5 août 2018 – 801

DIMANCHE.
                   Football. L’intérêt d’un match de football tient, à mes yeux du moins, à deux éléments. Le premier, et ce ne sont pas les Belges ni les Croates qui vont dire le contraire, c’est que le plus fort ne l’emporte pas à tout coup. Le second, lié d’ailleurs au premier, c’est qu’il ménage toujours une part d’injustice. Penalty inexistant, hors-jeu flagrant, faute passée inaperçue, corner ou remise en jeu, main ou pas main, toutes ces choses qui font hurler les tribunes et contre lesquelles les instances dirigeantes ont entrepris de lutter sans se rendre compte qu’elles allaient ainsi enlever un ingrédient essentiel du jeu. Plus la peine désormais d’envoyer un arbitre aux chiottes, il y va tout seul et s’arrête en chemin pour regarder la télé. L’usage de la vidéo est en passe de rendre les matches de football interminables et aussi insipides que ceux des autres sports collectifs où c’est, on y revient, toujours le plus fort qui gagne. L’équipe de France, ce soir et tout au long de la compétition, n’était pas la plus forte et elle l’a emporté. Elle est aussi championne du monde parce que ses joueurs ont oublié d’être bêtes. Hors du terrain d’abord en se pliant aux exercices de communication, répétant à l’envi les éléments de langage qu’on leur avait fait apprendre avec une docilité propre à faire pâlir un député macronien : ambiance parfaite, mise en avant du collectif, mise en sommeil de l’ego, soif de vaincre, amour du maillot, respect de l’adversaire, etc. Sur le terrain ensuite en mettant en pratique ces préceptes, ce qui était plus inattendu. Les joueurs de 2018 n’étaient pas plus forts que ceux qui les ont précédés et qui ont échoué dans la conquête de la Coupe du monde. Ils étaient, momentanément peut-être, moins bêtes. La bêtise à front de taureau des Anelka, Ribéry, Évra, Nasri, Domenech, c’est un échantillon, ne pouvait décemment être couronnée d’un trophée mondial. Il y a là, pour une fois en football, une forme de justice.
MERCREDI.
                  Éphéméride. “18 juillet [1963]. Hôtel du Palais, Biarritz
Lettre de Josette Day. – … À mon arrivée, Biarritz ressemblait à une baignoire vide dont la douche coulait. Aujourd’hui, il fait un temps à chandails, ce que j’aime. La plage grouille de joyeuses colonies de vacances et sent le pique-nique, mais nous, sous le bouc de l’Empereur, nous vivons dans le calme distingué et plutôt emm…
“Hinano est maigrelette, petit poisson fossilisé, mais très belle. Elle ne veut pas jouer sur la plage, adieu pelle et pâtés, et préfère le bleu Matisse de la piscine.
“Rencontré Charlie de Beistegui. La méchanceté sur deux cannes. À fuir. Demain, je me mets au boulot : bronzage et lectures + les bains. 21°. Dites à Jacques B. que les cures de sagesse sont payantes. Au dernier bulletin : foie de jeune fille.
“Matthieu, mon ami, je voudrais longuement vous écouter, vous découvrir au-delà d’une certaine armure…” (Mathieu Galey, Journal intégral 1953-1986)
VENDREDI.
                  Le cabinet de curiosités du notulographe. Littérature de façade à Paris (Seine), rue Champollion, photos de l’auteur, 17 juin 2017.
    
SAMEDI.
              Lecture. Les Pièges de l’exil (The Other Side of Silence, Philip Kerr, Putnam, 2016 pour l’édition originale, Le Seuil, 2017 pour la première traduction française, rééd. Points Policier P 4801, 2018, traduit de l’anglais par Philippe Bonnet; 408 p., 7,90 €).
                            En enlevant Philip Kerr au Masque, Le Seuil pensait faire une opération juteuse. Elle le sera moins que prévu car l’auteur est mort en mars dernier à l’âge de 62 ans. Le Seuil aura eu le temps de publier deux romans, celui-ci et le suivant, de la série consacrée à Bernie Gunther ce qui est peu, même s’il reste des inédits à traduire. Sans qu’il y ait relation de cause à effet, Les Pièges de l’exil est un élément des plus faibles de la série. Sa situation historique, la Guerre froide, nous conduit dans une histoire d’espionnage à laquelle on ne comprend quasiment rien. Son intérêt principal tient au fait qu’il met en scène Somerset Maugham – qui fut réellement un élément des services d’espionnage britanniques – dans le cadre de sa villa sur la Côte d’Azur. C’est tout ce que je sais sur cet auteur : jeune étudiant en langue anglaise, j’ai passé tellement de temps à apprendre à prononcer correctement son nom que je n’ai jamais trouvé le temps de le lire.
