24 mars 2019 – 831

LUNDI.

Lecture. Les Mal Partis (Sébastien Japrisot, Robert Laffont, 1950, rééd. France Loisirs, 2000 ; 272 p., s.p.m.).
Le premier roman de Sébastien Japrisot, écrit dans sa prime jeunesse et signé de son vrai nom (Jean-Baptiste Rossi), n’annonce en rien l’œuvre à suivre, axée sur le policier et le romanesque. Japrisot raconte une histoire d’amour improbable, mais pas impossible, entre un jeune collégien et une nonne. Histoire d’abord secrète mais trop choquante pour le rester longtemps. La famille, la religion, les convenances, l’Histoire même (on est dans les derniers moments de l’Occupation) s’insurgent, s’opposent, agissent pour éloigner les deux auteurs du scandale. Roman inattendu, qui m’a fait penser, sans que je sache pourquoi, au Moderato cantabile de Marguerite Duras.
MARDI.
            Épinal – Châtel-Nomexy (et retour). Brad Watson, Le Paradis perdu de Mercury, Le Livre de poche, 2018.
            Lecture. Le Lambeau (Philippe Lançon, Gallimard, 2018 ; 512 p., 21 €).
Il y des livres nécessaires, aussi bien pour un auteur que pour ses lecteurs. Celui-ci en est un, aucun doute là-dessus. Nécessaire à Lançon pour revenir sur l’attentat de Charlie Hebdo dont il fut un des rares rescapés et raconter ce que fut sa vie ensuite, nécessaire pour, utilisons le mot pour une fois dans son véritable sens, se reconstruire. Nécessaire au lecteur pour comprendre, dans la mesure du possible, ce qui s’est passé, savoir ce qu’est Lançon devenu, ce qu’il a traversé. Le livre a sa raison d’être, il réussit là où les chroniques hospitalières que Lançon donna à Charlie pendant son séjour à la Salpêtrière avaient échoué. Il fut justement salué à sa sortie, on réclama pour lui le Goncourt et autres lauriers mais un livre nécessaire n’est pas forcément un chef-d’œuvre. Le Lambeau a ses défauts, ses longueurs, ses répétitions, elles aussi nécessaires. Au-delà de sa nécessité, le livre présente un intérêt sociologique : il montre comment un homme reste, quoi qu’il lui arrive, attaché à son milieu. Lançon est un intellectuel parisien, il est tout le temps fourré au théâtre, va plus souvent à l’Opéra que nous autres à Monoprix, fréquente des danseuses argentines et des dissidents cubains, se trouve aussi à l’aise à New York qu’un Didion en Creuse. Eh bien quand il est à l’hôpital, rien ne change : son infirmière est passionnée d’art lyrique, il se fait couper les douilles au son de Jean-Sébastien Bach, il lit Proust sur sa civière, il parle d’art chinois ou de je ne sais quoi avec son anesthésiste et quand on le visite, on lui offre un recueil de poèmes persans. Nous, quand on va chez le coiffeur, la radio est bloquée sur RFM, quand on va à l’hôpital, on nous parle de dépassement d’honoraires, et quand on nous visite, on a des chocolats.
MERCREDI.
                  Éphéméride. Jeudi 20 mars [1941]
Le vers de Sully-Prudhomme : “Tu m’appartiens dès le passé” est un vers admirable.
Amené à connaître dans le privé mes professeurs, j’ai pu constater quels hommes charmants, serviables ils étaient. Mais je ne juge pas ici des hommes, mais des professeurs.” (Jacques Brenner, Journal, tome I : Du côté de chez Gide 1940-1949)
JEUDI.
Presse.
831-min
photo de Pierre Gleizes, AP
       Extraordinaire photo publiée dans Libération de ce matin. On y voit Georges Courtois, “célèbre pour avoir séquestré durant trente-quatre heures la cour d’assises de Nantes”. L’affaire date de 1985 et montre qu’à cette époque on fumait vraiment partout et en toutes circonstances. La question est : comment Courtois va-t-il allumer sa clope avec un flingue dans chaque main ? À moins que l’homme de gauche, qui n’est autre que le président de la cour d’assises, ne s’apprête à lui donner du feu ? Georges Courtois est mort, nous apprend l’article, le 16 mars dernier. Dans un incendie.
