24 février 2019 – 827

DIMANCHE.

La vie en jaune. “Alain Finkielkraut victime d’insultes antisémites hier à Paris” (les radios). Déjà au moment de Nuit debout, l’homme s’était fait invectiver place de la République. Quand les cons sont dans la rue, rien ne vaut son chez-soi.

Lecture/Écriture. Mots croisés : 120 grandes grilles (Michel Laclos, Zulma, coll. Grain d’orage, 2008; 50 grilles, 286 p., 19,95 €).

MARDI.

Courriel. Une demande d’abonnement aux notules.

La vie en jaune. Je descends place des Vosges pour participer au rassemblement contre l’antisémitisme. Quand les cons deviennent trop lourds, il faut savoir quitter son chez-soi.

MERCREDI.

Lecture. Histoires littéraires n° 70 (Du Lérot éditeur, avril-mai-juin 2017; 160 p., 25 €).

La revue propose un entretien avec William Théry, libraire, éditeur, grand connaisseur de Pierre Louÿs et de mille autres gens et choses du monde littéraire. Pour ma part, je ne le connaissais pas, ou pensais ne pas le connaître car à la lecture de ses propos, j’ai retrouvé ceux que j’avais entendus en marge de l’édition 2015 du Colloque des Invalides. Un type costaud, affable, nous parlait, à Jean-Paul Goujon et à moi-même, des derniers jours d’Hubert Juin, de ses rencontre avec Auriant, de Pascal Pia, de Louÿs… J’ignorais son nom, ne l’apprends qu’aujourd’hui à la lecture de cet entretien qui reprend quelques anecdotes qui n’étaient alors que propos de table. Les autres articles parlent de Jean Genet au camp des Tourelles, de Nodier, de Maurice Bouchor et le notulographe rend compte du Journal de Mathieu Galey.

Éphéméride. À Thomas McGreevy, Tarbert, Comté de Kerry

“20/02 [1935]

34 Gertrude Street

Londres S.W[.] 10

Mon cher Tom

[…] Hier soir j’ai laissé tomber mes lunettes du balcon de cette chambre dans la cour. J’ai trouvé les verres ce matin, intacts. Je voulais bazarder la monture de toute façon.

Affectueusement Sam”  (Samuel Beckett, Lettres I, 1929-1940)

VENDREDI.

Lecture. La Photo qui tue : Neuf histoires à vous glacer le sang (Horowitz Horror, Anthony Horowitz, Orchard Books, 1999 pour l’édition originale, Hachette, 2000 pour la traduction française, rééd. Le Livre de poche Jeunesse, 2005, traduit de l’anglais par Annick Le Goyat; 224 p., 4,95 €).

L’Été meurtrier (Sébastien Japrisot, Denoël, 1977, rééd. in « Romans policiers », Gallimard, coll. Quarto, 2011; 1036 p., 25 €).

Le cabinet de curiosités du notulographe. Calcul bancal.

827 (2)-min  827 (1)-min

Épinal (Vosges), photo de Vincent Garcia, 26 juin 2018 / Nancy (Meurthe-et-Moselle), photo de Lucie Didion, 28 juin 2018

SAMEDI.

Football. SA Spinalien – Arras 2 – 2.

Films vus. La Danseuse des Folies Ziegfeld (Ziegfeld Girl, Robert Z. Leonard, É.-U., 1941)

Wild River (Taylor Sheridan, R.-U. – Canada – É.-U., 2017)

Les Dragueurs (Jean-Pierre Mocky, France, 1959)

La Promesse de l’aube (Éric Barbier, France – Belgique, 2017)

James Bond 007 contre Dr. No (Dr. No, Terence Young, R.-U., 1962)

Tulip Fever (Justin Chadwick, R.-U. – É.-U., 2017)

Ivanhoé (Ivanhoe, Richard Thorpe, É.-U., 1952).

L’Invent’Hair perd ses poils.

