7 juillet 2019 – 841

DIMANCHE.
                   En feuilletant Livres Hebdo. Catia Nannoni, Participe présent et gérondif dans la presse française contemporaine, un thriller de 176 pages disponible chez Peter Lang pour la modique somme de 58,03 €.
LUNDI.
           Lecture. Mauvaises graines (Ugly Girls, Lindsay Hunter, 2014 pour l’édition originale, Gallimard, coll. Série Noire, 2018 pour la traduction française, traduit de l’américain par Samuel Todd; 288 p., 22 €).
                         Il est toujours fâcheux de voir un auteur capable de camper des personnages intéressants dans un cadre qui ne l’est pas moins se montrer incapable de leur trouver quoi que ce soit d’intéressant à faire. C’est le cas de Lindsay Hunter qui campe ici deux beaux spécimens de filles paumées, à la limite de la délinquance, dans une petite ville typique de l’Amérique des déclassés. Tout y est, les flirts minables, la vie sordide dans un camp de mobile homes, les virées imbéciles, la tentation de la délinquance. Mais rien ne se passe, ou presque et le final, qui arrive comme un cheveu sur la soupe au moment où l’auteure se rend compte qu’elle a oublié quelque chose, est tellement embrouillé qu’il ne rachète rien. Cela dit, c’est un premier roman, rien n’interdit d’espérer mieux pour la prochaine fois.
MERCREDI.
                   Obituaire. “Je me souviens de Zappy Max.” (Georges Perec, Je me souviens). Je me souviens aussi de lui, de Quitte ou double que j’écoutais sur RMC dans les années 1970 en Provence. Je l’avais vu à Nancy, il y a quelques années, derrière une pile de livres, totalement ignoré de la foule qui se pressait au Livre sur la place.
                   Éphéméride. “Lundi 19 juin 1978
Hier soir, dîner à huit, dans l’appartement, rue des Volontaires, que je partage avec Jean-Guy : Jacqueline, Pierre-Guillaume, Estelle, Serge Doubrovsky, une de ses étudiantes à New York University (Autrichienne qui le console), la petite amie de Patrice Gélinet, Jean-Guy et moi. Patrice arrive après minuit, de Normandie, où il a passé le week-end : chez l’ancien ami de sa nouvelle amie, un certain Matthias, fils de Jean Gabin. Tous les convives – sauf moi et sans doute Isle, qui le connaissons déjà bien – sont frappés par le “cas” Serge. Un garçon charmant, mais complexé à l’extrême, et qui le restera jusqu’à son dernier souffle. Malgré sa grande vitalité, sa fine intelligence, on le sent gêné aux entournures, et cela finit par vous incommoder, alors qu’on souhaiterait le mettre à l’aise.” (Marc Hanrez, Poste restante : Un journal littéraire (1954-1993)
VENDREDI.
                  Lecture. Cinq semaines en ballon : Voyage de découvertes en Afrique (Jules Verne, Hetzel, 1863, rééd. in “Les romans de l’air”, Omnibus, 2001; 1140 p., 22,20 €).
                                On a souvent souligné, et avec raison,  les aspects racistes des albums de Tintin, certains allant même jusqu’à réclamer l’interdiction de Tintin au Congo. Jules Verne, qui a lui aussi fait parcourir à ses héros blancs un monde en grande partie colonisé, n’a pas été l’objet de la même intransigeance. Il y a pourtant, dans son œuvre, des pages qui valent leur pesant de Banania, comme cet échange entre les voyageurs dont le ballon vient d’être attaqué par une horde de singes :
   “En voilà un assaut ! dit Joe.
   – Nous t’avions cru assiégé par des indigènes.
   – Ce n’étaient que des singes, heureusement ! répondit le docteur.
   – De loin, la différence n’est pas grande, mon cher Samuel.
   – Ni même de près, répliqua Joe.”
              Le cabinet de curiosités du notulographe. Enseignes mortes.

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 Châtelus-Malvaleix (Creuse), 27 juillet 2015 / Nancy (Meurthe-et-Moselle), 10 septembre 2016, photos de l’auteur

SAMEDI.
