10 octobre 2021 – 942

DIMANCHE.                   

Lecture. Le Paradis retrouvé (Fred Kassak, 1977, in “Romans humoristiques”, Le Masque, coll. Intégrales, 2003; 800 p., s.p.m.).                                 

Nouvelle radiophonique.    

LUNDI.           

Presse. “J.D., âgé de 39 ans, est décédé le 10 septembre à Nancy, des suites d’une crise cardiaque survenue à son domicile.” (Vosges Matin du jour, rubrique “Arches – Nécrologie”). Il se pourrait bien que ce malheureux soit l’homme pour lequel le chirurgien m’a abandonné ce jour-là. Sur le coup, je n’ai pensé qu’à ma pomme, aujourd’hui, je mesure la chance que j’ai de me trouver du côté de ceux qu’on peut ajourner.    

MERCREDI.                  

Éphéméride.

“Noël ARNAUD                                         

18 rue Mesnil                                         

PARIS XVIe                                                    

Paris, le 15 septembre 1964  

Monsieur Jean QUEVAL

à HÉRICY (Seine-&-Marne)  

Où êtes-vous ?  

Que devenez-vous ?  

Et que devient votre projet de “La Rose et l’Anneau” dont vous ne me dites plus rien. Moi, je vais vous en parler dans un instant.  

Mais d’abord je tiens à vous remercier pour la grande joie que vous m’avez donnée avec votre “Voyage en Belgique”. Tout m’enchante dans ce coffret-échantillon des valeurs quevaliennes. Et, voyez-vous, ces “sonnets asiates”, il me semble que, dans les bruits de vaisselle et de manducation des déjeuners oulipiens, nous n’en avions pas mesuré toute la richesse d’invention, toutes les merveilleuses ressources.

La Rose et l’Anneau : j’ai vu à Liège, il y a quelques jours, Pol Deranne, l’animateur du Théâtre de l’Écluse. Il avait, pour la circonstance, votre livre en main et il m’en a dit le plus grand bien. L’idée de le mettre sur le théâtre fait plus que l’effleurer. Mais, bien sûr, il voudrait juger sur un acte (au moins) adapté. Je n’ai pas osé lui dire que rien n’était vraiment fait dans ce sens. Au contraire, je lui ai parlé de l’interprétation faite à plusieurs voix au micro de la RTF dans les émissions d’André Gillois auxquelles je participais et lui ai affirmé (ce qui est vrai) que ça “rendait” très bien. […]  

Croyez-moi, mon cher ami, votre tout dévoué.” (Noël Arnaud, Correspondance 1961-1998)    

JEUDI.          

Lecture. Raboliot (Maurice Genevoix, Grasset, 1925, rééd. in “Romans, récits et contes”, Omnibus/Plon, 1995; 1184 p., 150 F).    

VENDREDI.                  

Le cabinet de curiosités du notulographe. Fantaisies boulangères.  

  Paris (Seine), rue Jacob, photo de l’auteur, 27 août 2016

Blain (Loire-Inférieure), photo d’Élisabeth Nicole, 28 mai 2018                    

Tourisme médical. Je passe la matinée dans un état fébrile, anxieux. La légère appréhension d’être opéré a laissé place à la verte trouille de ne pas être opéré et d’être condamné à rester bloqué sur Dyspnée Channel. À 15 heures je franchis les portes du CHU avec l’assurance d’un vieil habitué, refais le parcours que j’ai déjà suivi la semaine dernière, reçois les dernières consignes et instructions.    

SAMEDI.             

Films vus.

  • Mort un dimanche de pluie (Joël Santoni, France – Suisse, 1986)                              
  • Le Général della Rovere (Il generale della Rovere, Robert Rossellini, Italie – France, 1959)
  • Serre moi fort (Mathieu Amalric, France, 2021)                              
  • Libre et assoupi (Benjamin Guedj, France, 2014)                              
  • Liberté, égalité, choucroute (Jean Yanne, France – Italie – R.F.A., 1985).                

