22 mars 2020 – 874

DIMANCHE.

Vie politique. Comme beaucoup de ses semblables, villes moyennes de provinces peu attractives, Épinal n’est pas en très bonne santé. Heureusement, elle ne manque pas de médecins volontaires pour accourir à son chevet : sept listes de trente-neuf noms en compétition pour les élections municipales, cela fait tout de même deux cent soixante-treize personnes (dont deux coiffeuses selon mes pointages) prêtes à donner de la leur, de personne, pour apporter les soins qui leur semblent nécessaires à son rétablissement. Quand on vit dans une ville de cette taille depuis soixante ans sans interruption ou presque, on finit par connaître du monde. Dans chaque liste, on resitue des têtes, retrouve des connaissances plus ou moins lointaines. Parmi celles-ci, des gens qu’on apprécie, d’autres, fatalement, qu’on ne peut pas voir en peinture. Si tous ceux qui sont sympathiques étaient réunis sur la même liste et tous les fâcheux sur une autre, ce serait trop facile. Ils sont bien entendu répartis de façon équitable dans les différents ensembles ce qui empêche de voter pour l’un ou l’autre sur le simple critère de la bonne gueule. Il faut donc regarder au-delà des personnes et étudier ce qu’elles proposent. N’écoutant que notre civisme, nous sommes allés aux réunions d’information que les quatre principaux candidats ont tenues dans notre quartier pour éclairer notre choix. Les bonnes gueules étaient là, les fâcheux aussi. C’est curieux, instructif, de les revoir dans un contexte différent de celui où on les a pratiqués dans le passé. Ainsi, cette tête de liste, un ancien condisciple qui avait déjà, au lycée, sa carte aux Jeunes du RPR à une époque où l’on avait plutôt pour habitude de brandir des drapeaux rouges et noirs. Ou cet autre, mon contemporain aussi, qui discourt doctement sur l’avenir des finances locales et que je ne peux m’empêcher de replacer dans un passé qui ne figurera jamais sur sa carte de visite. Ce type était, à la fin des années 1970, le bassiste du premier groupe punk spinalien, Les Nurses. En 1980 se tint à Epinal un festival intitulé “En mai chante ce qu’il te plaît”. J’ai oublié quelles en étaient les têtes d’affiche mais je me souviens qu’une après-midi était réservée aux groupes locaux. En ce temps-là, je jouais en duo avec un compère et les hasards de la programmation avaient voulu que nous succédions aux Nurses sur cette scène ouverte. Conformément à la feuille de route punk de l’époque, Les Nurses ne savaient pas jouer mais ils avaient bien assimilé le folklore du genre qui comprenait l’habitude de cracher sur le public. Lequel n’était pas en reste pour lui rendre la pareille salivaire, ce qui fit que leur set se résuma à un concours de glaviots au cours duquel ils n’eurent pas le dessus. Quand nous sommes arrivés sur scène, mon chum et moi, celle-ci était devenue un terrain glissant de bave et de mucus. J’ai eu l’occasion, par la suite, de rejouer sur ces planches au sein de diverses formations, m’étonnant à chaque fois de les trouver étrangement propres et sèches.

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Les Nurses et leurs successeurs sur la scène de la Louvière, Épinal (Vosges), mai 1980, archives personnelles

                   Lecture. Une vérité à deux visages (Two Kinds of Truth, Michael Connelly, Little, Brown & Company, New York, 2017 pour l’édition originale; Calmann-Lévy, coll. Robert Pépin présente…, 2019 pour la traduction française, traduit de l’américain par Robert Pépin; 432 p., 21,90 €).

Si Michael Connelly a remplacé son héros Harry Bosch par Renée Ballard dans son polar précédent (En attendant le jour, mais les livres de Connelly sont-ils traduits dans l’ordre ?), ce ne fut que pour un intermède. Revoilà donc le flic Bosch en semi-retraite, partageant l’affiche avec l’avocat Mickey Haller, ce qui permet à Connelly de jouer sur les deux tableaux qu’il maîtrise à merveille : le procédural, avec une enquête complexe mais clairement décrite, et le judiciaire avec le procès final. S’ajoute à cela un brin d’action, ce qui n’avait pas été le cas depuis Mariachi Plaza (2014), puisque Bosch est amené à infiltrer un gang de mafieux russes impliqués dans un trafic de médicaments. C’est dire qu’on ne s’ennuie pas, mais s’est-on jamais ennuyé avec Connelly ?

MARDI.

Obituaire. La mort de Suzy Delair m’apporte un point au Couic Parade.

