24 septembre 2017 – 762

 

DIMANCHE.

Vie littéraire. Pierre Michon ne sera pas à Guéret pour les Rencontres de Chaminadour. Il sera en Suisse pour une autre manifestation littéraire. Guéret, il en a soupé, et on imagine ce qu’il peut penser de ceux qui s’y rendent par plaisir. Par compensation, nous allons le voir au cinéma dans le rôle de l’écrivain Jacques Tournier, ami de Barbara. On a déjà raté Bergounioux chez Godard, on ne va pas rater Michon chez Amalric.

MARDI.

Épinal – Châtel-Nomexy (et retour). James Ellroy, Le Dahlia noir, Rivages/Noir, 1998.

Vie littéraire. Arrivée du n° 19 de la revue Les Refusés qui contient une visite de chantier Invent’Hair autour de l’enseigne “L’Hair du temps” et de ses variantes.

Lecture. La Fin de l’homme rouge ou Le Temps du désenchantement (Vremia second hand (konets krasnovo tcheloveka), Svetlana Alexievitch, Vremia, Moscou, 2013 pour l’édition originale, Actes Sud, 2013 pour la traduction française, traduit du russe par Sophie Benech, rééd. Babel n° 1415, 2016; 688 p., 12 €).

Svetlana Alexievitch donne la parole aux habitants de l’ex-URSS. Entre 1991 et 2012, elle a recueilli, à l’aide d’un magnétophone, des témoignages de toutes provenances. Ce sont des femmes et des hommes, des civils et des soldats, des nostalgiques de Staline et des tenants du capitalisme, des Russes et des Abkhazes, des jeunes et des vieux, d’anciens gardiens et d’anciens prisonniers qui se succèdent à son micro pour raconter leur vie et leur pays. L’auteure n’intervient pas, à peine quelques mots de présentation ici ou là, aucun jugement, aucune opinion. Ce qu’elle veut, c’est “saisir le moment […] où la vie toute simple se transforme en littérature.” Et c’est bien ce rapport entre l’histoire (personnelle et générale) et la littérature qui se pose avec ce livre qui oscille constamment d’un de ces pôles à l’autre. Le lecteur, parfois amusé, souvent effaré par cette peinture de l’homo sovieticus, mange aux deux râteliers, s’instruisant sur le passé récent d’un pays et goûtant des récits souvent prenants et richement mis en mots.

MERCREDI.

Éphéméride. “À un Alfred P…, collectionneur de mes autographes :

… Pourquoi dites-vous que certaines de mes lettres sont “compromettantes” ? Est-ce parce que j’y parle de ma misère ? Si votre “admiration” vous avait incité à me lire seulement un peu, vous sauriez que j’ai proclamé moi-même, dans la plupart de mes livres, cette misère généreuse qui fut un effet de mon libre choix, ayant eu souvent le moyen et l’occasion de m’en délivrer, et dont je suis fier comme je pourrais l’être de donner mon corps à brûler pour Jésus-Christ…” (Léon Bloy, L’Invendable, 13 septembre 1906)

JEUDI.

Épinal – Châtel-Nomexy (et retour). Anthony Marra, Une constellation de phénomènes vitaux, JC Lattès, 2014.

VENDREDI.

Épinal – Châtel-Nomexy (et retour). Maxime Chattam, La Conjuration primitive, Pocket, 2014.

Lecture. Gravesend (William Boyle, 2013 pour l’édition originale, Payot & Rivages, coll. Rivages/Noir n° 1000, 2016, pour la traduction française, traduit de l’américain par Simon Baril; 352 p., 8,50 €).

