21 août 2016 – 719

N.B. Le prochain numéro des notules sera servi le dimanche 4 septembre 2016.

DIMANCHE.

Lecture. Mariage en douce : Gary & Seberg (Ariane Chemin, Équateurs, 2016; 160 p., 15 €).

Du mariage de Romain Gary avec Jean Seberg dans un village corse en 1963, on sait très peu de choses. Et pour cause : Gary tenait au secret et avait, par ses relations, les moyens de l’imposer. Pour Le Monde, Ariane Chemin mena une enquête pour en savoir plus, enquête qu’elle développe ici. Le chat est maigre : elle a identifié les témoins, retrouvé et interrogé le maître-d’œuvre de la cérémonie, aujourd’hui nonagénaire. Comme cela ne fait pas un volume, elle meuble en se livrant à un survol biographique des deux époux, qui n’ajoute rien à ce que l’on sait déjà. Le livre est léger, faible, entaché de maladresses. Je me suis demandé en le lisant ce qui avait conduit les critiques du Masque et la Plume à le porter au pinacle avant d’avoir cette pensée sans doute coupable : Ariane Chemin est leur consœur.

Vie radiophonique. “Je n’ai jamais bu une goutte d’alcool de ma vie” (Nicolas Sarkozy hier sur RTL). Ça ne l’empêche pas d’être aussi pénible que Renaud.

MARDI.

Lecture. Donc c’est non (Henri Michaux, Gallimard, 2016; 208 p., 19,50 €).

Lettres réunies, présentées et annotées par Jean-Luc Outers.

Pierre Bergounioux, que je lis en parallèle, dit toujours oui. Sollicité sans cesse pour une émission de radio, un film, un entretien, une séance photo, une intervention, un colloque, une préface, un article, il accepte et se plie à toute demande – ou alors il tait celles qu’il décline. Ce qui l’amène à jouer serré avec son emploi du temps, à courir continuellement aux quatre coins de Paris, de la France, à Bruxelles, à Zurich, ailleurs, et à voir sa thébaïde corrézienne des Bordes envahie chaque été par des gens porteurs de micros et caméras. Comme il ne se sent pas responsable d’une œuvre à faire, il estime que c’est là son rôle, même si les récriminations sont nombreuses sur le fait de n’avoir pas un moment à lui et la fatigue occasionnée par cette existence : “Encore des rendez-vous, des demandes d’articles, d’entretiens. J’y passe ma vie. je ne m’appartiens plus.” Henri Michaux, lui, avait résolu le problème d’une autre façon en répondant ou faisant répondre non à toute sollicitation : pas d’interview, pas de photo, pas de réédition, pas de Pléiade (cela se fera après sa mort), pas de reprise de ses textes sous quelque forme que ce soit (revue, théâtre,  chanson…). Jean-Luc Outers rassemble ici toutes ses lettres de refus, toujours courtoises mais fermes. Cela n’ a pas empêché l’œuvre de Michaux, cultivée à l’ombre, éditée le plus souvent de façon confidentielle, d’avoir aujourd’hui le rayonnement qu’on lui connaît. L’histoire dira quel sort sera réservé à celle de Bergounioux.

Vie des livres. Je range les acquisitions de Creuse, constate la présence d’un seul doublon, Mon amie Nane. J’avais oublié que je possédais un volume des œuvres complètes de Paul-Jean Toulet. Nane ira rejoindre les livres sortis des rayonnages en cette période estivale propice au rangement, et promis à quelque boîte à livres ou bibliothèque de campagne. Mais il est temps d’accompagner Lucie à Nancy où je m’échappe pour une nouvelle récolte : du neuf (Lacretelle, NRf, Satie) et de l’ancien (Ajar – doublon –, J.-V. Daubié, édition inconnue de La Vie mode d’emploi et un volume prometteur de Pierre Dufoyer, le bien nommé, intitulé La Vie conjugale au fil des jours édité par L’Action familiale de Bruxelles en 1951.

MERCREDI.

Éphéméride. “Lundi, 10 août [1936]

Cinquième jour de pluie. On est en plein novembre. Aucun signe d’amélioration, nulle part. J’ai l’impression que c’est fini, que je ne verrai plus un ciel serein, ici, à Ghilcoș.

