26 novembre 2017 – 771

DIMANCHE.

Vie littéraire. Je boucle et envoie à la mise en pages le n° 71 du Bulletin de l’Association Georges Perec.

Lecture. La Maison de vos rêves (Kuolleita unelmia, Martti Linna, 2010 pour l’édition originale, Gaïa, coll. Polar, 2016 pour la traduction française, traduit du finnois par Paula et Christian Nabais; 256 p., 21 €).

Le roman policier scandinave est désormais si bien ancré dans les connaissances des amateurs que ceux-ci ne peuvent plus se satisfaire du simple exotisme pour y trouver leur intérêt. Ils se sont habitués aux nuits interminables, aux villes et aux campagnes glaciales, ils ne sont plus surpris de voir leur enquêteur fétiche avaler du hareng plutôt que du bœuf en daube ni de le suivre au sauna plutôt qu’au bistrot. Pour tenir le coup en milieu étranger, l’auteur suédois, islandais, norvégien ou, comme ici, finlandais, doit désormais nourrir son cadre d’un peu de substance : un personnage attachant, un procédé original, un style particulier, un suspense particulièrement réussi. C’est ce qu’avait réussi Martti Linna dans son premier roman traduit, Le Royaume des perches, dont on avait loué l’économie de moyens et la conduite du récit. Autant dire que l’on tombe de haut avec ce deuxième titre qui ne serait qu’un whodunit poussif s’il n’était, à rebours de ce que l’on professait ci-dessus, sauvé par le cadre choisi : une fabrique de maisons en rondins dont le directeur est victime de tentatives d’assassinat. C’est cette entreprise, coincée entre la tradition des produits qu’elle fabrique et la modernité glaçante des méthodes de management qu’elle pratique, qui donne un peu d’intérêt à la chose.

MERCREDI.

Épinal – Châtel-Nomexy (et retour). Carole Trébor, U4 Jules, Nathan/Syros, 2015 à ma gauche et Michel Jeury, La Grâce et le Venin, Robert Laffont, 1992 à ma droite.

  Éphéméride. À Paul Valéry

[22 novembre 1901]

“Alfred Jarry prie M. et Mme Paul Valéry de venir à la répétition intime des 4-Z’Arts demain samedi à 5 h du soir.

Pour le Père Ubu, qui y sera glorifié.” (Alfred Jarry, Correspondance)

VENDREDI.

Lecture. Récits (1924-1939) (F. Scott Fitzgerald, in “Romans, nouvelles et récits” II, Gallimard, 2012, Bibliothèque de la Pléiade n° 582, traduit de l’américain par Marc Chénetier; 1780 p., 70 €).

Le cabinet de curiosités du notulographe. Flore bâchée à Jarnages (Creuse), photo de l’auteur, 31 juillet 2016.

771 (5)

SAMEDI.

Vie musicale. Concert de Vianney à Metz. Pour s’y rendre, il a fallu emprunter une auto, le véhicule destiné aux déplacements familiaux étant en clinique depuis des semaines. Pourvu qu’il soit remis pour nous conduire en Creuse le mois prochain, c’est tout ce qu’on lui demande. Une fois sur place, j’aurais bien acheté une casquette avec l’inscription “Je suis une cruche”, premier succès du chanteur, mais le marchand de colifichets n’en vend pas. Dommage, je m’étais laissé dire que ça m’irait à ravir. Vianney, dont j’apprécie les enregistrements, aligne ses titres avec un métier déjà consommé, seul en scène avec sa guitare, mais fait un usage immodéré du système de boucles qui permet de superposer plusieurs séquences rythmiques de l’instrument. Le principal avantage de la chose – pour le chanteur – est qu’il permet d’éviter de payer des musiciens; son principal inconvénient – pour son art – est qu’il transforme un petit bijou de chanson de trois minutes trente en un épais galimatias d’un quart d’heure.

