12 mai 2019 – 837

N.B. Le prochain numéro des notules sera servi le dimanche 25 mai 2019.
DIMANCHE.
                   Bestiolaire local. Identification d’une Adèle verdoyante.
LUNDI.
           Lecture. Le Plancher de Joachim : L’Histoire retrouvée d’un village français (Jacques-Olivier Boudon, Belin, coll. Histoire, 2017; 256 p., 24 €).
                         En France, il y a les Hautes-Alpes. Dans les Hautes-Alpes, il y a Embrun. Dans le canton d’Embrun, il y a Crots.

À Crots, il y a un château. Dans ce château, il y a un plancher. Dans un plancher, il y a des lattes et des cales. Sous les lattes et sur les cales du plancher du château de Picomtal alors en travaux, commune de Crots, on a découvert des inscriptions dues au menuisier qui l’a posé dans les années 1880 et Jacques-Olivier Boudon a entrepris de les étudier. Le menuisier s’appelait Joachim Martin et il a, tout au long de son chantier, écrit des phrases, des petits paragraphes, en sachant que ceux-ci ne seraient peut-être jamais découverts. Ces phrases concernent son travail, sa famille, ses voisins, le prix du pain et du vin, les élections locales, ses rapports avec son patron, la vie du village qui s’appelait alors Les Crottes et qui a changé de nom en 1970 histoire de ne pas effrayer le touriste.

À partir de ce corpus de soixante-douze planches, Boudon retrace l’histoire d’un village et de ses habitants dans la IIIe République naissante. C’est de la microhistoire, parfois plus intéressante à écrire qu’à lire quand il ne s’agit que de recopier des registres communaux et paroissiaux pour donner l’état-civil des différents habitants du lieu, mais qui gagne en intérêt quand l’auteur élargit son propos pour donner à voir ce qu’était la vie rurale de l’époque dans cette région : l’exode rural, les luttes entre cléricaux et républicains, l’arrivée de tout ce qui est destiné à relier ce coin perdu au reste du pays, le chemin de fer, les gares, les routes, les écoles et qui est aujourd’hui inexorablement détricoté. 

MARDI.
            Épinal – Châtel-Nomexy (et retour). Tuula Laakkonen, Le Finnois, Assimil, 2017. La dame qui l’étudie prend des notes sur un bloc de papier. On la comprend.
MERCREDI.
                  Éphéméride. “8 mai [1947]
Vernissage Oberlé, très couru, à la Galerie Charpentier. S’étant toujours fortement intéressé au beau sexe, ses petits portraits de femmes sont charmants. Beaucoup d’amis. Préjelean, dessinateur de La Vie parisienne d’avant 1914 et aujourd’hui d’Adam, suprêmement élégant – veston pied-de-poule, pantalon gris – est très entouré.
Thorez évincé du ministère : le rouge baisé.
Tirage officiel des hebdomadaires : Samedi-Soir, 424 000; Ici Paris, 315 000; Carrefour, 285 000; Les Lettres françaises, 95 000.
Avis affiché sur la vitre d’une boulangerie de Reims : “

À partir de demain les faux tickets ne seront plus acceptés.” (Jean Galtier-Boissière, Mon journal dans la Grande Pagaïe)

JEUDI.
          Lecture. Ma ZAD (Jean-Bernard Pouy, Gallimard, coll. Série Noire, 2017, rééd. coll. Folio policier n° 876; 208 p., s.p.m.). La politique éditoriale suivie par Jean-Bernard Pouy le rend impossible à suivre. Pour lui, comme pour Manchette en son temps, l’écrivain est un travailleur, un producteur. Pas question d’avoir un autre “vrai” métier : pour croûter il faut fournir, écrire, publier sans cesse, dans tous les azimuts. C’est ce que Pouy a fait tout au long de sa vie, chez Gallimard comme chez des éditeurs sans grade, j’ai même été son voisin de sommaire dans quelques revues, c’est dire si le bonhomme n’est pas bégueule. Seulement, à se disperser ainsi, on perd peu à peu ses forces et il faut bien dire que les derniers Pouy n’ont plus le mordant d’antan. Il surfe ici sur l’actualité en situant son intrigue dans et autour d’une ZAD. Le récit est régulièrement interrompu par des digressions dans lesquelles Pouy, via son personnage narrateur, exprime ses goûts en matière de littérature, de musique ou de cinéma, donne son avis sur les valises à roulettes ou sur les noms des châteaux du Médoc. Puis il se rappelle qu’il a une histoire à finir, une histoire peu captivante il est vrai, dont on se demande s’il a pris la peine de la relire (phrases bancales, fautes diverses…), et l’action reprend cahin-caha. On pardonne à Pouy parce qu’il nous a beaucoup donné, parce qu’il lui reste un style et des jeux de mots vaseux comme on les aime, mais tout cela est bien paresseux.
VENDREDI.
                  Le cabinet de curiosités du notulographe. Belles devises.

