13 novembre 2016 – 728

DIMANCHE.

Obituaire

.728

Au centre, Paulette Perec (1938 – 6 novembre 2016), place de la Sorbonne (Paris), photo de l’auteur, 31 mai 2014

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note manuscrite de Paulette Perec, recto-verso, même date

LUNDI.

Épinal – Châtel-Nomexy (et retour). Stephen King, 22/11/63, Le Livre de poche, 2014.

Lecture. Le Prix du bœuf (Michel Ohl, Plein chant, coll. La tête reposée, 1996; 160 p., 90 F).

“Ripopée posthume, patriotique et familiale, annotée par Narcisse Boudigans)”                          En juin 2015, Le Publicateur du Collège de ‘Pataphysique rendait hommage à Michel Ohl, qui venait de disparaître. On y découvrait principalement sa correspondance, richement calligraphiée et mise en page, et Pierre Ziegelmeyer, éditeur chez Plein chant, recommandait à ceux qui voulaient approfondir le sujet la lecture de ce Prix du bœuf. Sous ce titre sont rassemblés des textes qui semblent avoir été publiés dans des feuilles plutôt confidentielles ou conservées dans les tiroirs de l’auteur : contes, souvenirs, nouvelles, testament (ohlographe, comme il se doit), etc. Pour un lecteur non averti, cette ripopée risque d’être légèrement étourdissante car ce qu’écrit Ohl ne ressemble à rien de connu. Pour le caractériser, il faudrait faire appel à Artaud (pour la virulence), à Jean-Pierre Verheggen (pour le jeu sur les mots), à André Frédérique (pour la noirceur), ajouter une dose de Gaston Chaissac, une pincée de régionalisme aquitain et une bonne rasade de Science, la vraie (l’homme est du genre, confie Ziegelmeyer,  à compter les mots “guerre” et “paix” dans Guerre et Paix pour savoir qui gagne à la fin). Comme il y a un art brut, on pourrait dire qu’il y a une littérature brute dont Michel Ohl formerait un bel exemple. Il faut le lire pour le croire, sans omettre les notes, particulièrement obscurcissantes, de Narcisse Boudigans.  

MERCREDI.                  

Éphéméride. “Dimanche 9 novembre 1969

Les Bastid ont passé la journée ici.

Une journée foutue, et fatigante pour le foie.

Je suis de plus en plus fatigué, à se demander comment ça va finir. Tout à l’heure, je tremblais terriblement.

Jean-Pierre m’a apporté (prêté) quelques textes que je souhaitais. Il n’a pu malheureusement me communiquer le bulletin du Black Panther Party, que j’avais lu chez lui, et qui se présente gerbeusement – c’est un mélange d’outrance verbale à formules frappantes mais creuses (Pig Power, par exemple), de rattachement inconditionnel, de la façon la plus acritique, aux forces spectaculaires qui s’opposent à l’État nord-américain (et par exemple à Mao Tsé-toung, Guevara, etc.); à cela se joint un intense travail idéologique, calqué sur le maoïsme de la première période, pour militariser le peuple sous l’autorité de dirigeants, et selon un programme violent, mais absolument pas radical, et même parfois catastrophique – allant de la revendication des “logements décents” et autres balivernes, aux vaticinations sur la nation noire.” (Jean-Patrick Manchette, Journal 1966-1974)

JEUDI.

          Lecture. Que d’os ! (Jean-Patrick Manchette, Gallimard, coll. Super Noire n° 51, 1976, rééd. in Jean-Patrick Manchette « Romans noirs », Gallimard, coll. Quarto, 2005; 1344 p., 29,50 €).

Relecture.

                        Deuxième enquête du privé Eugène Tarpon, aussi enlevée que Morgue pleine et c’est justement ce rythme effréné qui permet d’oublier les invraisemblances dont l’histoire est cousue. Manchette est toujours aussi agréable à relire, par sa peinture des années 1970 et son écriture dont l’apparente désinvolture masque un vrai travail. En cours d’écriture, Manchette écrit dans son journal le 14 janvier 1976 : “Puisque le lecteur, au présent stade, nécessairement pense avoir deviné ce qui va suivre, et puisqu’il l’a deviné effectivement, il convient, je pense, de confirmer aussitôt ce qui est deviné, afin qu’on s’occupe uniquement du reste, qui est d’ordre descriptif, psychologique et stylistique.” Pari tenu.

