11 mars 2018 – 785

LUNDI.

           Lecture. La Théorie du panda (Pascal Garnier, Zulma, 2008, rééd. Points P 2743, 2016; 192 p., 6,50 €).
                         À le lire, on dirait bien que Pascal Garnier n’a pas eu énormément de regrets au moment de quitter ses semblables en 2010. Ses romans présentent tous une humanité peu engageante, terne, fade, triste. Un homme seul y évolue sans parvenir à y trouver sa place, un tueur dans Comment va la douleur ?, un déraciné sortant d’une tragédie familiale dans cette Théorie du panda. Pas d’amitié, pas d’amour, pas de lien, chacun fait sa course dans son couloir sans se préoccuper des autres. Pascal Garnier écrivait des romans noirs presque sans intrigue, sans stéréotypes (quelques coups de feu à la fin histoire de dire que c’est fait), sans préoccupations politiques ou sociologiques car dans ses pages la société n’existe pas. Ce qu’il parvient à faire avec ce néant, grâce à l’acuité de son regard et de son écriture, est remarquable.
MARDI.
            Lecture. La Maison fantôme (Safe as Houses, Margery Allingham, nouvelle parue dans The Strand, janvier 1940 pour l’édition originale, Mystère Magazine n° 24, janvier 1950 pour la traduction française, rééd. in « La Maison des morts étranges et autres aventures d’Albert Campion », Omnibus, 2010; 1024 p., 26 €).
MERCREDI.
                  Éphéméride.                                                                                                                                                                                                                                         “Lyon 7 mars 1898
Cher Monsieur Dufour,
J’ai bien reçu votre carte postale samedi matin. Vous avez bien fait de ne pas vous exposer au mauvais temps qu’il faisait ce jour-là. Ma femme et moi nous avons regretté d’apprendre l’indisposition de Madame Dufour et nous serions allés nous-mêmes prendre de ses nouvelles si notre départ n’avait été fixé pour le même jour à 2 h 15 de l’après-midi.
Nous aimons à penser qu’elle est maintenant tout à fait rétablie. Nous rentrerons probablement à la fin de la semaine à S[ain]t[-]Geoire. Je suis toujours tout à votre disposition au sujet de Rimbaud.
Je vous envoie un recueil de notes que j’ai communiquées au ministère de l’Instruction Publique dont je suis membre correspondant officiel. C’est sur la demande du Dr. Hamy et de Mr Maunoir que cette publication a été faite[.] Ces messieurs ont bien voulu suivre depuis 18 ans les quelques travaux que j’ai faits sur le Somal et le Harar.
Mes hommages respectueux à Madame Dufour et à vous bien cordialement.
Alfred Bardey” (à Paterne Berrichon, in Arthur Rimbaud, Correspondance posthume, 1891-1900)
VENDREDI.
                 L’éducation ressentimentale. Une notion intéressante dans Le Monde des livres du jour où la critique chargée de faire part de l’ennui distillé par le dernier livre de Joël Dicker termine ainsi son article : “De manière générale, le temps passe très lentement, en lisant ce polar supposément échevelé. Il donnerait […] l’envie d’emprunter à la météo le concept de “températures ressenties”, pour noter que le nombre de pages ressenti est ici très largement supérieur aux 630 officiellement affichées.”
                
                 Le cabinet de curiosités du notulographe. Gros mots.
785-min   785 (2)-min
Lieu inconnu, photo de Victorio Palmas, 31 décembre 2003 / Grenade (Espagne), photo d’Hervé Bertin, 13 mai 2016
SAMEDI.
              Football. SA Spinalien – Annecy 1 – 1.
             Films vus pendant la semaine. Pluie noire (Kuroi ame, Shôhei Imamura, Japon, 1989)
                                                               L’Autre Côté de l’espoir (Toivon tuolla puolen, Aki Kaurismäki, Finlande – Allemagne, 2017)
                                                               Fatima (Philippe Faucon, France – Canada, 2015)
                                                               À ceux qui nous ont offensés (Trespass Against Us, Adam Smith, R.-U., 2016)
                                                               Les Idiots (Idiotern, Lars von Trier, Danemark – Espagne – Suède – France – Pays-Bas – Italie, 1998)
                                                               L’Embarras du choix (Éric Lavaine, France, 2017).
             L’Invent’Hair perd ses poils.
785 (3)-min   785 (1)-min
Meximieux (Ain), photo de Marc-Gabriel Malfant, 14 mars 2011 / Saint-Julien (Rhône), photo de Benoît Howson, 21 février 2012
         
              Poil et plume. « Petit, j’imaginais très souvent, couché sur mon lit, les muscles tendus par la peur de m’endormir, que tout le monde disparaissait de la ville et que je circulais dans les rues vides poursuivi par les orbites creuses des statues qui me guettaient avec l’implacable férocité inerte des choses, pétrifiées dans l’attitude artificielle et pompeuse des photographies de l’époque héroïque, ou alors j’évitais les arbres dont les feuilles tremblaient dans une inquiétude marine d’écaillés, et, même encore aujourd’hui, vous savez, je continue à me croire tout seul dans la nuit de ces places, de ces mélancoliques avenues sans grandeur, de ces transversales secondaires, comme des affluents, qui traînent avec elles des mercières banlieusardes et des coiffeurs décrépits, Salon Nelinha, Salon Pereira, Salon Pérola do Faial, exhibant des modèles de coiffure découpés dans des journaux de mode et collés aux carreaux de leurs fenêtres.” (Antonio Lobo Antunes, Le Cul de Judas)
Bon dimanche,
Philippe DIDION

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