19 mars 2017 – 743

DIMANCHE.
                   Courriel. Deux demandes d’abonnement aux notules.
LUNDI.
           Courriel. Trois demandes d’abonnement aux notules.
MARDI.
            Courriel. Une demande d’abonnement aux notules. Lorsque, comme c’est le cas ces jours-ci, les abonnements arrivent en rafale, c’est souvent parce qu’un membre de la communauté notulienne a eu l’amabilité de reprendre, sur un site, un blog ou un quelconque réseau, un extrait tiré d’un récent numéro. Un lien est fourni, ou les gens se mettent à fouiller et trouvent comment s’abonner. C’est à chaque fois une bonne surprise, en même temps qu’une source d’inquiétude. Car ces néo-notuliens, alléchés par un texte entrant dans leur sphère d’intérêt, vont devoir se coltiner semaine après semaine des notules totalement étrangères à cette sphère. On conviendra sans trop de peine que l’on peut ne pas être excessivement passionné par l’exploration des monuments aux morts des communes vosgiennes parcourues dans l’ordre alphabétique, par les recherches lexicales affichées sur les devantures des merlans, par l’exposition de listes de commissions ramassées aux abords des supermarchés, par les lectures des passagers de la ligne Épinal – Châtel-Nomexy (et retour) ou par d’autres choses essentielles à mes propres yeux seulement. Que ces nouveaux arrivants, à qui la notulie souhaite bien entendu la bienvenue, sachent qu’on se désabonne de ce pensum aussi facilement qu’on s’y abonne, par les mêmes voies et aux mêmes conditions financières.
MERCREDI.
                  Lecture. Histoires littéraires n° 61 (Du Lérot éditeur, janvier- février-mars 2015; 200 p., 25 €).                                Dossier Georges Fourest.
                          Histoire de sortir de La Négresse blonde et du Géranium ovipare, seuls textes facilement accessibles de Georges Fourest, on découvre ici son goût pour le vers impair, quelques textes polémiques et des photos rares. Laure Murat parle du dernier internement de Nerval, Chantal Bigot de sa librairie Les Amazones. Jean-Paul Goujon livre son indispensable Chronique des ventes et catalogues et, dans la rubrique Livres reçus, le notulographe s’occupe d’Olivier Barrot (vite expédié), Pierre Dac (le dernier compte rendu adressé à Jean-Jacques Lefrère), Pierre de Régnier (Chroniques d’un patachon) et des rapports entre snobisme et littérature.

                  Éphéméride. “Vendredi 15 [mars 1918]

J’étudie la traduction de Wyandotté par Defauconpret. Il saute tout ce qu’il peut. Je pouvais à peine y croire. Toutefois il est généralement exact dans ce qu’il traduit. Sa façon de franciser les choses consiste à faire d’une phrase anglaise deux ou même trois phrases françaises. Il esquive certaines difficultés. Je n’ai vu qu’une seule faute dans la traduction de la devise au début du chapitre IX. – J’ai également lu des drames de Florencio Sanchez; trois d’entre eux. J’en ai aimé un, Los Muertos.-“ (Valery Larbaud, Journal)

JEUDI.

          Obituaire. C’est dans Le Figaro du jour que j’apprends la mort d’Henri Cueco. Les derniers Carnets de notes de Pierre Bergounioux nous laissaient entrevoir l’issue fatale, les visites à Uzerche montrant, année après année, l’évolution de la maladie. Cueco rejoint donc Jean-Christophe Averty au terminus des Papous dans la tête, l’émission radiophonique où ils furent les complices de Bertrand Jérôme, lui-même disparu depuis une bonne décennie. Comme Averty, Cueco était un collectionneur fou (on se souvient qu’un de ses livres s’appelait Le Collectionneur de collections), collectionneur de patates ridées, de cailloux, de bouts de ficelle et autres brimborions qui servaient de sujets à ses tableaux et dont il parlait avec une drôlerie irrésistible.

        Courriel. Une demande d’abonnement aux notules.

         Lecture. Lolita (Vladimir Nabokov, Olympia Press, 1955 pour l’édition originale, Gallimard, 1959 pour la traduction française, traduit de l’anglais par Éric Kahane, rééd. in “Œuvres romanesques complètes » II, Gallimard, 2010, Bibliothèque de la Pléiade n° 561, traduction de Maurice Couturier; 1764 p., 75 €).

                       On savait Nabokov grand connaisseur de papillons. On le découvre ici, plus encore que dans ses romans précédents, adepte de l’effet papillon : un battement d’aile simplement évoqué dans le premier chapitre peut aboutir à une tornade 200 pages plus loin. Ce peut être un mot prononcé, un personnage fugace, une voiture qui passe, un nom caché dans une liste, un objet insignifiant qui réapparaîtra plus tard, bien plus tard, dans un rôle essentiel. Ce procédé est accentué ici par le fait que Nabokov donne à Lolita une structure policière et que les indices sont semés tout au long du voyage entrepris par le narrateur et sa nymphette à travers les États-Unis. Cette forme permet à l’auteur de s’approprier, après la Russie et l’Europe occidentale, un nouveau territoire et une nouvelle langue, l’anglais, dont il a maintenant une formidable maîtrise rhétorique. Avec cette maîtrise, il parvient au sommet de son art dans ce roman inégalable : c’est passionnant, féroce, amoral bien sûr, poignant par moment et partout incroyablement drôle. Il est temps maintenant de revoir le film de Kubrick. Nabokov avait accepté d’en écrire le scénario, ce qui l’occupa pendant six mois à Los Angeles mais il ne reconnut pas son travail dans le résultat final : “c’est un film de tout premier ordre, mais ce n’est pas ce que j’avais écrit.”

VENDREDI.

                  Football. SA Spinalien – Sedan 1 – 1.

                  Le cabinet de curiosités du notulographe.

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Orléans (Loiret), photo de Christiane Larocca, 20 avril 2016

SAMEDI.

             Films vus pendant la semaine. L’Étrange Monsieur Steve (Raymond Bailly, France, 1957)

                                                               Marseille (Kad Merad, France, 2016)

                                                               La petite amie (Luc Béraud, France, 1988)

                                                               Saint Amour (Benoît Delépine & Gustave Kervern, France – Belgique, 2016)

                                                               Intolérance (Intolerance : Love’s Struggle Through the Ages, D.W. Griffith, E.-U., 1916)

             L’Invent’Hair perd ses poils.

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Paris (Seine), rue Gay-Lussac, photo de Pierre Cohen-Hadria, 28 septembre 2010 / Firminy (Loire), photo de Marc-Gabriel Malfant, 15 juillet 2012

             IPAD (Itinéraire Patriotique Alphabétique Départemental). 12 avril 2015. 105 km. (28375 km).

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3295 habitants

   J’arpente la ville, la rue principale, ses hauteurs, le jardin qui a pris la place de l’immense usine détruite, les abords de la Mairie : nib. Le monument extérieur reste introuvable. Je pourrais demander mais je ne me sens pas d’humeur bavarde. Je me contenterai des plaques patriotiques que j’ai pris la précaution de photographier à l’intérieur de l’abbaye.

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             Poil et plume. « Me rase les cheveux et les sourcils, j’avale mes lèvres. Je m’apprête à peindre mon premier autoportrait, autant me simplifier la tâche. D’ailleurs, je vais aussi fermer les yeux. » (Éric Chevillard, L’Autofictif :  – Journal 2007-2008)

Bon dimanche,

Philippe DIDION

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