           Vie familiale. Lucie poursuit ses études à Nancy, Alice est en Finlande avec son lycée. Ici, on a bien de la misère à remplir le lave-vaisselle.

VENDREDI.

                  Lecture. Faust (Tristan Tzara, in “Poésies complètes”, Flammarion, coll. Mille & une pages, 2011; 1760 p., 35 €).

                  Le cabinet de curiosités du notulographe. Aperçu d’une collection de trompe-l’œil.

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Limoux (Aude), photo de Bernard Cattin, 22 juillet 2014 / La Petite-Raon (Vosges), photo de l’auteur, 3 janvier 2016

SAMEDI.

Vie musicale. Concert de Steve ‘n’ Seagulls à Épinal. Un groupe finlandais dont j’ignorais l’existence jusqu’à ce matin mais qui semble avoir des adeptes : la salle est pleine comme un œuf, avec pas mal de spectateurs en salopette, bottes de caoutchouc et chemise carreautée (le dernier album est intitulé Brothers in Farms), la tête enveloppée dans une toque de fourrure à tête de renard ou de loup. On comprend vite l’engouement : c’est comme si les Pogues étaient ressuscités du côté d’Helsinki. Le fait de savoir Alice séjourner sur une terre capable de donner naissance à de pareils olibrius ne rassure qu’à moitié mon pauvre coeur de perd-de-famille.

   Films vus. Un début prometteur (Emma Luchini, Belgique – France, 2015)

 Hugo Cabret (Hugo, Martin Scorsese, E.-U., 2011)

                              La Prisonnière (Henri-Georges Clouzot, France – Italie, 1968)

                              Balade entre les tombes (A Walk Among the Tombstones, Scott Frank, E.-U., 2014)

                              Cheval de guerre (War Horse, Steven Spielberg, E.-U. – R.-U., 2011)

                              Mauvaise fille (Patrick Mille, France, 2012).

  L’Invent’Hair perd ses poils.

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Stockholm (Suède, photo de Régis Conraud, 26 juillet 2010

              IPAD (Itinéraire Patriotique Alphabétique Départemental).

19 décembre 2014. 52 km. (27722 km).

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433 habitants

   Sur l’esplanade de l’église, le monument aux morts est concurrencé par le sapin de Noël. La base maçonnée du monument est entourée d’une grille et porte la mention “Souscription publique”. La flèche est encadrée par quatre sphères surmontées d’une flamme stylisée. Un orbe surmonte le sommet. Les noms, peints en doré, sont lisibles, ce qui n’est pas toujours le cas de ce qui les suit, à savoir le nom du régiment et le lieu de décès. 

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Face :

Moriville

A ses enfants

Morts pour la France

1914-15-16 à 19

COLNOT 8e Art. Épinal

E. CONE 17e Inf. Grenay

E. LINA N.D. Lorette

J. L’HUILLIER 43 ? Ban-de-Sapt

Ch. LAURENT 149e Inf. Aix-Noulette

L. SAMORI 122e Tahure

E. CORNEMENT Douaumont

H. JACQUOT Verdun

C. CHAFFARD N.D. Lorette

A. GRAVEL Vieillemagny

(…)

G. ANTONI Villotte

   Il y a en tout 25 noms, plus 8 sur une plaque fixée à la base, à côté de la mention suivante 

Vous êtes tombés au champ d’honneur

Vous avez été les artisans de la victoire

Votre souvenir nous restera impérissable

   Gauche :

Rozelieures

Essey-la-Côte

25 et 26 août 1914

13 noms de P.P. GILARDONI à A. STER

Victimes civiles

LEDORE Gabrielle

LEDORE Marie-Rose

   Dos :

Souvenir

1870-1871

C. MAIRE Villerxexel

C. BIETTE ?

J. CHEVIGNY Bourges

              Poil et festivités. 728-9

Bon dimanche,

Philippe DIDION

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