Vie de confinés. Alice est rentrée de Nancy vendredi, Lucie a réussi à trouver un train pour quitter Paris à temps hier, nous sommes au complet. Les rues sont calmes, l’esplanade de la gare déserte, les bus continuent leur ronde, à vide ou presque. Caroline part au front tous les jours, à la pharmacie, seul contact pour nous avec un extérieur peu rassurant, on l’applaudit tous les soirs. Je m’efforce de garder en mémoire les chandelles des magnolias prêtes à éclore et les premiers Citrons voletant sur la tourbière que nous avons vus dimanche, dernières images en date d’une nature prête à l’éveil. Sans conviction, j’ai essayé hier et aujourd’hui de contacter mes élèves par la voie informatique; sans surprise, je n’y suis pas parvenu; sans remords, je n’ai pas insisté. Qu’ils profitent de cette liberté inattendue, je ne suis pas de ceux qui considèrent que l’avenir de ces jeunes pousses sera compromis parce qu’elles auront été privées de mes lumières pendant un certain temps. Je leur ai de toute façon donné un peu de boulot vendredi, j’ai rapporté ici leurs copies et le fait de les corriger at home sera aussi nouveau pour moi que le télétravail. Pour le reste, je suis toujours fumasse contre ma hiérarchie et ses atermoiements de fin de semaine dernière, parfaite image d’un système et d’un état d’esprit que j’exècre. Un ministre, celui qui disait il y a moins d’une semaine qu’il n’y aurait pas de fermeture des établissements scolaires, estime que c’est l’oisiveté qui doit être combattue en premier : il veut montrer que rien ne change, il faut maintenir conseils de classe, concours et examens, convoquer les personnels en assemblées générales. Les consignes dégringolent l’escalier hiérarchique et sont servilement reprises par les chefs d’établissement, le doigt sur la couture du pantalon. Pas un, à ma connaissance, pour s’inscrire en contre, pour dire qu’il refuse de mettre en danger la santé de ses personnels, qu’il n’obéira pas à un ordre inepte. Ce n’est pas glorieux.

MERCREDI.

Éphéméride. “18 mars

* Raymond Queneau obtient son certificat de morale et sociologie avec mention assez bien.

* Un inconnu, le vicomte de Chateaubriand, vient de faire paraître un Essai sur les révolutions.” (Michelle Grangaud, Calendrier des poètes : Année folle I)

Lecture. Le Publicateur du Collège de ‘Pataphysique. Viridis Candela, 9e série, n° 19 (15 mars 2018, 96 p., 15 €).

“Vies imaginaires”

JEUDI.

Lecture. Kœnigsmark (Pierre Benoit, Émile-Paul Frères, 1918, rééd. Robert Laffont, coll. Bouquins, “Romans I”, 1994; 1012 p., 149 F).

Comme pour Huysmans, le premier tome des romans de Pierre Benoit n’aura pas de successeur, contrairement à ce qui était prévu. D’après son directeur, ce volume fut d’ailleurs celui qui connut les ventes les plus faibles de tous ceux de la collection Bouquins. C’est cruel quand on sait les tirages de Benoit de son vivant, sa popularité. Celle-ci est rappelée par Hubert Juin dans une introduction qui souligne aussi la qualité de l’œuvre, au-delà du mythe Benoit : son succès donc, ses quarante romans en quarante ans, ses héroïnes en A, le premier titre du Livre de poche… Et Juin a raison, pour ce qui est de Kœnigsmark en tout cas : le livre a bien vieilli, a moins pris la poussière que le film qu’en a tiré Maurice Tourneur en 1935. Pourtant, ce n’était pas gagné d’avance avec ces intrigues de petite cour prussienne, ces personnages raides et ces histoires de famille compliquées. Mais l’auteur sait utiliser les vieilles ficelles, imbriquer les récits les uns dans les autres, varier le ton et susciter encore, cent ans après, un vrai plaisir de lecture.

VENDREDI.

Lecture. L’Annonciation italienne : une histoire de perspective (Daniel Arasse, Hazan, 1999; 372 p., 695 F).

La Cabine de verre (The Glass Room, Morton Wolson, Ellery Queen’s Mystery Magazine, 1957 pour l’édition originale, in Vingt mystères de chambre close, Terrain Vague Losfeld, 1988 pour la première traduction française, traduit  de l’anglais par Arthur Greenspan, rééd. in in « Mystères à huis clos », Omnibus, 2007; 1148 p., 27 €).

Nouvelle.

Le cabinet de curiosités du notulographe. Problèmes d’accent.

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Chaumont (Haute-Marne), photo de Jean-François Fournié, 2 août 2019 / Angers (Maine-et-Loire), photo de Bernard Bretonnière, 17 mars 2019

SAMEDI.