827 (3)-min  827 (4)-min

Bains-sur-Oust (Ille-et-Vilaine), photo de Philippe de Jonckheere, 10 avril 2011 / Crémieu (Isère), photo de Marc-Gabriel Malfant, 5 août 2015

IPAD (Itinéraire Patriotique Alphabétique Départemental). 1er janvier 2018. 109 km. (33401 km).

827 (7)-min

130 habitants

   Le monument se situe rue du Monument, tout va bien. C’est une stèle en pierre claire, ornée de bas-reliefs, entourée d’une grille métallique dont les coins sont marqués par des ogives d’obus peintes en noir. À la base, deux couronnes de fleurs en céramique.

Face :

Regnévelle

À ses enfants

Morts pour la France

1939-1945

TRIBOUT Aimé 172 RI. 1945

COTE André F.F.I.

CHALON Yves F.F.I.

   Gauche :

ROUSSEL Léon Mars 1916

SERVAIS Georges  » –

GANTOIS Émile Aout –

FENARD Albert Nov –

ROUSSEL Paul Sept 1917

LUSETTI Silvère Dec –

ROUARD Albert Mai 1918

MAZELIN Charles Juil –

   Droite :

MAZELIN Jules 7bre 1914

PAGOT Jules 7bre 1914

VINCENT Louis 8bre 1914

MARTIN André 8bre 1914

ROUSSEL Charles Mai 1915

MOQUIN Auguste Mai – –

TRIBOUT Paul Mai – –

MARTIN Amand Juin – –

              Poil et pellicule.

827-min

99 Homes (Ramin Bahrani, É.-U., 2014)

Bon dimanche,

Philippe DIDION

 

 

 

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17 février 2019 – 826

MERCREDI.
                  Éphéméride. À Madame Aupick
“[Paris.] Vendredi 13 février 1857
Hélas ! Ma chère mère, c’est moi maintenant qui vous prie de ne pas venir, même de quelques jours. On ne veut pas me donner un sol au Moniteur avant que la dernière ligne du dernier chapitre ne soit écrite. Je n’ai que jusqu’à mercredi – cinq jours pour une besogne qui en demande quinze – c’est à perdre la tête. Dans ces conditions, vous ne m’en voudrez pas si je m’enferme – vraiment vous êtes pleine de tourments et je suis désolé de vous en apporter toujours ma part.
Charles.
Ayez la bonté de payer cet homme; il vient de la rue du Four.” Charles Baudelaire (Correspondance)
                  Lecture. Professeur de désir (The Professor of Desire, Philip Roth, Farrar, Straus & Giroux, New York, 1977, Gallimard, 1979 pour la traduction française, traduit de l’américain par Henri Robillot, rééd. in “Romans et nouvelles 1959-1977”, Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade n° 625, 2017, traduction revue par Brigitte Félix; 1208 p., 64 €).
                                On retrouve dans ce roman David Kepesh, protagoniste du Sein, avant sa métamorphose mammaire. Avec lui comme avec Zuckerman, Philip Roth joue à faire rebondir son personnage contre diverses surfaces plus ou moins rugueuses : la judéité, la famille, le couple, la psychanalyse, la littérature, chacun de ces thèmes semblant d’abord être une bouée de sauvetage pour tirer l’homme de sa dépression avant de se révéler la source d’un nouveau naufrage. Si le schéma reste le même, la façon de la traiter est ici moins folle, moins débridée que dans Portnoy et les autres titres rassemblés dans ce volume. L’humour, dont on appréciait le côté ravageur, y est moins présent, les pages y sont plus ternes. À l’exception d’un très beau passage qui envoie Kepesh sur les traces de Kafka à Prague, pèlerinage accompli auparavant par Roth lui-même : car de toutes les bouées évoquées précédemment, c’est bien celle de la littérature qui reste la mieux gonflée.
VENDREDI.
                  Le cabinet de curiosités du notulographe. Plaisanteries de garçons de café.

