1er mai 2022 – 969

DIMANCHE.                  

Lecture.

Un poulet chez les spectres (Ghosts, Ed McBain, 1980 pour l’édition originale, Gallimard, coll. Série Noire n° 1832, 1981 pour la traduction française, rééd. in “87e District 5”, Omnibus, 2000, traduction de l’américain par Rosine Fitzgerald, revue et augmentée par Pierre de Laubier; 1374 p., 145 F).                                  

On ne trouve pas de personnages plus ancrés dans la réalité que les inspecteurs du 87e mis en scène par Ed McBain. Aussi, quand ceux-ci doivent enquêter sur la mort d’un écrivain spécialisé dans le paranormal et que Steve Carella doit prendre pour associée à une femme médium qui voit des fantômes partout pour découvrir l’assassin, on se trouve face à un conflit des valeurs du genre aigu. Aucun des deux camps ne l’emporte : le réel et le fantastique jouent leur rôle dans la résolution de l’affaire, preuve de l’habileté d’Ed McBain qui n’a pas cédé à la facilité de montrer le triomphe des flics sur les charlatans.

LUNDI.          

Lecture.

Le Pan-Pan au cul du nu nègre (Clément Pansaers, Éditions Alde, 1920, rééd. Allia, 2005; 48 p., 6,10 €).

MARDI.           

Lecture.

Aussi riche que le roi (Abigail Assor, Gallimard, coll. Blanche, 2021; 208 p., 18 €).                         

Roman sélectionné pour le Prix René-Fallet 2022.

MERCREDI.                  

Éphéméride.

“Dimanche [27 avril 1958]

[GP à JL]

J’ai passé quasiment toute la journée au lit m’y étant couché hier soir à 7 heures – J’ai lu trois romans noirs – 1 Chase sadique et con – 2 autres, classiques, pas mal faits – lu aussi un “San Antonio” (alias Frédéric Dard). Pensé à Dominique, à toi, à Paris, à La Nuit et autres sujets plus ou moins intéressants.

Lever à 4 heures demain –

Pour le stage de saut – Si possible je t’écrirai tous les soirs afin de te donner le maximum de mes impressions – l’Action se passant tjs de commentaires cela risque parfois d’être con (je ne suis pas St-Ex).” (“Cher, très cher, admirable et charmant ami…” : Correspondance Georges Perec & Jacques Lederer)

JEUDI.

Lecture.

Biographie de la faim (Amélie Nothomb, Albin Michel, 2004, rééd. Librairie Générale Française, coll. Le Livre de poche n° 30562, 2006; 192 p., 6,40 €).

Ce titre fait partie du pan autobiographique de l’œuvre d’Amélie Nothomb, qui raconte ici son enfance. Si l’on en croit les entretiens enregistrés dans l’émission À voix nue en 2019, les événements évoqués sont authentiques, malgré leur aspect peu commun. Tout le monde n’a pas eu l’enfance d’Amélie Nothomb, ballottée de pays en pays au gré de la carrière diplomatique de son père, expérimentant tour à tour la boulimie et l’anorexie, alcoolique à l’âge de neuf ans et qui se voit offrir un éléphant pour son douzième anniversaire. Mais le traitement accordé aux faits n’est pas banal non plus, mélange de détachement léger et d’analyse profonde, de sérieux et d’autodérision. L’humour est présent mais le tragique n’est jamais loin, comme lorsqu’elle évoque, en trois phrases, le viol dont elle a été victime pour conclure de façon glaçante : “La vie devint moins bien.”

VENDREDI.                 

Lecture/Écriture.

Mots croisés : Grilles confortables 1 (Michel Laclos, Zulma, coll. Grain d’orage, 2009; 50 grilles, 142 p., 15,95 €).                  

Le cabinet de curiosités du notulographe.

La lettre volée, photos de l’auteur.

Chantraine (Vosges), 15 avril 2018

Épinal (Vosges), 11 juillet 2020

SAMEDI.            

Films vus.

