5 juillet 2020 – 889

DIMANCHE.
                   Lecture. Alexis ou le Traité du vain combat (Marguerite Yourcenar, Au Sans Pareil, 1929 pour la première édition, rééd. Gallimard in ”Œuvres romanesques”, Bibliothèque de la Pléiade n° 303, 1982; 1370 p., 60,50 €).
                                                    Les auteurs publiés de leur vivant dans la Pléiade sont seuls à choisir ce qui leur semble digne de figurer dans les volumes qui leur sont consacrés. Sans aller jusqu’à réécrire leur œuvre, façon Saint-John Perse, ils modèlent leur anthologie à leur guise. Ainsi, Marguerite Yourcenar a laissé de côté plusieurs textes de jeunesse pour faire commencer le tome consacré à ses romans par Alexis. Autre décision, et pas des moindres : pas de notes, pas de présentation ni de commentaires, tout est de sa main. On sait, pour avoir lu le Journal de Matthieu Galey, que la dame était d’un caractère peu commode et on ne s’étonne pas de ce refus de tout voisinage. Alexis prend la forme d’une longue lettre de rupture écrite par un homme à son épouse. Un homme qui a cru, dans le mariage, échapper aux penchants “anormaux et condamnables” qu’il a satisfaits pendant une partie de sa jeunesse. Rien n’est exprimé clairement au sujet de ceux-ci mais on devine l’influence de Gide dans cette confession écrite dans une langue très classique. Le récit de la vie d’Alexis est sans cesse coupé par des généralités, des lois tirées de son expérience (“Les confidences sont toujours pernicieuses, quand elles n’ont pas pour but de simplifier la vie d’un autre”, ce genre de choses), comme on peut en trouver chez Proust mais avec beaucoup plus d’éclat et de justesse chez celui-ci.
MERCREDI.
                  Éphéméride. 1er juillet [1666]. – Dimanche. Je suis donc revenu à la Tour pour m’occuper des hommes recrutés de force et les faire embarquer, cela jusqu’à plus de minuit. Mais, Seigneur, que de pauvres femmes en larmes ! De ma vie je n’avais vu une expression de douleur aussi naturelle. Elles se lamentaient, s’élançaient vers tous les groupes d’hommes qu’on amenait pour y découvrir leur mari, elles pleuraient chaque fois qu’un navire s’éloignait, à l’idée qu’il se trouvait peut-être à bord, elles suivaient le bateau des yeux aussi longtemps qu’elles le pouvaient, à la lumière de la lune. Cela me fendait le cœur. Tous ces hommes, ces pères de famille, pauvres, patients, travailleurs, quittant leurs femmes et leurs enfants, enlevés brutalement par des étrangers, c’est bien dur; et cela sans argent, par contrainte, en dépit de toute loi. C’est une grande tyrannie. Cela fait j’allai souhaiter une bonne nuit au lieutenant de la Tour et ensuite au lit.” (Samuel Pepys, Journal)
                  Bestiolaire de Saint-Jean-du- Marché. Identification d’un Robert-le-diable.
JEUDI.
          Lecture. Histoires à vous mettre K.O. (Tales to Make Your Hair stand on End, Collectif, Davis Publications, 1981 pour l’édition originale, Pocket n° 2364, 1988, rééd. in « Alfred Hitchcock présente : Encore 109 histoires extraordinaires », Presses de la Cité, 1994; 1230 p., 145 F). 
                         Nouvelles.
VENDREDI.
                  Le cabinet de curiosités du notulographe.

889 (3)

L’Est Républicain, 2 juillet 2020, coupure transmise par Christophe Didion
Cet avis de décès m’a remis en mémoire celui qui figurait dans les notules n° 522 du 5 février 2012 :
889-min
L’Est Républicain, 27 mai 2005, coupure transmise par Suzanne Chapuis
Soit la mutation génétique inverse… Décidément, Dombasle-sur-Meurthe (Meurthe-et-Moselle) abrite une drôle de basse-cour.
SAMEDI.
              Lecture. Europe n° 1057 (mai 2017, 352 p., 20 €).
                            Pierre Bergounioux – Jean-Paul Michel – Raphaëlle George.
              Films vus. La Petite Bande (Michel Deville, France, 1983)
                               Les Aveux de l’innocent (Jean-Pierre Améris, France – Belgique, 1996)
                               La Situation est grave… mais pas désespérée (Jacques Besnard, France, 1976)
                               Creed : L’Héritage de Rocky Balboa (Creed, Ryan Coogler, É.-U., 2015)
                               Mes jours de gloire (Antoine de Bary, France, 2019)
                               Duelles (Olivier Masset-Depasse, France – Belgique, 2018)
                               Les Chaussons rouges (The Red Shoes, Michael Powell & Emeric Pressburger, R.-U., 1948).
              L’Invent’Hair perd ses poils.
889 (1)-min 889 (2)-min
Barcelonnette (Basses-Alpes), photo d’Hervé Bertin, 23 juillet 2011 / Avignon (Vaucluse), photo du même, 2 décembre 2013
              Poil et plume.

« Une enseigne de la rue San Dalmazzo, là où il y avait le restaurant Canelli, refait surface, symbole de la consumation d’un morceau de bois peint : Travaux en cheveux, c’était marqué au-dessous, et dans la vitrine pas plus large qu’un piège à renards, derrière un voile de poussière, trônait, tragique, le buste scié d’une femme qu’une perruque rougeâtre protégeait d’une calvitie honteuse. » (Guido Ceronetti, Petit enfer de Turin)

Bon dimanche,
Philippe DIDION

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