              Vie littéraire. Retrouvailles familiales à la Sorbonne avec Lucie, parisienne depuis plus d’une semaine. Nous assistons à la première partie du séminaire Perec, particulièrement intéressés par la communication bien enlevée de Danielle Constantin qui montre qu’il y a toujours de quoi s’occuper avec La Vie mode d’emploi, notamment en l’abordant du pont de vue génétique. Nous croûtons rue des Écoles et filons rue du Bac : depuis le temps que j’ai envie de voir les collections entomologiques rassemblées chez Deyrolles, j’ai eu le temps de fantasmer sur le sujet mais la réalité dépasse tout ce que je pouvais imaginer. Nous descendons ensuite le boulevard Raspail pour aller rendre hommage à Agnès Varda, d’abord au cimetière Montparnasse – où je suis infoutu de retrouver la tombe de Baudelaire – puis rue Daguerre, où la façade de sa maison est aisément reconnaissable.
              Lecture. Les Choses de la vie (Paul Guimard, Denoël, 1967, rééd. Gallimard, coll. Folio n° 315, 1973; 160 p., s.p.m.).
              Films vus. Le Collier rouge (Jean Becker, France – Belgique, 2018)
                               Au service secret de Sa Majesté (On Her Majesty’s Secret Service, Peter R. Hunt, R.-U., 1969)
                               L’Amour c’est gai, l’amour c’est triste (Jean-Daniel Pollet, France, 1971)
                               Rocco et ses frères (Rocco e i suoi fratelli, Luchino Visconti, Italie – France, 1960)
                               Je vais mieux (Jean-Pierre Améris, France, 2017).
              L’Invent’Hair perd ses poils.
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Paris (Seine), photo de Pierre Cohen-Hadria, 17 avril 2011 / Varages (Var), photo de Marc-Gabriel Malfant, 10 juillet 2017
              Poil et pellicule.
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Ah ! Si j’étais riche (Gérard Bitton & Michel Munz, France, 2002)
LUNDI.
           Lecture. L’Ironie du sort (Paul Guimard, Denoël, 1961, rééd. Librairie Générale Française, coll. Le Livre de poche, 1969; 160 p., s.p.m.).
MARDI.
            Épinal – Châtel-Nomexy (et retour). Roxane Dambre, La Trace du coyote, Le Livre de poche, 2014.
MERCREDI.
                  Vie interrompue. Quand Caroline, retour du boulot, m’a dit qu’elle avait reçu une mauvaise nouvelle sur son téléphone de poche, j’ai su immédiatement que C. était mort. J’avais beau redouter ce moment – l’absence de nouvelles en provenance de Savenay (Loire-Inférieure) n’avait rien de rassurant – je vacille sous la force de la torgnole. C. avait eu plusieurs vies au gré des rencontres, des événements, des choix qu’il avait faits. La dernière, celle qu’il a passée loin d’ici, a dû être la plus heureuse. Puisse ce bonheur avoir tenu le plus longtemps possible.
JEUDI.
          Vie à l’eau. Si C. était venu avec moi aujourd’hui à Gérardmer, il aurait eu tôt fait de m’abandonner à mes clapotis : il aurait traversé le lac à la nage en long en large et en travers, en aurait fait trois fois le tour à vélo avant de me lancer “Je fais le dernier à cloche-pied et on va boire l’apéro.” C. était sportif. C. était professeur. Il était membre de deux corporations que je ne fréquente guère mais il n’en avait pas les travers, ce qui, ajouté à d’autres raisons, me le rendait cher. Apollinaire avait un ami qui n’était ni sportif, ni professeur, simplement poète : André Salmon. Quand André Salmon s’est marié, le 13 juillet 1909, Apollinaire lui a offert un poème. Devant les drapeaux déployés dans la capitale en vue de la Fête nationale, il écrivait : “On a pavoisé Paris parce que mon ami André Salmon s’y marie”. Aujourd’hui, devant les écoles et collèges fermés, devant les examens reportés, je sais qu’on a foutu la paix aux mômes – et à moi-même – parce que mon ami est mort et que je suis bien triste.
          Lecture. Histoires à faire pâlir la nuit (This One Will Kill You, Dell Publishing, 1971 pour l’édition originale,  Pocket n° 2362, 1985, rééd. in « Alfred Hitchcock présente : Encore 109 histoires extraordinaires », Collectif, Presses de la Cité, 1994; 1230 p., 145 F).
                        Nouvelles.
VENDREDI.
                  Le cabinet de curiosités du notulographe. Enseignes épicières.
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Nancy (Meurthe-et-Moselle), photo de François Golfier, 26 mai 2017 / Ruoms (Ardèche), photo d’Hervé Bertin, 17 juin 2016
SAMEDI.