826 (1)-min  826 (2)-min

Paris (Seine), rue de Charenton, photo de Jean-Damien Poncet, 11 juillet 2018 / même ville, rue du Pot-de-Fer, photo du même, 3 décembre 2016
SAMEDI.
              Films vus. Il est minuit, docteur Schweitzer (André Haguet, France, 1952) *
                               Silence (Martin Scorsese, Mexique – Taïwan – R.-U. – É.-U. – Japon – Italie, 2016)
                               Strictement personnel (Pierre Jolivet, France, 1985)
                               Sinon, oui (Claire Simon, France – Canada, 1997)
                               Tueurs (Jean-François Hensgens & François Troukens, Belgique – France, 2017).
* On connaît, à juste titre, l’accent marseillais de Pierre Fresnay dans Marius et ses suites. On connaît moins, et c’est bien dommage car ça vaut le détour, son accent alsacien dans le rôle du docteur Schweitzer.
              L’Invent’Hair perd ses poils.
826 (3)-min  826 (4)-min
Toulouse (Haute-Garonne), photo de Clotilde Eav, 14 avril 2011 / La Rochelle (Charente-Maritime), photo de Marc-Gabriel Malfant, 22 mars 2014
              IPAD (Itinéraire Patriotique Alphabétique Départemental). 24 décembre 2017. 142 km. (33292 km).
826 (6)-min
266 habitants

   La stèle courte, en marbre poli, se situe dans le bas du village, entre deux mâts de drapeau. Seul ornement : une palme dorée.

826 (5)-min

À la mémoire

Des enfants de Rebeuville

Morts pour la France

1914-1918

1939-1945

   Gauche :

BARDOT Paul

MAIRE Jules

CONRAUD René

THUUS Marius

THUUS Louis

THIRION Henri

MATHURIN Alfred

CHAMPAGNE Marcel

CHAMBRÉ Paul

DIDIER René

VILLAIN Paul

MORTAL Roger

   Droite :

THOMAS Raymond

HENRION Maurice

THUUS Aimé

PIERRE Hubert

LHUILLIER Germain

THIRION René

THOMAS Lucien

HUGUENEL Jules

ADAM Pierre

MONET Victor

             Poil et plume. “25 août [1954]. Jouy
   Chez le coiffeur.
   “Pourriez-vous me couper les cheveux sans employer la tondeuse ?
   – Ah ! non, monsieur ! Ce que vous demandez là, c’est de l’art. Moi, monsieur, au prix que je vous prends, je ne peux faire que mon métier.”
   Il porte perruque “parce que, vous comprenez bien, monsieur, qu’un coiffeur sans cheveux c’est ridicule !”
   Son travail terminé, il m’époussette, me regarde dans le miroir et déclare : “Avec cette barbe, monsieur, vous me rappelez un soldat gréco-romain (sic)…” (Mathieu Galey, Journal intégral 1943-1986)
Bon dimanche,
Philippe DIDION
 