          Lecture. Assurance sur la mort (Double Indemnity, James M. Cain, 1936 pour l’édition originale, Gallimard, 1948 pour la première traduction française ; rééd. Gallmeister, coll. Totem n° 77, 2017, traduit de l’américain par Simon Baril ; 160 p., 8,60 €).
Tous les éléments obligatoires du roman noir sont réunis : un homme happé par une femme fatale, un mari encombrant, une belle somme en jeu, sans oublier la fille de la femme fatale promise à une belle carrière dans la même discipline. On pourrait donc dire qu’on a vu et lu ça cent fois mais James M. Cain se distingue par le rythme qu’il sait donner à son texte, un rythme particulièrement sensible dans des dialogues qui vont de suite à l’essentiel, sans incises ni verbes de parole.
VENDREDI.
                  Lecture. Europe n° 1038 (octobre 2015; 352 p., 20 €).
                                Patrick Modiano.
                  Le cabinet de curiosités du notulographe. Ciné flipper.
831 (1a)-min  831 (2a)-min
À mort l’arbitre (Jean-Pierre Mocky, France, 1984) / À nous deux (Claude Lelouch, France – Canada, 1979)
SAMEDI.
              Films vus. Non-Stop (Jaume Collet-Serra, R.-U. – France – É.-U. – Canada, 2014)
Les Tuche 3 (Olivier Baroux, France, 2018)
Quatre garçons pleins d’avenir (Jean-Paul Lilienfeld, France, 1997)
La Montagne entre nous (The Mountain Between Us, Hany Abu-Assad, É.-U., 2017)
U.S. Marshals (Stuart Baird, É.-U., 1998)
Les Stances à Sophie (Moshé Mizrahi, France – Canada, 1971)*
Derrière le miroir (Bigger Than Life, Nicholas Ray, É.-U., 1956).
* Film absent  des encyclopédies du cinéma et des dictionnaires spécialisés, intéressant pourtant à plusieurs titres : Bernadette Lafont en est l’interprète principale, dans son registre habituel de femme rebelle, on y voit et entend l’Art Ensemble of Chicago, et Jacques Robiolles (l’ami de Jean-Pierre Léaud dans Domicile conjugal) y tient un petit rôle non crédité (merci à Lucie qui l’a reconnu).
              Lecture. Histoires littéraires n° 69 (Du Lérot éditeur, janvier – février – mars 2017; 192 p., 25 €).
                            Où l’on apprend au détour d’une note qu’André Jacquemin, gloire locale, participa aux illustrations d’un ouvrage d’hommage au Maréchal Pétain, Paris au Maréchal. Dans les “Livres reçus”, le notulographe s’est occupé de Michel Braudeau et de Muriel Gilbert.
              L’Invent’Hair perd ses poils.
831 (1)-min  831 (2)-min
Saint-Nicolas-de-Redon (Loire-Inférieure), photo de Philippe de Jonckheere, 11 avril 2011 / Lambesc (Bouches-du-Rhône), photo de Marc-Gabriel Malfant, 10 juillet 2017
              IPAD (Itinéraire Patriotique Alphabétique Départemental). 25 janvier 2018. 54 km. (33562 km).
831 (5)-min
197 habitants

   Le monument, récent, est un disque tronqué de granit gris adossé à une haie de thuyas taillée au carré. Les dalles portant les noms sont collées sur le disque, en avancée, sous une Croix de Lorraine. La colonne centrale et celle de droite sont occupées par les fusillés du 9 septembre 1944, celle de gauche porte les noms des victimes de la première Guerre.

831 (4)-min

1914-1918

BADONNEL Joseph

BEDEL Léon

COLNEL Albert

DORIDANT Albert

GEORGES Léon

HAOUY Charles

LECOMTE Émile

PERRIN Alfred

RIVAT Albert

RIVAT Charles

VELON Hippolyte

Morts au champ d’honneur.

   Plus loin, à la sortie du village, un autre stèle de même facture rappelle les fusillés de 1944, parmi ceux-ci figurent le maire de l’époque et un de ses adjoints. On apprend sur Internet que 10 hommes ont été fusillés à cet endroit le 9 septembre 1944, suite à l’attaque d’un véhicule allemand par le maquis de Beauménil.

            Poil et pellicule.
831 (3)-min
Tout ça… pour ça ! (Claude Lelouch, France – Canada, 1993)
Bon dimanche,
Philippe DIDION
Publicités

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s