Films vus pendant la semaine. Bienvenue à Marly-Gomont (Julien Rambaldi, France, 2016)

Archimède le clochard (Gilles Grangier, France – Italie, 1959)

Captain Fantastic (Matt Ross, É.-U., 2016)

Le Partage de Catherine (La bugiarda, Luigi Comencini, France – Espagne – Italie, 1965)

Miss Peregrine et les enfants particuliers (Miss Peregrine’s Home for Peculiar Children, Tim Burton, R.-U. – Belgique – É.-U., 2016)

Le Feu aux poudres (Henri Decoin, France – Italie, 1957).

              Invent’Hair, bilan d’étape. Bilan établi au stade de 3700 salons, atteint le 3 juillet 2017.

Bilan géographique.                                                                                        

Classement général par pays.

1. France : 3117 (+ 81)
2. Espagne : 165 (+ 6)
3. Royaume-Uni : 55 (+ 1)
4. Belgique 51 (+ 10)
5. États-Unis : 45 (=)
6. Italie : 36 (=)
7. Danemark : 21 (=)
8. Suisse : 20 (=)
“. Portugal : 20 (=)
10. Pérou : 19 (=)
“. Canada 19 (=)

Les États-Unis ne progressent plus depuis un bon moment et se font souffler la 4e place par la Belgique. Seuls les 4 premiers du top 10 augmentent leur score, avec, plus loin, le Japon et la Suède.

Classement général par régions (France).

1. Rhône-Alpes : 598 (+ 5)
2. Île-de-France : 496 (+ 19)
3. Languedoc-Roussillon : 266 (+ 2)
4. Lorraine : 240 (+ 6)
5. Provence-Alpes-Côte-d’Azur : 216 (+ 3)
6. Midi-Pyrénées : 172 (=)
7. Bretagne : 132 (+ 11)
8. Pays de la Loire : 131 (+ 18)
9 Bourgogne : 123 (+ 3)
10. Centre : 114 (+ 6)

La Bourgogne continue à descendre dans le classement, dépassée par les Pays de la Loire et désormais sous la menace du Centre. 14 régions sur 27 progressent.

Classement général par départements (France).

1. Seine (Paris) : 397 (+ 11)
2. Rhône : 319 (+ 2)
3. Vosges : 143 (+ 2)
4. Loire-Atlantique : 104 (+ 17)
5. Pyrénées-Orientales : 87 (=)
“. Loire : 87 (=)
7. Meurthe-et-Moselle : 75 (+ 3)
8. Alpes-Maritimes : 70 (=)
“. Saône-et-Loire : 70 (=)
10. Hérault : 69 (+ 2)

La Loire-Atlantique atteint et dépasse la centaine de clichés et s’éloigne des Pyrénées-Orientales et de la Loire avec lesquelles elle était ex-æquo.

Classement général par communes.

1. Paris : 397 (+ 11)
2. Lyon : 144 (+ 2)
3. Barcelone : 54 (=)
4. Nantes : 53 (=)
5. Nancy : 44 (+ 2)
6. Épinal 37 (+ 1)
7. Nice : 33 (=)
8. Marseille 24 (=)
“. Villeurbanne 24 (=)
10. Perpignan : 18 (=)

Pas de changement dans le top 10. Saint-Nazaire fait la meilleure opération avec 14 salons qui propulsent le ville de la 291e à la 15e place.

Bilan humain.

  1. Marc-Gabriel Malfant : 1305 (+ 28)
  2. Philippe Didion : 326 (+ 2)
  3. Pierre Cohen-Hadria : 248 (+ 18)
  4. François Golfier : 180 (+ 1)
  5. Jean-Damien Poncet : 163 (+ 13)
  6. Jean-Christophe Soum-Fontez : 144 (+ 3)
  7. Hervé Bertin : 124 (+ 1)
  8. Sylvie Mura : 84 (+ 2)
  9. Bernard Cattin : 67 (+ 4)
  10. Benoît Howson : 65 (=)

Bernard Cattin passe devant Benoît Howson, le seul de top 10 à ne pas avoir engrangé de points sur cette centaine.

Étude de cas. Hommage à la résistance (plus ou moins dormante) : enseignes basiques.

