17 mars 2019 – 830

LUNDI.
           Vie notulaire. Les notules, nées le 11 mars 2001, atteignent aujourd’hui leur majorité. Pour l’occasion, ARTE a choisi de programmer cette semaine La Vie domestique, film d’Isabelle Czajka.
           Vie littéraire. Nous voilà ramené à notre immaturité : le Prix René-Fallet aura trente ans cette année et Jaligny me demande une contribution pour un recueil célébrant l’événement.
MARDI.
             Lecture. Tandis que j’agonise (As I Lay Dying, William Faulkner, 1930, Gallimard, 1934 pour la première traduction française, rééd. in Œuvres romanesques I, Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade n° 269, 1977; traduction de l’américain par Maurice-Edgar Coindreau, revue par le traducteur en collaboration avec Michel Gresset, édition présentée et annotée par Michel Gresset; 1620 p., 57,50 €€).
                           Que serait l’écrivain sans sa légende ? Faulkner connaissait son boulot dans ce domaine et pour raconter la genèse de Tandis que j’agonise, il n’y était pas allé de main morte : le livre avait été écrit d’une traite, sur une brouette renversée, dans la cave à charbon d’une usine qui l’employait comme gardien de nuit. Oui madame. Restons sérieux. Le travail qu’il a fallu fournir pour aligner et relier les 59 monologues intérieurs qui constituent le bouquin a dû être d’une autre envergure. En tout cas, celui que doit faire le lecteur pour assembler les morceaux et leur donner un sens est considérable. Que faire de ces phrases qui s’interrompent brusquement, de ces chapitres qui répètent la même scène vue par des yeux différents, de ces ellipses inattendues, de ces changements soudains de point de vue, de temps, de lieu, que faire de ces pronoms qui surgissent sans qu’on sache s’ils désignent un homme, un chapeau, une vache, une rivière , le soleil… Débrouille-toi, lecteur… Le père Coindreau a dû s’amuser… C’est Valery Larbaud qui a préfacé sa première traduction, en 1934. On n’est pas surpris de le trouver là : il était déjà aux premières loges quelques années plus tôt pour la traduction d’Ulysse et comme Joyce, Faulkner exige énormément de ses lecteurs. Il crée un univers géographique, linguistique et et stylistique qui réclame un arpentage patient, attentif, répété. Dommage qu’on n’ait plus vraiment le temps de l’effectuer.
MERCREDI.
                  Éphéméride. “Toutes les fois que Josef Florian, qui est un pauvre parmi les pauvres, trouve quelques francs, il me les envoie. C’est à pleurer de voir ce que fait cet indigent, contre ma volonté et malgré ce que j’ai pu lui dire. Il m’a répondu, en diverses lettres prodigieuses, que le fait de me donner ce qu’il possède est pour lui une manière de gagner sa vie et d’assurer l’abondance dans sa maison. En lisant ça, on se sent à plusieurs milliards de lieues des chrétiens modernes.(Léon Bloy, Le Vieux de la montagne, 13 mars 1908)
                  Lecture. Chanson de gestes (The Meaning of the Act, Margery Allingham, nouvelle parue dans The Strand, septembre 1939 pour l’édition originale, Mystère Magazine n° 31, août 1950 pour la traduction française, rééd. in « La Maison des morts étranges et autres aventures d’Albert Campion », Omnibus, 2010; 1024 p., 26 €).
                                Le Publicateur du Collège de ‘Pataphysique. Viridis Candela, 9e série, n° 16 (15 juin 2018, 80 p., 15 €).
                                “Correspondance Pia & Latis”
VENDREDI.
                  Lecture. Les Dix Vœux d’Alfréd (Maude Mihami, NiL, 2018; 254 p., 18 €).
                                Roman sélectionné pour le Prix René-Fallet 2019.
                  Le cabinet de curiosités du notulographe. Cave canem. La collection n’est pas passionnante. Les panonceaux “Chien méchant”, achetés dans le commerce, sont vite répétitifs. Pour regagner un peu d’intérêt, il faut s’intéresser à ce qu’il y a autour, élargir le champ, comme dans cet exemple où l’on se demande quelle est la créature la plus féroce.

830-min

Rainville (Vosges), photo de l’auteur, 12 mars 2017
   Comme à Rainville, la photo du chien accompagne souvent la mise en garde écrite. Le “coup du roi” consiste à photographier le modèle à côté de son image, un exploit réalisé une seule fois  à ce jour, à grand renfort de “susucre” et “nonos”.
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Charmes (Vosges), photo de l’auteur, 4 juillet 2017
SAMEDI.
              Vie culturelle. Visite de l’exposition “Peindre la nuit” au Centre Pompidou de Metz (Moselle). Pour moi, peindre la nuit, c’était une image : Kirk Douglas coiffé d’un chapeau orné de bougies, palette et pinceaux à la main, battant la campagne dans le Van Gogh de Minnelli. Image fausse sans doute – pensez, un chapeau de paille – mais image magique que j’aurais aimé retrouver ici. Ce ne fut pas le cas, même si le cinéma n’est pas négligé dans le parcours où “la nuit” est davantage utilisé comme complément d’objet direct que comme complément circonstanciel de temps.
              Films vus. Santa & Cie (Alain Chabat, France – Belgique, 2017)
                               Alice et Martin (André Téchiné, France – Espagne, 1998)
                               Hitman & Bodyguard (The Hitman’s Bodyguard, Patrick Hughes, É.-U. – Hong Kong – Bulgarie – Pays-Bas, 2017)
                               Exotica (Atom Egoyan, Canada, 1994)
                               La Prière (Cédric Kahn, France, 2018)
                               Boomerang (François Favrat, France, 2015)
                               Broadway by Light (William Klein, France, 1958)
                               La Deuxième Étoile (Lucien Jean-Baptiste, France, 2017).
              L’Invent’Hair perd ses poils.
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Pipriac (Ille-et-Vilaine), photo de Philippe de Jonckheere, 10 avril 2011 / Lyon (Rhône), photo de Marc-Gabriel Malfant, 9 avril 2012
              Poil et plume. Il n’y a pas de meilleure preuve de l’imperfection du monde que les coiffeurs qui vous font la conversation.” (Dominique Noguez, Pensées bleues : aphorismes)
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Dominique Noguez (12 septembre 1942 – 15 mars 2019) au Colloque des Invalides (Paris), photo de l’auteur, 31 octobre 2008
Bon dimanche,
Philippe DIDION
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