L’Invent’Hair perd ses poils.   

  Paris (Seine), photo de Pierre Cohen-Hadria, 7 février 2012

Brive-la-Gaillarde (Corrèze), photo de Bernard Cattin, 23 décembre 2019                

Poil et plume. “Puis il apprit à préparer l’huile qui servait de base pour peindre sur la peau et qui, en même temps, permettait de se protéger des attaques des moustiques. Mais il avait d’abord été témoin de l’épilation à laquelle se soumettaient les natifs. Imperturbables, ils se servaient de leurs ongles ou de valves d’huîtres, ou de dents de félins qui étaient comme d’infaillibles lames. Ils se rasaient tout le corps, sauf la partie du crâne d’où pendaient leurs longues queues-de-cheval, et passaient des heures et des heures à ce travail.” (Pablo Montoya, Triptyque de l’infamie)                

Scalpel au bois dormant. À 9 heures, il est temps de passer du bloc-notes au bloc opératoire pour procéder à l’ouverture du coffre. Je suis pris en mains par l’équipe d’anesthésistes, nous échangeons quelques propos avant que se dessine la silhouette du chirurgien enveloppé dans sa combinaison Husqvarna. Rideau. Il est 16 heures, me dira-t-on, quand on me transfère dans une chambre du service de réanimation, 18 heures peut-être, tout cela est confus, quand on s’affaire pour me réveiller. J’entends que l’opération s’est bien passée, que la valve a pu être réparée et non remplacée, ce qui est mieux, qu’on a pu également intervenir sur l’arythmie. Mon seul souci est de savoir si Caroline a été prévenue, on me rassure. La nuit va être longue, l’intubation me donne des accès de nausée, la soif est intense.    

DIMANCHE.                   

Vie hospitalière. À 8 heures, enfin, on s’agite autour de moi. Je suis radiographié, ausculté, lavé, rasé, pesé à l’aide d’un palan, nourri, corseté comme une héroïne de Maupassant. Les paramètres sont bons : “retour de bloc impeccable”, le patient idéal a encore frappé. L’infirmière sort de mon sac un livre, un carnet et un crayon. On me confie la télécommande de la télévision qui me permettra d’écouter FIP, celle de mon lit et la pompe à morphine qui va être ma meilleure amie pendant un moment. La douleur s’amoindrit quand l’infirmière s’aperçoit qu’un produit ne passe pas dans la perfusion et rectifie le tir. Je commence à lire et à écrire mes premières impressions, je ne comprends rien à ce que je lis, je suis incapable de relire ce que j’écris mais l’essentiel est d’agir, de s’occuper. On m’installe dans un fauteuil, signe de récupération rapide. Caroline et Alice ont pris rendez-vous pour me visiter, elles arrivent à 18 heures, me trouvent bonne mine. J’ai perdu ma voix, je ne parviens pas à manger grand-chose, j’ai le dos broyé, le thorax pris sous une tonne de grumes mais dans l’ensemble ça ne va pas trop mal.    

LUNDI.           

Vie hospitalière. On change mon pansement. Je regarde le plafond. Une kinésithérapeute me fait faire quelques pas dans le service, me trouve ingambe.    

MARDI.            

Vie hospitalière. Pansement, retrait des drains et de la sonde urinaire. Je peux me lever pour la pesée et la toilette. En milieu de journée, je quitte la réanimation pour regagner le service de chirurgie cardiaque. Il fut de coutume, lors du premier confinement, de se mettre le soir à la fenêtre pour applaudir les soignants mobilisés par la situation sanitaire. La plupart le méritaient. Les personnes qui se sont affairées jour et nuit autour de moi dans le service de réanimation cardiaque de l’Institut lorrain du coeur et des vaisseaux du CHU de Brabois (Meurthe-et-Moselle) ne méritent pas des applaudissements. Elles méritent qu’on leur couvre la tête de pétales de fleurs et qu’on balaie la poussière devant chacun de leurs pas. Visite de Caroline, qui me livre le courrier et me fait part des nombreuses marques de témoignage et de soutien qu’elle a reçues ces derniers temps. Ça rassérène, et pas qu’un peu. Grâce à son téléphone de poche, je peux rassurer mes parents et souhaiter un bon anniversaire à Lucie.    