771  771 (2)  771 (4)

Lagny-sur-Marne (Seine-et-Marne), photo de Pierre Cohen-Hadria, 27 janvier 2011 / Barcelone (Catalogne), photo de Marc-Gabriel Malfant, 15 octobre 2012 / La Roche-sur-Foron (Haute-Savoie), photo de Jean-Damien Poncet, 16 juillet 2016

771 (3)

Le Poujol-sur-Orb (Hérault), photo de Marc-Gabriel Malfant, 15 juin 2015

IPAD (Itinéraire Patriotique Alphabétique Départemental). 4 octobre 2015. 86 km. (29595 km).

771 (6)

153 habitants

   Abrité sous un arbre au feuillage pourpré au bord de la rue principale, l’obélisque de pierre claire bénéficie d’une double enceinte : une chaîne (dont la moitié a disparu, ne restent que les crochets qui la fixaient aux plots) et une rambarde métalliques. Entre ces deux limites, une jardinière de bois désertée par les fleurs. Sur la face avant, les bas-reliefs habituels, Croix de Guerre et de Lorraine, rameaux divers. Deux drapeaux tricolores surmontent l’ensemble.

771 (1)

A nos morts

1914-1918

Gustave PIERRE 1914      Émile DUFOURD 1915

Joseph MIGUET  »       André BRUTTE  »

Jules LIEBAUT  »      Marcel HUOT  »

Georges ANDRÉ  »      Georges DUFOUR 1916

Charles HUOT  »      Jules ANDRÉ 1917

Lucien BEAUMONT 1915      René RÉVEILLÉ  »

Georges PARISOT  »      Joseph PIERRE 1918

Albert FEBRUNET  »      Arsène PERRARD  »

Paul DUFOURD 1921

Léon RENAUD 1925

              Poil et plume. “On a commencé tout de suite la chimiothérapie, dans l’espoir de sauver sa jambe et on l’a sauvée. Il a supporté avec vaillance la plus grande partie du traitement, ce qu’il ne supportait pas c’est l’idée de perdre ses cheveux et ses poils. C’était un adolescent inquiet, tourmenté, à la virilité encore mal assurée. Les filles l’effrayaient autant qu’elles l’attiraient. Alors, quand ses cheveux ont commencé à tomber, quand à l’image qu’il voyait encore dans la glace s’est superposée celle du zombie qu’il allait bientôt devenir, chauve, sans sourcils, sans poils autour du sexe, on avait beau lui assurer que cela repousserait vite, l’angoisse a été trop forte et il a arrêté le traitement. ” (Emmanuel Carrère, D’autres vies que la mienne)

Bon dimanche,

Philippe DIDION

 

 

 

 

 

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19 novembre 2017 – 770

DIMANCHE.
                   Lecture. Espis : un nouveau Lourdes ? Des ténèbres sataniques à l’étoile du matin (Gengenbach, Imprimerie A. Fauvet, 1949; 28 p.).
                                 Lecture faite en prévision d’une réédition pour laquelle on m’a demandé d’écrire quelques mots de présentation.
MERCREDI.
                  Épinal – Châtel-Nomexy (et retour). Daniel Pennac, Monsieur Malaussène, Folio, 1997.
                   Lecture. Avenue des Diables-Bleus (Louis Nucera, Grasset, 1979, rééd. LGF, coll. Le Livre de poche n° 5645, 1990; 224 p., s.p.m.).
                                 Ce que l’on sait de Louis Nucera tient en peu de mots : né à Nice, écrivain (jamais lu jusqu’asteure), journaliste, ami de Brassens (sa principale source de notoriété), passionné de cyclisme, d’ailleurs mort en selle, renversé par une auto. Il prend ici prétexte d’un retour dans sa ville natale pour évoquer les souvenirs qui lui reviennent en arpentant ses rues. La ville est vaste et les souvenirs nombreux, la promenade est longue, devient lassante sur la fin. C’est que tous les sentiers battus et rebattus du genre autobiographique y passent : la famille, la guerre, l’école, le certif, le service militaire, les premières amours, le tutti, le quanti. Se dessine ainsi un tableau détaillé de la vie du petit peuple de Nice originaire d’Italie. Nucera n’évite pas tous les pièges qui s’ouvrent quand on manie une arme aussi redoutable que la nostalgie mais au moins sa plume est élégante et son récit agréable à suivre. Mieux, il innove un peu en évoquant des actions peu glorieuses commises dans sa jeunesse, “des abominations – parfois des insignifiances”, dont la honte le poursuit encore et vient hanter ses nuits. Quand on n’a pas toujours mené une existence de séraphin, on sait ce que c’est.