On sait le soin avec lequel Gallimard choisissait les auteurs des numéros historiques de la Série Noire : Jim Thompson pour le numéro 1000, Thierry Jonquet pour le numéro 2000, un Américain, un Français, deux auteurs majeurs, deux chefs-d’œuvre. Pour une telle échéance, Rivages a choisi de miser sur un inconnu, William Boyle, qui pourrait bien ne pas le rester longtemps. Son roman est une peinture d’un quartier de Brooklyn, où il réside, nourri des films de Scorsese et de De Niro ancrés dans la communauté italienne de New York. C’est un roman noir dans lequel échoue tout ce qui est entrepris par les personnages : la vengeance de l’un, la rédemption de l’autre, le braquage entrepris par un troisième, sans oublier les échecs sentimentaux et professionnels de chacun. En agissant ainsi, William Boyle démolit la base du polar traditionnel : les bons comme les méchants sont défaits, anéantis.

Capharnaüm n° 5 (Finitude, été 2015; 96 p., 13,50 €)

“Drôles d’idées”

Capharnaüm est une revue à parution irrégulière sans ligne éditoriale affirmée : on s’y intéresse à des choses littéraires un peu décalées, les éditions du Scorpion dans un numéro précédent, Michel Ohl dans sa dernière livraison. Sous le titre “Drôles d’idées…”, elle rassemble des textes inconnus d’auteurs plus ou moins renommés, Louisa May Alcott, Jerome K. Jerome, Frigyes Karinthy, Thomas B. Thorpe. Ce sont des nouvelles qui complèteront les connaissances de ceux qui suivent de près ces écrivains, sans forcément donner envie d’en savoir plus pour les autres.

Le cabinet de curiosités du notulographe.

déménagements clocher, paris, rue réaumur, gilles bertin, 762

Paris (Seine), rue Réaumur, photo de Gilles Bertin, 1er mars 2017

SAMEDI.

Films vus pendant la semaine. Barbara (Mathieu Amalric, France, 2017)

Juillet août (Diastème, France, 2016)

La Faille (Fracture, Gregory Hoblit, É.-U. – Allemagne, 2007)

Ils sont partout (Yvan Attal, France – Belgique, 2016)

L’Eau à la bouche (Jacques Doniol-Valcroze, France, 1960)

Le Correspondant (Jean-Michel Ben Soussan, France – Belgique, 2016)

Dieu seul le sait (Heaven Knows, Mr. Allison, John Huston, É.-U. – R.-U., 1957).

L’Invent’Hair perd ses poils.

  l'aquafure, montréal, 762  l'aqua'fure, montcenis, 762

Montréal (Québec, Canada), photo de Benoît Melançon, 4 janvier 2011 / Montcenis (Saône-et-Loire), photo de Marc-Gabriel Malfant, 20 mars 2014

Poil et plume.

marko, vivre avec..., 762

Marko, Vivre avec…

              Vie littéraire. Nous sommes à Guéret pour les 12e Rencontres de Chaminadour. Nous retrouvons le Théâtre de la Fabrique, attendons dans le hall que la table ronde en cours se termine pour prendre place dans la salle. Nous assistons au débat sur “La littérature et le démon du négatif” (?) avec Oliver Rohe, Maylis de Kerangal et Vincent Message. Je ne comprends pas grand-chose aux propos échangés, il faut dire que je ne suis pas très attentif, empli que je suis de la béatitude née du simple fait d’être de retour en Creuse. Tellement béat que je finis par m’endormir. Au réveil, je vais renouveler mon ordonnance à la pharmacie de la place du Marché, m’attable au Moderne où je lis La Montagne et fais un peu de courrier. La ville est vide, comme d’habitude, cela donne une idée de ce que sera Épinal dans quelques années, au moins nous ne serons pas surpris. La boîte à livres de la place Bonnyaud a disparu, je comptais la garnir avec un plein carton suite au rangement annuel de mes étagères, tant pis, je m’en débarrasserai ailleurs.

DIMANCHE.