             Vie littéraire. La deuxième édition des Journées Pierre Michon se déroule en cette fin de semaine à Guéret (Creuse). Michon est prévu au programme, bien sûr, Michon n’est pas venu, c’est dans l’ordre naturel des choses, mais cette fois il a un certificat médical pour excuser son absence. On se contentera donc des interventions d’une universitaire, aussi obscure à l’oral qu’à l’écrit, et de plusieurs auteurs, reliés plus ou moins lâchement à Michon : François-Henri Désérable, orateur habile comme on a pu le constater à la télévision (le lycée La Providence d’Amiens a formé plusieurs orateurs habiles), qui déroule de façon plaisante quelques anecdotes pas neuves de l’histoire littéraire, Jean-Yves Larichesse, qui aime beaucoup ce qu’il écrit, Thierry Froger, auteur d’un livre centré sur Godard susceptible de m’intéresser et qui parlera quand je serai sur la route du retour.
             Films vus. Cœur de lilas (Anatole Litvak, France, 1932)*
                              Tir groupé (Jean-Claude Missiaen, France, 1982)
                              Contre-enquête (Franck Mancuso, France, 2007)
                              Je t’aime moi non plus (Serge Gainsbourg, France, 1976)
                              La Maladie de Sachs (Michel Deville, France, 1999)
                              Lamiel (Jean Aurel, France – Italie, 1967).
* Qui réunit, trente ans avant L’Âge ingrat (Gilles Grangier, France, 1964), Jean Gabin et Fernandel.
             L’Invent’Hair perd ses poils.
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Chaudes-Aigues (Cantal), photo de Marc-Gabriel Malfant), 18 mars 2013 / Tours (Indre-et-Loire), photo de Yannick Séité, 24 octobre 2017
             Poil et plume.Il y en a qui montent sur le fauteuil du salon de coiffure avec autant de majesté que s’ils montaient sur un trône.” (Baldomero Fernández Moreno, Le Papillon et la Poutre)
DIMANCHE.
                   Bestiolaire spinalien. Identification d’un Ténébrion meunier.
LUNDI.
          Lecture. Le Promeneur du Morvan (Vincent Vanoli, Les Requins Marteaux, coll. Transhumance, 2019; n.p., 16 €).
MARDI.
             Bestiolaire spinalien. Identification d’un Poisson d’argent.
MERCREDI.
                  Éphéméride. “Ces deux derniers jours ma pensée a été occupée par Madeleine. Elle m’avait offert il y a longtemps Art et sagesse en Chine. Mi Fou (1051-1107), de Nicole Vandier-Nicolas, une femme de grand savoir, à la pensée claire et à l’écriture précise et soignée. Ce livre a été pour moi important et je suis souvent revenu aux pages plus spécialement consacrées à Mi Fou. (J’ai prêté ce livre et on ne me l’a pas rendu. J’ai dû attendre plusieurs années avant qu’il soit réédité. Au plaisir que j’ai eu à en acquérir un exemplaire, j’ai su combien cet ouvrage m’avait manqué.)” (Charles Juliet, Apaisement : Journal VII 1997-2003)
                  Lecture. Une vipère lubrique : Paul Léautaud (Auriant, À l’écart, 1988; 198 p., s.p.m.).
                                À l’origine de ce livre, il y a un chapitre qu’Auriant fait paraître dans une petite revue, Quo vadis. On est en 1952, Auriant vient d’entendre les entretiens radiophoniques de Paul Léautaud avec Robert Mallet et son sang ne fait qu’un tour. Léautaud accède à une notoriété qui le fait bouillir et il sort l’arme lourde – voir le titre : l’ermite de Fontenay n’est qu’un poseur, un faiseur, un imposteur, un médiocre, un raté doublé d’un obsédé sexuel. C’est qu’il connaît la bête, qu’il a longtemps côtoyée au Mercure de France. Une relation assez paisible d’ailleurs, jusqu’à ce que les premiers tomes du Journal littéraire de Léautaud paraissent et qu’Auriant s’y voie assez sévèrement traité. Son livre est donc une mise au point, un règlement de comptes qui tourne vite au déballage de querelles de peu d’envergure, mettant en cause des personnages oubliés. Il devient vite lassant : Auriant tourne en rond après sa fulgurante ouverture sur le couple Mallet – Léautaud et peu à peu apparaît sa véritable motivation. Lui aussi est une sorte d’ermite, lui aussi revendique son dégoût du milieu littéraire, lui aussi écrit librement, sans céder aux compromissions. Et c’est l’autre qui est acclamé, c’est l’autre qui reçoit la lumière. Impensable… Il faut donc monter sur le ring, en découdre. Et il perd le match : dans le genre médisant, Léautaud est meilleur, moins direct peut-être mais plus efficace et même si le personnage n’est pas loin de ressembler au portrait qu’en fait Auriant, l’écrivain est meilleur.