                  Éphéméride. “15 novembre.

* Adrienne Monnier ouvre sa librairie rue de l’Odéon. Les livres remplacent les armoires normandes précédemment vendues dans la boutique.
* Marie de Gournay envoie à Juste Lipse un exemplaire des Essays imprimé par ses soins.
* La Fontaine est élu à la succession académique de Colbert, à l’issue d’une séance orageuse au cours de laquelle les immortels ont échangé quelques injures. Le vieux Rose : Je vois bien qu’il vous faut un Marot (sous-entendu : maraud) – Benserade : Et à vous une marotte.” (Michelle Grangaud, Calendrier des poètes : Année folle I)
VENDREDI.
Le cabinet de curiosités du notulographe. Dites-le avec des fleurs, photos de l’auteur.

 

770  770 (2)

Aubusson (Creuse), 5 août 2016 / Willer-sur-Thur (Haut-Rhin), 25 avril 2015
SAMEDI.
             Football. SA Spinalien – Villefranche 0 – 0.
             Films vus pendant la semaine. Mes trésors (Pascal Bourdiaux, France, 2017)
                                                                Une balle dans le canon (Michel Deville & Charles Gérard, France, 1958)
                                                                Radin ! (Fred Cavayé, France, 2016)
                                                                Courte tête (Norbert Carbonnaux, France, 1956)
                                                                Julieta (Pedro Almodóvar, Espagne, 2016)
                                                                Le Jeu de la vérité (François Desagnat, France, 2014).
             L’Invent’Hair perd ses poils.
770 (3)  770 (4)
Lagny-sur-Marne (Seine-et-Marne), photo de Pierre Cohen-Hadria, 27 janvier 2011 / Vesseaux (Ardèche), photo de Marc-Gabriel Malfant, 11 décembre 2011
             Poil et plume. “Quand je coiffais Chateaubriand, j’étais, comme avec les autres, d’une rigueur extrême. L’impression de désordre ne s’improvise pas. Il y faut des années d’étude, du temps, de la pratique, une méthode. Et puis, je l’aimais. J’avais peur aussi de lui déplaire, qu’il ne choisisse un autre figaro. Il avait soixante-douze ans, âge de caprices. J’en avais vingt-quatre, âge sérieux.” (Adrien Goetz, Le Coiffeur de Chateaubriand)
Bon dimanche,
Philippe DIDION

 

