16 février 2020 – 869

MARDI.
            Lecture. Je suis le carnet de Dora Maar (Brigitte Benkemoun, Stock, 2019; 340 p., 21,50 €).
                          Bénéficiant d’une bonne couverture presse, Brigitte Benkemoun a pu raconter en long, en large et en travers les circonstances qui lui ont permis d’entrer en possession du répertoire téléphonique de Dora Maar, datant de 1951. Un hasard qui aurait plu à André Breton, qui figure bien sûr dans ce carnet avec une multitude d’autres célébrités de l’époque. En 1951, Dora Maar n’est plus la compagne de Picasso, elle sort d’une grave dépression, soignée par Lacan, mais elle a gardé le contact avec l’entourage du peintre. Son répertoire est un Bottin artistique, Aragon, Balthus, Cocteau et ainsi de suite, qui va permettre à sa nouvelle propriétaire d’enquêter sur les liens qu’entretenait chacun de ses membres avec “la femme qui pleure”. Une enquête littéraire et artistique passionnante, une fouille minutieuse des journaux, biographies et correspondances de ces personnages. Quel dommage que le récit de cette enquête soit traité d’une façon aussi puérile avec force points d’exclamation, d’interrogation, faux moments de suspense et dialogues reconstitués. Non, Brigitte Benkemoun n’est pas le carnet de Dora Maar, titre cucul s’il en est, elle en est l’inventeuse, car il s’agit bien d’un trésor, et on aurait aimé qu’elle se contente de ce rôle.
MERCREDI.
                  Éphéméride. “Memento du jeudi 12 février 1852.
Oh ! quel bonheur d’avoir retrouvé G[ustave]. Quelle que soit l’insuffisance de son affection, je m’en tiendrai là. Je l’aime plus qu’aucun et lui-même m’apprécie : puis toutes ces liaisons rompues font du mal et humilient ! […] Villevieille est arrivé, singulier magnétisme ! […] Nous avons ensuite parlé de G[ustave], de son talent, etc. Je refais mon Poème pour le concours; le Philosophe a dit aujourd’hui à ma fille : “Ta maman aura le prix !” Dieu le veuille !” (Louise Colet, Mementos)
                 Obituaire. Je pensais que ça ferait plus de bruit – ça viendra peut-être plus tard – mais c’est par un avis de décès de quelques lignes figurant dans Le Monde du jour que j’apprends la mort de Massin, malheureusement présent dans mon Couic Parade 2020. J’avais lu son Journal en septembre 2015, ce qui avait donné lieu à une notule que je recopie ici :
                                   Journal en désordre : 1945-1995 (Massin, Robert Laffont, 1996; 432 p., prix masqué).
                                   Dans un entretien pour Histoires littéraires, Massin confiait à Jean-Jacques Lefrère et Michel Pierssens que ce journal avait été “une panne commerciale totale. Peut-être qu’il y avait là-dedans trop de complaisance pour moi-même, ou trop de pages ?” Ces propos montrent la lucidité de l’homme car il est vrai que la complaisance affleure lorsqu’il évoque – après avoir consacré une trentaine de pages à la mort de sa femme – ses amours avec des jeunesses, vrai aussi que l’intérêt du lecteur peut s’émousser au fil des pages. Cela dit, c’est un ouvrage précieux par ce que Massin nous révèle sur son métier et sur ses relations avec le milieu littéraire. Directeur artistique chez Gallimard puis chez d’autres éditeurs, il a frayé pendant des années avec le gratin des lettres et en a gardé des souvenirs plus qu’intéressants. Mais on trouve aussi dans ce journal – en désordre, donc sans dates, sans chronologie, écrit, dit-il, au petit bonheur la chance dans le métro, des trains ou des avions  – des considérations sur la musique, qu’il semble connaître de façon approfondie, des lettres reçues (dont une de Céline), des bouts d’agendas, des interviews datant de son passé de journaliste, des souvenirs d’enfance, des considérations sur l’actualité, des aphorismes – pas toujours renversants. Il ne cache pas ses préférences, ses goûts pour Céline, Queneau, Proust, Ionesco, Nimier. On peut d’ailleurs, grâce à l’index, lire ce journal en diagonale en suivant un fil : si l’on prend à la suite les passages consacrés à Proust, par exemple, on lit alors un feuilleton plein de notes et de remarques judicieuses. Sur son travail proprement dit, il revient à plusieurs reprises sur l’importance du blanc : “la typographie est dans les interlignes ou dans les blancs plus que dans la ligne imprimée.” Au fil des pages, on peut faire le compte de tout ce que notre bibliothèque doit à Massin : les Folio bien sûr, les volumes de L’Imaginaire, des albums Pléiade, la collection Poésie de Gallimard, les Cent mille milliards de poèmes de Queneau, les Trois jours avec Joyce de Gisèle Freund, bien d’autres encore sans doute. Enfin, il est à noter que Massin, à l’époque ou les nouvelles technologies commencent à laisser entrevoir un avenir totalement nouveau pour la chose imprimée, ne tient pas du tout un discours alarmiste ou passéiste : “En fait, il y a belle lurette (depuis Le Coup de dés) que la double page d’un livre est prise dans l’acceptation d’un écran. Vous me direz : “Et le plaisir physique, la sensation tactile du livre, dans tout cela ?” La belle affaire ! Est-ce que le papier, il y a cinq siècles, rappelait l’odeur du parchemin ?”
VENDREDI.
                  Le cabinet de curiosités du notulographe. Toilettes urbaines.

