25 septembre 2016 – 722

LUNDI.
           Épinal – Châtel-Nomexy (et retour). Deux lectrices se font face dans le 18 heures 02 qui est passé à 19 heures 30 – ça, c’est comme tout ce qui concerne la rentrée, il faut reprendre le rythme, dans un mois on n’y fera plus attention. L’une lit Qu’attendent les singes de Yasmina Khadra (Pocket, 2015), l’autre est plongée dans L’Écrivain, du même Yasmina Khadra (Pocket, 2011). Sans doute un fan club. 
 
MARDI.
            Lecture. Fin d’été (Rörgast, Johan Theorin, Wahlström & Widstrand, Stockholm, 2013 pour l’édition originale, Albin Michel, 2015 pour la traduction française, traduit du suédois par Rémi Cassaigne; 512 p., 22,90 €).
                          C’est la fin du cycle que Johan Theorin consacre à l’île d’Öland, sur le mode des quatre saisons. Il était temps que l’année se termine car ce dernier volet, estival, est loin de présenter le même intérêt que les précédents. Long, ennuyeux, sans souffle, il ne peut être sauvé que par les chapitres présentant la vie d’un émigré originaire de l’île dans l’URSS de Staline. Dans Froid mortel (2011), Theorin a déjà prouvé qu’il pouvait s’échapper de son cadre de prédilection, c’est sur ce terrain-là qu’on l’attend désormais. 
 
MERCREDI.
                  Lecture. Le Fruit permis (Tristan Tzara, Caractères, 1956, rééd. in “Poésies complètes”, Flammarion, coll. Mille & une pages, 2011; 1760 p., 35 €).
                  Éphéméride. “14 septembre [1893]
Hier, dans la forêt de Fontainebleau, j’ai croisé M. et Mme Carnot. Ils étaient en voiture. M. Carnot porta la main à son chapeau et Mme Carnot commença de sourire. “Tiens ! me dis-je, voilà des gens qui me connaissent. “ Mais comme je ne les connaissais pas, très réservé, je n’ai pas répondu.
S’enfuir dans un village pour en faire le centre du monde.
Il arriva à construire l’édifice social avec des pierres qui n’étaient pas angulaires.” (Jules Renard, Journal)
JEUDI.
          Lecture. Blaise Cendrars : L’Or d’un poète (Miriam Cendrars, Gallimard, coll. Découvertes Littératures n° 279; 128 p., 15 €).
                        Ultime révision avant les Rencontres de Chaminadour.
          Épinal – Châtel-Nomexy (et retour). Dans le 18 heures 02 qui passe ce soir à 18 heures 47 – on progresse – les membres du gang des adoratrices de Yasmina Khadra sont désormais côte à côte. L’écrivain possède une avance conséquente sur les singes.
VENDREDI.
                  Lecture. Le Publicateur du Collège de ‘Pataphysique. Viridis Candela, 9e série, n° 5 (15 septembre 2015, 96 p., 15 €).
                                “Archéologie imaginaire” 
                  Le cabinet de curiosités du notulographe. Sémantique urbaine à Étaples (Pas-de-Calais), photo de Jean Renaux, 8 juillet 2015.
 
