30 décembre 2018 – 820

DIMANCHE.
                    Lecture. Pour services rendus (Version of Events, Iain Levison, 2017 pour l’édition originale, Liana Levi, 2018 pour la traduction française, traduit de l’américain par Fanchita Gonzalez Battle; 224 p., 18 €).
                                  La guerre du Vietnam joue encore un rôle primordial dans les élections américaines : le passé des candidats au cours de cette période, s’ils sont assez âgés pour l’avoir connue, est épluché, le mensonge traqué, car le vétéran a plus de chances de sortir vainqueur que l’embusqué. C’est sur ce thème que Levison construit son intrigue, à partir d’un sénateur en campagne pour sa réélection accusé d’avoir menti sur ses faits d’armes. On retrouve dans cette histoire la patte talentueuse de Levison, auteur de polars courts, nerveux et efficaces, qui grattent le vernis de la société américaine.
LUNDI.
           Lecture. Scott Fitzgerald : Biographie (André le Vot, Julliard, coll. Les Vivants, 1979; 462 p., s.p.m.).
                         Ce n’est pas parce que son ouvrage est dépourvu de notes qu’André Le Vot n’a pas effectué un gigantesque travail de fouille dans les écrits, publiés ou non, de Fitzgerald. Sa biographie est un modèle du genre par sa précision, donc, ce qui est aujourd’hui assez répandu, mais surtout par la position qu’il adopte : il rend le personnage attachant sans dissimuler ses travers, il raconte l’anecdote sans oublier le contexte historique général, il éclaire l’homme sans omettre l’étude de chacun de ses titres, en s’attardant sur sa genèse, sur son contenu symbolique ou sur ses caractéristiques stylistiques.
MARDI.
            Noël au volant. Nous arrivons en milieu d’après-midi à Lyon (Rhône). L’appartement qui va nous abriter quelques jours est situé à l’ouest de la ville, dans le quartier de Vaise. Un premier arpentage me permet de recenser les éléments capillicoles de l’endroit, riche en enseignes susceptibles d’alimenter l’Invent’Hair. Nous verrons demain pour nous livrer à un tourisme plus traditionnel. En attendant, nous célébrons notre présence dans la capitale de la gastronomie en ce jour de fête par une ventrée de jambon-coquillettes de belle farine.
MERCREDI.
                  Éphéméride.
“[26 décembre 1814.]
So ben che in tutto il gran femmineo stuolo
una non è che stia contenta a un solo.
Lequel des deux que vous soyez, cela est également vrai. Avis pour le 26 d[écembre 1814].” (Stendhal, Journal)
                  La vie en Rhône. Le logis que nous occupons est confortable, assez impersonnel pour convenir aux visiteurs qui le louent sur cette plate-forme qui suppriment les intermédiaires. On devine des propriétaires jeunes et rompus au mode de vie moderne : pas de téléphone fixe, pas de télévision mais un projecteur vidéo et un grand écran, pas de cafetière mais un bidule au fonctionnement énigmatique, pas de mange-disque mais une enceinte connectée, tout cela baignant dans un éclairage chiche car ces gens-là n’en ont pas besoin de plus pour se pencher sur leurs écrans. Il faut dire que les quelques livres présents n’offrent guère d’attrait : Éric-Emmanuel Schmitt, David Foenkinos, Régine Pernoud, Bernard Werber, Ken Follett, après tout, ça peut se lire dans le noir. Mais quittons les lieux pour découvrir la ville, aux dimensions quelque peu exagérées pour des jambes et des yeux accoutumés à la modestie spinalo-guérétoise. La montée vers Fourvière vaut bien celle de Montmartre et les points communs sont nombreux : les escaliers sont tout aussi casse-pattes, la vue aussi saisissante et la basilique aussi pâtissière. Il y a même un tronçon de Tour Eiffel et un accordéoniste aveugle pour compléter le tableau. Seule originalité : comme les grands médecins dans les hôpitaux, les prêtres ont leurs place de stationnement réservées, avec lourdes chaînes et pancartes.
                  Courriel. Une demande de désabonnement aux notules.
JEUDI.
          La vie en Rhône. Musée des Beaux-Arts le matin, Musée d’Art Contemporain l’après-midi, il faut suivre depuis que Lucie s’est inscrite en histoire de l’art. Le premier est conforme à ce qu’on peut attendre d’un tel lieu avec une belle section XXe siècle due à un legs monumental de Jacqueline Delubac. Le second réserve une déception quand on apprend que les collections ont été remisées pour laisser place à une exposition consacrée à Bernar Venet. Venet, on connaît, depuis qu’il a envahi les places de nos villes au moyen de ses énormes “lignes indéterminées” en acier. Mais la déception se transforme en bonne surprise quand on découvre que l’homme ne se limite pas à cela : actif depuis 1959, il a eu le temps d’expérimenter un tas de démarches, de techniques et de matériaux. Son adhésion au principe d’équivalence, qui permet de transmettre un même contenu par des canaux différents (sculpture, film, livre, enregistrement sonore…) ne peut que réjouir le pataphysicien. Le perecquien, lui, sera sensible à une certaine “Méthode de recouvrement de la surface d’un tableau” qui, dès 1963, annonce un peu celle de Bartlebooth dans La Vie mode d’emploi : “Le collectionneur achète une toile vide, de la dimension qui lui convient. Cette toile est alors divisée en rectangles d’une taille fixée à 30 cm x 10 cm. Il indique à l’artiste la couleur de son choix, et chaque mois un rectangle sera peint de cette même couleur jusqu’à ce que la toile soit complètement recouverte. Un mois après que le tableau est terminé, il doit être détruit.”
VENDREDI.
                  Le cabinet de curiosités du notulographe. Avis à la clientèle.

820 (1)-min  820 (2)-min

Gérardmer (Vosges), photo de l’auteur, 15 avril 2016 / Vierzon (Cher), photo de Jean-Christophe Soum-Fontez, 26 mars 2017
SAMEDI.
              Films vus. Maryline (Guillaume Gallienne, France – Belgique, 2017)
                               Les Demoiselles de Rochefort (Jacques Demy, France, 1967)
                               La Vie est belle (It’s a Wonderful Life, Frank Capra, É.-U., 1946)
                               Orphée (Jean Cocteau, France, 1950).
              L’Invent’Hair perd ses poils.
820 (3)-min  820-min
Bellignat (Ain), photo de Marc-Gabriel Malfant, 4 avril 2011 / Saint-Pons-de-Thomières (Hérault), photo de Nathalie Valdevit, 11 mai 2011
              IPAD (Itinéraire Patriotique Alphabétique Départemental). 5 novembre 2017. 69 km. (32981 km).
820 (4)-min
19 habitants
   Pas de monuments aux morts visible.
              Poil et plume. “Raiponce avait de longs et merveilleux cheveux qu’on eût dits de fils d’or. En entendant la voix de la sorcière, elle défaisait sa coiffure, attachait le haut de ses nattes à un crochet de la fenêtre et les laissait se dérouler jusqu’en bas, à vingt aunes au-dessous, si bien que la sorcière pouvait se hisser et entrer.” (Jacob & Wilhelm Grimm, “Raiponce ou L’Échelle de cheveux” in Contes de l’enfance et du foyer)
Bon dimanche,
Philippe DIDION
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