusqu’à un captage d’eau, lieu-dit Domerange, on se croirait en Moselle. Nous explorons la bourgade, que nous n’avions pas encore visitée : plan d’eau, baignade interdite, pêche à la journée, des bancs autour mais vides, l’eau est peu engageante; commerces fermés, maisons à vendre, sentiment d’écroulement du monde dans lequel nous avons grandi; coiffeur insignifiant; école monumentale, comme souvent ici sans rapport avec la taille de l’agglomération, preuve de l’attachement de ces terres à l’idéal républicain; petit musée archéologique ouvert le samedi après-midi; magnifique monument aux morts doré, avec un coq et deux Poilus entremêlés; sur la route une pancarte indiquant “Les Poux”, je reviendrai la photographier. Retour au chalet, nous dérangeons le héron cendré qui a élu domicile autour de l’étang, ainsi qu’un couple de bihoreaux gris.
LUNDI.
           Lecture. L’Attrape-cœurs (The Catcher in the Rye, J.D. Salinger, Little, Brown & Cie, New York, 1945 pour l’édition originale, Pocket n° 4230, 1986 pour cette édition française, traduit de l’américain par Annie Saumont; 256 p., s.p.m.).
                         Le copyright indiqué sur ce volume pose problème : il donne 1945 alors que le narrateur, dans le texte, dit que son frère est mort en 1946. J’ai lu quelque part, avant de partir, que le livre avait été publié en 1951, ce qui me semble plus conforme à la réalité. Je tirerai cela au clair quand je serai de retour et en possession d’autres outils que ceux, avant tout du genre halieutique, que j’ai ici à ma disposition. Cela n’empêche pas qu’il s’agit d’un excellent livre, très proche mais plus réussi que Loin du paradis de Fitzgerald. La traduction d’Annie Saumont est enlevée, drôle, réussie. Là aussi, il faudra attendre avant de la comparer avec celle, plus ancienne, de Sébastien Japrisot. C’est d’ailleurs un autre sujet d’étonnement que de voir Salinger bénéficier d’une traduction actualisée alors que la dernière édition du Vieil homme et la mer de Hemingway, procurée par Gallimard en juin dernier, utilise toujours celle de Jean Dutourd.
          Vie en Creuse. Courses au supermarché le matin puis baignade au plan d’eau de Chénérailles, quasiment désert malgré le beau temps. Retour au chalet, vu une couleuvre d’eau nager tranquillement, tête en l’air, pour gagner les roseaux de la rive.
MARDI.
            Vie en Creuse. Courses à Guéret le matin. La rue piétonne, vitrines borgnes en enfilade, est désolante. J’achète la presse place Bonnyaud, là où un jeune s’est fait dessouder la semaine dernière. Il y a quelques livres – je repère un recueil de lettres de Michaux – alors qu’il n’y en avait pas l’an passé. Et pour cause, je confonds avec l’autre dépôt de presse qui se trouve sur une place voisine. Promenade pédestre jusqu’au hameau de Rougnat, commune d’Ajain. J’ai oublié ma casquette, je ruisselle. Retour au chalet, vu les carpes, énormes, à fleur d’eau. Elles sont tranquilles, savent qu’elles ne risquent rien tant que c’est moi qui suis au bout de la canne.
            Lecture. Abbés (Pierre Michon, Verdier, 2002; 80 p., 8 €).
MERCREDI.
                  Vie en Creuse. Je profite de ce que mes trois Grâces sont parties en courses pour me mettre au travail et tracer les grandes lignes de mon intervention à venir au colloque des Invalides.
                  Éphéméride.                                                                                                                                                                                                                                         “Saint-Geoire, 27 juillet 1997
Cher Monsieur Dufour,
Puisque vous êtes auprès de Madame Rimbaud mère, je vous serai reconnaissant d’être mon interprète auprès d’elle et de vouloir bien lui dire que j’ai toujours eu pour son fils si intelligent et si bon malgré que cette dernière qualité fut dissimulée par une certaine amertume, la plus grande estime.
Ma femme est en effet très malade. Je l’ai ramenée mourante d’Aden et c’est un miracle qu’elle ait pu arriver jusqu’en France. Elle va mieux mais est dans un état de faiblesse encore très grand à la suite de quarante jours d’immobilité au lit. Elle commence à se lever pendant quelques heures chaque jour.
Merci de vos bonnes paroles à mon sujet. Je les lui ai communiquées et elle me charge d’offrir mes remerciements et compliments à Madame Rimbaud et à Madame Dufour.
Toujours tout à votre disposition, je vous prie de me croire votre dévoué
Alfred Bardey” (Arthur Rimbaud, Correspondance posthume, 1891-1900)
JEUDI.
          Vie en Creuse. Aux livres à Aubusson, où c’est jour de déballage. J’en rapporte du neuf (Gary-Seberg, Michaux) et du moins neuf (Alexandre Breffort, Daniel-Rops).
VENDREDI.
                  Presse. “Attentat : le deuxième homme est né à Saint-Dié” (Vosges Matin d’hier); “Le terroriste a vécu à Montluçon” (La Montagne du jour) : c’est comme si la presse régionale essayait de s’approprier un pan de la couverture funèbre des derniers événements. On suppose que, de son côté, Ouest-France a titré que l’homme avait jadis passé des vacances à Quiberon.

