5 février 2017 – 738

 

 

DIMANCHE.

                   Lecture. 80 millions de voyeurs (80 Million Eyes, Ed McBain, 1966 pour l’édition originale, Gallimard, coll. Série Noire n° 1108, 1967 pour la traduction française, traduit de l’américain par André Bénat, rééd. in “87e District 3”, Omnibus, 1999; 1016 p., 145 F).

                                 On connaît l’histoire du roman de Jim Thompson, Pop. 1280 en version originale, traduit en français dans la Série Noire par 1275 âmes. Jean-Bernard Pouy avait même, en 2000, écrit un roman, 1280 âmes, dans lequel il imaginait un personnage partant à la recherche des cinq habitants disparus entre les deux versions. Le problème posé par le titre d’Ed McBain se situe sur une autre échelle. Les 80 Million Eyes de l’original, qui devraient appartenir, si nos calculs sont exacts, à 40 millions de personnes, en désignent le double dans la traduction française. La seule explication plausible serait que nous ayons affaire à 80 millions de borgnes ce qui fait beaucoup, même dans un pays à forte population où l’usage des armes à feu est assez répandu.

LUNDI.

           Courriel. Une demande d’abonnement aux notules.

MARDI.

            Lecture. L’Enchanteur (The Enchanteur, Vladimir Nabokov, Article 3b Trust, 1986 pour la traduction anglaise, Rivages, 1986 pour la traduction française, traduit de l’anglais par Gilles Bardebette, rééd. in “Œuvres romanesques complètes » II, Gallimard 2010, Bibliothèque de la Pléiade n° 561, révision de la traduction par Yvonne Couturier; 1764 p., 75 €). 

                          Dans la genèse de Lolita, L’Enchanteur apparaît comme la deuxième étape. La première se situe dans Le Don où un personnage évoque un projet de roman : “Imaginez ce genre de chose : un vieux type – mais encore vert, fougueux, assoiffé de bonheur – vient à connaître une veuve, et elle a une fille, presque encore une enfant – vous voyez ce que je veux dire –“. Ce “genre de chose”, c’est L’Enchanteur, dernière œuvre en langue russe de Nabokov, écrite en 1940 et traduite par son fils près de cinquante ans plus tard. On ne sera pas étonné qu’elle n’ait pas été publiée à ce moment-là, le sujet scabreux et la manière plutôt explicite qu’a Nabokov de le traiter ne pouvaient que conduire au scandale. L’auteur ne fit d’ailleurs pas le siège des éditeurs, se contentant de lire son texte à quelques amis, l’important était pour lui d’avoir franchi une étape supplémentaire dans son cheminement vers Lolita.

MERCREDI.

                  Vie associative. Caroline, qui est en lien avec Chaminadour par des canaux que je ne fréquente pas, m’apprend que vient de se constituer une Association des Amis de Pierre Michon. Inutile de dire que cela m’intéresse au premier chef. Je sais bien que Pierre Michon a autant besoin et envie de mon amitié que moi d’une page Facebook mais il est important que je participe à ce cénacle pour mettre en œuvre la stratégie suivante : j’adhère, je m’empare le plus vite possible de la présidence ou d’un poste suffisamment élevé pour mettre la main sur l’agenda de l’association et je convoque une réunion tous les quinze jours à Guéret, ce qui me permet de sacrer mon camp en Creuse un week-end sur deux. Et je ne parle pas du symposium annuel au Lion d’Or de Gouzon.

                  Éphéméride. “1er février [1916]

À la N.R.F. Entrevue avec Marcel Péguy. Déjeuner chez Suzanne Schlumberger. Après-midi : Foyer.

J’abandonne la lecture des Élévations de Bossuet avant que mon dégoût me déborde et n’entraîne à son tour ce que je voudrais préserver. J’ai poursuivi le plus loin que j’ai pu, mais aucune lecture n’est plus propre à me précipiter dans l’opposition, et c’est par précaution que je l’arrête.

Je tâche à réserver, chaque soir et chaque matin, une demi-heure de méditation, de dépouillement, d’apaisement et d’attente… “Demeurer simplement attentif à cette présence de Dieu, exposé à ses divins regards, continuant ainsi cette dévote attention ou exposition… en tranquillité aux rayons du divin soleil de justice.”

J’aspire ardemment à écrire ce livre de méditations, ou d’élévations, qui fasse pendant aux Nourritures, et qui se confond par endroits avec les Conseils à un jeune écrivain, que je prépare. Puissé-je…

Où Francis Jammes m’irrite le plus c’est quand il croit, ou feint de croire, que c’est par raisonnement et besoin maniaque de dialectique que je m’écarte et m’oppose, lorsque tout au contraire… Mais à quoi sert d’engager la discussion sur ce point ? Ce n’est point l’ignorance, ni l’humilité, ni le renoncement – c’est le mensonge, que j’abomine. Et cette simagrée par laquelle l’âme se dupe et s’offre en dupe à Dieu.” (André Gide, Journal)

VENDREDI.

                  Football. SA Spinalien – Pau 1 – 1.

                  Le cabinet de curiosités du notulographe. Baignoires champêtres, photos de l’auteur.

738-1  738-2

Domeyrot (Creuse), 31 juillet 2016 / Plateau des Glières (Haute-Savoie), 14 mai 2016

SAMEDI.

              Films vus. 

                              La Dame dans l’auto avec des lunettes et un fusil (Joann Sfar, France-Belgique, 2015)

                              La Crème de la crème (Kim Chapiron, France, 2014)

                              Carol (Todd Haynes, R.-U. – E.-U. – Australie, 2015)

                              125 rue Montmartre (Gilles Grangier, France, 1959)

                              La Fille du patron (Olivier Loustau, France, 2015)

                              Le petit roi (Julien Duvivier, France, 1933).    

              L’Invent’Hair perd ses poils.

738-3  738

Villefranche-sur-Saône (Rhône), photo de Benoît Howson, 21 juillet 2011 / Paris (Seine), rue Saint-Jacques, photo de Marc-Gabriel Malfant, 5 novembre 2013

              Poil et plume. “Sur la droite, à l’aplomb de l’église de Belleville, des forains montent un manège. Armand y va voir, se déroute de deux cents mètres. Depuis qu’il est mouflet, c’est le spectacle qu’il a toujours aimé. C’est la bonne bifur. Pas vingt mètres plus loin qui s’apporte ? Antoinette ! Elle décarre de son merlan, ça éclate à la raideur des crans. Armand, ça lui rappelle l’ondulation Marcel, qu’était de mode en ses jeunes années. Conjuguée à la fête qui se prépare, cette coiffure ça lui chatouille la fibre juvénile.” (Albert Simonin, Du mouron pour les petits oiseaux)

Bon dimanche,

Philippe DIDION

                                                         

 

 

 

 

 

                             

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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