17 avril 2022 – 967

DIMANCHE.

Vie politique.

Nous allons voter en quatuor. Nous avons parlé de nos choix – le mien est simple, je vote depuis que j’en ai l’âge pour le même parti, quand il a encore la force de présenter un candidat – et chacun a donné sa voix à sa petite chapelle. Il me vient alors à l’esprit que je n’ai jamais ces derniers temps rencontré ou entendu quelqu’un disant qu’il allait voter pour le président sortant. Et si on allait vers une mauvaise surprise comparable à celle de 2002 ? J’écris ces mots à 19 heures, je saurai bientôt si mes craintes sont justifiées.

MARDI.

Lecture.

Le Fidèle Berger (Alexandre Vialatte, Gallimard, 1942, rééd. coll. L’Imaginaire n° 415, 2000; 270 p., 9,20 €).

Entre Battling le ténébreux, son premier roman publié, et ce Fidèle Berger, Vialatte a traduit Kafka. Il saura s’en souvenir au moment de transcrire sous forme romanesque son expérience de la drôle de guerre et de la déroute de l’armée française à laquelle il a pris part. “Comme un chien, murmura Berger. C’était une phrase qu’il avait lue dans un roman à propos d’une exécution qui se passait dans une carrière imaginaire, avec deux messieurs en haut-de-forme pour faire fonction d’exécuteurs, la guillotine étant remplacée par une scie.” Cette allusion à la fin du Procès confirme l’ancrage du récit de Vialatte dans un univers proprement kafkaïen. Le brigadier Berger, à l’issue d’une marche forcée qui le laisse à bout de forces et à demi-fou, est capturé par l’ennemi. Prisonnier, aliéné, libéré, il passe du cachot à la salle d’asile sans saisir ce qui lui arrive, incapable de comprendre le crime dont, comme Joseph K., il est persuadé d’être accusé. C’est le parcours qu’a connu Vialatte lui-même, qu’il reproduit dès sa libération sous la forme d’un monologue intérieur. Le récit est certes répétitif, en devient parfois longuet, mais constitue une expérience littéraire singulière qui ne ressemble en rien aux souvenirs de guerre habituels.

MERCREDI.                 

Éphéméride.

[13 avril 1939]

« À : Hôtel Royal Versailles, 31, r. Le Marois, Paris 16e

[Londres]

13-IV-39

3 heures

Mon amour, mon ange, toutes mes félicitations : 14 ans ! Encore une semaine et je t’embrasserai, ma tendresse. Aujourd’hui en me levant, j’ai eu soudain envie de tout laisser tomber et de rentrer – d’autant plus que Gleb me dit d’un air maussade que la soirée chez Chklovskaïa ne rapportera pas plus de 3 livres (mais je vais prendre mes mesures). J’irai chez elle demain pour mettre tout cela au point directement avec elle.” (Vladimir Nabokov, Lettres à Véra)VENDREDI.                 

Le cabinet de curiosités du notulographe.

Curiosités mortuaires.

Dore-l’Église (Puy-de-Dôme), photo de Christophe Hubert, 11 août 2019

Le Malzieu-Ville (Lozère), photos de Bernard Cattin, 22 juillet 2020

SAMEDI.            

Films vus.

  • Un après-midi de chien (Dog Day Afternoon, Sidney Lumet, É.-U., 1975)                             
  • Le Discours (Laurent Tirard, France – Belgique, 2020)
  • Thérèse (Alain Cavalier, France, 1986)
  • Boîte noire (Yann Gozlan, France – Belgique, 2021)
  • L’Homme qu’on aimait trop (André Téchiné, France, 2014).

Football.

SA Spinalien – Sannois Saint-Gratien 0 – 0.            

L’Invent’Hair perd ses poils.

Flers (Orne), photo de Pierre Cohen-Hadria, 24 avril 2012/
Bastia (Corse), photo de Jean-Damien Poncet, 7 novembre 2017    

IPAD (Itinéraire Patriotique Alphabétique Départemental).

6 février 2021. 111 km. (40 116 km).

Commune du Valtin

Pas de monument aux morts, bien entendu, ni de plaque dans la chapelle. La présence du col dans la liste des communes figurant dans le calendrier des postes de 2006 n’est due qu’à l’existence, à l’époque, d’une cabine téléphonique.            

Poil et plume.

“La façon dont les gens regardent leur propre visage est souvent révélatrice. Ce n’est pas une chose qu’ils font souvent, ni même qu’ils ont envie de faire, mais chez le coiffeur, vous n’avez guère le choix. Au café, les gens paient pour s’asseoir et voir défiler le monde. Chez le coiffeur, ils paient pour contempler leur propre visage et vous voyez ce qui se passe en eux quand ils le font.

Vous ne voyez pas grand-chose sur une tête. Même s’il m’arrive de me dire : Là, au-dessous de mes doigts, se trouvent leur crâne, leur cerveau, et toutes les pensées qu’il peut contenir.

Ce que ce client-là me disait, à la façon dont il se regardait dans la glace, c’était qu’il avait vécu toute sa vie avec – ou pour – papa et maman. Vous avez des hommes qui sont de grands enfants. C’était à peu près tout ce que je percevais. Et qu’il devait avoir la soixantaine bien sonnée. Un de ces solides gaillards au cœur tendre. Ce qu’il me disait, c’était qu’il était seul au monde.” (Graham Swift, “Les autres, c’est la vie”, in De l’Angleterre et des Anglais)

Bon dimanche,

Philippe DIDION