MERCREDI.                   

Vie hospitalière. Curieux comme les objets dont on avait pris soin de se munir pour rendre le séjour un peu plus confortable semblent prendre un malin plaisir à se mettre hors d’atteinte. Le crayon roule sous le lit, le bouquin s’envole à cause d’un endormissement impromptu, le téléphone sonne sans qu’on puisse l’atteindre, on devient fataliste. On m’ôte des électrodes, une perfusion, un pansement. Passage de l’aumônier de l’établissement, un laïc avec lequel je prends plaisir à discuter de son rôle, plus social que spirituel. Je lis Le Guépard, dont l’ambiance crépusculaire rejaillit sur mes préoccupations.

Lecture. Le Guépard (Il Gattopardo, Giuseppe Tomasi di Lampedusa, 1958 pour l’édition originale, Le Seuil, 1959 pour la traduction française, rééd. Points Grands romans P 260, 2007, traduit de l’italien par Jean-Paul Manganaro; 384 p., 7,80 €).                                 

Éphéméride. “Mercredi 22 Septembre 1920  

Sibylle est venue passer la journée. À table, elle m’a demandé avec des larmes dans les yeux s’il était vrai que tous les hommes avaient un fonds de mépris pour le sexe féminin. C’était à propos de Napoléon, qui avait été un goujat et un rustre avec elles.

Je lui dis qu’en effet – comme la femme avait reçu elle-même de la Nature, de remarquables moyens de défense contre les entreprises masculines – l’homme avait été de son côté, doté d’une manière de mépris pour la femme, d’abord pour sa faiblesse physique et ensuite pour sa subjectivité, ceci pour limiter l’ivresse des sens dans laquelle la femme pouvait maintenir et même véritablement annihiler un homme. C’était donc, lui dis-je, un équilibre salutaire, rétabli par la ruse féminine contre la violence mâle et par le petit mépris mâle contre l’infériorité manifeste en plusieurs choses, de la femme. Mais j’ajoutai que chez des êtres raffinés et particulièrement sensibles, ce mépris s’était peu à peu transformé en un sentiment plus noble de protection, et que ces esprits se reconnaissaient alors le devoir d’exercer cette mission avec le plus de douceur qu’il était possible.” (Ferdinand Bac, Livre journal 1920)    

JEUDI.          

Vie hospitalière. Je dors mieux depuis que je peux me positionner sur le côté. J’arrive à lire et à croiser les mots à peu près correctement mais la fatigue arrive vite. Visite de Caroline avec qui je fais quelques pas dans les couloirs.    

VENDREDI.                  

Le cabinet de curiosités du notulographe. Fantaisies cafetières.  

  Paris (Seine), rue de Seine, photo de Jean-Damien Poncet, 18 septembre 2016

Meximieux (Ain), photo d’Élisabeth Nicole, 20 octobre 2018                    

Vie hospitalière. On change mon pansement et j’ose pour la première fois jeter un œil sur la braguette géante qui orne désormais mon joli thorax. La cicatrice est très belle, me dit-on. La beauté va se nicher dans de drôles d’endroits.                    

Lecture. Sotos (Philippe Djian, Gallimard, coll. Blanche, 1993; 400 p., 130 F).    

SAMEDI.              

L’Invent’Hair perd ses poils.  