10 février 2019 – 825

DIMANCHE.
                   Courriel. Une demande de désabonnement aux notules.
                   Lecture. Schnock n° 23 (La Tengo, juin 2017; 176 p., 14,50 €).
                                 Charles Aznavour.
                                 La Nouvelle Revue française n° 625 (Gallimard, juillet 2017; 160 p., 15 €).
                                 Extrait de l’éditorial de Michel Crépu (à propos de Raymond Queneau) : “Il n’y a pas d’école, ni de diplôme pour devenir critique littéraire, encore moins notulier. L’art d’écrire une notule est une école d’humour et d’humilité.” Ici, on dit “notulographe” plutôt que “notulier” mais on souscrit.
LUNDI.
            Courriel. Une demande d’abonnement aux notules.
MERCREDI.
                  Éphéméride. “Vendredi 6 février 1920
Nous descendons au Concert Classique. En voiture elle raconte :
Jean Cocteau fait une pièce qui s’appelle La Vache sur le toit. C’est fou de génie. Personne ne comprendra. Lucien Daudet se réunit avec lui et des amis deux fois par semaine à Montmartre pour passer la soirée. Ils s’amusent. Ils marchent sur la tête positivement. Puis ils se grisent. L’autre jour, ils ont mis Lucien dans les W.C., la tête dans la lunette. Il s’y est réveillé le matin, dans cette position. Cocteau rentre à 4 heures du matin et reçoit un savon de sa mère. Le lendemain Bonne-maman qui habite dans la maison (10 rue d’Anjou) apprend tout par les détails. Se griser, c’est la grande mode aujourd’hui, depuis la guerre. Les jeunes gens les plus raffinés s’adonnent à ce sport.
Ainsi parla Mademoiselle Bischoffsheim.” (Ferdinand Bac, Livre journal 1920)
JEUDI.
          Lecture. Sur un mauvais adieu (The Wrong Side of Goodbye, Michael Connelly, Little, Brown & Company, New York, 2016 pour l’édition originale; Calmann-Lévy, coll. Robert Pépin présente…, 2018 pour la traduction française, traduit de l’américain par Robert Pépin; 450 p., 21,90 €).
                        Une des raisons de l’imparable efficacité des polars de Michael Connelly, et je la découvre seulement après avoir lu son vingt-sixième livre, c’est que le récit ne s’écarte jamais du personnage principal. Pas de montage parallèle, pas de multiplicité des points de vue, pas d’ellipse, pas de fioritures poétiques : Harry Bosch est le héros de l’histoire et il n’y en a que pour lui. Le lecteur colle au personnage, progresse avec lui, n’est jamais mis à l’écart par un auteur qui jouerait au plus malin, ce qui lui permet de ne pas être désarçonné par la complexité des intrigues. Car, et c’est un autre de ses atouts, Connelly connaît tous les aspects du monde policier et judiciaire de son pays et parvient à promener son lecteur sans le perdre dans ce labyrinthe. Dans le genre, il n’a pas de concurrent.
VENDREDI.
                  Le cabinet de curiosités du notulographe. Richesses érotiques et politiques de la boulangerie française.

825 (1)-min  825 (2)-min

Saint-Gilles (Gard), photo de Sylvie Mura, 10 juillet 2016 / Montreuil (Seine-Saint-Denis), photo d’Alain Girard-Daudon, 11 mars 2017
SAMEDI.
              Films vus. Assaut (Assault on Precinct 13, John Carpenter, É.-U., 1976)
                               Momo (Vincent Lobelle & Sébastien Thiery, France – Belgique, 2017)
                               Le Derrière (Valérie Lemercier, France, 1999)*
                               Stars 80, la suite (Thomas Langmann, France, 2017)
                               Shining (The Shining, Stanley Kubrick, R.-U. – É.-U., 1980)**
                               La Carrière de Suzanne (Éric Rohmer, France, 1963)
                               La Boulangère de Monceau (Éric Rohmer, France, 1963)
                               Une saison en France (Mahamat-Saleh Haroun, France, 2017).
* La réalisatrice n’y est pour rien mais il est curieux de constater l’évolution politique de deux des acteurs principaux de son film, Dieudonné et Franck de la Personne.
** Revu, et j’y tenais, à Nancy (Meurthe-et-Moselle), dans la salle même où je l’avais vu pour la première fois, à l’occasion de sa sortie en 1980. À l’époque, je n’avais pas remarqué que les mots “The end” apparaissaient non pas à la suite de la dernière image mais à la fin du générique. Il faudrait vérifier si Kubrick a eu cette heureuse initiative pour ses autres films.
              Football. SA Spinalien – Lille B 3 – 2.
              L’Invent’Hair perd ses poils.
825 (3)-min 825 (4)-min
Paris (Seine), boulevard Haussmann, photo de Christiane Larocca, 4 avril 2011 / Semur-en-Auxois (Côte-d’Or), photo de Thierry Vohl, 29 septembre 2013
              IPAD (Itinéraire Patriotique Alphabétique Départemental). 3 décembre 2017. 130 km. (33150 km).
825 (9)-min
450 habitants

   Pas de monument aux morts, les morts locaux figurent sur celui de Bertrimoutier. Ceux de 14 j’entends, car ceux de la guerre de 1939-1945 ont droit à une stèle récente.