J’en suis à la scène finale, celle à propos de laquelle, la nuit de mars où j’ai esquissé pour la première fois le schéma de ma pièce, je notais : “La grande scène, difficile à écrire.” Je m’en approche craintivement. Qu’est-ce que ça va donner ? Si je la finis aujourd’hui ou demain, je m’accorderai une journée de répit avant de passer au troisième acte.

Serait-il possible que je rentre à Bucarest avec toute ma pièce achevée ?

Les pages écrites hier me déplaisent assez. Mais je ne veux pas que ce soit une entrave en ce moment. J’essayerai de les revoir à la fin. Pour l’instant, je les trouve exagérées. La transition est trop brusque, les effets trop marqués.” (Mihail Sebastian, Journal 1935-1944)

VENDREDI.

Football. SA Spinalien – Les Herbiers 1 – 1.

Le cabinet de curiosités du notulographe. Hommage de la Creuse à Claude Chabrol, qui y vécut enfant.

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Châtelus-Malvaleix (Creuse), photo de l’auteur, 27 juillet 2015

SAMEDI.

Lecture. Missing : New York (Don Winslow, Alfred A. Knopf, 2014 pour l’édition originale, Le Seuil, coll. Policiers, 2015 pour la traduction française, traduit de l’américain par Philippe Loubat-Delranc; 320 p., 21,50 €).

Je n’ai jamais été totalement convaincu par les polars de Don Winslow et j’ai bien cru que celui-ci allait enfin m’ôter toute réticence à son égard. Il y met en scène un policier du Nebraska qui abandonne son métier et sa famille pour se mettre en quête d’une fillette disparue. Pendant des mois, il cherche, il traque, et le côté obsessionnel de sa mission remet en mémoire le chef-d’œuvre qu’est Mortelle randonnée de Marc Behm. Plutôt que de fouiller ce côté psychologique, Don Winslow, malheureusement, donne ensuite la part belle à l’action dans un final accéléré beaucoup plus convenu. N’empêche qu’il s’agit du meilleur livre de cet auteur et qu’on s’intéressera peut-être aux autres aventures de Frank Decker, son héros.

Films vus pendant la semaine. Le Bonheur de Pierre (Robert Ménard, Canada – France, 2009)

Valley of Love (Guillaume Nicloux, France – Belgique, 2015)

Charlie et ses deux nénettes (Joël Séria, France, 1973)

Microbe et Gasoil (Michel Gondry, France, 2015)

L’Infidèle (The Unfaithful, Vincent Sherman, E.-U., 1947).

              Invent’Hair, bilan d’étape. Bilan établi au stade de 3100 salons, atteint le 16 mai 2016.

Bilan géographique.    

Classement général par pays.

  1. France : 2668 (+ 73)
  2. Espagne : 147 (+ 19)
  3. Royaume-Uni : 52 (+ 3)
  4. États-Unis : 29 (=)
  5. Belgique : 23 (=)
  6. Italie : 21 (+ 3)
  7. Portugal : 20 (=)
  8. Canada : 18 (+ 1)
  9. Suisse : 17 (=)
  10. Maroc : 15 (=)

L’Italie poursuit sa progression et dépasse le Portugal. Pas de nouveau pays à signaler, il y en a toujours 33 dans le chantier.

Classement général par régions (France).

  1. Rhône-Alpes : 523 (+ 4)
  2. Île-de-France : 394 (+ 26)
  3. Languedoc-Roussillon : 244 (+ 12)
  4. Lorraine : 217 (+ 12)
  5. Provence-Alpes-Côte-d’Azur : 188 (+ 5)
  6. Midi-Pyrénées : 170 (+ 1)
  7. Bourgogne : 109 (=)
  8. Pays de la Loire : 100 (+ 1)
  9. Bretagne : 99 (+ 1)
  10. Centre : 82 (=)

Aucun changement dans les 10 premiers.

Classement général par départements (France).

  1. Seine (Paris) : 315 (+ 24)
  2. Rhône : 274 (+ 2)
  3. Vosges : 136 (+ 4)
  4. Loire : 78 (=)
  5. Loire-Atlantique : 78 (+ 1)
  6. Pyrénées-Orientales : 77 (=)
  7. Alpes-Maritimes : 70 (=)
  8. Saône-et-Loire : 68 (=)
  9. Meurthe-et-Moselle : 64 (+ 8)
  10. Hérault : 60 (+ 3)

L’Hérault est dépassé par la Meurthe-et-Moselle et se trouve désormais sous la menace du Gard (11e) qui gagne 9 salons dans cette centaine. Mais l’événement vient de l’Eure qui était le dernier département chauve et dont l’arrivée dans le classement, avec deux salons enregistrés, signifie la couverture capillaire complète du territoire métropolitain.