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SAMEDI.
              Vie littéraire. Nous sommes aux Rencontres de Chaminadour qui se tiennent à Guéret (Creuse). L’escapade était prévue depuis lurette, dans le but de ménager une pause respiratoire bienvenue après une rentrée que je redoutais et que la tension, les âneries de la réforme, la chaleur, la fatigue tôt venue et la déliquescence de la SNCF ont rendue conforme à mes craintes. Cependant, pour éviter les gorges chaudes, la discrétion était de mise : aller en vacances en Creuse, ça amuse, y retourner à peine celles-ci terminées, ça inquiète, on est proche de la pathologie. J’ai un peu revu mon Cendrars avant de partir, puisque c’est le thème de ces journées, et la chance est avec moi car nous arrivons sur les lieux du colloque juste à temps pour assister à la discussion sur La Main coupée, lu la semaine dernière. Discussion menée par Laurence Campa, récente biographe d’Apollinaire, qui déborde vite sur la littérature de guerre. C’est l’occasion de découvrir le poète Frédéric Jacques Temple, qui raconte son passé de tankiste au col du Bonhomme (Vosges). Après la pause, on se penche sur le Cendrars mystique, celui du Lotissement du ciel. La causerie révèle un Mathias Énard plus facile à écouter qu’à lire, un Claude Leroy (éditeur de Cendrars en Pléiade) brillant et un Pierre Michon qui joue les chats assoupis pour mieux livrer, de temps à autre, quelques coups de patte fulgurants. Nous reviendrons en début de soirée pour entendre Énard et Olivier Rolin faire un peu de lecture. En attendant, je participe à l’économie locale en achetant quelques livres et nous déambulons dans la ville, qui se couche tôt. La félicité qui m’envahit est sans tache. Je suis venu pour Cendrars, un peu, pour Michon, beaucoup, mais j’aurais fait le même voyage avec le même plaisir pour écouter David Foenkinos parler d’Alexandre Jardin ou pour juste entendre le bruit des aspirateurs que l’on passe dans les commerces survivants de la place du Marché avant la fermeture. Plus mon petit Guéret que le Mont Palatin, je suis en Creuse, je suis heureux, qu’on m’y fiche la paix, je laisse aux autres le reste de la planète. Pour un peu, je demanderais la main de la belle qui m’accompagne mais j’ai déjà accompli la démarche et le fait qu’elle ait consenti à m’escorter dans ce périple me persuade, si besoin était, que j’ai rudement bien fait.
              Films vus. Youth (Paolo Sorrentino, Italie – France – R.-U. – Suisse, 2015)
                               Tête à claques (Francis Perrin, France, 1982)
                               Les Enquêtes du Département V : Profanation (Fasandræberne, Mikkel Nørgaard, Danemark – Allemagne – Suède, 2014)
                               Divine (Dominique Delouche, France, 1975)
                               Les Enquêtes du Département V : Délivrance (Flaskepost fra P, Hans Petter Moland, Danemark – Allemagne – Suède – Norvège, 2016)
 
              L’Invent’Hair perd ses poils.
722-3  722
Gironcourt-sur-Vraine (Vosges), photo de l’auteur, 23 août 2010 / Castries (Hérault), photo de Marc-Gabriel Malfant, 14 septembre 2011
              IPAD (Itinéraire Patriotique Alphabétique Départemental). 2 novembre 2014. 74 km. (27452 km).
 
722-4
165 habitants

   Stèle traditionnelle, signée Bastien à Vittel, en pierre blonde, avec Croix de Guerre en bas-relief. Une grille grise entoure la chose, agrémentée d’un étique thuya en pot.

722-5

La commune de Monthureux-le-Sec

A ses enfants

Morts pour la Patrie

1914-1918

Délibération du 17 août 1919

Le Maire J. SIMONIN

CUNIN Médard

MAIRE Charles

COLLOT Georges

FORÊT Lucien

BARRAS Hector

PIERROT Ernest

SIMONIN Albert

MARTIN Abel

SIMONIN Victor

   On comprend que le Maire (et père ?) Simonin ait voulu qu’un monument soit édifié dans sa commune.

              Poil de banlieue.
722-7
Le coiffeur du bidonville de Gennevilliers, Cinq colonnes à la une, 1960
DIMANCHE.
                   Vie littéraire (suite). Retour en matinée au Théâtre de la Fabrique pour la suite des Rencontres. La discussion, sur le legs de Blaise Cendrars, est un peu pâteuse et décousue. C’est que la nuit semble avoir été longue et rude à l’hôtel Auclair : Mathias Énard a la pépie, Olivier Rolin à la tronche qui tire sur le violet, quant à Michon, apparemment, il n’est pas levé. Pas grave. On se retrouve ensuite place Bonnyaud pour le départ de la procession du bœuf gras. Deux bêtes enguirlandées mènent le cortège, porteur de banderoles “Honneur à Mathias Énard” et “Honneur à Blaise Cendrars”. Un orchestre dixie donne à l’ensemble un air d’enterrement à La Nouvelle-Orléans. Je reste sur la place désertée, ému aux moelles à la vue de ce monde qui sombre mais qui marche toujours, vaille que vaille, et à l’idée de devoir le quitter.
MARDI.
            Épinal – Châtel-Nomexy (et retour). Donato Carrisi, Malefico (Le Livre de poche).
            Lecture. Le Meneur de jeu (Pierre Véry, Gallimard, 1934; rééd. in « Les Intégrales du Masque », tome 1, Librairie des Champs-Élysées, 1992; 1024 p., s.p.m.).
                          On peut trouver cette fois le côté féerique de Pierre Véry un peu lourd dans une histoire qui présente toutefois l’originalité de mettre en scène un narrateur qui fabrique lui-même, par son esprit imaginatif et un rien paranoïaque, les pièges dans lesquels il tombe.
MERCREDI.
                  Éphéméride. “Je fais beaucoup d’achats. Je touche chez MM. Balabio et Besana frères une lettre de change de 600 l[ires] qui, avec 312 l[ires] que j’avais touchées à Brescia chez Allier, payeur, fait 912 l[ires].” (Stendhal, Journal, 21 septembre 1801)
                  Lecture. La Rose et le Chien (Tristan Tzara, éd. P.A.B., 1958, rééd. in “Poésies complètes”, Flammarion, coll. Mille & une pages, 2011; 1760 p., 35 €). 
 