                  Le cabinet de curiosités du notulographe. Amplitude horaire à Dieulefit (Drôme), photo d’Antoine Fetet, 16 juillet 2014.

718 (6)
SAMEDI.
              Vie en Creuse. Promenade pédestre autour de Jalesches, dont les habitants sont bien sûr les Jaleschiais. Nous poussons ensuite en auto jusqu’aux Pierres Jaumâtres, lieu sandien.
              L’Invent’Hair perd ses poils.
718 (8)
Partick (Écosse, R.-U.), photo de Benoît Howson, 7 août 2010
             Poil et plume. “… il est des coins perdus, vraiment perdus, où, hormis une boulangerie vendant du mauvais pain et où s’enroulent encore autour de petits bonbons de couleur des rubans de réglisse, il semble qu’il n’y ait rien d’autre, le mystère le plus complet étant celui de ces salons de coiffure aux noms improbables (Tendancy, Salon Christelle, Salon Anthinea, Haircoif, Hair-Style, Absolu Tif et j’en passe – ce dernier à Montceau-les-Mines) que l’on trouve un peu partout et jusque dans les rues les plus vides des petites villes les plus éteintes, servant vaguement de café du commerce aux femmes de tous âges et surtout aux plus vieilles, qui en ressortent invariablement avec ces friselis argentés qui semblent être dans le peuple, passé un certain âge, l’accompagnement obligé d’une blouse ou d’une robe à motifs imprimés…” (Jean-Christophe Bailly, Le Dépaysement : Voyages en France)
DIMANCHE.
Vie en Creuse. Aux livres à Châtelus-Malvaleix, où c’est jour de déballage. J’en rapporte le Clochemerle de Gabriel Chevalier avec la couverture de Siné – c’est dans cette édition que je l’ai lu en 1986 mais j’avais dû l’emprunter car je ne l’ai jamais revue dans mes étagères -, une version des Choses (collection J’ai lu) que je n’ai peut-être pas at home, des bandes dessinées pour ma salle de classe. Ensuite, promenade pédestre autour de Domeyrot et extension des collections photographiques (monuments aux morts, publicités peintes pour Le Petit Journal, chiens méchants, gares désaffectées, baignoires champêtres).
                   Presse. “Saint-Oradoux-de-Chirouze. Il a pêché une carpe de 17 kilos !” (La Montagne du jour, avec photo attenante). Certains organes de presse ont décidé, il y a peu, de ne plus publier les portraits des terroristes. Dans un domaine plus futile puisqu’il a trait avant tout à mon amour-propre, j’aimerais que les journaux locaux cessent de faire paraître ces photos de pêcheurs goguenards ployant sous le faix d’improbables ichtyosaures.
MARDI.
            Erratum. Ne pas tenir compte de la notule qui précède. Je viens d’attraper, et c’est la première fois, une grosse carpe. J’appelle de ce pas le correspondant local de La Montagne.
            Vie en Creuse. Aux livres à Montluçon où Lucie et moi razzions une boutique de seconde main. Nous en rapportons des Agatha Christie, du Jacques Perret, Pierre Louÿs, Toulet, Fitzgerald, Dos Passos, ainsi qu’une poignée de DVD.
            Lecture. Suite française (Irène Némirovsky, Denoël, 2004, rééd. Gallimard, coll. Folio n° 4346, 2006; 578 p., 9,70 €).                    
MERCREDI.
                  Vie en Creuse. Visite de l’exposition Alfred Smith au musée de Guéret. Un peintre bordelais, passé par Paris puis installé dans la vallée de la Creuse comme pas mal de ses confrères. Un beau portrait de femme, déjà vu l’an passé car faisant partie des collections permanentes du musée, et des paysages qui laissent apparaître un talent équivalent à celui de Louis Français. Dans le parc, des jeunes gens chassent le Pokémon. Chaleur dans l’après-midi, baignade au plan d’eau de Châtelus-Malvaleix.
