3 novembre 2019 – 854

DIMANCHE.
                   Lecture. Encre sympathique (Patrick Modiano, Gallimard, coll. nrf, 2019; 144 p., 16 €).
                                 Pendant que les auteurs en vue de la rentrée s’agitent sur les plateaux, dans les studios et dans les foires à la saucisse littéraire, Modiano joue au matou assoupi. Il consulte le cours des actions dans lesquelles il a placé sa bourse Nobel, passe le plumeau sur sa collection de Bottin et de plans de Paris, fait semblant de roupiller puis il lance un coup de patte. Il n’en fait pas des tonnes, 110 pages en 2017 (Souvenirs dormants), 140 cette année, bel effort, mais ça suffit pour montrer qui est le boss dans le milieu. C’est la patte du maître, celle de Bergounioux quand il fait le tour de Descartes ou de Freud en soixante pages, celle de Modiano quand il nous entraîne dans une quête romanesque qu’on pense avoir déjà lue dix ou vingt fois et qui subjugue toujours. Le matou a bâillé, les souris sont rentrées dans leur trou.
MARDI.
            Lecture. Le Publicateur du Collège de ‘Pataphysique. Viridis Candela, 9e série, n° 18 (15 décembre 2018, 80 p., 15 €).
                          “Candidats à la sainteté”
                          Bouclard n° 1 (Bouclard Éditions, 2018; 64 p., 10 €).
                          Cette nouvelle revue nantaise (domiciliée dans la même rue que les éditions Joseph K) présente un sommaire varié avec une visite à l’Institut Métapsychique International (domicilié, lui, à Paris), un texte sur Arthur Cravan boxeur et les premières impressions d’une oulipienne fraîchement cooptée, Clémentine Mélois. Celle-ci raconte notamment sa visite à Paul Braffort, peu avant la disparition de ce dernier en mai 2018, visite qui lui permit de récupérer de précieuses archives sur l’histoire de l’Oulipo.
MERCREDI.
                  Éphéméride.
“23 octobre 1822.
Superbe soleil, vent chaud et cependant du nord.
Qu’est-ce qu’un homme sans amour et une femme sans délicatesse ?
Miroir, 23 octobre.
Upon Dom[ini]que.
D’un tempérament mélancolique, il fut gai à force d’esprit. Sérieux et froid au commencement d’une soirée dans une maison agréable, il se sentait mourir d’être obligé de sortir à 2 heures du matin.
D[OMINI]QUE.”
(Stendhal, Journal)
                  Lecture. Schnock n° 26 (La Tengo, mars 2018; 176 p., 15,50 €).
                                Pierre Tchernia
                                Étrange créature (A Sleeping Life, Ruth Rendell, Hutchinson, 1978 pour l’édition originale, Le Masque, 1979 pour la traduction française, rééd. Librairie générale Française, coll. Le Livre de poche n° 6301, 1987, traduit de l’anglais par Marie-Louise Navarro; 192 p., s.p.m.).
                                Je n’achète pratiquement plus de polars, sinon d’occasion, je me contente de ce que je peux rafler dans les brocantes ou dans les boîtes à livres. Sans cela, je ne serais sans doute pas retourné à Ruth Rendell, que j’ai fréquentée surtout à la fin de sa carrière, Étrange créature met en scène son personnage le plus célèbre, l’inspecteur Wexford, dans une intrigue assez complexe, pas facile à suivre, mais au dénouement habile et inattendu. Cela dit, ce qui marque surtout dans ce bouquin, c’est l’incurie avec laquelle il a été édité : une traduction peu assurée, émaillée de coquilles et d’erreurs à toutes les pages ou presque : la femme de Wexford se prénomme tantôt Dora, tantôt Nora, on s’échange des giffles, on porte des cheveux brun et du verni à ongles, etc. Un vrai festival.
JEUDI.
          Brèves de trottoir.

