11 avril 2021 – 924

DIMANCHE.                   

Lecture. Poèmes inachevés (Raymond Roussel, in “Œuvres” I, Pauvert, 1994; 396 p., 25,40 €).                                 

Il s’agit sans doute, nous dit Annie Le Brun dans sa présentation, des poèmes les plus anciens issus de la plume de Raymond Roussel. On les découvre ici dans une édition diplomatique qui reproduit les notes, ratures et repentirs de l’auteur et qui permet de confirmer ce que l’on sait de sa technique d’écriture : les rimes figurent sous forme de listes à droite de la page et précèdent la composition des vers qui ne sont, pour aller vite, qu’une sorte de remplissage. On notera le côté scrupuleux de cette édition, qui va jusqu’à inclure les pages blanches figurant dans la liasse de feuillets sur lesquels apparaissent ces deux poèmes retrouvés.    

LUNDI.           

Vie professionnelle. C’est reparti pour un tour d’enseignement à distance. Pas question, cette fois, de se mettre la rate au court-bouillon, ce sera moderato cantabile. Les leçons de l’année passée ont été retenues : on sait comment ça marche, ou plutôt comment ça ne marche pas. La période précédente avait fortement endommagé le mur que j’avais patiemment construit pour séparer ma vie d’ici de ma vie là-bas, j’ai mis beaucoup de temps à le relever et n’ai pas envie de le voir s’effriter à nouveau.    

MERCREDI.                  

Éphéméride. À Edmond Deman  

“Paris[, mardi] 7 avril 1891.  

Mon cher ami,  

Nous allons, n’est-ce pas ? durant quelques jours, puisqu’il s’agit d’établir cette édition des Vers, nous faire mutuellement part de nos réflexions, au hazard et par notes jetées. Tout réfléchi, je crois qu’il n’y a pas lieu de recommencer une publication du manuscrit, cela se passe une fois à titre d’exception, mais le vers y perd. Le vers n’est très beau que dans un caractère impersonnel, c’est-à-dire typographique : sauf bien entendu à faire graver si l’on veut donner à l’édition quelque chose d’immuable et de monumental. C’était, je crois, votre impression quand vous parlâtes de gravure autrefois, et, me semble-t-il, la vraie. Trouver un des beaux types romains qui soient et faire graver (je dis romain, le vers m’y semble plus définitif que dans l’italique laquelle se rapproche encore de l’écriture.” (Stéphane Mallarmé, Correspondance choisie)    

JEUDI.          

Lecture. Décapage n° 61 (Flammarion, automne-hiver 2019; 172 p., 16 €).                        

“J’écris mais j’aime mon boulot”            

Vie littéraire. C’est aujourd’hui que sortent les Carnets de notes 2016-2020 de Pierre Bergounioux. Grand jour pour les bergouniaques anonymes et déclarés, j’en suis, qui savent qu’il n’y en aura pas jusqu’en 2050, le bonhomme prend de l’âge. Il a fallu attendre cinq ans mais ne nous plaignons pas, pour les premiers volumes, c’était dix. Bientôt vont arriver les premiers comptes rendus de ceux qui dévorent la chose dès sa sortie des presses, je ne les lirai pas, je ne veux pas gâter le plaisir de la découverte. Le livre est là, la brique jonquille de chez Verdier entre mille reconnaissable. Et je ne sais qu’en faire. Me lancer dedans en continu, comme je l’ai fait pour les premiers Carnets et en sortir tout autant étourdi ? Le déguster en tranches, comme le précédent, pour mieux le savourer ? Fondre directement et narcissiquement sur les pages précédemment livrées à la NRf pour voir si Bergou a conservé le passage où il est question d’un “garçon d’Épinal” que je connais bien ? Attendre le séjour en Creuse, pays limitrophe de sa Corrèze natale, pour le lire l’esprit dégagé de toutes contraintes ? Le ranger, et ne pas le lire ? J’opte pour la dernière solution. Pas touche, trop précieux, on verra plus tard.    

VENDREDI.                  

Lecture. Revue des Deux Mondes, octobre 2019 (184 p., 18 €).                                

“L’esprit français”                                 

Fenêtre sur cour et autres nouvelles (William Irish, Presses de la Cité, coll. Omnibus, vol. « Nuit noire », 1994, d’après la traduction de Madeleine Œuvrard; 948 p., 135 F).                    

Le cabinet de curiosités du notulographe. Rayonnement capital sous divers formats.  

  Lyon (Rhône), photo de l’auteur, 26 décembre 2018

Nicosie (Chypre), photo de Pierre Cohen-Hadria, 22 septembre 2017    

SAMEDI.              

Films vus.

  • Bluebird (A Bluebird in My Heart, Jérémie Guez, Belgique – France, 2018)                               
  • La Comtesse noire (Jesús Franco, France – Belgique, 1973)                               
  • De Gaulle (Gabriel Le Bomin, France, 2020)                               
  • Calculs meurtriers (Murder by Numbers, Barbet Schroeder, É.-U., 2002)                               
  • De l’or en barres (The Lavender Hill Mob, Charles Crichton, R.-U., 1951)                               
  • Adieu ma belle (Murder, My Sweet, Edward Dmytryk, É.-U., 1944)                               
  • Madame Claude (Sylvie Verheyde, France, 2021).                

L’Invent’Hair perd ses poils.  

  Digne-les-Bains (Basses-Alpes), photo de Rémi Schulz, 6 décembre 2011

Paris (Seine), rue Paul-Louis-Courier, photo de l’auteur, 28 octobre 2016                

Poil et plume. “Ou, vers deux heures, je vais chercher Creezy chez son coiffeur. J’assiste au finish, au dernier coup de ciseaux, de peigne, de laque, le coiffeur qui recule, qui a encore un dernier regard pour son œuvre puis qui s’en va, assez simple pour ne pas attendre l’ovation. J’entre dans cet univers bruissant, agité, imperturbable où chacun, le coiffeur, le couturier, la femme-colonel, se prend pour Napoléon, tous les trois le même mouvement, le buste rejeté en arrière, le regard cligné, la patte levée. Nous allons déjeuner.” (Félicien Marceau, Creezy)    

Bon dimanche,  

Philippe DIDION    

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