16 octobre 2016 – 725

DIMANCHE.
                   Courriel. Une demande d’abonnement aux notules.
                   Vie cinématographique. On a appris hier la mort de Pierre Tchernia, qui n’aura survécu que quelques semaines à Claude-Jean Philippe, son presque contemporain. Les deux hommes ont toujours été associés dans ma vie et dans mon esprit car je leur dois les deux versants de mon intérêt pour le cinéma. Pour faire court, l’un m’a appris Orson Welles et la Nouvelle Vague, l’autre m’a appris Darry Cowl et les Branquignols. Avec Claude-Jean Philippe, ce fut un long compagnonnage, depuis les nocturnes à guetter son Ciné-club télévisé jusqu’aux séances de l’Arlequin le dimanche matin quand je pouvais m’y rendre. C’était l’apprentissage des grands noms, des grands films de l’âge classique. Le cinéma était un art assez récent et comme toutes les formes artistiques du XXe siècle (bande dessinée, jazz, rock, polar) on pouvait, en naissant dans les années 60, remonter le temps, refaire son retard et, tout en gardant un œil sur l’actualité, espérer en posséder la totalité – illusion, bien sûr. Tchernia, dans ses émissions, ses scénarios et ses films, présentait un cinéma plus actuel et plus populaire qui m’intéressait tout autant. C’est en fréquentant ces deux hommes que j’ai pris depuis des lustres l’habitude, en résistant à la mode des séries, de regarder un film par jour, du pire nanar au plus pur chef-d’œuvre, avec le même intérêt sinon le même plaisir et en remerciant tantôt l’un, tantôt l’autre.
 
MARDI.
            Lecture. La Pomme de discorde (Wax Apple, 1970 pour l’édition originale, Payot & Rivages, coll. Rivages/Noir n° 990, 2015 pour la présente édition, traduit de l’américain par Denise May, traduction revue et augmentée par Marc Boulet; 256 p., 7 €).
                          Les éditions Rivages ne s’en vantent pas mais c’est dans le panier de la Série Noire qu’elles sont allées cueillir cette Pomme de discorde, parue en 1970 sous le titre Alerte aux dingues et signée Tucker Coe, un des pseudonymes de Westlake. La traduction a été revue, ce qui n’empêche pas des laideurs comme “Vous y irez cet après-midi”, et doit être plus conforme à l’original – on sait la désinvolture de la Série Noire sur ce sujet. L’histoire est intéressante : un psychiatre invite un ancien policier, viré de son boulot, à enquêter dans sa clinique où se produisent des accidents en série. Se faisant passer pour un malade, l’ex-policier mène une enquête en vase clos qui vaut son pesant d’Agatha Christie mais présente l’originalité d’une situation inversée : au lieu d’avoir un pensionnaire qui se révèle enquêteur, c’est l’enquêteur qui se découvre malade et trouve de quoi soigner son malaise psychique tout en résolvant l’énigme pour laquelle il a été engagé. Dans le moindre de ses polars alimentaires, Westlake trouve toujours comme ici le moyen de s’élever au-dessus de la mêlée.
                         Poèmes roumains (Tristan Tzara, La Quinzaine littéraire, 1974, traduit du roumain par Serge Fauchereau, rééd. in “Poésies complètes”, Flammarion, coll. Mille & une pages, 2011; 1760 p., 35 €). 
 
MERCREDI.
                  Éphéméride. “12 octobre [1911]
Hier soir, j’ai travaillé chez Max à mon journal parisien. Dans la pénombre de la Rittergasse, Mlle R., que nous n’avions jamais vue que vêtue de sa blouse d’été et d’une mince veste bleue, vêtements finalement pires que la nudité pour une fille dont le physique n’est pas tout à fait sans défauts, me paraît grosse et chaude dans son costume d’automne. En été, on voyait plus que jamais son grand nez dans un visage exsangue dont on aurait pu longtemps presser les joues sans y faire apparaître de rougeur, le fort duvet blond amassé sur sa joue et sa lèvre supérieure, la poussière du train qui s’était logée dans les coins de son nez et le blanc maladif de sa peau dans l’échancrure de la blouse. Mais aujourd’hui, nous l’avons suivie pleins de respect, et, après avoir dû prendre congé d’elle à l’entrée d’un passage, devant la Ferdinandstrasse, parce que je n’étais pas rasé et que j’avais de toute façon un air minable, j’ai ressenti pour elle quelques petites poussées de penchant. Et quand je me suis demandé pourquoi, je n’ai trouvé à me donner que cette raison : elle était si chaudement vêtue !” (Franz Kafka, Journaux)
VENDREDI.
                  Football. SA Spinalien – Paris FC 0 – 0.
                  Le cabinet de curiosités du notulographe. Enseigne modèle SMS à Lyon (Rhône), photo de Bernard Gautheron, 23 septembre 2015.
725
SAMEDI.
              Vie musicale. Concert de Kyle Eastwood à Saint-Dié-des-Vosges (Vosges). Le jazz est rare dans nos contrées. Le NJP (Nancy Jazz Pulsations) ne se préoccupe plus guère du J de son nom et quand on voit que Francis Marmande couvre (de louanges) le concert parisien de Renaud pour Le Monde, on se dit que les bonnes choses à se mettre dans l’oreille sont précieuses. Aussi ne fallait-il pas laisser passer l’occasion d’entendre le fils Eastwood, désormais plus fréquentable que le père. On le connaissait en big band, on le découvre en quintet de fort bonne tenue, musicien accompli, loin des “fils et filles de” désœuvrés qui s’adonnent à une activité artistique pour meubler leurs loisirs.
              Films vus. Le Goût de la cerise (Ta’ me guilass, Abbas Kiarostami, Iran – France, 1997)
                               Enragés (Éric Hannezo, France – Canada, 2015)
                               Le Renard s’évade à trois heures (Caccia alla volpe, Vittorio De Sica, Italie – R.-U., 1966)
                               Orage (Fabrice Camoin, France, 2015).                              
 
              L’Invent’Hair perd ses poils.
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Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme), photo de Philippe Mauger, 13 juillet 2010 / Jarnages (Creuse), photo de l’auteur, 26 juillet 2015
                Poil aux maths.
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El Nou, 26 septembre 2014
 
Bon dimanche, 
 
Philippe DIDION
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