Classement général par communes.

  1. Paris : 315 (+ 24)
  2. Lyon : 131 (+ 2)
  3. Barcelone : 53 (=)
  4. Nantes : 51 (=)
  5. Nancy : 37 (+ 7)
  6. Épinal 35 (+ 1)
  7. Nice : 33 (=)
  8. Villeurbanne 24 (=)
  9. Perpignan : 18 (=)
  10. Roanne : 17 (=)

“.  Strasbourg : 17 (=)

On se tire la bourre en Lorraine où Nancy passe devant Épinal. Plus loin, belle progression de Nîmes (+ 8) qui monte de la 233e à la 22e place. Le Havre ajoute 5 salons qui font passer la ville de la 100e à la 24e position. Marrakech fait son entrée, avec 6 salons, directement à la 78e place – sur 1218 communes tout de même. Parmi les nouveautés, citons Ottawa, Palerme et deux villes espagnoles qui font également une belle entrée avec 7 salons chacune, Lanjarón et Malaga.

Bilan humain. 

  1. Marc-Gabriel Malfant : 1170 (+ 3)
  2. Philippe Didion : 296 (+ 13)
  3. Pierre Cohen-Hadria : 215 (+ 3)
  4. François Golfier : 132 (+ 1)
  5. Jean-Christophe Soum-Fontez : 114 (+ 4)
  6. Hervé Bertin : 105 (+ 23)
  7. Sylvie Mura : 68 (+ 3)
  8. Benoît Howson : 65 (=)
  9. Christophe Hubert 60 (+ 2)
  10. Jean-Damien Poncet 57 (+ 30)

Sylvie Mura poursuit sa progression et gagne encore une place. Jean-Damien Poncet, qui n’est entré dans le classement que lors du précédent bilan, est déjà dans le top 10 aux dépens de Bernard Cattin (55 salons, + 3).

Étude de cas. Des salons en or.

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Mortagne-au-Perche (Orne), photo de Christophe Hubert, 6 août 2012 / Replonges (Ain), photo de Marc-Gabriel Malfant, 5 octobre 2013

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Épinal (Vosges), photo de l’auteur, 7 octobre 2012 / Nancy (Meurthe-et-Moselle), photo de François Golfier, 13 septembre 2014

L’Invent’Hair perd ses poils.

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Fort William (Écosse, R.-U.), photos de Benoît Howson, 29 juillet 2010

              Poil et plume. “La Clotte avait des rancunes plus grandes peut-être que celles du terrible défiguré qui était là devant elle, et dont le visage avait été si atrocement déchiré par les Bleus.

– Ils vous ont bien fait du mal, lui dit-elle; mais moi, qui les bravais, eux et leur guillotine, et qui n’ai jamais voulu porter leur livrée tricolore, faites état qu’ils ne m’ont pas épargnée ! Ils m’ont prise à quatre, un jour de décade, et ils m’ont tousée sur la place du marché, à Blanchelande, avec les ciseaux d’un garçon d’écurie qui venait de couper le poil à ses juments.

Et cet outrage rappelé creusa la voix de la vieille, et donna à ses yeux pers l’expression d’une indéfinissable cruauté.

– Oui, reprit-elle, ils se mirent à quatre pour faire ce coup de lâches ! et, quoique je n’eusse déjà plus l’usage de mes jambes, ils furent obligés de me lier, avec la corde d’un licou, au poteau où l’on attache les chevaux pour les ferrer. J’avais bien aimé et choyé mon corps, mais la maladie et l’âge l’avaient brisé. Qu’étaient, pour moi, quelques poignées de cheveux gris de plus ou de moins ? Je les vis tomber, l’œil sec et sans mot dire; mais je n’ai jamais oublié le son clair et le froid des ciseaux contre mes oreilles, et cela, que j’entends et je sens toujours, m’empêcherait, même à l’article de la mort, de pardonner.” (Jules Barbey d’Aurevilly, L’Ensorcelée)

DIMANCHE.