JEUDI.
          Lecture. Les Onze (Pierre Michon, Verdier, 2009; 144 p., 14 €).
                        Il faut arriver au terme (provisoire ?) de notre parcours dans l’œuvre de Pierre Michon pour nous apercevoir que le souci de l’entreprendre dans l’ordre chronologique des parutions ne servait à rien. Parce que tout était déjà inscrit dans le premier livre, Vies minuscules : le souffle, la phrase tellurique, la secousse qu’elle engendre, la glorification des gueux, le zèle compatissant pour les opprimés, le sentiment de se trouver face à quelque chose qui n’a pas d’équivalent, face à une prose qui, s’il l’avait rencontrée à l’époque de Salammbô, aurait poussé Flaubert à dévaler la butte de Croisset pour se flanquer à la Seine, voire à épouser Louise Colet et devenir notaire. Le souci de Michon, et c’est ce qui explique en partie la minceur de son œuvre, c’est de trouver des sujets à sa mesure ou à sa démesure. Il a commencé par tirer de la glaise ses compatriotes mangeurs de raves avant de sculpter des figures de peintres, de reîtres, d’abbés obscurs, de s’attaquer à des mythes comme Van Gogh ou Rimbaud. Après cela, il ne lui restait plus qu’à se colleter à à l’Histoire en personne. C’est ce qu’il fait dans Les Onze, recréant la Terreur, bousculant sans égards Michelet pour écrire en son nom et à sa place et emporter la mise une fois de plus. Depuis, Michon se tait, fait des préfaces, des articles, donne des entretiens, il dormichonne. Peut-être prépare-t-il son prochain combat, contre le dernier adversaire à sa taille, celui qu’il lui reste à terrasser de sa plume désormais trempée dans le sang coulant de la guillotine des Onze, Dieu lui-même. On serait dans les bottes de ce dernier, si jamais il en porte, on s’inquiéterait.
VENDREDI.
                  Football. Épinal – Avranches 0 – 1.
                  Le cabinet de curiosités du notulographe. Transparence à Lyon (Rhône), photo de Thierry Vohl, octobre 2015.
722-6
SAMEDI.
             Films vus. Le Roman comique de Charlot et Lolotte (Tillie’s Punctured Romance, Mack Sennett, E.-U., 1914)
                              Charlot et Mabel en promenade (Getting Acquainted, Charles Chaplin, E.-U., 1914)
                              Charlot nudiste (His Prehistoric Past, Charles Chaplin, E.-U., 1914)
                              Adaline (The Age of Adaline, Lee Toland Krieger, E.-U. – Canada, 2015)
                              Perfect Mothers (Adoration, Anne Fontaine, Australie – France, 2013)
                              Coup de chaud (Raphaël Jacoulot, France – Belgique, 2015)
                              La Fille du désert (Colorado Territory, Raoul Walsh, E.-U., 1949).
 
             L’Invent’Hair perd ses poils.
722-8
Thames Ditton (Angleterre, R.-U.), photo de Cecilia Howson, 15 novembre 2009
                Poil et BD.
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Valley of the Far Side (Gary Larson, Andrews McMeel Publishing, 1985
 
 
Bon dimanche,
 
 
Philippe DIDION
 

 

 

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