837-min  837 (2)-min

Gérardmer (Vosges), photo de l’auteur, 15 avril 2017 / Le Crotoy (Somme), photo de Jean-François Fournié, 18 septembre 2016
SAMEDI.
              Vie en Vosges. Nous passons la majeure partie de la journée en Déodatie, d’abord pour aller monumenter à Saint-Jean-d’Ormont pour l’IPAD. Je dépose ensuite un exemplaire d’Espis à la bibliothèque de Saint-Dié, histoire de nourrir le fonds Gengenbach, et rejoins mes belles au Musée Pierre-Noël, qui jouxte l’établissement. C’est une découverte, et une belle surprise avec une exposition passionnante sur les frères André, des architectes nancéiens actifs tout au long du XXe siècle, notamment pour la reconstruction de Saint-Dié après les bombardements. Ils ont travaillé avec Jean Prouvé dont je peux enfin voir les “Maisons des Jours Meilleurs” que je ne connaissais que de nom. Direction ensuite la vente de livres d’Amnesty qui nous permet, après une belle razzia (j’ai pris du Paul Guimard, plus personne ne lit Paul Guimard, du coup j’ai envie de m’y mettre) de repartir avec une auto bien lestée pour résister au vent qui souffle en rafales.
              Films vus. Crime sans passion (Crime Without Passion, Ben Hecht & Charles MacArthur, É.-U., 1934)
                               La Douleur (Emmanuel Finkiel, France –Belgique – Suisse, 2017)
                               Mange ta soupe (Mathieu Amalric, France, 1997)
                               L’Échappée belle (Émilie Cherpitel, France, 2015)
                               La Mémoire est-elle soluble dans l’eau ? (Charles Najman, France, 1996)
                               Le Cheik blanc (Lo sceicco bianco, Federico Fellini, Italie, 1952)
                               Network – Main basse sur la TV (Network, Sidney Lumet, É.-U., 1976).
              L’Invent’Hair perd ses poils.
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Marguerittes (Gard), photo de Marc-Gabriel Malfant, 12 avril 2011 / Écully (Rhône), photo du même, 19 novembre 2015
              IPAD (Itinéraire Patriotique Alphabétique Départemental). 3 mars 2018. 122 km. (33 910 km).
837 (4)-min
465 habitants

   L’église est en grès rose mais le monument qui la flanque est en granit gris. Au sommet, sur trois côtés, les mots Honneur, Gloire et Patrie. A mi-hauteur, une Croix de Guerre.

837 (5)-min

1914-1918

Remomeix

À ses enfants

Morts

Pour la France

1914

SONRIER Émile

COLIN Camille

GRANDBLAISE Camille

1915

DURAIN Joseph

DELON Auguste

1916

SIMON René

1917

DEÇOIS Arthur

FERRY Albert

VICTIMES CIVILES

1914

CHAXEL Victor

DEÇOIS Hortense

DEÇOIS André

1940

THIÉBAUT Eugène

1944

MINETTE Gervais

1980

Mort pour la France

Au Liban

Patrice COLIN

              Poil et plume. “Quelle coiffure monsieur le baron désire-t-il ?
   – Les oreilles de chien, et les cheveux retroussés par derrière.
   – Avec un œil de poudre ?
   – Deux yeux si vous voulez, Cadenette.” (Alexandre Dumas, Les Compagnons de Jéhu)
Bon dimanche,
Philippe DIDION

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