18 avril 2021 – 925

MERCREDI.                  

Éphéméride.Lundi 14 avril 1969  

Nous sommes à Saincy depuis samedi midi. Il est agréable d’être à la campagne, à peu près à l’abri du téléphone et des affaires. Grande maison, ancienne ferme, bien équipée à l’intérieur : beaucoup de livres, des objets pittoresques, une crasse généralisée (poussière essentiellement). On tâche de se reposer.” (Jean-Patrick Manchette, Journal 1966-1974)                    

Lecture. Stoner (John Williams, The Viking Press, 1965 pour l’édition originale, Le Dilettante, 2011 pour la traduction française, traduit de l’américain par Anna Gavalda; 384 p., 25 €).                               

Écrivain rare (deux recueils de poèmes et quatre romans), John Williams illustre avec Stoner l’histoire connue des vieux pots et des meilleures soupes. Rien de neuf, rien d’audacieux, rien de révolutionnaire en effet dans cette histoire qui suit la vie d’un professeur d’université de l’enfance à la tombe. L’analyse psychologique fouillée des personnages et les ressorts romanesques datent du XIXe siècle (l’homme épouse une femme qui bovaryse, s’aperçoit qu’il s’est trompé d’histoire d’amour et finit à peu près seul), le cadre est un lieu commun du roman américain (le roman de campus, nourri des rivalités entre collègues et des relations interdites entre professeurs et étudiantes), la dimension historique, autre point de passage obligé, est convoquée (Stoner connaît deux guerres mondiales et la crise de 1929). Ce pourrait donc être un roman banal, un peu fade, mais l’auteur réussit à lui donner une dimension qui dépasse celle de ses modèles par la personnalité de son héros, ce professeur qui s’aperçoit au soir de sa vie que rien n’est plus beau que d’apprendre et faire apprendre, et par un style ample que la traduction d’Anna Gavalda réussit à reproduire malgré quelques scories qu’un correcteur plus avisé aurait facilement repérées. On apprend, en lisant sa notice biographique, que John Williams enseignait l’écriture créative à l’université de Denver. Apparemment, il savait de quoi il parlait.    

VENDREDI.                  

Le cabinet de curiosités du notulographe. Rues chaudes.  

  Portbail (Manche), photo de Dominique Renaux, 23 juin 2019

Nogent-le-Rotrou (Eure-et-Loir), photo de Christophe Hubert, 6 août 2020                    

Lecture. Le Journal de mon père (Chichi no koyomi, Jirô Taniguchi, 1994 pour l’édition originale, Casterman, 1999-2000 pour la traduction française, rééd. coll. écritures, 2016, traduit du japonais par Marie-Françoise Monthiers; 280 p., 19,95 €).                                

Paru cinq ans avant Quartier lointain, Le Journal de mon père fonctionne selon le même schéma et aborde les mêmes thèmes : un homme est amené à retourner dans la ville où il a passé son enfance, retour qui entraîne une plongée dans ses souvenirs familiaux. Les situations sont assez différentes d’un livre à l’autre pour qu’on n’essaie pas d’y trouver des implications autobiographiques mais on voit bien ce qui préoccupe Taniguchi : la peur de la séparation, de la mort, d’une vie incomplète. Il ne s’agit pas, dans les deux livres, d’une nostalgie de l’enfance heureuse, les souvenirs évoqués sont plutôt douloureux et les visages dessinés sont rarement souriants. Il s’agit plutôt d’un constat d’échec, l’enfance étant le moment où il était possible d’orienter les choses dans un sens différent, ce qui n’a pas été possible faute d’avoir compris ce que cachent les adultes, leur amour principalement. Les histoires de Taniguchi montrent des hommes qui, à la fin de leur parcours, acceptent de vivre avec cet échec et abordent un nouveau tournant de leur vie. Le constat est amer, douloureux, mais non dénué d’espoir, ce qui donne des livres très attachants, beaux et tristes.     

SAMEDI.              

Films vus.

  • Lucky (Olivier Van Hoofstadt, France, 2020)                               
  • Le Retour des bidasses en folie (Michel Vocoret, France, 1983)                               
  • Dark Waters (Todd Haynes, É.-U., 2019)                               
  • Nous nous sommes tant aimés (C’eravamo tanto amati, Italie, 1974)                               
  • The Tourist (Florian Henckel von Donnersmarck, É.-U. – France – Italie – R.-U., 2010)                               
  • Pour un garçon (About a Boy, Chris & Paul Weisz, R.-U. – É.-U. – France – Allemagne, 2002)                               
  • A Ghost Story (David Lowery, É.-U., 2017).                

L’Invent’Hair perd ses poils.  

  Paris (Seine), rue Henry-Monnier, photo de Clotilde Eav, 8 décembre 2011                

Poil et pellicule.                                                                                                                     

Rock’n Roll (Guillaume Canet, France, 2017)    

Bon dimanche,  

Philippe DIDION

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