825 (8)-min

              Poil et pellicule.
825 (5)-min 825 (6)-min 825 (7)-min
Life (Anton Corbijn, R.-U. – Allemagne – Canada – Australie – É.-U., 2015)
Bon dimanche,
Philippe DIDION

3 février 2019 – 824

DIMANCHE.
                   Courriel. Une demande d’abonnement aux notules.
                    Lecture. Cible mouvante (The Moving Target, Ross Macdonald, 1949 pour l’édition originale, Gallmeister, 2012 pour la traduction française, rééd. coll. Totem n° 18, 2018, traduit de l’américain par Jacques Mailhos; 256 p., 8,80 €).
                                  La première aventure de Lew Archer, un privé au nom choisi en hommage à Marlowe, a connu plusieurs éditions et traductions en français, changeant même de titre pour passer d’Il est passé par ici à Cible mouvante. Si le livre a un intérêt historique par la présentation d’un personnage vite devenu archétypal (privé désabusé, intègre et solitaire), l’histoire à laquelle Macdonald lui fait prendre part est beaucoup trop complexe pour être compréhensible. On se raccroche aux passages dans lesquels l’auteur montre d’autres talents que ceux requis pour la construction d’une intrigue policière, notamment les descriptions de la côte californienne réalisées au moyen de petites touches pleines d’images et de poésie inattendues.
MERCREDI.
                  Éphéméride. “23 janvier [1918]
Chez vous, c’est encore de la neige ? Ici, c’est une température de printemps. J’ai enlevé mon tricot, et, à midi, en sortant d’une tournée chez les fantassins, j’étais en sueur. Il est vrai que je marchais vite et que j’avais semé le poilu qui m’accompagnait. Je suis rentré à midi avec une faim de loup. J’étais parti avec un quart de jus dans le coco, et en route, j’avais mangé une pomme ramassée sous un pommier.” (Albert Viard, Lettres à Léa)
VENDREDI.
                 Le cabinet de curiosités du notulographe. Boîtes à lettres.