Extrait de mon journal de bord. “Dimanche 14 août 2016, Tignes (Savoie), 18 h 21. Sommes arrivés hier à l’appartement que les M. mettent aimablement à notre disposition, après une route longuette, ralentissements à Pontarlier et Annecy. Il est aussi difficile de se garer ici que dans une rue de Paris mais Caroline y est parvenue. Monté les valoches en deux voyages, croisé un voisin presque aimable. L’appartement est vaste, tout de chêne meublé et de pin lambrissé, doit valoir une fortune en ces lieux avec ses baies et balcons donnant sur des montagnes que les filles voient pour la première fois et avec ravissement. Pour ma part, je ne reconnais rien, je menais lorsque je suis venu ici en 1996 une vie peu propice à l’impression durable des souvenirs. Monté au lit tôt pour entamer Shakespeare en vue de Bussang. Nuit hachée, le lit est creusé au milieu, mais au final satisfaisante. Levé après 7 heures, réussi à me faire un café avec l’appareil sophistiqué qui tient lieu de cafetière. Déjeuné solo et travaillé à l’archivage hebdomadaire sur l’ordinateur. Remis mes lentilles, mon œil semble réparé, l’inflammation estompée. Lu les hebdomadaires puis me suis consacré à Laclos et à Shakespeare en attendant que tout le monde soit prêt. Le ciel est bleu mais l’altitude empêche la température de dépasser de beaucoup les 20°, ce qui sera appréciable avec les fortes chaleurs annoncées pour les prochains jours. A pied jusqu’au lac de Tignes qui semble être l’épicentre de ces lieux. Jour de marché, de foire aux vins. On m’interdit de me livrer à toute comparaison avec la Creuse et je m’y tiens, y compris dans ce cahier. La population, qui rappelle celle que l’on croisait à Mandelieu (chiens compris, sportifs en plus), m’exaspère déjà. Des remontées mécaniques (?) fonctionnent, embarquant des êtres caparaçonnés comme des Goldorak et les bicycles à gros pneus profondément crantés sur lesquels ils vont ensuite dévaler les pentes. La palme du crétinisme alpin à ceux qui ont fixé sur leur casque une petite caméra avec laquelle ils filment leurs exploits pour les faire partager – Lucie m’explique – à plus crétins qu’eux sur des trucs comme YouTube. Trouvé une maison de la presse, acheté les journaux, des cartes postales, empoché des gains – la victoire du FC Metz hier soir m’a fait du bien. Fait un tour des immeubles et commerces, trouvé du pain et un poulet rôti. Retour ici peu après midi. Croûté melon (excellent) – poulet (excellent), lu L’Équipe et monté siester une petite heure. Partis à pied vers 15 h 30 pour faire le tour du lac, ce qui est impossible : c’est du sentier qui court sur l’autre rive que seront tirés ce soir les feux d’artifice. Fait donc un demi-tour du lac, vu des truites, des colverts endormis, poussé jusqu’au Val-Claret (nous sommes ici au Jalachet). Partout des terrasses, cafés et restaurants, et des magasins d’articles de sport, des supérettes (Sherpa), peu de salons de coiffure, tous insignifiants. Autour du lac, du bruit, du monde, du mouvement. Ici, tout le monde court, trottine, galope, pédale, pagaie, dribble, danse, saute, bondit, rebondit. Partout est combattue avec acharnement l’inaction suspecte au moyen de force animations et installations. Il semble être interdit de ne rien faire, ce qui interloque mon naturel contemplatif. Nulle part ailleurs je n’ai trouvé meilleure illustration de la phrase de Pascal selon laquelle tout le malheur de l’homme vient de ce qu’il ne sait s’occuper entre les quatre murs de sa chambre. Rentrés heureux et las il y a une heure, après cette escapade d’une dizaine de kilomètres qui aura valu à Alice une belle ampoule.”

LUNDI.

Lecture. Le Songe d’une nuit d’été (A Midsummer’s Night Dream, William Shakespeare, 1600, Gallimard, coll. Folio théâtre n° 81, 2003, traduit de l’anglais par Jean-Michel Déprats; 370 p., 5,80 €).