Vie littéraire (suite). L’hôtel où nous créchons est complet, et ce n’est pas grâce à Chaminadour. Des gens âgés, des têtes chenues qui se déplacent, ont les moyens de voyager. Si on arrive à remplir un hôtel à Guéret en plein septembre, on imagine à quoi doivent ressembler Venise et Barcelone, ça donne envie. Retour place Bonnyaud pour le bœuf gras. Je donne à Arno Bertina le bonjour dont m’a chargé un notulien et le remercie pour ses contributions à l’Invent’Hair. On sort la bête, on l’enguirlande, on déploie les banderoles, on fait les photos traditionnelles mais la pluie battante empêche les musiciens de jouer et le défilé est annulé. Il est temps de rentrer at home, et je me trouve moins triste que l’an passé dans la même situation, ayant au cœur le secret espoir de revenir ici dans le temps des fêtes.

MERCREDI.

  Éphéméride.

Vence, 20 septembre [19]61

Mon cher Gaston,

Je voudrais bien t’aider à faire construire un atelier. Je te prie de consulter un entrepreneur du pays et lui donner les mesures de ce qu’il te faut et le prier d’établir un devis aussi rapidement que possible et quand tu auras ce devis tu me l’enverras aussitôt. Peut-être qu’il serait possible de construire en deux épisodes, c’est-à-dire commencer par un petit local pas trop coûteux en arrangeant la construction de manière à ce qu’il soit facile de construire, un ou deux ans plus tard, un second local qui forme agrandissement. Mais il est important que le local ne soit pas humide et par conséquent il faut qu’il y ait un vide sanitaire  sous le plancher et même ce serait mieux si ce n’était pas au rez-de-chaussée. Ne manque pas d’attirer l’attention de l’entrepreneur sur l’importance d’avoir un local bien sec et bien sain. Je suis heureux qu’on te dispense de l’opération de l’appendicite. Moi j’ai aussi l’intestin mal foutu. Affectueusement à toi

Jean Dubuffet (Gaston Chaissac, Jean Dubuffet, Correspondance 1946-1964)

VENDREDI.

Le cabinet de curiosités du notulographe. Présence du notulographe dans le cinématographe.

didion, une belle fin 1, 762    didion, une belle fin 2, 762

Une belle fin (Still Life, Uberto Pasolini, R.-U. – Italie, 2013)

SAMEDI.

Films vus pendant la semaine. La Nouvelle Vie de Paul Sneijder (Thomas Vincent, Canada – France, 2016)

Entre les murs (Laurent Cantet, France, 2008)

Blood Father (Jean-François Richet, France, 2016)

Tu honoreras ta mère et ta mère (Brigitte Roüan, France – Grèce, 2012)

L’Origine de la violence (Élie Chouraqui, France – Allemagne, 2016)

If…. (Lindsay Anderson, R.-U., 1968).

L’Invent’Hair perd ses poils.

kitafékoi, paris, rue de ménilmontant, 762

Paris (Seine), rue de Ménilmontant, photo de Pierre Cohen-Hadria, 14 janvier 2011

Poil et plume. “Et si je liais tes pieds et tes mains avec un cheveu de ma tête, résisterais-tu ?

Il répondit, comme il avait déjà répondu :

– À toi, je ne résisterai jamais.

Elle hésita, puis :

– Si, tes pieds et tes mains une fois liés par ce cheveu, tes ennemis entraient ?…

Il la regarda et, cette fois, s’écarta un peu d’elle :

– T’ai-je dit qu’à toi, non plus qu’à rien qui me viendra de toi, je ne résisterai ? Ton cheveu, je ne le briserai donc point. Jamais, quoiqu’il arrive !

Elle le connaissait. Elle savait que jamais mensonge n’avait pu passer par sa bouche.

Alors, elle se leva, très vite. De sa tête, elle arracha un cheveu, très vite. Et, très vite, de ce cheveu, elle lia les deux mains du kaïd-amrar. Après quoi, d’un autre cheveu, elle lui lia les deux pieds.

Puis, debout, et frappant dans ses mains, elle appela.

Dans l’instant, les hommes soudoyés par elle entrèrent, et se précipitèrent sur le captif. Lui la regarda, elle. Mais il ne brisa ni l’un des cheveux, ni l’autre.” (Claude Farrère, Les Deux Cheveux)

Bon dimanche,

Philippe DIDION

 

 

 

 

 

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