12 novembre 2017 – 769

DIMANCHE.
                   Vie des livres. Plusieurs boîtes à livres ont fait leur apparition dans la ville cet été. Dont une dans le quartier, que je visite assez fréquemment. Cela a l’air de bien marcher, la rotation est satisfaisante et j’y trouve parfois des choses intéressantes. Mais je la nourris surtout, et plus souvent qu’à mon tour, par des dépôts quasi quotidiens. Ce matin, j’y abandonne un Steinbeck moyen (Travels with Charley) et y récolte le dernier tome du Journal de Charles Juliet.
MARDI.
            Vie littéraire. Actualité Michon abondante des jours-ci. L’homme se multiplie sur les écrans et les ondes pour accompagner la sortie de deux inédits et d’un Cahier de l’Herne à lui consacré. J’ai regardé sa prestation la semaine dernière à la télévision et je crois que je n’irai pas au-delà. Le discours que tient Pierre Michon de façon régulière depuis un moment m’est devenu pénible. Selon lui, Vies minuscules – puisqu’il faut bien toujours en revenir à cette ouverture magistrale – serait un livre mal lu, mal compris et les raisons pour lesquelles on le tient en haute estime ne seraient pas les bonnes. Quant à La Grande Beune, ce n’est rien d’autre qu’un livre de commande, etc. Bref, Michon semble considérer qu’il n’a pas les lecteurs qu’il mérite. Cela me gêne, me vexe un peu même puisque la lecture qu’il juge erronée est celle que j’ai faite. J’ai publié à ce sujet deux ou trois petits trucs mais dès que j’ai essayé de les développer et de les proposer ailleurs, cela n’a rien donné. Je me trompe donc et m’en trouve marri d’autant que, si j’entretiens de bonnes relations avec Agnès Castiglione, spécialiste de l’auteur, ceux et celles qui gravitent autour de lui – Lafon, Riboulet, Désérable… – m’agacent un peu et ne me semblent pas moins fautifs que moi. Mais si la posture de magot chinois de Michon me gêne, je m’incline respectueusement devant son œuvre et demanderai à chroniquer les publications de l’Herne, ne serait-ce que pour montrer que je sais être têtu.
MERCREDI.
                  Éphéméride. “8 novembre [1858]
Lu dans le Dictionnaire des contemporains : “Goncourt, Edmond et Jules Huot, dits de “ etc. Cette contestation de notre particule, si enviée, il paraît, devait nous venir. Nous l’attendions par un duel; nous sommes très contents d’en finir par un procès en diffamation, que nous allons faire aux nommés Hachette et Vapereau.” (Edmond et Jules de Goncourt, Journal : Mémoires de la vie littéraire)
                  Lecture. Stahr (F. Scott Fitzgerald, in “Romans, nouvelles et récits” II, Gallimard, 2012, Bibliothèque de la Pléiade n° 582, traduit de l’américain par Philippe Jaworski; 1780 p., 70 €).
                                Fitzgerald a laissé au moment de sa mort un roman inachevé, ou plutôt un roman en chantier, dont les feuillets ont d’abord été ordonnés et publiés par Edmund Wilson sous le titre The Last Tycoon (Le Dernier Nabab) en 1941. En 1993, Matthew J. Bruccoli en procura une version différente intitulée The Love of the Last Tycoon. A Western. Pour la Pléiade, Philippe Jaworski a pris l’initiative de livrer sa propre version, Stahr, d’après le nom du personnage principal, producteur à Hollywood. On pourrait multiplier les versions et les titres à l’infini car les projets de Fitzgerald concernant la forme de son roman n’étaient pas arrêtés au moment où il dut l’abandonner. Seuls les spécialistes sauront si le travail de Jaworski est meilleur que celui de ses prédécesseurs. Ce qui dominera chez le lecteur moyen sera le regret d’être à jamais privé du texte fini, tant ces bribes, tout de même agencées de façon à donner une histoire suivie et presque complète, laissent présager un roman de la force de Gatsby. En 1939-40, l’inspiration et le talent de Fitzgerald n’étaient pas taris, comme le prouvaient d’ailleurs les Histoires de Pat Hobby dont la rédaction était contemporaine de Stahr.
VENDREDI.
                  Lecture. Le Petit Bleu de la côte ouest (Jean-Patrick Manchette, Gallimard, coll. Série Noire n° 1714, 1976, rééd. in Jean-Patrick Manchette « Romans noirs », Gallimard, coll. Quarto, 2005; 1344 p., 29,50 €).
                        Relecture.
                        Extrait. “L’homme avait subi une trachéotomie et diverses opérations. Il demeurait invalide et ses cordes vocales étaient détruites. Des moyens existaient de lui rééduquer scientifiquement la voix, mais Hodeng n’était pas en mesure de se les payer. Toutefois, en s’aidant des instructions contenues dans un livre américain, il commença de pouvoir à nouveau produire des sons organisés, grâce à de complexes contractions du diaphragme et de la trachée. Le résultat, rauque, flûté et pneumatique, rappelait à la fois François Mauriac et Roland Kirk.”
                  Le cabinet de curiosités du notulographe. Fête des voisins.