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Avignon (Vaucluse), photo de Sylvie Mura, 24 juillet 2016 / Paris (Seine), avenue Denfert-Rochereau, photo de Chantal Potart, 24 novembre 2018
SAMEDI.
              Films vus. Un amour impossible (Catherine Corsini, France, 2018)
                               Les Jeunes Loups (Marcel Carné, France – Italie, 1968)*
                               Ni une, ni deux (Anne Giafferi, France, 2019)
                               Bienvenue chez les Rozes (Francis Palluau, France, 2003)
                               Ben Is Back (Peter Hedges, É.-U., 2018)
                               L’Enfance nue (Maurice Pialat, France, 1968)
                               Royal Corgi (The Queen’s Corgi, Vincent Kesteloot & Ben Stassen, Belgique, 2019).
* Mais que faisait Robert De Niro en France en 1968 pour apparaître comme figurant dans ce film ?
              L’Invent’Hair perd ses poils.
869-min
Orléans (Loiret), photo de M.-C. Hergault, 9 juin 2011
              IPAD (Itinéraire Patriotique Alphabétique Départemental). 6 janvier 2019. 58 km. (36 008 km).
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Commune de Plombières-les-Bains
 
   Rattachée à Plombières en 1973, Ruaux a conservé une église de taille et, devant celle-ci, un monument aux morts. C’est un obélisque de granit entouré d’une chaîne reliant des ogives d’obus peintes en noir, à l’exception de la pointe, dorée.
869 (3)-min
À la glorieuse mémoire
Des enfants de Ruaux
Morts pour la France
1914-1918
   Gauche : Sous le nom d’ANDRÉ. L, 28 noms sur deux colonnes, dont 6 CORNU, de BERROUÈRE. E à LECLERC. C. Des coulures ont fait disparaître les lettres dorées, rendant les noms difficiles à lire. Sous cette liste, un nom de victime d’Indochine, un autre du Liban.
   Droite : Sous le nom de LECLERC. V, 27 noms sur deux colonnes, de LORENTZ. J à WOELFFEL. C. Suivent les victimes de 1939-1945 et une plaque “À la mémoire des anciens combattants de Ruaux”.
              Poil et plume. “Je possède un rasoir de sûreté. Mais la lame coupe mal.
C’est pourquoi j’entrai chez un coiffeur.
Le patron balayait des cheveux. Il était en manches de chemise. Des élastiques métalliques faisaient le tour de ses bras, au-dessus du coude. Une pince tenait sa cravate.
Il me rasa très bien.” (Emmanuel Bove, Mes amis)
Bon dimanche,
Philippe DIDION

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