  Saint-Bonnet-de-Mure (Rhône), photo de Suzanne Chapuis, 17 février 2012

Flers (Orne), photo de Pierre Cohen-Hadria, 8 mai 2013                

Poil et plume. “Pour éviter tout malentendu, je vais donc prendre bien soin, chaque fois que je séjournerai à Rabat, de celer ma condition d’écrivain sur la fiche de débarquement ou d’embarquement qu’il est demandé à chaque voyageur de produire avec son passeport aux guichets de la douane, pour ne mentionner que ma seule activité de correcteur à la rubrique “profession”. Il n’empêche, par suspicion ou simple ignorance, on ne manquera jamais de bien vouloir préciser ce que recouvre exactement ce terme de “correcteur”, et l’ajout d’un élément explicatif, soit “de livres” ou “ d’édition”, auquel je finirai par me résoudre, espérant par là éclairer la lanterne de mes interlocuteurs, n’y changera rien : “Correcteur ? Qu’est-ce que c’est que ça ? En quoi ça consiste ?” – la question reviendra invariablement. Cette règle connaîtra cependant une exception : un jour, pour avoir sans doute confondu les r avec des f, un fonctionnaire croit lire “coiffeur de livres”. J’ai trouvé que c’était une excellente définition de mon métier.” (Éric Laurrent, Berceau)    

DIMANCHE.                   

Lecture. Manhattan Transfer (John Dos Passos, Harper, 1925 pour l’édition originale, Gallimard, 1928 pour la traduction française, rééd. Librairie Générale Française, coll. Le Livre de poche n° 740-741, 1971, traduit de l’américain par Maurice-Edgar Coindreau; 512 p., s.p.m.).                                 

Citation : “Par la porte ouverte, un rai de soleil, vermeil, caresse la croupe d’une femme nue, couchée, calme comme un œuf dur sur un lit d’épinards, dans un tableau à cadre doré, derrière le comptoir.”  

Crocodiles (Philippe Djian, Éditions Bernard Barrault, 1989, rééd. J’ai lu n° 2785, 1990; 160 p., s.p.m.).

Nouvelles.                     

Vie hospitalière. Visite de Caroline et Alice qui m’apportent des vêtements et des livres de rechange, le courrier et les nouvelles. Lucie m’a trouvé le dernier numéro d’Europe sur Vialatte.    

LUNDI.           

Vie hospitalière. Une échographie matinale révèle que la valve mitrale réparée fonctionne parfaitement et que le cœur est en bon état de marche. Rien ne s’oppose plus à mon transfert vers l’hôpital d’Épinal. À entendre la conversation des ambulanciers qui viennent me chercher dans l’après-midi et qui ne connaissent pas les lieux, l’hôpital d’Épinal est une sorte de poste de secours pour accidents de bûcheronnage avec une ou deux paillasses et un litre de mirabelle dans l’armoire à pharmacie. Ils sont un peu surpris quand ils découvrent l’édifice qui a ouvert en mars dernier. Ils en feront trois fois le tour avant d’en trouver l’entrée, ce qui me ravit car le quartier dans lequel il est implanté est celui de mon enfance. Je suis couché sur une civière mais je vois le ciel, le sommet des arbres, des poteaux et des fils électriques, ce qui est un enchantement. Ma sœur ne tarde pas à arriver, m’aide à ranger mes affaires. En débarquant, je me demandais combien de temps allait s’écouler avant que je tombe sur une ancienne élève en blouse blanche. La réponse est : trois heures, c’est l’infirmière de nuit.  

MARDI.            

Vie hospitalière. On refait mon pansement, on ôte quelques fils chirurgicaux, je reçois la visite de mon père puis de Caroline, bavarde avec les filles au téléphone.              

Lecture. Mort, où est ta victoire ? (Daniel-Rops, Plon, 1934, rééd. Librairie Générale Française, coll. Le Livre de poche n° 71-72, 1960; 512 p., s.p.m.).                          

Cela faisait bien longtemps que j’avais envie de lire Daniel-Rops, écrivain reconnu à son époque, académicien, tombé dans un oubli abyssal et dont personne ne se souvient qu’il était né à Épinal en 1901. L’expérience n’est pas renversante : c’est du roman psychologique à la Paul Bourget, mené à deux à l’heure, au style soigné mais pesant. On pense à Chardonne, à Martin du Gard qui, lui, a eu droit à la Pléiade sans que ses mérites soient de beaucoup supérieurs à ceux de Daniel-Rops.              