769  769 (2)

Blainville-sur-l’Eau (Meurthe-et-Moselle), photo de Francis Henné, 1er mai 2014 / Épinal (Vosges), photo de l’auteur, 19 octobre 2015
SAMEDI.
              Football. SA Spinalien – CS Moulien 6 – 2.
              Vie des livres. Lucie rentre, heureuse d’avoir déniché un Steinbeck dans la boîte à livres. C’est celui que j’ai déposé dimanche. Il y a comme un défaut de communication au sein de cette famille.
              Films vus pendant la semaine. Genius (Michael Grandange, R.-U. – É.-U., 2016)
                                                                Marinella (Pierre Caron, France, 1936)
                                                                Tour de France (Rachid Djaidani, France, 2016)
                                                                1984 (Nineteen Eighty-Four, Michael Radford, R.-U., 1984)
                                                                Ma vie de chat (Nine Lives, Barry Sonnenfeld, France – Chine –Canada, 2016)
                                                                Après la guerre (Jean-Loup Hubert, France, 1989).                                                                                                           
              L’Invent’Hair perd ses poils.
769 (3)  769 (4)
Plouescat (Finistère), photo de François Golfier, 19 janvier 2011 / Laroque-des-Albères (Pyrénées-Orientales), photo de Marc-Gabriel Malfant, 28 mars 2011
              IPAD (Itinéraire Patriotique Alphabétique Départemental). 6 septembre 2015. 90 km. (29509 km).
769 (5)
282 habitants

   L’obélisque ordinaire est entouré d’une grille haute peinte en rouge brique. Beaucoup de couleurs dans le parterre de fleurs situé en avancée.

769 (1)

DIDELOT René 1914     BASTIEN Émile 1915

SECRET Paul 1914     MULOT Eugène 1915

BRAUX Jules 1914     BEURDOUCHE Jean 1915

BOUTON Camille 1914     POINCELOT Louis 1915

BLONDIN Henri 1914     BOTT Pierre 1915

MOUGENOT Émile 1914     RAMBAUT Théodore 1916

SCHNEBERGER Louis 1914     SPEDER Jean 1917

EURY Henri 1914     BOUTON Lucien 1918

GUILLEREY Paul 1915     MENNEGAND Louis 1926

DAUTREY Lucien 1944

CANARD René 1944

MULOT Abel 1945

MATHIEU Henri 1946

              Poil et plume. Entièrement éployée, sa chevelure, blonde et superbe, tendait à s’élever au-dessus d’elle, sans toutefois atteindre la surface. Au moindre mouvement, chaque cheveu, entouré d’une sorte de mince fourreau aqueux, vibrait sous le frottement des nappes fluides, et la corde ainsi formée engendrait, selon sa longueur, un son plus ou moins haut. Ce phénomène expliquait la séduisante musique entendue aux approches du diamant. ” (Raymond Roussel, Locus Solus)
Bon dimanche,
Philippe DIDION

 

