12 juillet 2020 – 890

MARDI.
            Lecture. Les Saisons (Maurice Pons, Julliard, 1965 pour l’édition originale, rééd. Christian Bourgois, coll. Titres, 2020; 264 p., 7,50 €).
                          “Au Moulin d’Andé, Avril 1965.” Ainsi se termine le livre de Maurice Pons. On n’écrivait pas des choses banales, au Moulin d’Andé dans les années 60. Perec – invité à découvrir les lieux par Maurice Pons – y concocta La Disparition et Pons – qui y finit ses jours en 2016 – Les Saisons. Rien que pour ces deux livres, le moulin mériterait d’être classé monument historique. Car Les Saisons est un livre extraordinaire, unique, stupéfiant. Un voyageur, Siméon, arrive dans un village perdu où règne un climat singulier : des dizaines de mois de pluie ininterrompue, suivis d’une saison aussi longue de “gel bleu” puis d’une saison de neige. Les habitants, frustes, méchants, incultes, y survivent en mangeant des lentilles, rien que des lentilles. Siméon cherche à remplir la tâche qu’il s’est assignée en venant dans cet endroit, écrire un livre, mais les efforts qu’il doit faire pour simplement survivre et l’hostilité des habitants ne lui permettent pas d’accomplir sa mission. On ne peut que résumer ainsi ce livre, qui échappe, pour moi tout au moins, à toute analyse. Toujours est-il qu’on n’a jamais rien lu de tel depuis le Valcrétin de Régis Messac, seul livre qui peut approcher Les Saisons par sa vision noire et désespérante de l’humanité.
MERCREDI.
                   Vacances apprenantes. Le 11 novembre 2008, l’IPAD faisait halte à Chaumousey et notait la présence, dans le cimetière local, de six tombes alignées “sous un drapeau canadien. Il s’agit de cinq membres de la Royal Air Force et d’un membre de la Canadian Air Force, tous tombés le 29 juillet 1944.” Un notulien local s’est intéressé depuis à cet événement. Il en a retracé l’histoire, celle d’un bombardier en partance pour Stuttgart et abattu au-dessus de la commune de Renauvoid. Le cas n’est pas isolé, quatre autres avions ont subi le même sort dans les Vosges au cours de la même nuit, mais c’est sur ce Lancaster qui s’est écrasé en pleine forêt que notre ami a concentré ses recherches. Depuis des années, il a collecté des informations sur l’avion et son équipage, les cinq jeunes Britanniques et le Canadien qui y ont perdu la vie, et le pilote néo-zélandais qui a survécu. Il a retrouvé des membres de leur famille, recueilli des témoignages, entrepris des démarches multiples pour que leur souvenir soit conservé, leur sacrifice reconnu. Car les boys ne sont pas tous tombés sur les plages de Normandie, il y en a aussi qui ont tâté du sapin des Vosges…  Aujourd’hui, il me raconte tout cela sur le chemin qui nous conduit à la stèle commémorative plantée au milieu des bois, sur le lieu du crash dont j’ignorais l’existence. Je le quitte porteur de la plaquette qu’il a rédigée sur le sujet et d’un morceau du fuselage de l’avion, convaincu une fois de plus des bienfaits de la micro-histoire et de la recherche extra-universitaire.

890-min

                  Éphéméride.

À Reynaldo Hahn

[Le mercredi 8 ? juillet 1896]
“Mon bon petit Reynaldo
Je vous ai télégraphié ma réponse. Je serais heureux que sans avoir les fatigues d’un nouveau voyage vous puissiez profiter un peu de suite de votre “bonne Allemagne” comme dit la Reine dans Ruy Blas. Je ne suis pas comme les Lemaire hostile à tous les endroits où nous ne pouvons pas être ensemble. Et ravi de vous savoir au calme je souhaite que vous y restiez le plus longtemps possible. Je vous jure que si les rares instants où j’ai envie de prendre le train pour vous voir tout de suite se rapprochaient et devenaient intolérables je vous demanderais de venir ou que vous reveniez. Mais cette hypothèse est tout à fait invraisemblable. Restez là-bas tant que vous y serez bien.
Marcel.” (Marcel Proust, Lettres)
JEUDI.
          Vie immobilière. La rentré universitaire se prépare déjà, il faut que les filles trouvent un nouveau logement, l’une à Bordeaux, l’autre à Nancy. Ce n’est pas une nouveauté, ce n’est pas une découverte, mais c’est toujours instructif de se frotter, à cette époque de l’année, aux mœurs des marchands de sommeil, pudiquement autobaptisés “investisseurs” et autres purs arnaqueurs prêts à vous estourbir au Bon Coin d’un bois. Le concentré de malhonnêteté et de rapacité que l’on trouve chez ces gens-là, dans le monde d’avant comme dans celui d’après, est proprement stupéfiant.
VENDREDI.
                  Le cabinet de curiosités du notulographe. Hippocrate au bistrot.
890 (2)-min 890 (1)-min 890 (3)-min
Paris (Seine), boulevard Diderot, 16 février 2016 / Liège (Belgique), 6 février 2017 / Tongres (Belgique), 29 avril 2018, photos de Jean-François Fournié
SAMEDI.
              Bestiolaire domestique. Identification d’une Tipule.
              Films vus. Premières vacances (Patrick Cassir, France, 2018)
                               La Voleuse de Saint-Lubin (Claire Devers, France, 1999)
                               La Dernière Folie de Claire Darling (Julie Bertuccelli, France, 2018)
                               La Rivière sans retour (River of No Return, Otto Preminger, É.-U., 1954)
                              Creed 2 (Steven Caple Jr., É.-U., 2018)
                               Deux moi (Cédric Klapisch, France – Belgique, 2019)
                               À nous les petites Anglaises (Michel Lang, France, 1976).
              L’Invent’Hair perd ses poils.
890 (4)-min 890 (5)-min
Paris (Seine), rue Rambuteau, photo de Pierre Cohen-Hadria, 29 juillet 2011 / Alès (Gard), photo de Jean-Damien Poncet, 25 juillet 2018
              Poil et presse.
890 (6)-min
Toilet Paper n° 15, septembre 2017
Bon dimanche,
Philippe DIDION

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