1er janvier 2017 – 734

LUNDI.                 
            Lecture. Le Publicateur du Collège de ‘Pataphysique. Viridis Candela, 9e série, n° 6 (15 décembre 2015, 96 p., 15 €).

“Ethnographie imaginaire” 

MERCREDI.

Éphéméride. 28 décembre [1954]

Leger et les Shafroth sont venus prendre le thé. Leur bru étant française, la conversation s’est transformée en une conférence politique de la part d’Alexis. Ils étaient tous fascinés.” (Katherine Biddle, Journal 1940-1970)
JEUDI.
          Obituaire. Marcel Gotlib, Zsa Zsa Gabor, Léo Marjane, Michèle Morgan, David Hamilton, George Michael, Claude Gensac, Carrie Fisher et, aux nouvelles radiophoniques de ce matin, Michel Déon, Pierre Barouh et Debbie Reynolds : ça déboise sec en ce moment, on passe son temps à lire des nécrologies. Incomplètes, bien sûr. Prenons le cas de Michèle Morgan. On a oublié de rappeler qu’en 1954, “l’année des soucoupes volantes” comme le rappelait la revue Schnock en septembre 2015, l’actrice avait défrayé la chronique en déclarant avoir aperçu “un disque stationnaire au-dessus du dôme des Invalides, là où Napoléon est enterré”. Non seulement elle avait de beaux yeux mais elle avait de bons yeux. Quant à Michel Déon, personne n’a encore mentionné le petit mot que Valéry Giscard d’Estaing lui fit passer lors d’une séance à l’Académie française au cours de laquelle il avait réclamé la modification d’un article du dictionnaire : “Pas d’accord, Déon.”
VENDREDI.
                  Lecture. Le Don (Dar, Vladimir Nabokov, Chekhov Publishing House, New York, 1952 pour l’édition en russe, Putnam’s Sons, 1963 pour la traduction anglaise, Gallimard, 1967 pour la traduction française, rééd. in “Œuvres romanesques complètes » II, Gallimard 2010, Bibliothèque de la Pléiade n° 561; 1764 p., 75 €). 
                                385 pages de texte, 115 pages de notes. Au fur et à mesure qu’il progresse dans son œuvre, Nabokov devient de plus en plus exigeant envers lui même et envers son lecteur. Il n’a jamais douté de sa capacité à s’inscrire dans l’histoire littéraire, élargissant simplement le champ géographique de celle-ci pour passer de la littérature russe expatriée à la littérature russe tout court (Le Don s’inscrivant dans cette étape) avant d’atteindre la littérature américaine puis mondiale. Le lecteur a de plus en plus besoin d’accompagnement pour répondre aux ambitions de l’auteur, ce qui explique l’inflation progressive de l’appareil critique. La lecture est exigeante, stimulante, gratifiante, même si l’on se demande parfois si on est à la hauteur. Restons donc, pour cette notule, à ras de terre, et intéressons-nous au futile. Au début du roman apparaît “une tabatière Soyote en verre dépoli”. Une note indique que “les Soyotes sont un peuple de souche turque qui vit essentiellement dans le Touva, une région du Nord de l’Asie centrale”. Et voilà de quoi nourrir notre intérêt pour le suffixe “ote” lorsqu’il sert à désigner les habitants d‘un lieu. Au fil de différentes notules, j’avais noté la progression d’une liste de ses apparitions : Chypriotes, Smyrnotes, Cairotes, Stambouliotes, Skopjotes, Sofiotes, Andriotes, Chiotes, Stromboliotes, Nilotes, Épirotes, Rouméliotes, Parganiotes, Dubaïotes, Avuillotes, Colognotes, Dardagnotes, Pregnotes et Satignotes en étaient les éléments. Depuis la dernière mise à jour qui date d’octobre 2012, Claude Jonas m’a indiqué les Tiniotes de Tinos et les Syriotes de Syros; dans E. Lucas Bridges (Aux confins de la terre) j’ai trouvé trace des Chilotes, habitants de l’île de Chiloé au large des côtes chiliennes – que j’aurais préférées chiliotes; j’ai ajouté, sans noter mes sources, les Capriotes, les Souliotes et les Phanariotes (membres des riches familles vivant dans le quartier du Phanar à Constantinople); Marc-Gabriel Malfant m’a confié avoir entendu parler de Golfiotes sur France Culture; Pierre Cohen-Hadria m’a signalé que les Corfiotes habitaient Corfou; j’ai trouvé chez Pierre Bergounioux mention des Maïnotes (originaires de Maïna ou Magne, dans le Péloponnèse) et j’ajoute donc aujourd’hui ces nabokoviens Soyotes. Je sais qu’il serait simple d’obtenir une liste plus complète et mieux rangée en quelques clics m’envoyant sur un site quelconque mais cela ne m’intéresse pas : je n’ai pas l’âme d’un internote et je préfère la glane au fil des lectures et des conversations.
                  Le cabinet de curiosités du notulographe. Manifestations (spontanées) de soutien au notulographe à Nancy (Meurthe-et-Moselle).
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photo de Maloë Dussaucy, 23 janvier 2016 / photo de Muriel Decq, 27 janvier 2016
SAMEDI.
              Films vus. Vénus aveugle (Abel Gance, France, 1941)
                               En mai, fais ce qu’il te plaît (Christian Carion, France – Belgique, 2015)
                               The Hi-Lo Country (Stephen Frears, R.-U. – Allemagne – E.-U., 1998)
                               Premiers crus (Jérôme Le Gris, France, 2015)
                               Le premier homme (Gianni Amelio, France – Italie – Algérie, 2011)
                               Case départ (Lionel Steketee, Fabrice Éboué, Thomas N’Gijol, France, 2011).
              L’Invent’Hair perd ses poils.  
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Fabrezan (Aude), photo d’Hervé Bertin, 27 août 2010 / Metz (Moselle), photo de François Golfier, 25 novembre 2012
              Poil et plume. “Trois fois par an, George le conduisait en voiture à Herndon pour qu’il se fasse couper les cheveux; il s’asseyait à l’avant de la vieille Reo, raide comme un Indien, dans son costume de ville tout aussi raide, son nez impérieux en bec de faucon sous le feutre mou couleur d’ardoise, la mâchoire en avant. Et il s’asseyait de la même manière chez Whitey Judd, sur le fauteuil de coiffeur, ses longues mains fines, tannées par le grand air, immobiles sur les accoudoirs froids, tandis que plusieurs mois de cheveux tombaient en tas sur le carrelage blanc autour de lui.” (Thomas Savage, Le Pouvoir du chien)
Bonne année,
Philippe DIDION
                                                         
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