5 novembre 2017 – 768

DIMANCHE.
                   Lecture. La “Pléiade” de Saint-John Perse : La Poésie contre l’Histoire (Renée Ventresque, Classiques Garnier, coll. Études de littérature des XXe et XXIe siècles n° 15, 2011; 444 p., 59 €).
              Il y a quarante ans, les Classiques Garnier publiaient les grandes œuvres de la littérature avec un appareil critique qui n’avait pas à rougir d’un comparaison avec celui de la Pléiade. J’ai encore en rayon, de cette époque, Les Fleurs du mal, un Stendhal et un Madame Bovary devenu illisible tant il a été couvert d’annotations. Aujourd’hui, la vénérable maison se consacre à des études critiques pointues qu’elle vend exorbitément cher. À qui ? C’est ce que je me demande quand je passe devant la boutique de la rue Champollion et que je vois les volumes aux titres obscurs qui y trônent. Henri Béhar, qui a publié dans cette maison Le Surréalisme par les textes, me disait que son livre était surtout destiné aux bibliothèques universitaires – ce qui constitue tout de même un public restreint. Heureusement, le service de presse n’est pas chien et répond en général favorablement aux demandes que je lui adresse pour Histoires littéraires, ce qui me permet de regarder de temps à autre ce qu’il y a derrière les belles couvertures jaunes. La qualité est toujours là : cette étude sur la fabrication, par son auteur, du volume Pléiade de Saint-John Perse en est un bon exemple. Renée Ventresque fait l’historique de la publication, revient sur les échanges entre le poète et le représentant de Gallimard, Robert Carlier, qui ont duré de 1960 à 1972. S’attachant ensuite à sa composition, elle analyse les “moyens mis en œuvre par Saint-John Perse pour élaborer cette fiction”. Car c’en est une – lettres fabriquées, biographie arrangée, témoignages tronqués, etc. – tout le monde le sait aujourd’hui. Ce qu’on sait moins, c’est que c’est Mathieu Galey qui, le premier, a soulevé le lièvre dès la sortie du volume, ce qui lui valut on s’en doute les foudres de l’ambassadeur poète. Celui-ci a soigneusement construit sa statue et le piédestal destiné à la soutenir, exercice de haute acrobatie consistant à se mettre en valeur tout en se disant rétif à tout hommage ou marque de reconnaissance. Le travail de Renée Ventresque, de haute précision, se lit très facilement et avec un intérêt qui ne faiblit pas.
LUNDI.
           Lecture. Barbara ou Les Parenthèses (Jacques Tournier, Seghers, 1968 pour la première édition, rééd. Équateurs, 2017; 96 p., 14 €).
                         Ce texte provient du volet “Poésie et Chansons” que Seghers ajouta, à un moment donné, à sa collection “Poètes d’aujourd’hui”, dans lequel figure notamment le Brassens d’Alphonse Bonnafé. On y apprend paradoxalement beaucoup plus sur Jacques Tournier que sur la chanteuse : on devine qu’un lien très fort les unit mais l’auteur reste très pudique à son sujet. Tournier, je le découvre, a beaucoup écrit, beaucoup traduit aussi (Capote, Fitzgerald) et se révèle un écrivain remarquable. Chose étonnante, son texte, qui prend la forme d’un très bel hommage, n’eut pas l’heur de plaire à Barbara si l’on en croit la préface de Jacques Amalric : “Après la publication du livre, elle lui a fermé la porte. A refusé qu’il continue le texte qu’il voulait écrire pour la réédition de 1981. Et lui a fait savoir qu’elle ne voulait pas le voir.” Il y a peu de chance cependant qu’elle ait trouvé ailleurs une aussi belle plume pour chanter ses louanges.
MARDI.
            Lecture. Histoires littéraires n° 63 (Du Lérot éditeur, juillet-août-septembre 2015; 192 p., 25 €).
                          Hommage à Jean-Jacques Lefrère.
                          On compte 36 participants à cet hommage, des habitués d’Histoires littéraires et du Colloque des Invalides bien sûr, mais aussi des gens venus d’autres sphères de la littérature comme Roger Grenier et Jean-Marc Hovasse. Je ne me souviens plus précisément de l’appel à contributions mais il fallait faire fissa et chacun a dû agir dans l’urgence pour nourrir ce numéro. Aussi tous les textes n’ont-ils pas un rapport direct avec Lefrère, beaucoup semblent avoir donné ce qu’ils avaient en réserve pour la revue, ce qui a le mérite d’éviter les hommages compassés et donne à l’ensemble un côté disparate qui aurait plu à Lefrère. Pour ma part, je n’ai pas eu à me creuser la tête pour donner mon écot : le hasard voulut que je venais à ce moment-là d’entrer en possession d’une lettre de Lefrère dont un notulien bien intentionné m’avait fourni la copie. Lettre datant de 1976, écrite par un Lefrère de vingt ans qui préparait alors son premier ouvrage sur Lautréamont, conclue par ces mots qui ne manquent pas de sel quand on sait tout ce qui allait suivre : “Lautréamont, pour moi, c’est fini.” J’avais aussi sous le coude, toujours grâce au canal notulien, les échanges animés de Jean-Jacques Lefrère avec les lecteurs de La République des Pyrénées qui n’ont pu y trouver place. Je les ai toujours en réserve.
