5 novembre 2017 – 768

DIMANCHE.
                   Lecture. La “Pléiade” de Saint-John Perse : La Poésie contre l’Histoire (Renée Ventresque, Classiques Garnier, coll. Études de littérature des XXe et XXIe siècles n° 15, 2011; 444 p., 59 €).
              Il y a quarante ans, les Classiques Garnier publiaient les grandes œuvres de la littérature avec un appareil critique qui n’avait pas à rougir d’un comparaison avec celui de la Pléiade. J’ai encore en rayon, de cette époque, Les Fleurs du mal, un Stendhal et un Madame Bovary devenu illisible tant il a été couvert d’annotations. Aujourd’hui, la vénérable maison se consacre à des études critiques pointues qu’elle vend exorbitément cher. À qui ? C’est ce que je me demande quand je passe devant la boutique de la rue Champollion et que je vois les volumes aux titres obscurs qui y trônent. Henri Béhar, qui a publié dans cette maison Le Surréalisme par les textes, me disait que son livre était surtout destiné aux bibliothèques universitaires – ce qui constitue tout de même un public restreint. Heureusement, le service de presse n’est pas chien et répond en général favorablement aux demandes que je lui adresse pour Histoires littéraires, ce qui me permet de regarder de temps à autre ce qu’il y a derrière les belles couvertures jaunes. La qualité est toujours là : cette étude sur la fabrication, par son auteur, du volume Pléiade de Saint-John Perse en est un bon exemple. Renée Ventresque fait l’historique de la publication, revient sur les échanges entre le poète et le représentant de Gallimard, Robert Carlier, qui ont duré de 1960 à 1972. S’attachant ensuite à sa composition, elle analyse les “moyens mis en œuvre par Saint-John Perse pour élaborer cette fiction”. Car c’en est une – lettres fabriquées, biographie arrangée, témoignages tronqués, etc. – tout le monde le sait aujourd’hui. Ce qu’on sait moins, c’est que c’est Mathieu Galey qui, le premier, a soulevé le lièvre dès la sortie du volume, ce qui lui valut on s’en doute les foudres de l’ambassadeur poète. Celui-ci a soigneusement construit sa statue et le piédestal destiné à la soutenir, exercice de haute acrobatie consistant à se mettre en valeur tout en se disant rétif à tout hommage ou marque de reconnaissance. Le travail de Renée Ventresque, de haute précision, se lit très facilement et avec un intérêt qui ne faiblit pas.
LUNDI.
           Lecture. Barbara ou Les Parenthèses (Jacques Tournier, Seghers, 1968 pour la première édition, rééd. Équateurs, 2017; 96 p., 14 €).
                         Ce texte provient du volet “Poésie et Chansons” que Seghers ajouta, à un moment donné, à sa collection “Poètes d’aujourd’hui”, dans lequel figure notamment le Brassens d’Alphonse Bonnafé. On y apprend paradoxalement beaucoup plus sur Jacques Tournier que sur la chanteuse : on devine qu’un lien très fort les unit mais l’auteur reste très pudique à son sujet. Tournier, je le découvre, a beaucoup écrit, beaucoup traduit aussi (Capote, Fitzgerald) et se révèle un écrivain remarquable. Chose étonnante, son texte, qui prend la forme d’un très bel hommage, n’eut pas l’heur de plaire à Barbara si l’on en croit la préface de Jacques Amalric : “Après la publication du livre, elle lui a fermé la porte. A refusé qu’il continue le texte qu’il voulait écrire pour la réédition de 1981. Et lui a fait savoir qu’elle ne voulait pas le voir.” Il y a peu de chance cependant qu’elle ait trouvé ailleurs une aussi belle plume pour chanter ses louanges.
MARDI.
            Lecture. Histoires littéraires n° 63 (Du Lérot éditeur, juillet-août-septembre 2015; 192 p., 25 €).
                          Hommage à Jean-Jacques Lefrère.
                          On compte 36 participants à cet hommage, des habitués d’Histoires littéraires et du Colloque des Invalides bien sûr, mais aussi des gens venus d’autres sphères de la littérature comme Roger Grenier et Jean-Marc Hovasse. Je ne me souviens plus précisément de l’appel à contributions mais il fallait faire fissa et chacun a dû agir dans l’urgence pour nourrir ce numéro. Aussi tous les textes n’ont-ils pas un rapport direct avec Lefrère, beaucoup semblent avoir donné ce qu’ils avaient en réserve pour la revue, ce qui a le mérite d’éviter les hommages compassés et donne à l’ensemble un côté disparate qui aurait plu à Lefrère. Pour ma part, je n’ai pas eu à me creuser la tête pour donner mon écot : le hasard voulut que je venais à ce moment-là d’entrer en possession d’une lettre de Lefrère dont un notulien bien intentionné m’avait fourni la copie. Lettre datant de 1976, écrite par un Lefrère de vingt ans qui préparait alors son premier ouvrage sur Lautréamont, conclue par ces mots qui ne manquent pas de sel quand on sait tout ce qui allait suivre : “Lautréamont, pour moi, c’est fini.” J’avais aussi sous le coude, toujours grâce au canal notulien, les échanges animés de Jean-Jacques Lefrère avec les lecteurs de La République des Pyrénées qui n’ont pu y trouver place. Je les ai toujours en réserve.