Vie littéraire. J’apprends avec stupeur en consultant le programme radio que France Inter rediffuse ce soir la Radioscopie dans laquelle Jacques Chancel recevait Ernest Gengenbach. Des années que je cherche en vain cette émission au sujet de laquelle j’ai écrit dans tous les azimuts sans jamais recevoir de réponse. J’en connais le contenu, retranscrit par Gengenbach lui-même, mais ne l’ai jamais entendue et voilà qu’au bout de tout ce temps passé en agitation et démarches stériles elle m’est offerte sur un plateau. En marge du texte, Albert Ronsin, qui avait recueilli les archives de Gengenbach pour la bibliothèque de Saint-Dié, se demandait même s’il ne s’agissait pas d’un faux, un entretien virtuel imaginé par l’auteur. Mais la réalité de l’échange est prouvée par l’existence, dans la correspondance, d’une lettre d’auditrice qui dit combien elle a apprécié les propos de l’Ernest. Lequel lui répond, ce qui donne lieu à un échange sur la spiritualité qui court sur plusieurs lettres jusqu’à ce que l’incorrigible Gengenbach, dans une lettre ou à l’occasion d’une visite à la dame, je ne sais plus, lui propose tout simplement la botte.

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Fonds Gengenbach, bibliothèque de Saint-Dié-des-Vosges (Vosges), photo de l’auteur, 5 mars 2013

Vie alpine. Nous jouons à Tartarin sur les Alpes, travaillons le galbe de nos mollets sur des sentiers escarpés jusqu’au col de Fresse avant de redescendre au Val-Claret et de parcourir la rive du lac inaccessible hier. Vu un troupeau de moutons, beaucoup de marcheurs bien sûr, fort courtois. Les cyclistes ont leurs pistes à part, Dieu merci. Vu pour la première fois des niverolles, ou pinsons des neiges – ils ne descendent pas en dessous de 2000 mètres – que je n’identifierai qu’au retour en consultant le Peterson. Entendu aussi des cris de rapaces, qui restent invisibles sur le fond sombre des parois rocheuses.

MARDI.

Vie des morts alpins. Une question me taraude depuis notre arrivée : qu’est-il advenu du monument aux morts de Tignes ? Celui du village originel, j’entends, qui a été englouti pour la construction du barrage dans les années 50. L’a-t-on laissé sous les eaux, l’a-t-on démonté pour le dresser plus haut dans une des parties de la nouvelle commune ? Ce matin, je suis allé à la Mairie pour me renseigner. La dame de l’accueil n’en savait fichtre rien – j’espère que ce n’est pas à elle qu’échoit la tâche d’organiser les cérémonies commémoratives. Derrière le comptoir du Syndicat d’initiatives officient des jeunes gens en job d’été qui ne doivent même pas savoir qu’il y a eu une guerre, j’ai renoncé à faire la queue pour les interroger. C’est par hasard que je trouverai le monument en descendant vers la vallée, dans la partie appelée Tignes 1800. Il n’y a pas d’indication concernant l’historique mais il semble bien que c’est le monument d’origine, transféré sur ces hauteurs. Ironie de la patronymie locale, on y trouve, comme sur celui de Val-d’Isère vu plus tôt en montant vers l’Iseran, des soldats français nommés Boch. Sur l’Iseran, grand froid et grand vent qui arrache ma casquette. Je me dis que j’en achèterai une autre à Val-d’Isère mais Caroline la récupère au prix d’acrobaties qui m’effraient quelque peu. De chaque côté du sommet, dans le dernier virage, des photographes prennent des clichés des motards qui y parviennent. Ceux-ci pourront ensuite commander la photo sur Internet, le montrer à leurs proches en disant “je l’ai fait”. Pour les cyclistes, je comprendrais, mais j’ai du mal à concevoir le fait de gravir un col à moto comme un exploit.

MERCREDI.

   Vie (et mort) alpine. Chez nous, les jeunes qui décèdent brutalement le font sans imagination, au volant d’une auto ou, les beaux jours venus, au guidon d’une moto. Ici, la consultation du Dauphiné libéré m’apprend que la mort accidentelle a un autre standing. On s’écrase en base jump (semaine dernière), en deltaplane (début de semaine), en parapente (avant-hier), en wingsuit (hier) ou lors d’un trail (aujourd’hui). Je ne sais ce que sont le base jump ou le wingsuit mais suis bien obligé d’admettre qu’ils donnent un certain cachet au trépas.