Films vus. Dirty Pretty Things – Loin de chez eux (Dirty Pretty Things, Stephen Frears, R.–U., 2002)

Persona non grata (Roschdy Zem, France, 2019)

Major Dundee (Sam Peckinpah, É.–U., 1965)

Les Confins du monde (Guillaume Nicloux, France, 2018)

No (Pablo Larrain, Chili – France – Mexique – É.–U., 2012)

Mauvaises herbes (Kheiron, France – Belgique, 2018)

Je suis vivante et je vous aime (Roger Kahane, France – Belgique, 1998).

              Invent’Hair, bilan d’étape. Bilan établi au stade de 4 800 salons, atteint le 14 juillet 2019.

Bilan géographique.    

Classement général par pays.

1. France : 3 996 (+ 86)
2. Espagne : 177 (=)
3. Royaume-Uni : 90 (=)
4. Belgique : 70 (+ 1)
5. Italie : 58 (+ 4)
6. États-Unis : 45 (=)
7. Portugal : 37 (=)
8. Danemark : 34 (=)
“. Suisse : 34 (+ 3)
10. Allemagne : 31 (+ 1)

Pas de changement dans le top 10. Bienvenue à la Hongrie et au Mexique qui font leur entrée dans notre chantier.

Classement général par régions (France).

1. Rhône-Alpes : 703 (+ 3)
2. Île-de-France : 644 (+ 27)
3. Languedoc-Roussillon : 314 (+ 3)
4. Provence-Alpes-Côte-d’Azur : 311 (+ 4)
5. Lorraine : 300 (+ 14)
6. Midi-Pyrénées : 224 (=)
7. Bretagne 171 : (+ 1)
8. Pays de la Loire : 158 (+ 4)
9. Bourgogne : 149 (+ 4)
10. Centre : 139 (=)

Positions inchangées là aussi mais l’écart entre Rhône-Alpes et Île-de-France a été réduit de moitié en 18 mois.

Classement général par départements (France).

1. Seine (Paris) : 519 (+ 21)
2. Rhône : 336 (=)
3. Vosges : 165 (+ 5)
4. Loire-Atlantique : 121 (+ 4)
5. Pyrénées-Orientales : 95 (+ 1)
6. Loire : 92 (=)
“. Meurthe-et-Moselle : 92 (+ 3)
8. Bouches-du-Rhône : 89 (+ 2)
9. Hérault : 81 (=)
10. Alpes-Maritimes : 79 (=)

La Meurthe-et-Moselle rattrape la Loire. Aucun département, en dehors de la Seine, ne gagne plus de 5 salons.

Classement général par communes.

1. Paris : 519 (+ 21)
2. Lyon : 158 (=)
3. Nantes : 61 (+ 1)
4. Barcelone : 57 (=)
5. Nancy : 51 (=)
6. Épinal : 46 (+ 1)
7. Nice : 37 (=)
8. Marseille : 32 (+ 1)
9. Strasbourg : 24 (=)
“. Copenhague : 24 (=)
“. Villeurbanne : 24 (=)
“. Le Havre : (24)

Le Havre arrive à la 9e place, qui devient fort encombrée. De belles étrangères entrent dans le classement : Mexico, Pérouse, Milan, Bologne, Louvain, Budapest.

Bilan humain.

Nous nous étions arrêtés à la 90e place. Poursuivons notre exploration des étages inférieurs avec les fusils à deux coups.

91. Brigitte Célérier : 2 (+ 1)
“. Benoît Melançon : 2 (+ 1)
“. Martine Bedrune; Thierry Beinstingel; Yannick Bollati; Céline Bretonnière; Cécile Carret; Nadine Civarello; Daniel Cuenin; Dominique de Ribbentrop; François Decq; Jean-Jacques Gonand; Françoise Granger; Monique Guneau; Philippe Mauger; Nelly Membré; Cécile Mirland; Nicole Mounier; Michèle Pambrun; Emmanuelle Rouillon; Jean Savard; Michel Thomas; Sylvie Thouron; Edmond Varenne; Gérard Viry 2 (=)

Étude de cas. Le mot le plus long.

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Bilbao (Espagne), photo de Jean-Damien Poncet, 27 avril 2017 / Roskilde (Danemark), photo du même, 15 février 2017

Poil et plume. “Aux cheveux et à la barbe, on reconnaissait jadis un pouvoir magique, et ces pilosités tenaient une grande place dans les vœux que l’on faisait au Moyen Âge. Benoît XIII, prisonnier en Avignon, fait serment de ne plus se raser, par affliction, tant que durera sa captivité. Harald Harfager jure de ne pas couper ses cheveux avant d’avoir conquis toute la Norvège, — et c’est pourquoi son nom est celui de roi “à la belle chevelure”.” (Alberto Savinio, Encyclopédie nouvelle)

Bon dimanche,

Philippe DIDION