               Films vus. Chronique des événements amoureux (Kronika wypadków milosnych, Andrzej Wajda, Pologne, 1986)
                                Le Dernier Vice-Roi des Indes (Viceroy’s House, Gurinder Chadha, R.-U. – Inde – Suède, 2017)
                                Au Bonheur des Dames (Julien Duvivier, France, 1930)
                                Rodin (Jacques Doillon, France – Belgique – É.-U., 2017)
                                Le Tonnerre de Dieu (Denys de La Patellière, France – Italie – R.F.A., 1965)
                                Le Prestige (The Prestige, Christopher Nolan, É.-U. – R.-U., 2006).
               L’Invent’Hair perd ses poils.
Paris (Seine), rue de Vaugirard, photo de Pierre Cohen-Hadria, 19 mars 2011
               Poil et plume. “Il n’a cependant pas toujours été si glabre, il a tout essayé dans sa jeunesse : favoris à vingt-cinq ans, assortis de monocle et châtelaine, barbe en pointe à trente suivie d’une barbe carrée puis d’un essai de moustache. À trente-cinq ans il a rasé tout cela, réduisant du même pas sa chevelure qui, de bouffante, est à jamais devenue stricte et plate et vite blanche.” (Jean Echenoz, Ravel)
DIMANCHE.
                   Transhumance. “Vague frange du désert central avec sa préfecture au nom broussailleux, la Creuse ne fut jamais le théâtre de quoi que ce soit”, écrivait Bergounioux. Elle se contente d’être le cadre de nos séjours estivaux, ce qui rehausse de suite son prestige. Les temps qui ont précédé notre départ ont été un rien tourmentés avec une situation familiale préoccupante sur le plan sanitaire mais les choses semblent aller dans le bon sens et nous permettent de prendre la route ce matin. L’auto est chargée des choses essentielles, les cannes pour les poissons, les jumelles pour les oiseaux, la loupe, le filet et Jean-Henri Fabre pour les insectes.
                   Lecture. Tour de France des villes incomprises (Vincent Noyoux, Éditions du Trésor, 2016 pour l’édition originale, rééd. Pocket, coll. Aventure humaine n° 17006, 2018; 212 p., 6,40 €).
                                 L’auteur a sélectionné et visité un certain nombre de villes et de sites qu’il ne viendrait à l’idée de personne de choisir comme lieu de destination : Vesoul, Maubeuge, Vierzon, Cergy et autres perles. Son contre-guide touristique est toujours intéressant, souvent amusant et parfois émouvant, voir le chapitre consacré à la vallée de la Fensch.  On ne s’étonnera pas de trouver Guéret parmi les lieux élus : “La ville boude derrière ses façades grises, les commerces ont connu des jours meilleurs, on cherche à se garer près de la rivière mais il n’y en a pas.” Contrairement à ce qui se passe pour les autres endroits qui finissent par révéler quelque richesse insoupçonnée, l’auteur a bien du mal à trouver pour ce lieu une once d’intérêt : “Il faut se contenter de peu quand on visite Guéret.” Ou alors appartenir à la famille d’un notulographe et craindre de fâcher celui-ci.
                   Vie entomologique. Identification d’un Clairon des ruches et d’un Tabac d’Espagne.
LUNDI.
           Vie entomologique. Identification d’un Cuivré commun et d’un Petit sylvain.
MARDI.
           Vie entomologique. Identification de deux libellules, sans totale certitude. Elles portent des noms différents selon le guide consulté : Leste brun et Agrion à larges pattes pour l’un, Brunette hivernale et Pennipatte bleuâtre pour l’autre.
           Lecture. Mon témoignage sur l’affaire Conty le tueur fou de l’Ardèche (Henri Klinz, Mareuil Éditions, 2017; 304 p., 18 €).