Lecture/Écriture. Mots croisés 15 (Michel Laclos, Zulma, coll. Grain d’orage, 2013; 50 grilles, 144 p., 17, 50 €).     

MERCREDI.                  

Éphéméride. À Paul Mantz  

[Paris.] Mercredi 29 sept[embre] 1858  

Cher Monsieur,  

Il faut que vous m’excusiez une fois, une seule fois encore. Je suis repris par la Revue contemporaine pour cinq jours et l’article Gautier n’est qu’à moitié chemin. Je ne pourrai donc m’y remettre que mardi, et la journée de mardi suffira pour le finir. – Il y a encore du Caricaturisme à l’imprimerie, et c’est même la partie la plus amusante; croyez que je suis très honteux, mais j’espère que l’article sera assez bien fait pour que Théophile et vous, vous me pardonniez tant d’inexactitude. Je tiens vivement à me charger du livre d’Asselineau (La Double Vie). L’article sera fait le lendemain du Gautier.

Bien à vous,  

CH. BAUDELAIRE.” (Correspondance)                    

Lecture. Sidérations (Bewilderment, Richard Powers, W.W. Norton & Company, 2021 pour l’édition originale, Actes Sud, coll. Lettres anglo-américaines, 2021 pour la traduction française, traduit de l’américain par Serge Chauvin; 400 p., 23 €).    

JEUDI.          

Vie hospitalière (fin). “I feel so broken, I wanna go home”. J’y suis, et pas fâché d’y être, muni des dernières instructions, d’une copieuse ordonnance et de la paperasse administrative. Je retrouve avec plaisir mon intérieur, les piles de journaux qui m’attendent, le courrier en instance, un lit confortable. Caroline a noté les appels et messages reçus en mon absence, je commencerai la tournée des remerciements demain.            

Lecture. La Fille qui venait de loin (Put On By Cunning, Ruth Rendell, Hutchinson, 1981 pour l’édition originale, Librairie des Champs-Élysées, coll. Le Masque n° 1718, 1983, traduit de l’anglais par Erick Grisel; 256 p., s.p.m.).    

VENDREDI.                  

Lecture.

Freud à la plage : la psychanalyse dans un transat (Elsa Godart, Dunod, 2021; 176 p., 15,90 €).                    

Le cabinet de curiosités du notulographe. Du bon usage de la cédille.  

  prospectus publicitaire, Montluçon (Allier), 31 juillet 2018, collection de l’auteur

Jougne (Doubs), photo de l’auteur, 18 août 2018    

SAMEDI.              

Films vus.

  • Condamné au silence (The Court-Martial of Billy Mitchell, Otto Preminger, É.-U., 1965)                              
  • Brooklyn Affairs (Motherless Brooklyn, Edward Norton, É.-U., 2019)                               
  • Le Ruffian (José Giovanni, France – Canada, 1983).                

L’Invent’Hair perd ses poils.  

  Paris (Seine), rue du Faubourg-Saint-Martin, photo de l’auteur, 21 février 2012

Valence (Drôme), photo de François Golfier, 15 octobre 2015                

Poil et plume. “Le fils, debout, les yeux fixés sur l’abat-jour, se souvint justement que le garçon coiffeur, quelques semaines plus tôt, à Saenz Peña, lui avait glissé à l’oreille : “Como me gustaría, sabe usted señor Don Gonzalo… asentarme a tomar una copita de licor… por la tarde, en una mesa… ese… del Donisetti… – (il prononçait à l’espagnole) – … viendo pasear a las guapas en toda la calle… a los caballeros… a los coches… sabe usted, ese benedictín… supongo que Usted – (il se prit à sourire) – todos los dias… podrá permitirse este lujo… Permitame, señor ingeniero – (et il lui coupa net, zac, un poil sous le nez) – ¿ sabe Usted ? como en aquella réclame que vemos en todas partes… Un gran artista la hizo, ¿ no le parece ?… con esa mano levantada… y la copita por adelante… y el cigarrillo… – ¿ Quiere magnesia ?… –… encendido…” (Carlos Emilio Gadda, Connaissance de la douleur)    

DIMANCHE.                   