 

854-min* 854 (2)-min

* Henri Michaux
VENDREDI.
                  Le cabinet de curiosités du notulographe. Listes de commissions. Où l’on voit que l’on achète encore des cartes postales et des journaux en papier.
 854 (1)-min  854 (3)-min
Épinal (Vosges), 2017 / Felletin (Creuse), 29 décembre 2017, collection de l’auteur
                
SAMEDI.
              Films vus. Ma fille (Naidra Ayadi, France – Belgique, 2018)
                              Les Aventures de Pinocchio (Le avventure di Pinocchio, Italie – France – R.F.A., 1972)
                               Mary Shelley (Haifaa Al-Mansour, R.-U. – Luxembourg – É.-U. – Irlande, 2017)
                               La Fureur de vivre (Rebel Without a Cause, Nicholas Ray, É.-U., 1955)
                               Un peuple et son roi (Pierre Schoeller, France – Belgique, 2018).
                             
              L’Invent’Hair perd ses poils.
854 (4)-min  854 (5)-min
Angoulême (Charente), photo de Philippe de Jonckheere, 28 mai 2011 / Genève (Suisse), photo de l’auteur, 19 août 2016
              IPAD (Itinéraire Patriotique Alphabétique Départemental). 7 octobre 2018. 146 km. (35 268 km).
854 (7)-min
Commune de Neufchâteau
   Il n’y a pas de panneau séparant Rouceux de la commune qui l’a avalé. Elle a conservé l’allure d’un petit village avec ses commerces, ses écoles, son église et son monument aux morts. Celui-ci est du modèle, couleur bronze, “Poilu à l’écu”, sur lequel on peut lire “1914-1918 – L’Yser – Verdun”. Il est bien garni, avec une face consacrée aux officiers et sous-officiers et deux autres portant les noms des simples soldats. Une palme enveloppe l’inscription

À nos enfants

Morts pour la France

1914-1918

                                                                                                               854 (6)-min

Droite : 22 noms de RENARD Édouard à DAUCHEZ Maurice (dont un RENARD Jules)

Dos : 23 noms de CREPET Auguste à LAPÔTRE Henri

Gauche : 20 noms de JACQUOT Sirel à CUSSE (ou GUSSE) Émile.

   C’est ce dernier côté qui est dédié aux gradés. On y trouve un chef de bataillon, un capitaine, deux sous-lieutenants, deux adjudants, cinq sergents et neuf caporaux.