            Vie commerciale. Le magasin Simply Market, où nous avons nos habitudes, annonce par courrier qu’il devient Auchan. Je suis en général attaché aux anciennes appellations, dans tous les domaines, Lorraine, Limousin, PTT, ANPE, ce genre de choses, et j’ai bien envie de répondre que je n’apprécie guère ce changement de nom. C’est bien simple, si l’on persiste à vouloir l’effectuer, je retourne au Mammouth.
MERCREDI.
                  Éphéméride. “1er novembre [1917]
Par instants il m’apparaît, et comme dans un éclairement soudain, que je n’ai plus que peu de temps à vivre; et que c’est pour cela que je prends à tout ce que je lis un tel intérêt, que toute chose que je vois me paraît si belle et que je goûte à vivre tant de joie.
J’ai reçu de Marc, hier, une lettre d’une fantaisie et d’une grâce exquises dont toutes mes pensées restent ensoleillées. La moitié de la journée a été donnée, hélas ! à la correspondance. Lu beaucoup d’anglais (Santayana, chapitre sur Browning, sur le platonisme des poètes italiens, et sur l’irréligion de Shakespeare, dans Poetry and Religion, que m’a prêté Guillaume Lerolle; et le Simon the Jester de Locke); avancé la mise au net des Mémoires; revu un chapitre de la traduction de End of the Tether.
Lu ce soir aux petites quelques pages du Panégyrique de saint Bernard.
Éducation, c’est délivrance. C’est là ce que je voudrais apprendre à Marc.” (André Gide, Journal)
                 Lecture. Dodgers (Bill Beverly, Crown Publishers, 2016 pour l’édition originale, Le Seuil, 2016 pour la traduction française, rééd. Points Policiers P 4532, 2017, traduit de l’américain par Samuel Todd; 384 p., 7,80 €).
                               Quatre jeunes Noirs, employés subalternes d’un gang de Los Angeles, se voient offrir une promotion : un voyage jusqu’au Wisconsin pour aller abattre un juge. L’odyssée du quatuor n’a rien de passionnant : conversation elliptiques, ennui de la route, poussées de violence au hasard des rencontres, on a lu ça cent fois. Et puis le groupe se délite, l’attention est focalisée sur un de ses membres et l’intérêt surgit au fur et à mesure que le récit s’affirme et que le style devient moins conventionnel. Pour son premier roman, Bill Beverly finit par emporter la mise et pourrait bien mener par la suite une carrière intéressante.
JEUDI.
          Lecture. La Femelle du Requin n° 45 (printemps 2016; 146 p., 10 €).
                        Pierre Bergounioux – Howard McCord – Yves & Ada Rémy.
VENDREDI.
                  Le cabinet de curiosités du notulographe. Faut le fer (suite).
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Vosges Matin, 30 janvier 2017 / Montreuil (Seine-Saint-Denis), photo de Christine Gérard, 8 juillet 2017
SAMEDI.
              Films vus pendant la semaine. L’Argent de la vieille (Lo scopone scientifico, Luigi Comencini, Italie, 1972)
                                                                Django (Étienne Comar, France, 2017)
                                                                Huis-clos (Jacqueline Audry, France, 1954)
                                                                Le Grand Jeu (Nicolas Pariser, France, 2015)
                                                                Frantz (François Ozon, France – Allemagne, 2016)
                                                                Viridiana (Luis Buñuel, Espagne – Mexique, 1961).         
              L’Invent’Hair perd ses poils.
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Tourlaville (Manche), photo de Sibylline, 19 janvier 2011 / Chaumont (Haute-Marne), photo de Martine Sonnet, 2 février 2011
              IPAD (Itinéraire Patriotique Alphabétique Départemental). 23 août 2015. 72 km. (29419 km).
768
100 habitants

   Pas de monument aux morts visible.

              Poil et plume. “Comme tous les jours elle le poussait à bout par ses paroles et qu’elle le harcelait, il fut excédé à en mourir. Il lui ouvrit tout son cœur : “Le rasoir n’a jamais passé sur ma tête, lui dit-il, car je suis nazir de Dieu depuis le sein de ma mère. Si on me rasait, alors ma force se retirerait de moi, je perdrais ma vigueur et je deviendrais comme tous les hommes.” Dalila comprit alors qu’il lui avait ouvert tout son cœur, elle fit appeler les princes des Philistins et leur dit : “Venez cette fois car il m’a ouvert tout son cœur.” Et les princes des Philistins vinrent chez elle, l’argent en main. Elle endormit Samson sur ses genoux, appela un homme et lui fit raser les sept tresses des cheveux de sa tête. Ainsi elle commença à le dominer et sa force se retira de lui.” (Ancien Testament, Juges, 17)
Bon dimanche,
Philippe DIDION