824 (1)-min  824 (2)-min

Toul (Meurthe-et-Moselle), photo de Françoise Plain, 6 juin 2007 / Liège (Belgique), photo de Jean-François Fournié, 28 mai 2018
SAMEDI.
              Films vus. Les Nouvelles Aventures de Cendrillon (Lionel Steketee, France, 2017)
                               Tourments (El, Luis Buñuel, Mexique, 1953)
                               Si tu voyais son cœur (Joan Chemla, France, 2017)
                               Un grand patron (Yves Ciampi, France, 1951)
                               Marvin ou La Belle Éducation (Anne Fontaine, 2017)
                               Roman de gare (Claude Lelouch, France, 2007).
              L’Invent’Hair perd ses poils.
824 (3)-min  824 (4)-min
Paris (Seine), rue Thérèse, photo de Pierre Cohen-Hadria, 8 avril 2011 / Monterey (Californie, États-Unis), photo de Noémie Fiore, 9 août 2014
              Poil et presse.
824-min
Mémoires de Vidocq in Le Crapouillot, septembre 1934
              Vie parisienne. J’assiste à l’Assemblée générale de l’Association Georges Perec à la Bibliothèque de l’Arsenal. Après le vote sur les rapports habituels, la discussion porte principalement sur le bulletin de l’association, dont j’ai la charge. Le passage au format numérique est devenu inéluctable devant l’accroissement des coûts de fabrication et d’envoi qui engloutissent désormais la moitié de la somme recueillie par les cotisations des adhérents. Reste la question du contenu qui m’amène à précise ma position : si l’on s’en tient à ce qui est fait jusqu’ici, je peux continuer à réaliser la chose, mais si l’on s’achemine vers un bulletin qui soit davantage dans l’air du temps avec liens, images et autres éléments interactifs, je n’aurai ni le temps, ni la compétence, ni l’envie de m’y atteler. Finalement, le statu quo l’emporte : “Il faut que tout change pour que rien ne change”. Du coup, je file m’acheter Le Guépard chez Compagnie.
DIMANCHE.
                   Vie parisienne. Cela fait plus d’un an que je ne suis pas allé au Louvre et que La Mémoire louvrière est en arrêt. Rappelons que ce chantier consiste à visiter le Louvre salle par salle, une seule à la fois, d’examiner chaque tableau et de laisser une trace écrite de cet examen. On a profité de mon absence pour effectuer un certain nombre de changements qui prouvent, comme je n’avais pas tardé à le remarquer précédemment, qu’un musée, image de la conservation intangible, est la chose la plus mobile qui soit : la numérotation des salles n’est plus la même, le contenu non plus, les plans muraux (“Vous êtes ici”) ont disparu et j’en arrive à me perdre dans des couloirs que j’ai parcourus des dizaines de fois avant de retrouver l’endroit où je m’étais arrêté lors de ma dernière visite.
                   Lecture. Ma vie d’homme (My Life As a Man, Philip Roth, Holt, Rinehart & Winston, New York, 1974, Gallimard, 1976 pour la traduction française, traduit de l’américain par Georges Magnane, rééd. in “Romans et nouvelles 1959-1977”, Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade n° 625, 2017, traduction revue par Aurélie Guillain; 1208 p., 64 €).
                                 Une partie de l’œuvre de Philip Roth est un jeu de miroirs dont Ma vie d’homme est le premier volet. Roth y donne la parole à son alter ego Peter Tarnopol qui fait précéder le récit de sa vie par deux nouvelles mettant en scène son double, Nathan Zuckerman. On peut lire cet ensemble en cherchant faire tomber les masques, d’autant qu’il est en grande partie inspiré par le premier mariage désastreux de Philip Roth et par les difficultés qu’il a connues pour y mettre fin. On peut aussi, et je m’en contenterai, lire ces textes comme des tranches de vie, comme on regarde les films du Woody Allen de la période new-yorkaise. Car si, à l’instar de Houellebecq, Roth utilise le sexe et la dépression comme principaux carburants alimentant ses fictions, il y ajoute un humour décapant, un sens de l’autodérision qui leur donnent une saveur incomparable.
LUNDI.
           Courriel. Une demande d’abonnement aux notules.
           Obituaire. “Je me souviens que Michel Legrand fit ses débuts sous le nom de “Big Mike”. (Georges Perec, Je me souviens)
MERCREDI.
