12 avril 2020 – 877

LUNDI.
           Vie de confiné. ”Tout m’ennuie aujourd’hui. J’écarte mon rideau… Pas de livres parus. Passants bêtes. Personne… Je mange et bâille et lis, rien ne me passionne…” Jules Laforgue a déjà vécu ça en son temps. Et aujourd’hui ? Vitrines borgnes, rideaux de fer, terrasses vides. Silence. Le prochain bus dans une heure. Ou deux. Fuir, là-bas fuir. À quoi bon ? Toutes les villes ressemblent à Guéret.
           Lecture. La Ville et les Chiens (La ciudad y los perros, Mario Vargas Llosa, Editorial Seix Barral, 1963 pour l’édition originale, Gallimard, 1966 pour la première traduction française, rééd. Bibliothèque de la Pléiade, in “Œuvres romanesques I”, 2016, traduit de l’espagnol par Bernard Lesfargues, révision par Albert Bensoussan, Anne Picard et Ina Salazar; 1876 p., 72,50 €).
                         Il n’y a pas, à proprement parler, d’œuvres de jeunesse, de tâtonnements plus ou moins brouillons chez Mario Vargas Llosa. Un petit recueil de nouvelles et c’est tout de suite l’explosion, la maturité avec La Ville et les Chiens. L’autobiographie y tient une bonne place puisque l’auteur se souvient de sa propre expérience pour relater le quotidien d’une bande de cadets (les chiens du titre) pensionnaires d’une école militaire de Lima. Mais l’autobiographie n’est pas que factuelle, elle est aussi littéraire : Vargas Llosa y paie son tribut à Faulkner avec un récit éclaté aussi bien dans le temps que dans l’instance narrative. La modernité du récit lui vaudra l’appui d’écrivains de renom qui permettra de vaincre les censures espagnole (le roman paraît d’abord en Espagne franquiste) et péruvienne. Car la charge est lourde, contre l’institution militaire et la société péruvienne dans son ensemble, la langue est crue, comme les situations décrites. L’abord n’est pas facile, il faut un bon moment avant de repérer qui parle et à quel moment de l’histoire on est parvenu mais la tension du récit, la gravité des événements relatés, le suspense qui s’installe petit à petit finissent par vaincre les difficultés du départ et l’impression finale est qu’on a ici affaire à un romancier de haute tenue, qui sait où il va, persuadé que son ambition artistique finira par payer. C’est le cas.
MARDI.
            Lecture. Bouclard n° 2 (Bouclard Éditions, 2019; 64 p., 10 €).
MERCREDI.
                  Éphéméride. Au docteur Saltas
Paris, le dimanche matin [8 avril] 19[06]
“Cher ami,
J’ai bien reçu votre mot hier, mais trop tard pour venir à 5 h. Je ne suis rentré qu’à 6 h ½ de la Bibliothèque, où je continuais la mise en français de La Papesse. Je suis au 1/3 de la 3e partie. Si vous le voulez bien, je vais me permettre de ne pas venir aujourd’hui dimanche, mais ceci dans l’intérêt de la besogne. Voici pourquoi : je dois remettre à Fasquelle au plus tard mardi les deux chapitres manquants de La Dragonne, si nous voulons pouvoir lui remettre La Papesse deux ou trois jours après. Or aujourd’hui dimanche est un jour où je ne suis pas dérangé et j’ai toutes chances de terminer le brouillon cette nuit (je vais travailler toute la journée et une partie de la nuit) et de recopier demain.” (Alfred Jarry, Correspondance)
                  Lecture. Détour dans l’inconnu (Detour to Death, Helen Nielsen, 1953 pour l’édition originale, Presses de la Cité, coll. Un Mystère n° 444, 1958 pour la traduction française, traduit de l’américain par Louis Saurin, rééd. in « Polars années 50 », vol. 2, Omnibus, 1996; 1078 p., 145 F).
JEUDI.
          Lecture. Miles et Juliette (Salva Rubio / Sagar, Delcourt, 2019; 82 p., s.p.m.).
VENDREDI.
                  Le cabinet de curiosités du notulographe. Précautions postales en période de confinement.
877 (2)-min
Photo de Victorio Palmas, préposé, 28 octobre 2018
SAMEDI.
              Films vus. En solitaire (Christophe Offenstein, France – Belgique – Espagne, 2013)
                               La Poursuite infernale (My Darling Clementine, John Ford, É.-U., 1946)
                               Deux fils (Félix Moati, France – Belgique, 2018)
                               Méli-mélo à Venise (Blame It on the Bellboy, Mark Herman, R.-U. – É.-U., 1992)
                               Jours tranquilles à Clichy (Claude Chabrol, France – Italie – Allemagne, 1990)
                               Little Big Man (Arthur Penn, É.-U., 1970)
                               Acusada (Gonzalo Tobal, Argentine – Mexique, 2018).
              L’Invent’Hair perd ses poils.
877-min
Paris (Seine), rue Oberkampf, photo de Pierre Cohen-Hadria, 18 juin 2011
              Poil en plaque.
877 (3)-min
Paris (Seine), photo de l’auteur, 26 août 2017
Bon dimanche,
Philippe DIDION

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