20 novembre 2016 – 729

MERCREDI.
                  Éphéméride. “Je connais un professeur de l’Université qui est très intelligent. D’ailleurs tous les professeurs sont très intelligents; c’est même leur métier, d’être très intelligents. Celui-là se moquait des garçons de lycée qui, disait-il, ils ne veulent plus être appelés garçons, mais agents, sous-agents ou employés. Ils attachent, ajoutait-il, beaucoup d’importance aux mots, et croient que cirer les bottes comme garçon, c’est bien plus humiliant que de cirer les bottes comme sous-agent.
“Je ne les trouve point si sots, lui répondis-je, car le respect de la plupart se règle sur des mots. Un sous-agent, c’est un fonctionnaire, tandis qu’un garçon, ce n’est même pas un homme, je dis dans l’opinion des nigauds.”
Mon professeur n’en haussait pas moins les épaules, et prenait en pitié les nigauds, et tous ceux qui se règlent sur les propos des nigauds; car il veut se montrer philosophe, juger en homme libre, et voir les choses comme elles sont.
Mais j’avais résolu de mettre sa philosophie à l’épreuve, et, jouant l’homme bien informé, je me mis à lui parler des projets de son ministre. Et lui se montrait inquiet de ces innovations que j’imaginais, fusion des trois enseignements, suppression des études grecques et latines, réforme radicale de l’orthographe, lycée gratuit, monopole de l’enseignement, et autres paysages lunaires.
Quand je l’eus ainsi jeté hors de sa philosophie, je poussai ma botte : “Une première réforme et qui paraît assez naturelle, consistera à donner le même nom à tous ceux qui instruisent la jeunesse : il n’y aura plus d’instituteurs, il n’y aura que des professeurs.”
Là-dessus il bondit, s’emporte, et me traite assez durement. Le moment est venu de faire marcher la douche : “Si un garçon qui veut être appelé sous-agent est ridicule, que dirions-nous d’un professeur qui se croirait déshonoré si les instituteurs portaient le nom de professeurs ?
– Mais mon cher, s’écria-t-il, ce n’est pas du tout la même chose.” (Alain, Propos d’un Normand, 16 novembre 1906)
JEUDI.
          Lecture. La Méprise (Despair, Vladimir Nabokov, 1934, traduit de l’anglais par Wladimir Troubetzkoy in “Œuvres romanesques complètes » I, Gallimard 1999, Bibliothèque de la Pléiade n° 461; 1732 p., 77 €). 
                        Beaux et damnés (The Beautiful and Damned, F. Scott Fitzgerald, Charles Scribner’s Sons, New York, 1922, traduit de l’américain par Marie-Claire Pasquier in “Romans, nouvelles et récits” I, Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade n° 581, 2012; 1570 p., 70 €).
                        Profitons de la lecture en parallèle de ces deux romans dans une édition commune pour examiner les notes et notices proposées en accompagnement des textes. Dans le volume Fitzgerald, Pascale Antolin se contente de suivre le récit et de l’éclairer avec des indications concernant les lieux, personnes et événements historiques qui le traversent. Dans sa notice de présentation, elle donne des renseignements sur les implications autobiographiques du roman qui raconte l’histoire d’un couple ressemblant fortement à Scott et Zelda Fitzgerald. Un lecteur pressé ou moins curieux qu’un autre peut parfaitement faire l’économie de ces notes et lire cette œuvre – magnifique au demeurant, Fitzgerald s’approche de la perfection qu’il atteindra avec Gatsby – sans interruption. Avec le volume Nabokov, c’est autre chose. L’annotateur – traducteur est confronté à un sujet beaucoup plus complexe. Il y a d’abord l’histoire du texte à retracer et comme toujours chez Nabokov, c’est un véritable dédale entre les versions russes et anglo-américaines, sans parler des traductions françaises. Il y a ensuite tout un intertexte à exhumer, les allusions à Pouchkine, à Dostoïevski et à de plus obscurs. Il y a enfin le travail ordinaire d’annotation, pourrait-on dire, les éclairages à apporter sur tel ou tel aspect ponctuel du texte. Là aussi, rien n’empêche de lire le roman sans sacrifier à la soif d’érudition, même si la perte est plus lourde que chez Fitzgerald. Mais c’est peut-être préférable pour une première lecture car La Méprise est, au premier niveau, une histoire policière assez intéressante en soi… dont Wladimir Troubetzkoy donne le dénouement dès ses premières notes. Un avertissement au lecteur n’aurait pas été superflu, pour éviter de gâcher le plaisir de celui-ci. Finalement, l’expérience nous apprend que les notes, comme les préfaces, doivent être lues après le texte.
VENDREDI.
                  Épinal – Châtel-Nomexy (et retour). Sigmund Freud, Malaise dans la civilisation, PUF, 1978.
                  Le cabinet de curiosités du notulographe. Urbanisme canin, photos de Lucie Didion.
729   729-2
Épinal (Vosges), 12 août 2014 / Gérardmer (Vosges), 11 août 2015
SAMEDI.
            Films vus. L’Étudiante et Monsieur Henri (Ivan Calbérac, France, 2015)
                              Havana (Sydney Pollack, E.-U., 1990)
                              Les Cowboys (Thomas Bidegain, France, 2015)
                              Pierrot le fou (Jean-Luc Godard, France – Italie, 1965)
                              One + One (Jean-Luc Godard, R.-U., 1968)
                              Belle et Sébastien, l’aventure continue (Christian Duguay, France, 2015).
              L’Invent’Hair perd ses poils.

729-3

Istanbul (Turquie), photo de Pierre Cohen-Hadria, 16 août 2010

              IPAD (Itinéraire Patriotique Alphabétique Départemental). 11 janvier 2015. 117 km. (27891 km).

729-4
212 habitants

  Le monument, peint en blanc, se dresse au bord de la rue principale. Il est signé “MOLLE à Bourbonne”. Une gerbe défraîchie, déposée par les sapeurs pompiers, gît à son pied. Les noms sont inscrits en lettres dorées sur une plaque de marbre noir.  

729-1

Morizécourt

A ses enfants

Morts pour la France

1914-1918

1914 LORRAIN Auguste

LORRAIN François

HAUBENSACK Eugène

1915 RELION Auguste

COLLARD Léon

GALLOIS Charles

GUILLOUX Joseph

1916 GRANDCLERC Edmond

SONNET Émile

1917 PERRARD Alexandre

LORRAIN Maurice

1918 THIERY Émile

NOEL Léon

BARBIER Charles

   Je rentre, heureux, d’avoir pu d’ajouter un élément à ma collection de Léon Noël.

              Poil et pub.

729-5

Les lèvres nues n° 4, janvier 1955

Bon dimanche,

Philippe DIDION

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