26 janvier 2020 – 866

LUNDI.
           Lecture. Bonjour tristesse (Françoise Sagan, Julliard, 1954, rééd. in “Œuvres”, Robert Laffont, coll. Bouquins, 2019; 1494 p., 30 €).
                         Relecture.
                         Le terme “relecture” est peut-être impropre : je n’avais jamais lu Bonjour tristesse mais je l’avais entendu sous la forme d’un livre audio, lu par je ne sais plus qui, Catherine Deneuve, peut-être. À cette époque, 1989, je ne pouvais plus lire, et les aminches m’approvisionnaient en cassettes diverses : je me souviens de Sagan, des Pensées de Pierre Dac, du Boucher d’Alina Reyes, d’un polar de Tito Topin, de textes d’Henry de Monfreid… Le marché du livre audio était certainement moins étendu qu’aujourd’hui, et il fallait alimenter l’infirme, F. & M. avaient poussé la sollicitude jusqu’à enregistrer eux-mêmes, à deux voix, Mygale de Thierry Jonquet. Quoi qu’il en soit, découverte ou redécouverte, le premier roman de Françoise Sagan est remarquable, au moins dans sa première partie. Là où les nouveaux romanciers d’aujourd’hui ne voient le salut que dans le travail sur l’image – c’est à qui fournira la métaphore la plus audacieuse, la comparaison la plus originale – Sagan livre un récit aussi dépourvu d’effets qu’un roman de Simenon. Elle joue sur un autre tableau : Bonjour tristesse se singularise par la richesse et la justesse des sentiments analysés, ceux d’une jeune fille en vacances sur la Côte d’Azur, prisonnière de son père et de ses maîtresses. Les états d’âme de l’héroïne ne sont pas très éloignés de ceux qui tourmentent le jeune Marcel à Balbec. La seconde partie est plus convenue, plus romanesque, mais les trente premières pages de cette édition justifient l’engouement dont Sagan fut l’objet à la sortie de son premier roman. “Je me rendis compte que l’insouciance est le seul sentiment qui puisse inspirer notre vie et ne pas disposer d’arguments pour se défendre.” Proust ? Non, Sagan.
MARDI.
            Vie merdicale. Rendez-vous à la clinique locale pour faire examiner un doigt douloureux depuis des mois et qui prend depuis peu une forme convexe. Radiographie, examen, verdict : fracture, rupture de tendon, arthrose. Rien à faire pour corriger la chose, dit l’homme de l’art, une intervention pour redresser la bête (devenue un mallet finger en l’occurrence) la rendrait inflexible. Pas grave. Il reste à avouer l’inavouable, à savoir la cause du mal : je me suis tordu le petit doigt en fourrant ma main un peu trop vivement dans la poche de mon peignoir. On imagine ce que je pourrais m’infliger si j’avais à enfiler une armure.
MERCREDI.
                  Éphéméride. à J. l’A.
22 janvier 1948.
Vous êtes trop jeune, cher L’A. de mon coeur, pour en avoir souvenance mais il prit un jour l’idée à Alphonse Daudet et quelques autres de faire jouer à l’Opéra ma chère un joueur de Galoubet qui les avait séduits. Et on vit l’homme sur la scène du grand opéra installé dessus un tonneau, seulement cet humble instrument champêtre sans grande portée était impuissant à être entendu des spectateurs dans cette immensité. L’Opéra vous joue de ces tours. Dans ce même ordre d’idées il y a des peintres qui “s’enflent la voix” dans les grands salons. Il faut être tonitruant dans les grands salons sinon.
CHAISSAC.” (Gaston Chaissac, Hippobosque au Bocage)
JEUDI.
          Vie musicale. Le mystère est épais : qu’est-ce qui a pu conduire Lucy Peterson à donner un concert ce soir à Épinal ? Un avion détourné ? Un brouillard trop dense qui l’aurait égaré ? La farce d’un tourneur facétieux ? Toujours est-il qu’il est là, et en forme. Plus très svelte, plus souvent assis – voire vautré – que debout, mais vaillant, râpeux, véloce sur le manche de sa guitare ou sur le clavier de son orgue Hammond pour une prestation de haute volée.
VENDREDI.
                  Lecture. Histoires noires pour nuits blanches (I Am Curious (Bloody), Dell Publishing, 1971 pour l’édition originale, Pocket n° 2363, 1986, rééd. in « Alfred Hitchcock présente : Encore 109 histoires extraordinaires », Collectif, Presses de la Cité, 1994; 1230 p., 145 F).
                                  Nouvelles.
                  Le cabinet de curiosités du notulographe. À table.
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Liège (Belgique), photo de Jean-François Fournié, 6 octobre 2017 / Paris (Seine), quai de Montebello, photo de François Golfier, 3 juillet 2017
SAMEDI.
              Lecture. Les Zeugmes au plat (Sébastien Bailly, Mille et une nuits n° 585, 2011; 112 p., 3 €).
              Films vus. La Mule (The Mule, Clint Eastwood, É.-U., 2018)
                               Une autre vie (Emmanuel Mouret, France, 2013)
                               Le Lac aux oies sauvages (Nan Fang Che Zhan De Ju Hui, Yi’nan Diao, Chine – France, 2019)
                               Le Secret des Marrowbone (Marrowbone, Sergio G. Sánchez, Espagne, 2017)
                               What a Flash ! (Jean-Michel Barjol, France, 1972)
                               All Inclusive (Fabien Onteniente, France – Belgique, 2019).
              L’Invent’Hair perd ses poils.
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Paris (Seine), rue Saint-Amboise, photo de Pierre Cohen-Hadria, 9 juin 2011 / Bourg-en-Bresse (Ain), photo de Jean-Damien Poncet, 22 septembre 2018
              IPAD (Itinéraire Patriotique Alphabétique Départemental). 16 décembre 2018. 74 km. (35 791 km).
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194 habitants
   Le monument de pierre blonde est situé à un croisement, au centre d’un parterre gravillonné recouvert partiellement d’une dalle de béton. Une lourde chaîne métallique peinte en vert relie les plots qui l’encadrent. En bas-relief, une croix chrétienne, une Croix de Guerre, une frise végétale et une couronne mortuaire. Les noms sont inscrits en lettres dorées sur une plaque de marbre veiné.

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À nos morts
1914-1918
SUIGNIER Alphonse     1880-1914
PETITJEAN Pierre     1890-1915
SIMONIN André     1893-1915
LAURENT Auguste     1875-1916
BARRARD André     1897-1916
CABLÉ Benoît     1888-1918
ODOT Robert     1898-1918
CHOLÉ Georges     1897-1918
SIMONIN Paul     1886-1920
DUFOUR André     1888-1921
              Poil et plume. “Une après-midi où mon envie de coiffeur me démangeait, ma mère – elle avait honoré mon dernier retour de chez Guido d’un : Je te regarderai quand tes cheveux auront repoussé –, ma mère refusait de se laisser convaincre, elle me considérait à peine, demeurant insensible, ou alors elle déchiquetait d’un mot ou d’un geste mes envies. Durant plus d’une heure, par des détours, des spirales, des chemins de traverse, des écarts, des escarboucles langagières, je répétais la nécessité d’aller chez le coiffeur.” (Michel Layaz, Les Larmes de ma mère)
Bon dimanche,
Philippe DIDION

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