                         Les notuliens historiques connaissent mon intérêt pour l’affaire Conty et les raisons de celui-ci, exposées dans le numéro 235 de juillet 2005. Le tueur fou de l’Ardèche s’est volatilisé en 1977 et n’a jamais été retrouvé, même si l’on croit toujours le voir ici ou là, comme en témoignent les articles du Dauphiné qui paraissent régulièrement à son sujet et que m’adresse mon ami H. Sur le plan éditorial, le front est plutôt calme depuis le livre de Yannick Blanc, Les Esperados, sorti en 1984. Aujourd’hui paraît le témoignage d’un gendarme, celui qui vit son collègue tomber sous les balles de Conty et qui ne doit qu’à un miracle – une arme enrayée – de n’avoir pas connu le même sort. Henri Klinz avoue avoir écrit ce texte pour des raisons thérapeutiques, pour essayer d’en finir avec une histoire qui le hante depuis quarante ans. Son récit ajoute peu de choses nouvelles, sinon des suppositions, mais a le mérite de raconter l’enquête de l’intérieur. Il permet de voir les conditions et les méthodes de travail courtelinesques de la gendarmerie rurale de l’époque, qui n’avaient guère changé quelques années plus tard au moment de l’affaire Grégory, autre fiasco retentissant de la maison Pandore.
MERCREDI.
                  Vie entomologique. Identification douteuse d’un Cryptocéphale soyeux, impossible d’un diptère qui résiste à mes recherches.
                  Éphéméride. “25 juillet [1941].
Les Russes tiennent toujours et l’avance allemande est très ralentie. Les assaillants trouvent évidemment là-bas une défense à laquelle ils ne s’attendaient pas.
Pendant ce temps, nous multiplions les abandons. Maintenant c’est l’Indochine que nous perdons. Les Japonais profitent de notre débâcle pour s’en emparer. Le prétexte de leur occupation est qu’ils veulent empêcher les Anglais de l’envahir. De toute manière, l’Indochine faisait l’objet de visées. Nous avions le choix entre les Japonais et les Anglais. Avec les premiers, nous sommes sûrs de ne pas y retourner, avec les seconds, il y avait une promesse formelle de restitution. La promesse valait ce qu’elle valait, mais le gouvernement de Vichy a choisi la première solution parce qu’elle faisait le jeu de nos ennemis.” (Maurice Garçon, Journal 1939-1945)
JEUDI.
          Vie entomologique. Identification d’une Punaise verte.
          Vie en Creuse. Je déniche à Aubusson un calendrier des postes contenant la liste des communes du département – que j’aurais pu trouver facilement sur Internet, je sais, je m’en fous. L’inquiétude se lit dans les yeux des miennes qui voient se profiler à l’horizon (2 juin 2022 ?) la menace d’un IPAD creusois.
VENDREDI.
                  Vie entomologique. Identification d’une Ischnure élégante, ou Agrion élégant.
                  Vie littéraire. Identification, au rayon fruits et légumes du Monoprix de Guéret, d’Hugues Bachelot, sosie de Charles Vanel, petit-neveu de Jouhandeau et maître-d’œuvre des Rencontres de Chaminadour. Nous devisons un moment entre radis et poireaux, je lui parle du livre de Vincent Noyoux dans lequel il apparaît, ce qu’il ignorait, et nous nous donnons rendez-vous en septembre.
                  Le cabinet de curiosités du notulographe.
Montluçon (Allier), photo de l’auteur, 2 août 2016
   C’est bien joli, c’est la marque d’un noble souci, ça donne bonne conscience mais à chaque fois que je tombe sur une inscription de ce genre, ce n’est pas aux arbres que je pense mais au type qui essaie vaille que vaille de gagner trois francs six sous en fourguant ses prospectus et ses canards gratuits. Je préfère pour ma part les accueillir dans ma boîte aux lettres et les mettre aussitôt à la poubelle ( bac “à recycler”, j’ai aussi droit à la bonne conscience).
SAMEDI.
              Film vu. Le Beau Serge (Claude Chabrol, France, 1958).
              Lecture. La Maison rose (Pierre Bergounioux, Gallimard, coll. nrf, 1987; 168 p., s.p.m.). Bergounioux était samedi dernier à Ussel (Corrèze), là où je l’avais rencontré en 2016 et 2017. Cette année, notre départ plus tardif n’aura pas permis de retrouvailles. Je m’en suis excusé auprès de lui et lui ai envoyé un Petit monarque pour le consoler d’une déception qu’on imagine immense.
              Vie entomologique. Identification d’un Criquet des pâtures.
