16 décembre 2018 – 818

DIMANCHE.
                   Lecture. Détour (Detour, Martin M. Goldmsith, 1939 pour l’édition originale, Payot & Rivages, coll. Rivages/Noir n° 1056, 2018; 272 p., 6,90 €).
                                 Aucune trace d’un autre titre de ce Goldsmith, absent du Dictionnaire des littératures policières de Claude Mesplède. Le roman n’était pas inconnu pour autant, car adapté au cinéma par Edgar G. Ulmer en 1945 (pas vu). C’est en tout cas une bonne trouvaille des éditions Rivages qui permettent de découvrir une histoire simple, celle de deux humbles partis à la découverte et à la conquête de Hollywood. Le musicien doué et l’apprentie danseuse ne réussiront pas à percer, vaincus par les difficultés économiques et la survenue d’événements tragiques qui donnent une tonalité noire au récit, traité de façon sobre et efficace.
MERCREDI.
                  Éphéméride. “Jeudi 5 décembre [2013]. Cent un ans. Quatre mois et douze jours.
Lucette endormie toute la soirée me pose en boucle toujours les mêmes questions. D’où je viens, ce que j’ai fait, s’il fait beau. Cette nuit elle a rêvé qu’on partait pour Dieppe toutes les deux. Il faisait nuit, elle ne voyait rien, conduisait dans le noir absolu et refusait de me passer le volant.” (Véronique Robert-Chovin, Lucette Destouches, épouse Céline)
VENDREDI.
                  Le cabinet de curiosités du notulographe. Fantaisies charcutières.

 

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Madrid (Espagne), photo de Christophe Hubert, 29 décembre 2017 / carte postale du même
SAMEDI.
              Films vus. Les Spécialistes (Patrice Leconte, France, 1985)
                               Knock (Lorraine Lévy, France – Belgique, 2017)
                               Le Drapeau noir flotte sur la marmite (Michel Audiard, France, 1971)
                               D’après une histoire vraie (Roman Polanski, France – Pologne – Belgique, 2017)
                               La Féline (Cat People, Jacques Tourneur, É.-U., 1942)
                               Le Brio (Yvan Attal, France – Belgique, 2017).
              L’Invent’Hair perd ses poils.
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Strasbourg (Bas-Rhin), photo de Christian Ramette, 3 avril 2011 / Auxerre (Yonne), photo de Pierre Cohen-Hadria, 30 mai 2011
              Poil et plume. À Kasbeam, un très vieux coiffeur me coupa très mal les cheveux : il ne cessa de parler d’un de ses fils qui jouait au base-ball, et, à chaque explosive, postillonna dans mon cou, et il n’arrêtait pas d’essuyer ses lunettes sur mon peignoir, ou interrompait le ballet tremblotant de ses ciseaux pour me montrer des coupures de journaux jaunies, et j’étais si peu attentif que ce fut pour moi un choc quand soudain, alors qu’il me montrait une photographie sur son support perdue au milieu d’antiques lotions grises, je compris que le jeune joueur de base-ball moustachu était mort depuis trente ans.” (Vladimir Nabokov, Lolita)
DIMANCHE.
                   Vie littéraire. Je suis à Paris pour le conseil d’administration de l’Association Georges Perec au sein duquel j’obtiens ce que j’étais venu chercher, à savoir le final cut sur le Bulletin pour éviter les mauvais traitements inclusifs subis récemment.
LUNDI.
           Lecture. Les Aventures d’Olivier Twist (Oliver Twist, or The Parish Boy’s Progress, Charles Dickens, Bentley, 1838 pour l’édition originale, Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade n° 133, 1958, traduit de l’anglais par Francis Ledoux; 1470 p., 60,50 €).
                         Les premiers volumes de Dickens en Pléiade, presque tous épuisés aujourd’hui, ont paru dans les années 1950. À cette époque, la collection avait pour but principal de rassembler les textes, et l’appareil critique n’était pas une priorité : les notes sont chiches, les présentations on ne peut plus succinctes. Cela n’est pas gênant quand on les achète, comme je le fais, pour avoir les œuvres à disposition immédiate dans un format pratique. La collection a beau procéder à des rééditions enrichies des derniers travaux de la critique, mes vieux Proust, mes vieux Flaubert et mes vieux Stendhal me suffisent, je n’ai pas racheté Lautréamont ni Rimbaud. Là où le besoin de réédition se fait sentir, c’est pour les auteurs étrangers. Pas toutes, le Kafka d’origine a plutôt bien vieilli, mais pour ce qui est de Dickens, c’est urgent si l’on en croit cette version d’Oliver Twist vraiment poussiéreuse. La lecture s’en trouve alourdie, le pathos accentué, et on regrette de ne plus avoir le courage de relire le roman en langue originale comme il y a trente ans.
MERCREDI.
                  Éphéméride. “Washington, 12 Déc[embre 19]51
Ma chère Ysan
Une nouvelle commission qui, cette fois ne te causera ni perte de temps ni dérangement : Peux-tu me rappeler le nom de ce journaliste bien intentionné mais intempestif et sans tact qui avait écrit sur moi (dans Le Rouge et le Noir et Samedi Soir) après avoir été reçu par toi ?
Je suis désolé de tout le mal qu’a pu te donner ma dernière lettre, au milieu d’une vie aussi occupée que la tienne. À la réflexion, tout n’était pas aussi nécessaire. Tu peux t’attacher seulement à ce que je t’indiquais comme le plus urgent : la photographie de la petite aquarelle de Gordon Stevenson, les photographies de moi : à cheval en Chine, jeune homme à Pau, enfant à Feuilles, et à Washington en 1921 (portrait par un photographe professionnel), et la vue surtout de la maison du Bois-Debout avec son encadrement d’anciens palmiers. […]” (Alexis Leger à Éliane Leger, in Saint-John Perse, Lettres familiales 1944-1957)
JEUDI.
            Lecture. L’Affaire Saint-Fiacre (Georges Simenon, Arthème Fayard, 1932, rééd. Rencontre, 1967, in “Œuvres complètes Maigret IV”; 528 p., s.p.m.).
                          Dans L’Ombre chinoise, paru juste avant Saint-Fiacre, Simenon nous faisait pénétrer dans l’intimité du foyer de Maigret. Ici, il poursuit le développement du personnage en s’intéressant à ses racines : Maigret retourne dans le petit village proche de Moulins où il a passé son enfance. Son père était régisseur au château des Saint-Fiacre et c’est la châtelaine qui vient de mourir de façon suspecte. L’enquête intéresse moins le commissaire – et le lecteur – que le bain nostalgique qui l’entoure. Les choses ont changé, la splendeur des Saint-Fiacre n’est qu’un lointain souvenir, la brume envahit constamment le paysage et concourt à la mélancolie. Quelle joie de vivre !
VENDREDI.
                  Le cabinet de curiosités du notulographe. Bizarreries automobiles.
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Retour du gazogène à Regney (Vosges), photo de l’auteur, 14 janvier 2018 / Porto (Portugal), photo de Bernard Cattin, 16 avril 2018
SAMEDI.
              Films vus. L’Examen de minuit (Danièle Dubroux, France, 1998)
                               Free Fire (Ben Whitley, R.-U., 2016)
                               1 chance sur 2 (Patrice Leconte, France, 1998)
                               Flyboys (Tony Bill, R.-U. – É.-U., 2006)
                               Contagion (Steven Soderbergh, É.-U. – Émirats arabes unis, 2011)
                               Diane a les épaules (Fabien Gorgeart, France, 2017).
              L’Invent’Hair perd ses poils.
818-min
Pont-d’Ain (Ain), photo de Marc-Gabriel Malfant, 4 avril 2011
         IPAD (Itinéraire Patriotique Alphabétique Départemental). 5 juin 2017. 91 km. (32772 km).
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6478 habitants