Vie alpine. Je suis impressionné par les moyens qui sont déployés ici pour vaincre la montagne sans effort. Je vois les installations, sans savoir exactement comment les nommer, n’ayant comme expérience passée que celle du tire-fesses de La Bresse (Vosges) qui doit dater de 1971 et m’a ôté toute envie de remonter un jour sur des skis : remontée mécanique, télésiège, télécabine, funiculaire, remonte-pente, téléphérique, téléski ? Les trajets sont gratuits en cette saison et nous prenons ce matin ce que l’on me dit être un “œuf” jusqu’à un palier élevé. Moi qui, il n’y a pas trois semaines, m’étalais de tout mon long dans l’escalator du Monoprix de Guéret (Creuse), je reste pantois. L’après-midi, promenade pédestre par le bois de la Laye sur un chemin balisé de panneaux didactiques fort bien faits, façon cours de SVT intéressant, sur la faune locale, les couloirs d’avalanche, la construction du barrage… La pluie nous surprend au milieu de notre équipée mais le soleil nous rejoindra à la sortie du couvert de mélèzes pour nous offrir, arc-en-ciel compris, une vue sur la vallée et les sommets opposés d’une beauté sidérante. Nous sommes at home, trempés, à temps pour suivre la finale du 3000 mètres steeple aux J.O. et écouter Bergounioux qui cause à la radio.

  Éphéméride. “La Grand Cabane – 17 août

La Grand Cabane n’usurpe pas son nom : avec un étage qui sert de grenier et de resserre, un hangar pour les ânes, un autre pour la réserve à sel et divers ustensiles, c’est un édifice qui se voit de loin au milieu d’une plaine dénudée, limitée à l’ouest par un escarpement continu, à l’est par l’orée d’une pinède clairsemée. La fenêtre est égayée par des rideaux à carreaux rouge et blanc qui dénotent une présence féminine. Effectivement, le berger Hyacinthe, vieux célibataire, passe ici l’été avec sa sœur Émilie qui s’occupe de lui avec tendresse et affection, comme en hiver, à Salon-de-Provence. Quand j’arrive sur le seuil, ils sont affairés et heureux car une charrette, montée à grand-peine de Rousset par la Coche et Gerland, leur a livré une cuisinière qui va améliorer considérablement leur confort; c’est ce qu’on appelle un fourneau à cochon puisqu’il sert habituellement, dans les fermes, à faire chauffer à petit feu la pâtée de cet animal; sa partie supérieure triangulaire possède trois trous où viennent s’encastrer des chaudrons au cul noir de suie.” (Mary Stevens-Stone, Voyage avec des bergers dans le Vercors, traduction par René Cuenin)

JEUDI.

  Vie des sportifs. Entendu ce matin au journal parlé de RTL cette déclaration du basketteur Florent Pietrus, qui quitte l’équipe de France après sa défaite contre l’Espagne aux J.O. : “Je pars la tête haute.” Comme le gonze culmine à 2 mètres 02, on se voit mal le contredire.

VENDREDI.

Le cabinet de curiosités du notulographe.

 719 (7)

Lyon (Rhône), photo de Marc-Gabriel Malfant, 25 juin 2016

SAMEDI.

Lecture. La Fin du monde par la science (Eugène Huzar, Dentu, 1855, rééd. Ère, coll. Chercheurs d’ère, 2008; 160 p., 15 €).

Film vu. Les Enquêtes du Département V : Miséricorde (Mikkel Nørgaard, Danemark – Allemagne – Suède – Norvège, 2013).

L’Invent’Hair perd ses poils.

 719 (9)  719 (10)

Perth (Écosse, R.-U.), photo de Benoît Howson, 4 août 2010 / Prague (République tchèque), photo de Francis Pierre, 1er octobre 2010

Poil et plume. “José Macías s’était tué dans son salon de coiffure, assis face au miroir dans son fauteuil de coiffeur.

La dernière personne à l’avoir vu vivant était une écolière qui, à huit heures et demie, remontait la Calle Bories, dans une robe noire à large col blanc; son ombre ondulait à ses côtés sur la tôle des façades. Elle jeta un regard sur les fenêtres de la maison et vit – comme elle le voyait tous les matins – le coiffeur qui la suivait des yeux derrière son store blanc. En frissonnant, elle accéléra le pas.” (Bruce Chatwin, En Patagonie)

Bon dimanche,

Philippe DIDION

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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