                   Lecture. Esthétique du machinisme agricole (Pierre Bergounioux, Le Cadran ligné, 2016; 48 p., 13 €).
                  Éphéméride.                                                                                                                                                                                                                                        “Francfort, 3 août [1912]
Cher ami,
J’ai été très impressionné par mon voyage dans le pays de Rimbaud, et j’ai ajouté quelques propos à mon article. Berrichon et moi le destinons toujours à la N.R.F., si vos arrangements avec Suarès ne s’y opposent pas ? J’ai écrit hier à ce dernier. – Je doute que les inédits de Rimbaud puissent faire la matière d’un volume. Deux lettres seules sont d’un réel intérêt littéraire. 
Je vous serre la main.
P. Claudel“ (Paul Claudel à André Gide, in Arthur Rimbaud, Correspondance posthume, 1912-1920)
JEUDI.
          Vie en Creuse. À La Celle-sous-Gouzon pour une petite exposition Boris Vian qui devrait être ouverte mais ne l’est pas. Je déniche l’endroit qu’elle abrite, une dépendance de ferme, tire un volet vermoulu et prend des photos par une fenêtre dépourvue de carreau. Dans le village, je vois pour la première fois, autour du monument aux morts, des ogives d’obus peintes en bleu blanc rouge. Après un détour par Parsac pour voir la gare, nous poussons jusqu’au supermarché de Gouzon où nous savons pouvoir faire le plein de Heinz Baked Beans en prévision de l’hiver.
VENDREDI.
                  Vie en Creuse. À Felletin pour le marché où l’on trouve un marchand de matelas fabriqués à Ban-de-Laveline (Vosges). Achat de denrées et, dans une boutique associative, de livres et d’une photo du personnel enseignant en exercice au lycée de Guéret lors de l’année scolaire 1932-1933. Pique-nique à Saint-Frion où nous avons passé plusieurs étés au début de ce siècle et où le soleil finit par nous rejoindre. À Aubusson, Lucie et moi visitons la Cité internationale de la tapisserie récemment inaugurée par François Hollande et nous rentrons après avoir fait nos adieux à la librairie locale histoire d’alourdir encore nos bagages.

                  Le cabinet de curiosités du notulographe. Obscénité politique à Chaumont (Haute-Marne), photo de J.-F. Fournié, 11 novembre 2015.

718 (9)
SAMEDI.
             Film vu pendant la semaine. Marguerite (Xavier Giannnoli, France – République tchèque – Belgique, 2015).
             Vie en Creuse (fin). De Jaligny-sur-Besbre (Allier), René Fallet écrivait quand il lui fallait en partir : “On m’en arrache comme une dent”. Aujourd’hui, pour moi, le siège de l’auto s’apparente au fauteuil du dentiste. Mais ce n’est qu’une dent de lait, elle repoussera quand je reviendrai à Guéret en septembre.
             L’Invent’Hair perd ses poils.
718 (7)  718 (10)
Lure (Haute-Saône), photo d’Hervé Jeanney, 3 août 2010 / Arbois (Jura), photo d’Hervé Bertin, 21 mars 2011
             Poil à vendre.
718
Puces de Villeurbanne (Rhône)
Bon dimanche,
Philippe DIDION
                                                                                                                                                                                                                                                                                                          
  
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