13 janvier 2019 – 822

LUNDI.

Lecture. Le Temps retrouvé (Marcel Proust, Gallimard, 1927, rééd. Bibliothèque de la Pléiade n° 102, 1954; 1342 p., s.p.m.).

L’important n’est pas ici d’avoir terminé La Recherche mais de l’avoir fait en étant toujours actif, professionnellement parlant. Je m’explique et, pour ce faire, remonte une quarantaine d’années en arrière. Vie de lycée. Le professeur nous donne une page de Proust à étudier en nous prévenant que ce n’est pas du gâteau. “De toute façon, dit-il, Proust, on le lit quand on est en retraite.” J’ai reçu cette phrase comme un défi et me suis promis que j’aurais fini de lire Proust avant d’atteindre ce statut. Parole tenue. J’ai commencé en 1983, j’ai poursuivi cahin-caha jusqu’à ce jour avec des trous béants de plusieurs années et des retours réguliers Du côté de chez Swann, le volume le plus magique, le plus touchant, le plus juste car il rassemble ce que j’ai déjà dit considérer comme les trois piliers de la littérature : l’enfance, la géographie et le dialogue avec les morts. Il y a eu des tunnels, des longueurs, des langueurs mais Proust touchait juste à chaque fois, en mettant miraculeusement en mots les sensations, les souvenirs, les sentiments, les ambitions, les déceptions, les joies et les chagrins de son narrateur et en amenant le lecteur à reconnaître qu’il avait connu les mêmes. C’était prévu, bien sûr, car Proust avait tout compris, tout programmé : lorsque, dans Le Temps retrouvé, le Narrateur imagine ses futurs lecteurs, c’est ainsi qu’il les voit : “ ils ne seraient pas, selon moi, mes lecteurs, mais les propres lecteurs d’eux-mêmes”. Pari gagné, il le savait, ce type savait tout. Maintenant, comment faut-il lire La Recherche ? Faut-il tout avaler d’un bloc à l’adolescence comme le fit Matthieu Galey et risquer l’indigestion ? Faut-il attendre d’hypothétiques vieux jours qui se révéleront au final aussi encombrés que ceux qui les ont précédés ? Sans le vouloir, sans la choisir, j’ai peut-être suivi la bonne voie : lire Proust en grandissant, en apprenant, en vieillissant avec le Narrateur, en s’émerveillant qu’un homme ait su, à chaque étape de ce parcours, écrire les mots et les phrases qui sachent l’expliquer et l’enrichir.

MERCREDI.

Éphéméride. “9 janvier 1906

Plus j’y pense, plus ce projet paraît être à la limite de l’impossible. Ses difficultés m’accablent toujours un peu plus. Par exemple, l’idée de mettre en place une série consécutive d’événements qui me sont arrivés, ou que j’imagine m’être arrivés – je vois bien que c’est là pour moi une impossibilité. La seule chose qui m’est possible est de parler de la chose qui me vient à l’instant – quelque chose du milieu de ma vie, peut-être, ou quelque chose qui s’est passé il y a à peine quelques mois.” (Mark Twain, L’Autobiographie de Mark Twain : Une histoire américaine)

JEUDI.

Épinal – Châtel-Nomexy (et retour). Lisa Gardner, Famille parfaite, Le Livre de poche, 2018.

VENDREDI.

Lecture. Mort d’un tatoué (Shotgun, Ed McBain, 1969 pour l’édition originale, Gallimard, coll. Série Noire n° 350, 1970 pour la traduction française, , rééd. in “87e District 4”, Omnibus, 1999, traduit de l’américain par Alain Chataignier; 1042 p., 145 F).

Notons ce bel incipit, variante inattendue sur le thème “La marquise sortit à cinq heures” : “L’inspecteur Bert Kling sortit pour vomir.”

Le cabinet de curiosités du notulographe. Baignoires champêtres à Évires (Haute-Savoie), photos de l’auteur, 9 juillet 2017.

822 (1)-min  822 (2)-min  822 (3)-min

SAMEDI.

Films vus. De la soupe populaire au caviar (From Soup to Nuts, Edgar Kennedy, É.-U., 1928)

Ami-ami (Victor Saint Macary, France, 2018)

Vivre pour vivre (Claude Lelouch, France – Italie, 1967)

Daddy Cool (Maxime Govare, France, 2017)

Les Deux Détectives (Do Detectives Think ?, Fred Guiol, É.-U., 1927)

Un château en enfer (Castle Keep, Sydney Pollack, É.-U., 1969)

Rider (Jamie M. Dagg, Canada – É.-U., 2015)

Au revoir là-haut (Albert Dupontel, France – Canada, 2017).

L’Invent’Hair perd ses poils.

822 (4)-min  822 (5)-min

Montréal-la-Cluse (Ain), photo de Marc-Gabriel Malfant, 4 avril 2011 / Lyon (Rhône), photo du même, 11 février 2016

Poil et plume. “Ses cheveux d’avant-guerre tombaient de plus en plus et quand elle avait le courage de se battre, elle voulait que je lui trouve une nouvelle perruque avec des vrais cheveux pour avoir l’air d’une femme. Sa vieille perruque était devenue dégueulasse, elle aussi. Il faut dire qu’elle se faisait chauve comme un homme et ça faisait mal aux yeux parce que les femmes n’ont pas été prévues pour ça. Elle voulait encore une perruque rousse, c’était la couleur qui allait le mieux avec son genre de beauté. Je ne savais pas où lui voler ça. À Belleville, il n’y a pas d’établissements pour bonnes femmes moches qu’on appelle instituts de beauté. Aux Élysées, j’ose pas entrer. Il faut demander, mesurer, et merde.” (Émile Ajar, La Vie devant soi)

Bon dimanche,

Philippe DIDION

Publicités

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s