Poil et plume. Un détail frappait Alban Wouters : les yeux de Sarah-Jeanne Loubier étaient devenus visibles, comme revenus d’hibernation. L’explication du prodige tenait sans doute à ce que l’épaisse frange châtain qui les recouvrait avait été accourcie entre-temps par une personne du métier; mais le fait même de cette modulation capillaire semblait témoigner d’un renouveau advenu tel un sursaut printanier en son for intime.” (David Turgeon, Simone au travail)
DIMANCHE.
                   Vie en Aube. Nous sommes depuis hier et jusqu’à demain à Troyes (Aube) pour un séjour touristique. Lorsque j’ai fait part de cette destination à des connaissances, celles-ci ont eu une réaction unanime : “Troyes ? C’est une belle ville”. Réaction qui aurait été la même si j’avais annoncé que j’allais à Lille, à Metz, à Reims ou à Bourges. Que de belles villes en notre beau pays ! Loin de moi l’idée de contester cet état de faits, Troyes est une belle ville, nous prenons plaisir à l’arpenter comme nous en avons pris récemment à Dijon ou plus loin dans le temps à Lyon, à Rouen ou à Strasbourg, et comme nous en prendrions si nous venait l’idée de déambuler à Toulouse, Le Mans ou Bordeaux. Mais à mes yeux, les belles villes sont toujours un peu les mêmes avec leurs cathédrales, leurs colombages, leurs pavés, leurs ponts et leurs ruelles au minimum médiévales. J’aime les découvrir – surtout, je l’avoue, pour des raisons capillicoles – mais je m’y ennuie vite, je n’ai pas envie de m‘y attarder. Mon goût va aux villes neutres, sans charme apparent, voire sans charme du tout – ne parlons pas de villes moches, l’autochtone est généralement susceptible – c’est pour ça que je me plais tant à Guéret et que je ne souffre pas d’habiter Épinal.
LUNDI.
           Vie en Aube. Un crochet sur la route du retour nous permet de découvrir le lac d’Orient, proche de Troyes. Ou ce qu’il en reste : l’eau semble avoir été aspirée comme celle d’une vulgaire baignoire, la digue surmonte une étendue de terre et la grue de mise à l’eau des bateaux est plantée sur une steppe. Les oiseaux sont loin, je n’ai pas apporté mes jumelles, les aigrettes garzettes sont reconnaissables mais les canards impossibles à identifier.
MERCREDI.
                  Éphéméride. “Mardi 30 octobre 1906.
Je me souviens d’une anecdote qui confirme ma conviction; cela a précédé l’épisode que je viens de raconter. À cette époque reculée de mon enfance, je n’étais pas conscient que les mauvaises plaisanteries, outre qu’elles sont le plus souvent assez sottes, sont un passe-temps vil et honteux. En ces jours anciens, je ne leur accordais aucune pensée et m’abandonnais librement aux mauvaises plaisanteries sans m’arrêter pour réfléchir à leur aspect moral. Pendant les trois quarts de ma vie j’ai tenu le mauvais plaisant dans un mépris et une détestation sans limites; je l’ai détesté davantage que je n’ai détesté d’autres criminels et, quand je donne mon opinion sur lui, me rappeler que j’ai moi-même été un mauvais plaisant semble accroître mon amertume plutôt que l’adoucir.” (Mark Twain, L’Autobiographie de Mark Twain : L’Amérique d’un écrivain)
                  Lecture.
                               La Nouvelle Revue française n° 631 (Gallimard, juillet 2018; 128 p., 15 €).
JEUDI.
          Brèves de trottoir.
854 (8)-min854 (9)-min
* Horace
VENDREDI.
                  Lecture. Vers le pôle (Fridtjof Nansen, 1897 pour l’édition originale, Omnibus, in “Le Roman des pôles”, 2008; 970 p., 25 €).
                  Le cabinet de curiosités du notulographe. Lunettes urbaines.
854 (10)-min  854 (11)-min
Aubusson (Creuse), 5 août 2016 / Chamonix-Mont-Blanc, 11 juillet 2017, photos de l’auteur
SAMEDI.
              Lecture. Le Meilleur des jeux de mots (Sébastien Bailly, Mille et une nuits n° 493, 2006; 96 p., 2,50 €).
              Films vus. Tragique rendez-vous (Whistle Stop, Léonide Moguy, É.-U., 1946)
                                La Fille de passage (court métrage, Hugo Malpeyre, France, 2018)
                                Sorry We Missed You (Ken Loach, R.-U. – France – Belgique, 2019)
                                L’École est finie (Anne Depétrini, France – Belgique, 2018)
                                Donnez-moi ma chance (Léonide Moguy, France, 1957)
                                L’Heure de la sortie (Sébastien Marnier, France, 2018)
                                Vivre sa vie : Film en douze tableaux (Jean-Luc Godard, France, 1962)
                                Hors normes (Olivier Nakache & Éric Toledano, France, 2019).
              L’Invent’Hair perd ses poils.
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Chazelles-sur-Lyon (Rhône), photo de Marc-Gabriel Malfant, 28 mai 2011 / Paris (Seine), rue Ramey, photo de Jean-Damien Poncet, 13 juillet 2018
Poil et plume. “Pat, dit Joe le coiffeur. Orson est venu aujourd’hui et il m’a demandé de lui tailler la barbe.
– J’espère que tu y as mis le feu, dit Pat.
– Pour sûr”, répondit Joe, en faisant un clin d’œil par-dessus une serviette chaude aux clients qui attendaient leur tour. “Il m’a demandé de lui faire un brûlage et j’en ai profité pour tout enlever. À présent il a le visage aussi glabre que le tien. En fait vous vous ressemblez un peu.” (Francis Scott Fitzgerald, Les Histoires de Pat Hobby)
Bon dimanche,
Philippe DIDION

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