              Vie touristique. Identification des lieux de tournage du Beau Serge, à Sardent (Creuse). La plupart sont facilement reconnaissables, l’église, la place avec le monument aux morts (pour lequel j’ai l’œil du professionnel), le cimetière (qui renferme deux tombes “Famille Chabrol”, le père de Claude, Yves, doit être dans l’une d’elles), le café (fermé depuis peu, bel article dans Libération récemment), la maison face à l’école où loge Brialy. Dans le film, celui-ci est un jeune homme qui revient au pays pour convalescence après avoir vécu à Paris. Les gens qu’il croise lui disent que le bourg se meurt. On est en 1958. Il n’a pas ressuscité depuis.            
              L’Invent’Hair perd ses poils.
Paris (Seine), rue de la Croix-Nivert, photo de Pierre Cohen-Hadria, 19 mars 2011
              Poil et plume. Il y a coiffeur et coiffeur. On connaissait déjà le coiffeur de ville et le coiffeur de campagne. J’ai inventé le coiffeur colonial ! Qu’est-ce que c’est ? Un homme qui digère bien, qui sait d’où vient la fièvre, qui la guette et la tue et qui est satisfait du climat. Je n’ai pas de boutique. Je suis le coiffeur à bicyclette, autrement dit le coiffeur à pédales. On me téléphone, une voix dit : “Tartass, montez à Koulouba tailler les cheveux de M. le gouverneur.” En selle ! En selle ! Cinq kilomètres de côte. Tartass arrive à Koulouba. Je ne prétends pas que la colonie pourrait se passer de gouverneur, en tout cas aucun gouverneur ne pourrait se passer de Tartass. Ah ! je suis content ! content ! Ne pas avoir peur des distances, voilà le secret de la réussite. Je vais opérer à Kayes, à cinq cents kilomètres de ma résidence. Oui, monsieur, Tartass fait cela. À l’aller comme au retour, il taille et rase dans le train. Savez- vous que Tartass est la préoccupation de tous les broussards de Tombouctou à Dakar ? Deux mois avant, ils se disent : “Pourvu que Tartass soit dans le train !” Il y est, tondeuse en main, ciseau en bandoulière, rasoir entre les dents. De station à station, de compartiment en compartiment, sur toute la ligne, son nom vole. Il vole comme un papillon du soir, chargé d’espoir. Les barbus seront glabres et les hirsutes transfigurés.” (Albert Londres, “Tartass ou le coiffeur à pédales” in Terre d’ébène)
DIMANCHE.
                   Vie entomologique. Identification d’un Orthétrum réticulé et d’un Flambé.
LUNDI.
           Vie entomologique. Identification d’un Calosome doré.
MARDI.
           Vie entomologique. Identification d’un Bombyx disparate.
MERCREDI.
                   Vie en Creuse. Depuis notre découverte du pays en 2001, j’ai eu le temps de prendre mes marques. Ici, dans le triangle Aubusson – Gouzon – Guéret, je suis en terrain connu : j’ai mon nom (immense fierté) sur une boîte à lettres, je lis La Montagne avec le même soin et le même intérêt que Vosges Matin, je suis enregistré au chef-lieu à la pharmacie Pascal, j’ai ma carte de fidélité à la pâtisserie et au camion de pizza, je choisis toujours la caisse de Cindy à l’Intermarché de Sainte-Feyre et celle de Lucette au Monoprix de Guéret, je sais qui fabrique le meilleur creusois et le meilleur pâté de pommes de terre, je sais quel buraliste vend – vendait, j’ai acheté le stock – les dernières cartes postales antiques en noir et blanc. Il m’est même arrivé à deux reprises d’être pris pour (confondu avec, plutôt) quelqu’un du cru à Ahun (“Salut Robert !”) et dans un village proche (“Tiens, v’là l’Robert !”). S’entendre appeler Robert ne rajeunit personne mais j’ai à chaque fois soulevé poliment ma casquette, qui n’était peut-être pas pour rien dans la naissance de ce quiproquo. Côté littérature, je n’ai jamais pu entrer en contact avec Pierre Michon mais je suis à tu et à toi avec Agnès Castiglione, le gardienne de son œuvre. Bref, en Creuse, j’ai l’impression d’être chez moi. Et où passer de meilleures vacances que chez soi ?
                  Éphéméride. “1er août [1930]
Je vais acheter des cigarettes à Criquetot.