            Vie commerciale. Le magasin Simply Market, où nous avons nos habitudes, annonce par courrier qu’il devient Auchan. Je suis en général attaché aux anciennes appellations, dans tous les domaines, Lorraine, Limousin, PTT, ANPE, ce genre de choses, et j’ai bien envie de répondre que je n’apprécie guère ce changement de nom. C’est bien simple, si l’on persiste à vouloir l’effectuer, je retourne au Mammouth.
MERCREDI.
                  Éphéméride. “1er novembre [1917]
Par instants il m’apparaît, et comme dans un éclairement soudain, que je n’ai plus que peu de temps à vivre; et que c’est pour cela que je prends à tout ce que je lis un tel intérêt, que toute chose que je vois me paraît si belle et que je goûte à vivre tant de joie.
J’ai reçu de Marc, hier, une lettre d’une fantaisie et d’une grâce exquises dont toutes mes pensées restent ensoleillées. La moitié de la journée a été donnée, hélas ! à la correspondance. Lu beaucoup d’anglais (Santayana, chapitre sur Browning, sur le platonisme des poètes italiens, et sur l’irréligion de Shakespeare, dans Poetry and Religion, que m’a prêté Guillaume Lerolle; et le Simon the Jester de Locke); avancé la mise au net des Mémoires; revu un chapitre de la traduction de End of the Tether.
Lu ce soir aux petites quelques pages du Panégyrique de saint Bernard.
Éducation, c’est délivrance. C’est là ce que je voudrais apprendre à Marc.” (André Gide, Journal)
                 Lecture. Dodgers (Bill Beverly, Crown Publishers, 2016 pour l’édition originale, Le Seuil, 2016 pour la traduction française, rééd. Points Policiers P 4532, 2017, traduit de l’américain par Samuel Todd; 384 p., 7,80 €).
                               Quatre jeunes Noirs, employés subalternes d’un gang de Los Angeles, se voient offrir une promotion : un voyage jusqu’au Wisconsin pour aller abattre un juge. L’odyssée du quatuor n’a rien de passionnant : conversation elliptiques, ennui de la route, poussées de violence au hasard des rencontres, on a lu ça cent fois. Et puis le groupe se délite, l’attention est focalisée sur un de ses membres et l’intérêt surgit au fur et à mesure que le récit s’affirme et que le style devient moins conventionnel. Pour son premier roman, Bill Beverly finit par emporter la mise et pourrait bien mener par la suite une carrière intéressante.
JEUDI.
          Lecture. La Femelle du Requin n° 45 (printemps 2016; 146 p., 10 €).
                        Pierre Bergounioux – Howard McCord – Yves & Ada Rémy.
VENDREDI.
                  Le cabinet de curiosités du notulographe. Faut le fer (suite).
768 (2)    768 (1)
Vosges Matin, 30 janvier 2017 / Montreuil (Seine-Saint-Denis), photo de Christine Gérard, 8 juillet 2017
SAMEDI.
              Films vus pendant la semaine. L’Argent de la vieille (Lo scopone scientifico, Luigi Comencini, Italie, 1972)
                                                                Django (Étienne Comar, France, 2017)
                                                                Huis-clos (Jacqueline Audry, France, 1954)
                                                                Le Grand Jeu (Nicolas Pariser, France, 2015)
                                                                Frantz (François Ozon, France – Allemagne, 2016)
                                                                Viridiana (Luis Buñuel, Espagne – Mexique, 1961).         
              L’Invent’Hair perd ses poils.
768 (4)  768 (3)
Tourlaville (Manche), photo de Sibylline, 19 janvier 2011 / Chaumont (Haute-Marne), photo de Martine Sonnet, 2 février 2011
              IPAD (Itinéraire Patriotique Alphabétique Départemental). 23 août 2015. 72 km. (29419 km).
768
100 habitants

   Pas de monument aux morts visible.

              Poil et plume. “Comme tous les jours elle le poussait à bout par ses paroles et qu’elle le harcelait, il fut excédé à en mourir. Il lui ouvrit tout son cœur : “Le rasoir n’a jamais passé sur ma tête, lui dit-il, car je suis nazir de Dieu depuis le sein de ma mère. Si on me rasait, alors ma force se retirerait de moi, je perdrais ma vigueur et je deviendrais comme tous les hommes.” Dalila comprit alors qu’il lui avait ouvert tout son cœur, elle fit appeler les princes des Philistins et leur dit : “Venez cette fois car il m’a ouvert tout son cœur.” Et les princes des Philistins vinrent chez elle, l’argent en main. Elle endormit Samson sur ses genoux, appela un homme et lui fit raser les sept tresses des cheveux de sa tête. Ainsi elle commença à le dominer et sa force se retira de lui.” (Ancien Testament, Juges, 17)
Bon dimanche,
Philippe DIDION

 

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