Vie de convalescent. Caroline m’entraîne pour un marathon de quelques centaines de mètres dans les rues du quartier. Je suis rentré jeudi avec un appétit féroce, des dents à décroisser la lune et à bouffer des haubans comme chantait l’autre, prêt à courir bois et guérets et à galoper dans la pampa. J’ai dû revoir mes ambitions à la baisse. Si la voix, l’appétit et le sommeil reviennent peu à peu, la fatigue et la douleur sont toujours présentes. J’ahane, je halète et je pantèle à chaque mouvement, il va falloir être patient.    

LUNDI.            

Vie de convalescent. Retour sur l’ordinateur où je réponds aux messages et commence à confectionner le prochain numéro (quadruple, une première) des notules. Saines occupations, je ne vois pas le temps passer.    

MARDI.            

Lecture.

Revue des Deux Mondes, février 2020 (208 p., 18 €).                          

“Histoire et destin de l’enfant”    

MERCREDI.                  

Éphéméride. À Thomas McGreevy, Londres  

“6 oct. 1937

Cooldrinagh  

Cher Tom  

Merci pour ta lettre reçue ce matin. Frank aura aussi la sienne aujourd’hui. Je dors ici depuis que Maman est partie. Je ne sais pas où elle est et combien de temps elle sera partie et Frank soit n’a pas de nouvelles précises non plus soit a des instructions de les garder pour lui. J’ai parcouru mes papiers & essayé de mettre un peu d’ordre dans mes livres. D’abord j’avais eu l’intention de déménager tout en territoire neutre mais maintenant j’ai l’aimable permission de fermer à clé la porte de mon bureau & de donner la clé à Frank. Voilà qui m’épargne beaucoup de tracas. […]  

À bientôt.

Sam” (Samuel Beckett, Lettres I, 1929-1940)    

JEUDI.           

Vie merdicale. Je retourne au laboratoire voisin pour de nouvelles analyses. Les résultats ne sont pas satisfaisants, je téléphone au cardiologue de garde à l’hôpital qui essaie d’équilibrer mon traitement. J’espère que cette situation bancale explique mon état général, assez peu brillant, le même qu’à mon retour à la vie civile il y a déjà une semaine.             

Lecture.

Les Quatre Vipères (Pierre Véry, Librairie des Champs-Élysées, 1934, rééd. in « Les Intégrales du Masque », tome 2, 1994; 980 p., s.p.m.).    

VENDREDI.                  

Le cabinet de curiosités du notulographe. Pointures.  

  L’Île-d’Yeu (Vendée), photo de Bernard Bretonnière, 28 juillet 2018

Le Malzieu-Ville (Lozère), photo de Bernard Cattin, 22 juillet 2020    

SAMEDI.              

Vie merdicale. L’infirmier ôte définitivement mon pansement. Ça chatouille.                

Films vus. 

  • Boutchou (Adrien Piquet-Gauthier, France, 2020)                               
  • Permis de tuer(License to Kill, John Glen, R.-U. – Mexique – É.-U., 1989)                               
  • Parents d’élèves (Noémie Saglio, France, 2020)                               
  • Eaux profondes (Michel Deville, France, 1981)                               
  • Divorce Club (Michaël Youn, France, 2020)                               
  • Capitaine Mystère (Captain Lightfoot, Douglas Sirk, É.-U., 1955)                               
  • Ondine (Undine, Christian Petzold, Allemagne – France, 2020).                

L’Invent’Hair perd ses poils.  

  Belley (Ain), photo de François Golfier, 28 février 2012

Dublin (République d’Irlande), photo de Régis Conraud, 12 août 2018                

Poil et presse.  

Le Journal de la Haute-Marne, 1er septembre 2018    

Bon dimanche,  

Philippe DIDION    

Votre commentaire

Choisissez une méthode de connexion pour poster votre commentaire:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s