3 juin 2018 – 795

N.B. Le prochain numéro des notules sera servi le dimanche 17 juin 2018.

LUNDI.

Lecture. Un moindre mal (Lesser Evils, Joe Flanagan, 2016 pour l’édition originale, Gallmeister, coll. Noire, 2018 pour la traduction française, traduit de l’américain par Janique Jouin-de Laurens; 478 p., 24,10 €).

Qui trop embrasse mal étreint. Faire la somme de tout ce que Joe Flanagan a voulu mettre dans son premier roman donne le tournis : une série de meurtre d’enfants, un cambriolage, des violences domestiques, une guerre des polices, des paris clandestins, un trafic de médicaments pour le volet criminel; un prêtre tourmenté, un couple d’homosexuels, un enfant attardé, une femme alcoolique, des flics corrompus, des mafieux violents, un journaliste toxicomane pour le volet sociologique, sans oublier le cadre à recréer, celui d’une petite ville américaine en 1957. C’est beaucoup pour un seul homme, auteur ou lecteur. Celui-ci se dit, après un début touffu, que des choix seront faits et qu’une hiérarchie apparaîtra dans les personnages et les actions mais il n’en est rien. On n’est pas chez Ed McBain, capable de mener, avec une grande clarté, quatre ou cinq intrigues de front dans un roman de moins de 200 pages.

MERCREDI.

Éphéméride.30 mai [1942]     Il est difficile d’interpréter les signes pour comprendre ce que pense Alexis. L’année dernière, la grande nostalgie subite qu’il avait manifestée à la première vue de la mer, et la lettre qu’il m’avait adressée, étaient les seuls indices qu’il travaillait à Exils. Mais de l’amertume, des “pestilences de l’esprit”, nous n’étions pas au courant.

Il ne veut pas qu’on parle de ses poèmes, même pour les louer.  Il aime beaucoup qu’on blague à leur sujet. Il m’a raconté l’histoire d’une dame, assise à côté de lui à un dîner, qui lui racontait l’obligation qu’elle sentait de lire une œuvre intitulée Anabase, mais elle ne se souvenait plus s’il s’agissait d’Eliot traduisant Perse ou vice versa. Naturellement, il l’a confirmée dans cette dernière idée, lui avouant combien il admirait Eliot, combien la traduction était difficile à faire, qu’il avait fait de son mieux, etc !” (Katherine Biddle, Journal 1940-1970)

JEUDI.

Lecture. Voulez-vous tuer avec moi ? (Fred Kassak, Presses de la Cité, coll. Un mystère, 3e série, n° 18, 1970, rééd. in “Romans humoristiques”, Le Masque, coll. Intégrales, 2003; 800 p., s.p.m.).

Vie littéraire. J’ai terminé en début de semaine la rédaction du Bulletin de l’Association Georges Perec de juin et l’ai envoyé à la personne chargée de la mise en page. Elle me le retourne ce soir pour une dernière relecture, en me précisant qu’elle l’a retranscrit en “écriture inclusive”. Quand on connaît ses écrits, le fait de la voir utiliser le mot “orthographe” ne manque pas de saveur mais ce qui en est dépourvu, c’est le résultat final. L’éditorial et le compte rendu de l’assemblée générale ont tourné au salmigondis cousu de points médians, de “e” désaccentués, de tatateurs tatateures, tatateurs tatateuses et tatateurs tatatrices. La responsable de cette métamorphose est une militante – éditrice de Perec à son époque, elle aurait fait ajouter des “e” féminisants à La Disparition – et je lui accorde bien volontiers le droit de militer dans ses propres écrits mais pas dans mes phrases, aussi médiocres soient-elles. Je n’ai pas envie de ferrailler sur le sujet – je me méfie des militant·e·s – et me contenterai de lui demander de bien préciser qu’elle seule est à l’initiative de ce galimatias.

VENDREDI.

Lecture. Alexis Léger dit Saint-John Perse (Renaud Meltz, Flammarion, coll. Grandes biographies, 2008; 848 p., 35 €).

Le cabinet de curiosités du notulographe. Les vies minuscules ne sont pas l’apanage de Pierre Michon.

795 (2)

Le Journal de la Haute-Marne, 20 septembre 2017, collection Jean-François Fournié

SAMEDI.

Films vus pendant la semaine. Le Mariage de Chiffon (Claude Autant-Lara, France, 1942)

L’Homme orchestre (Serge Korber, France, 1970)

Comme un boomerang (José Giovanni, France – Italie, 1976)

Les Géants (Among Giants, Sam Miller, R.-U., 1998)

Un aller simple (José Giovanni, France – Italie – Espagne, 1971)

Toto contre Maciste (Totò contro Maciste, Fernando Cerchio, Italie, 1962)

Inside Job (Charles Ferguson, É.-U., 2010).

L’Invent’Hair perd ses poils.

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Bompas (Pyrénées-Orientales), photo de Marc-Gabriel Malfant, 18 mars 2011 / Bourgoin-Jallieu (Isère), photo du même, 17 décembre 2012

IPAD (Itinéraire Patriotique Alphabétique Départemental). 5 juin 2016. 74 km. (31155 km).

795 (5)-min

93 habitants

   L’obélisque de pierre blonde se dresse devant ce qui doit être l’école. Il est orné d’une palme et d’une Croix de Guerre, flanqué d’un conifère presque aussi haut que lui et entouré d’une plate-bande mal entretenue. Le pot déposé le 8 mai est encore présentable, même si le ruban tricolore est défraîchi.

795 (4)-min

Aux enfants de

Pont les Bonfays

Morts pour la France

La commune reconnaissante

   Gauche :

REGE Aimé

ROUSSEL Albert

POIROT Camille

   Droite :

BOULANGER Antoine

BRETON Louis

   Dos : une plaque vierge est prête à accueillir les noms des victimes des conflits à venir.

Poil et presse.

795-min

Ouest-France, 6 octobre 2016

Bon dimanche,

Philippe DIDION

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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