   À l’entrée de la ville, au milieu d’un square, se dresse le monument de grès rose. Un Poilu, l’arme au pied et la main sur le cœur, est adossé à un mur surmonté d’une Croix de Guerre encadrée par les dates 1914-1918 et 1939-1945. Les noms sont gravés sur les faces latérales et arrière, sous des animaux sculptés en bas-relief (vache et poule).

 

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La Neuveville lès Raon

À ses enfants

Morts pour la France

   Droite :

Pour la Voge ancestrale

76 noms sur deux colonnes d’AMOS F. à KLEIN N.

   Gauche :

Pour la France éternelle

Autant de noms, à première vue, que de l’autre côté, mais abîmés et, pour beaucoup, illisibles.

   Dos :

Ils sont morts

Pour la vie

Immortelle

De leur race

Le souvenir

De leur suprême

Sacrifice

Subsistera à jamais

MCMXXIV

Victimes civiles

16 noms sur deux colonnes d’ANDRE JNE à ZIVY Paul AD CAPNE

   Le monument est signé Pierre-Dié MALLET, sculpteur, à un endroit, Pierre-Die MALLET Paul PATERNOTTE à un autre.

   Arrivé au centre de la ville, je trouve un autre monument, avec un groupe de Poilus sur un socle. Pas de noms, juste la dédicace aux victimes des deux guerres. J’apprendrai au retour que Raon-l’Étape et La Neuveville-lès-Raon étaient deux villes différentes qui ont fusionné en en 1947.

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Poil et plume. Contre la calvitie, une recette simple (car je veux être utile aux hommes) : briquez et astiquez votre crâne nu vigoureusement puis choisissez des amis et interlocuteurs de votre taille qui se refléteront dedans et vous verront des cheveux qui seront en réalité les leurs.” (Éric Chevillard, L’Autofictif : Journal 2007-2008)
Bon dimanche,
Philippe DIDION
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