  • Piège pour Cendrillon (André Cayatte, France – Italie, 1965)
  • La Femme invisible, d’après une histoire vraie (Agathe Teyssier, France, 2009)
  • Lunes de fiel (Bitter Moon, Roman Polanski, France – R.-U., 1992)
  • La Tunique (The Robe, Henry Koster, É.-U., 1953)                             
  • Un divorce heureux (Henning Carlsen, France – Danemark, 1975)                             
  • L’Étranger au paradis (Kismet, Vincente Minnelli, É.-U., 1955)                           
  • À l’ombre des filles (Étienne Comar, France – Belgique, 2021).            

Lecture.

Résine (Harpiks, Ane Riel, Tiderne Skifter, 2015 pour l’édition originale, Le Seuil, coll. Cadre noir, 2021 pour la traduction française, traduit du danois par Terje Sinding; 304 p., 20 €).            

L’Invent’Hair perd ses poils.

Condé-sur-Noireau (Calvados), photo de Pierre Cohen-Hadria, 26 avril 2012

Compiègne (Oise), photo de Jean-Damien Poncet, 4 mai 2018

IPAD (Itinéraire Patriotique Alphabétique Départemental).

20 mars 2021. 115 km. (40 368 km).

2 464 habitants

Avant de photographier le monument, j’alimente mes diverses collections : salons de coiffure, panneau indiquant un musée du VéloSoleX, publicités et enseignes peintes… Parmi celles-ci, un vieux café dont le nom est inscrit en lettres artistement formées et dont la façade est ornée de guirlandes et de frises à peine visibles. Pour prendre la photo, il faut s’approcher. Problème : sur le trottoir, devant l’édifice, se tient une réunion au sommet. Une bonne demi-douzaine de punks à chiens, bouteille en main, titubants et un rien braillards. Si je m’avance, je peux dire adieu à mon Canon tout neuf, à mes dents et à mon froc. Caroline me dit que le zoom peut suffire, tant pis j’y vais, les cannes molles. Un des types pose sa bière et s’avance vers moi. Mon compte est bon. Je prends quand même la photo en vitesse et j’entends : “Vous savez que Monsieur de Voltaire a fréquenté cet établissement ? On peut voir certaines de ses lettres à la bibliothèque si ça vous intéresse.” Je réponds que non, je ne savais pas, je remercie d’une voix chevrotante et tourne les talons en philosophant, puisque c’est le lieu, sur le mystère des apparences. 

Le monument est au pied de l’église, sur une place en partie pavée qui témoigne du passé prestigieux de la ville. Entouré d’une bordure circulaire de cotonéaster, l’obélisque parallélépipédique est dressé sur trois marches.

Gauche : 90 noms sur deux colonnes, d’ANDRÉ Alexandre à FUGER Antoine, au-dessus de l’inscription ALSACE VERDUN.

Droite : 93 noms de HUMBERT Jean à GRANDADAM Auguste, au-dessus de l’inscription MARNE ARTOIS.

Dos : Victimes civiles. 46 noms de MME ROTH Joséphine à MARY Camille, au-dessus de l’inscription suivante :

Monument érigé par souscription publique

Avec le concours de la municipalité

Sous le haut patronage de M. Constant Verlot

Maire de Senones – Député des Vosges

Inauguré par M. le Maréchal Joffre

Le 18 octobre 1925

Poil et plume.

“Ensuite, la coiffure. Le coiffeur de l’hôpital, d’après mon père, avait appris son métier “plusieurs siècles auparavant”, quand on coupait encore les têtes et que l’on devait dégager la nuque des condamnés. Lorsqu’il entrait dans la chambre, ses premiers mots étaient souvent : “Bon Dieu, mais qu’est-ce qu’ils t’ont fait encore !“ Et il passait de longues minutes à tenir entre ses doigts, d’un air sinistre, les mèches raides et ternes qui tombaient sur le cou de la malade. Mais aujourd’hui maman était bien – très bien – coiffée. Ses cheveux noirs brillaient et, je le remarquai en m’approchant, sentaient bon; une boucle s’enroulait souplement sur son front. Jamais je ne l’avais vue aussi coquette, pas même sur la photo de son voyage de noces à Paris, où elle contemplait la tour Eiffel d’un air dubitatif.” (Jean-Pierre Ohl, Redrum)

Bon dimanche,

Philippe DIDION