18 mars 2018 – 786

DIMANCHE.

                   Bougies. “On n’est pas sérieux quand on a dix-sept ans”. C’est aujourd’hui l’âge des notules.
LUNDI.
           Vie littéraire. “Le romancier, éditeur et critique littéraire Patrick Grainville a été élu, jeudi 8 mars, par l’Académie française, au fauteuil d’Alain Decaux, vacant depuis 2016. Treize voix lui ont été favorables, et deux au chanoine et maître en théologie Dominique-Marie Dauzet.” C’était dans Le Monde du 10 mars dernier mais il m’a fallu faire quelques recherches avant d’en parler. Car il se trouve que j’ai très bien connu ce Dauzet, à une époque où il se prénommait Dominique tout court : nous avons partagé douze mois durant la même chambrée à l’École Militaire de Strasbourg aux temps lointains de la conscription universelle et obligatoire. Dauzet venait de Versailles, et c’était un véritable Versaillais : il avait appris à lire dans Le Figaro, l’hostie avait été sa première nourriture solide et l’uniforme lui donnait pour la première fois l’occasion de porter autre chose que du bleu marine. Au-delà de ses vues sur la politique et la société que je ne cherchais pas à connaître, il était d’un commerce agréable, fin lettré, et se montrait à la fois ébahi et ravi de découvrir le fossé qui existait entre le milieu où il avait grandi et celui où il se trouvait encaserné. Je lui souhaite de réussir à une future élection académique car j’ai d’autres photos du genre de celle-ci à lui envoyer quai Conti.
786-min
Camp militaire de Bitche (Moselle), Service photographique des armées, août 1983
   Sur ce document qui explique beaucoup de guerres perdues, on peut voir le notulographe en train d’essayer de sortir d’un Zodiac dans un mouvement qui sent bon le marin d’exception. Debout derrière lui, tenant la pagaie déjà comme une crosse d’évêque, l’académicien en devenir observe un de ses conscrits occupé à pilonner les têtards ennemis à grands coups de pelle.
MERCREDI.
                  Éphéméride. “Dimanche 14 [mars 1875]. J’ai eu un immense bonheur aujourd’hui. Il fait beau depuis quelque temps; il ne gèle pas du tout.” (Vitalie Rimbaud, Journal et autres récits)
JEUDI.
          Lecture. Goodbye, Columbus (Goodbye, Columbus and Five Short Stories, Philip Roth, Houghton Mifflin, New York, 1959, Gallimard, 1962 pour la traduction française, traduit de l’américain par Céline Zins, rééd. in “Romans et nouvelles 1959-1977”, Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade n° 625, 2017, traduction revue par Ada Savin; 1208 p., 64 €).
                        Son visage, son âge, sa renommée, l’ampleur de son œuvre, le nombre – équivalent – de ses admirateurs et de ses contempteurs, ses thèmes de prédilection (le sexe, la judéité), son nom prononcé et jamais couronné à chaque Prix Nobel, Philip Roth impressionne. M’impressionne, en tout cas. A tel point que le volume Quarto de ses romans que j’ai acheté jadis n’a jamais été ouvert. Il arrive que ce soit l’appareil critique d’une édition qui permette d’attaquer plus facilement un auteur impressionnant. Une préface éclairante, des notes limpides, des explications abordables, voilà qui aide à faire son chemin dans une œuvre qui semble difficile d’accès. Rien de tel ici : les commentateurs de la Pléiade ne sont pas dans le sens de l’apaisement, ils rehaussent encore la statue et rendent l’homme encore plus impressionnant. Pour une fois, et c’est un bonheur, la lumière vient des textes eux-mêmes. Goodbye, Columbus en contient six, une novella et cinq nouvelles, six histoires limpides, drôles, intéressantes, qui se lisent sans difficulté, avec plaisir, avec gourmandise même pour celle qui donne son titre au volume. Bien sûr, les préoccupations de Roth sont déjà présentes, la place du juif dans la société américaine, la spécificité des groupes sociaux et religieux, la vie amoureuse et son évolution au cours d’une existence mais tout cela n’est que la toile de fond d’histoires simples, peuplées de personnages humains, vivants, dont le parcours captive immédiatement le lecteur.
VENDREDI.
                  Le cabinet de curiosités du notulographe. Clin d’œil ducassien à Paris (Seine), rue de Jouy, photo de Marc-Gabriel Malfant, novembre 2013.
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SAMEDI.
             Films vus pendant la semaine. Meurtre (Murder !, Alfred Hitchcock, R.-U., 1930)
                                                               Raid dingue (Dany Boon, France – Belgique, 2016)
                                                               Down by Law – Sous le coup de la loi (Down by Law, Jim Jarmusch, É.-U. – R.F.A., 1986)
                                                               20th Century Women (Mike Mills, É.-U., 2016)
                                                               Portrait de femme (The Portrait of a Lady, Jane Campion, R.-U. – É.-U., 1996)
                                                               Sous le même toit (Dominique Farrugia, France, 2017)
                                                               Fortunat (Alex Joffé, France – Italie, 1960).
             L’Invent’Hair perd ses poils.
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Ambérieu-en-Bugey (Ain), photo de Marc-Gabriel Malfant, 14 mars 2011 / Bouguenais (Loire-Inférieure), photo de Bernard Bretonnière, 13 juin 2011
             IPAD (Itinéraire Patriotique Alphabétique Départemental). 27 décembre 2015. 138 km. (30412 km).
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87 habitants
   Pas de monument aux morts (le fait est confirmé par l’autochtone que j’interroge) mais, en bordure du cimetière, un alignement de 19 croix sur un parterre de cailloux blancs encadré par deux grands thuyas. À quelques exceptions près, les plaques indiquent que ces hommes faisaient partie du 99e R.I. et qu’ils sont tombés le 13 décembre 1914. Au milieu, une gerbe déposée par la commune, sans doute le 11 novembre.
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             Poil et plume. La salle d’exécution, dans la cave, sert aussi de salon de coiffure. Quand les prisonniers y sont conduits, ils ne savent jamais ce qui les attend, car la direction de la prison a décidé que les bourreaux et les coiffeurs porteraient le même uniforme.” (Johan Theorin, Fin d’été)
Bon dimanche,
Philippe DIDION

        
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