JEUDI.
          Vie de quartier. Le bistrot d’en bas de chez moi a installé sur le trottoir une composition végétale d’un goût que l’on ne commentera pas. Derrière ces plantes, il a dressé une sorte de panneau sur lequel il veut que soient écrits et exposés, pour une durée variable, quelques mots susceptibles d’interpeller le passant, de l’intriguer, de susciter ce qu’il appelle un “stop and go” pouvant se transformer, qui sait, en “stop and drink”. Pour les textes, il m’a demandé de fournir, j’ai fourni, je fournirai. Nous sommes tombés d’accord sur un rythme bi-hebdomadaire et les notules présenteront les deux “Brèves de trottoir” de la semaine à la page du jeudi.
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          En feuilletant Livres Hebdo. Amor Tahar, Structure et fonction du paratexte journalistique : une approche sémio-discursive, Saint-Honoré éditions, thriller du mois.
VENDREDI.
                  Vie professionnelle. Dernier jour de boulot. Encore une année d’abattue, il en reste peu. Dans les conversations tenues en salles des professeurs, la “fatigue de fin d’année” s’ajoute à la sacro-sainte “fatigue de fin de trimestre.” Je connais bien la fatigue de fin de trimestre : elle me tombe dessus en général autour du 5 septembre et finit par me lâcher dans la dernière semaine d’août. Cela dit, à part la noire fatigue de plus en plus sensible, usure de la bête oblige, je dois dire que je n’ai jamais vécu une année scolaire aussi paisible. Les élèves ne m’ont jamais semblé aussi agréables, voire aimables : je chercherais en vain le nom d’un emmerdeur ou d’une emmerdeuse. Il faut dire que de mon côté je m’efforce de ne pas trop les enquiquiner. Je suis devenu beaucoup plus compréhensif avec les élèves le jour où j’ai compris qu’ils étaient parfois coincés des heures entières face à telle ou telle personne dont le commerce m’ennuyait au bout de quelques secondes. Ainsi, je m’emploie à être conciliant. Conciliant, pas bienveillant, attention : la bienveillance fait partie désormais du discours officiel, des recommandations émanant de la hiérarchie. En ce moment, je corrige des copies d’examen, la consigne première qui a été donnée est “Soyez bienveillants”. Bienveillance mon cul, aurait dit Zazie, on n’est pas au catéchisme. Je lui préfère, à tout prendre, le “zèle compatissant” prôné par Robespierre et repris par Michon dans Les Onze. La Terreur, voilà une source fiable pour l’enseignement.
                  Le cabinet de curiosités du notulographe. Les dessous chics.
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Foulain (Haute-Marne), photo de Jean-François Fournié, 24 septembre 2017 / emboîtage, photo de Thierry Vohl, 9 octobre 2016
SAMEDI.
              Films vus. Birdman (Birdman or The Unexpected Virtue of Ignorance, Alejandro G. Iñárritu, É.-U., 2014)
                               Le Cercle littéraire de Guernesey (The Guernesey Literary and Potato Peel Pie Society, Mike Newell, R.-U. – É.-U., 2018)
                               Où est la liberté (Dov’è la libertà… ?, Roberto Rossellini, Italie, 1954)
                               Dogman (Matteo Garrone, Italie – France, 2018)
                               Haenyo, les femmes de la mer (court métrage, Éloïc Gimenez, France, 2018)
                               Parasite (Gisaengchung, Bong Joon-ho, Corée du Sud, 2019).
              L’Invent’Hair perd ses poils.
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Saint-Martin-sur-le-Pré (Marne), photo d’Yves Lambert, 26 mars 2011 / Montpon-Ménestérol (Dordogne), photo de Marc-Gabriel Malfant, 9 mai 2018
              Poil et pellicule.
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Roman de gare (Claude Lelouch, France, 2007)
Bon dimanche,
Philippe DIDION

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