La vue de ce médiocre petit village (du reste si parfaitement semblable à quantité d’autres de la région), chaque fois que j’y retourne, m’assombrit. Quelle insuffisante préoccupation de l’hygiène, du confort, du bien-être, de la gaieté ! (Savante gradation dans le choix des mots.) Une sorte d’économie sordide semble avoir dicté l’emplacement et l’étrécissement des demeures, où seuls puissent réaliser un semblant de bonheur des êtres également sordides; où toute aspiration vers une situation meilleure soit condamnée à languir misérablement. Là tout est laid, mesquin, figé. Aucun jardin public, aucun lieu, que le cabaret, pour se réunir le dimanche; aucun chant, aucun jeu, spectacle ou musique; aucune invite à se distraire un instant de sa peine et de ses plus égoïstes intérêts. Il est peu de pays où l’on se sente moins heureux de vivre, malgré sa relative prospérité. Et je songe avec mélancolie à ces nouveaux villages, que j’ai pu voir en Allemagne, où tout semble aimable, maisons et gens…” (André Gide, Journal)
JEUDI.
          Lecture. Le Tour de la France par deux enfants d’aujourd’hui (Pierre Adrian & Philibert Humm, Éditions des Équateurs, 2018; 324 p., 20 €).
                        Le livre sortait à peine lorsque j’ai rencontré Philibert Humm à Jaligny. Depuis, il a eu une belle presse et semble rencontrer un joli succès public. Il m’aura cependant déçu. Peut-être parce que j’attendais quelque chose de plus littéraire, plus collé au texte source d’Augustine Fouillée. La promenade des deux jeunes gens est certes agréable à suivre, leurs commentaires sont souvent pertinents, l’humour y est bienvenu mais l’ensemble est assez convenu, parfois proche du cliché (épisodes de Lens et de Marseille). L’écriture à quatre mains n’apporte rien, chacun prenant la plume à tour de rôle pour se moquer gentiment de l’autre, ce qui devient rapidement lassant. Les auteurs rappellent honnêtement que leur tentative de refaire l’itinéraire du livre originel n’est pas la première : en 1977, Anne Pons avait publié chez Tchou Le Tour de France par Camille et Paul, deux enfants d’aujourd’hui.
          Vie entomologique. Identification d’un Téléphore fauve. Pardon pour cette accumulation fastidieuse mais les notules me servent aussi de pense-bête, voire, en l’occurrence, de pense-bêtes.
VENDREDI.
                  Vie halieutique. Fin de ma campagne annuelle de pêche, laquelle fut moins riche en prises que la précédente. En fait, il n’y en eut qu’une de notable, mais quelle. Une carpe plus vieille que moi, une espèce de sanglier des eaux lourd comme un sac de plomb. Un pêcheur se serait empressé de mesurer la bête, de la peser, de la photographier pour Facebook après avoir alerté la presse locale. Je me suis contenté d’une photo à usage privé. Pas par modestie : je suis très fier de cette capture car c’est un véritable exploit pour le perpétuel débutant que je suis, qui ne sait pas faire un nœud correct et dont les lancers feraient se gondoler les spectateurs s’il y en avait. Un pêcheur, un vrai, attrape de gros poissons comme un boulanger fait du pain, c’est normal, il est là pour ça. L’exploit, c’est autre chose, c’est du domaine de l’inattendu, c’est la réalisation d’un acte n’appartenant pas à la sphère des compétences. C’est mon facteur qui gagne le Tour de France, c’est moi qui pêche un gros poisson.
                   Lecture. Cosme (Guillaume Meurice, Flammarion, 2018; 336 p., 19,90 €).
                                 Guillaume Meurice nous livre, après tant d’autres, une interprétation possible du fameux sonnet “Voyelles” de Rimbaud. Cette interprétation, reposant en partie sur l’examen du manuscrit, est fort intéressante. Est-elle nouvelle ? Est-elle plausible ? Jean-Jacques Lefrère n’est plus là pour nous éclairer et les rimbaldiens ne se sont pas encore exprimés à ce sujet. Il faut cependant attendre les vingt dernières pages du roman, plutôt médiocre, pour la découvrir et on peut regretter que l’auteur ait choisi cette forme littéraire pour dévoiler sa trouvaille – ou celle de son personnage. Un simple article nous aurait fait gagner du temps.
                   Le cabinet de curiosités du notulographe. Présence capitale – mais modeste – dans les provinces françaises.
   801 (9)
Charmes (Vosges), photo de l’auteur, 3 juillet 2017 / Felletin (Creuse), photo du même, 5 août 2016
 SAMEDI.
              Film vu. Le Môme (Alain Corneau, France, 1986).
              L’Invent’Hair perd ses poils.
Poitiers (Haute-Vienne), photo de François Bon, 25 mars 2011
              Poil et pellicule.
Luis Buñuel, un merlan andalou
Bon dimanche,
Philippe DIDION
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