                  Éphéméride. “Un professeur m’a dit : “Cette question des quêtes faites en classe n’est pas simple. J’ai pris soin cette année de dire aux élèves qu’ils étaient absolument libres; que je voulais ignorer le détail de leurs dons; que je m’engageais, quel que fût le total, à n’exprimer aucune opinion. Résultat : ils n’ont rien donné du tout, et je n’ai rien eu à dire. Eh bien voilà une expérience intéressante sans doute, mais dont les pauvres paient les frais. Aussi il m’est venu des scrupules au sujet de mes scrupules; peut-être la charité prise comme fin justifie-t-elle quelques moyens. Et si l’on peut, en exploitant l’orgueil, la bassesse ou la vanité des hommes, tirer d’eux un peu plus d’argent qu’ils n’en donneraient sans cela, c’est toujours autant de pris. […]” (Alain, Propos d’un Normand, 30 janvier 1907)
                  Lecture. Maldonne (Boileau-Narcejac, Denoël, coll. Crime-Club n° 205, 1962 pour la première édition, rééd. in « Quarante ans de suspense » vol. 2, Robert Laffont, coll. Bouquins, édition établie par Francis Lacassin, 1988; 1314 p., 120 F).
                                L’ambiance bourgeoise des polars de Boileau-Narcejac garde un certain charme et l’art qu’ils possèdent dans la construction de leurs intrigues rend celles-ci souvent très intéressantes. Souvent mais pas toujours car ici les thèmes éculés qui sont utilisés (sosie, amnésie) et la trop grande part accordée à la dimension psychologique des personnages, à travers la transcription de deux journaux intimes, ne jouent pas en leur faveur. Il y a bien maldonne, c’est le mot. Sergio Gobbi a tiré un film de ce roman en 1969 (pas vu).
VENDREDI.
                  Lecture. Pascal Pia ou le droit au néant (Roger Grenier, Gallimard, coll. L’un et l’autre, 1989; 140 p., 70 F).
                                Éditeur, critique, journaliste, chercheur, érudit, voilà les mots qui viennent à l’esprit quand on évoque Pascal Pia. Érudit surtout. Le bonhomme était une encyclopédie vivante de la littérature, savait par cœur des milliers de vers, connaissait tous les détails de la vie de l’écrivaillon le plus obscur et n’hésitait pas à partager son savoir avec tous ceux qui l’interrogeaient sur tel ou tel point de détail. Mais sur l’homme, on ne sait rien ou presque. Des pans entiers de sa correspondance (avec Camus, avec Caradec) ont paru mais révèlent peu d’intimité. Le témoignage de Roger Grenier, qui a longtemps été proche de Pia, notamment à Combat, est donc bienvenu. Il ne dévoile pas entièrement l’homme, qui savait garder ses secrets même avec ses amis, mais explique en partie sa discrétion, son caractère dépressif dû en grande partie à une expérience de la misère, la vraie, qui l’avait marqué pour toujours. Parmi la foule de gens que Pia a côtoyés, on n’est pas surpris de trouver André Frédérique, qui partageait le même mal de vivre et qui a fini par céder, lui, à la tentation du suicide.
                  Le cabinet de curiosités du notulographe. Mort de la boucherie artisanale en milieu creusois.
824 (5)-min  824 (6)-min
Bétête, 26 juillet 2017 / Chénérailles, 4 août 2017, photos de l’auteur
SAMEDI.
              Films vus. Carré 35 (Éric Caravaca, France – Allemagne, 2017)
                               D’où viens tu… Johnny ? (Noël Howard, France, 1963)
                               Le Redoutable (Michel Hazanavicius, France – Birmanie, 2017)
                               Charlot boxeur (The Champion, Charles Chaplin, É.-U., 1915)
                               Charlot vagabond (The Tramp, Charles Chaplin, É.-U., 1915)
                               Mam’zelle Charlot (A Woman, Charles Chaplin, É.-U., 1915)
                               Charlot au music-hall (A Night in the Show, Charles Chaplin, É.-U., 1915)
                               Inferno (Ron Howard, É.-U. – Hongrie, 2016)
                               L’Affaire Macomber (The Macomber Affair, É.-U., 1947)
                               La Maison du lac (On Golden Pond, Mark Rydell, R.-U. – É.-U., 1981).
              Football. SA Spinalien – Fleury 91 FC 1 – 1.
              L’Invent’Hair perd ses poils.
824 (7)-min  824 (8)-min
Paris (Seine), rue Olivier-Métra, photo de Pierre Cohen-Hadria, 30 mars 2011 / rue de Clignancourt, photo de Jean-Christophe Soum-Fontez, 29 octobre 2015
              Poil et pellicule.
824 (9)-min  824 (10)-min
Le Premier Homme (Gianni Amelio, France – Italie – Algérie, 2011)
Bon dimanche,
Philippe DIDION